‹ Voyage au pays des BrahmesChapitre 7 sur 16 · DE TRIVANDERAM A GOA. IO · texte numérisé non relu

DE TRIVANDERAM A GOA. IO

« La science est la santé du corps \ la vertu, celle de Pâme.

« De même que le lait nourrit le corps et que l'intempérance cause les maladies, de même aussi la méditation nourrit Tesprit, tandis que la dissipation l'enivre.

« Les oiseaux ne se reposent pas sur les arbres où il n'y a plus de fruits, Ijs V)êtcs sauvages quittent les forêts quand elles n'y trouvent plus d'ombre, les insectes laissent les plantes où il n'y a plus de fleurs, les sangsues sortent des sources lorsqu'elles se tarissent... les femmes légères abandonnent un homme devenu vieux ou misérable, un ministre quitte le service d'un roi détrôné qui ne peut plus le combler de faveurs, les domestiques abandonnent le maître réduit à la misère : c'est ainsi que Tintéret est le mobile de tout'ce qui existe.

« La mer seule connaît la profondeur de la mèr, l'espace seul connaît l'étendue de l'espace. Dieu seul peut connaître Dieu.

a Les songes, Tesprit des femmes et le naturel des rois sont trois choses que personne ne peut se vanter de connaître.

• Il vaut mieux être assis que debout, couché qu^assis, mort que couché.

« On connaît la qualité de lor par la pierre de touche, la force d'un bœuf par la charge qu'il porte, le naturel d'un homme par ses actes et ses discours» mais où est la règle pour connaître la pensée d'une femme ?

« Une bonne et honnête femme est un inappréciable trésor, c'est l'âme humaine sous la forme la plus belle, la plus gracieuse, la plus accomplie.

« Une mauvaise et vicieuse femme est le pire de tous les fléaux qui puissent assaillir une maison*

« Évitez de parler à la femme de voire ami pendant qu'il est absent, car la réputation d'une

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femme est aussi délicate que le lait que le plus léger vent couvre de poussière.

« La fierté est la plus belle qualité de l'éléphant, la vivacité la plus belle du cheval; le soleil, le plus bel ornement du jour, et la lune, de la nuit ; la propreté est le plus bel ornement d'une maison ; les enfants vertueux, le plus bel ornement des familles ; la douceur, la chasteté et la modestie d'une 'femme, tout ce qu'il y a de plus beau sur la terre.

« On ne doit pas fixer son domicile dans un lieu où ne se trouve pas Une rivière pour arroser son champ, une école pour former l'esprit de ses enfants, un temple pour prier.

. a Nous aurions beau descendre dans le Naraca (enfer), établir notre demeure dans le séjour de Brahma ou dans le paradis d'Indra, nous précipiter dans les abîmes de la mer, monter sur le sommet des plus hautes montagnes, aller, habiter les plus affreux déserts, nous ensevelir dans les entrailles de la mer, affronter les dangers des combats, séjourner au milieu des

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insectes les plus venimeux afin de tourner notre .destinée, il ne nous arriverait. que ce qu'il n'est pas en notre pouvoir d'éviter.

« L'honnête homme doit tomber sous les coups des méchants comme Parbre sandal qui, lorsqu'on l'abat, parfume la' hache qui Ta frappé.

« Les hommes qui n'ont pas d'empire sur leurs sens ne sont pas capables de remplir leurs devoirs.

« Il faut renoncer aux richesses et aux plaisirs qui ne sont pas approuvés par la conscience.

« Les maux dont nous aurons affligé le prochain nous poursuivrons coAime notre ombre suit notre corps.

« La science de l'homme n'est que vanité, toutes ses bonnes actions sont illusoires quand il ne sait pas les rapporter au souverain maître de cet univers.

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« Les œuvres qui ont pour principe l'amour / de son semblable doivent être ambitionnées par le juste, car ce sont celles qui pèseront le plus dans la balance céleste.

« Celui qui est humble de cœur et d^esprit est aimé de Vischnôu, il n'a besoin de rien autre chose.

« De même que le^corps est fortifié par les muscles, Tâme est fortifiée par la vertu.

« Il n'y a pas de plus grand pécheur que celui qui convoite la femme de son prochain.

« De même que la terre supporte ceux qui la foulent aux pieds et lui déchirent le sein en la labourant, de même nous devons rendre le bien pour le mal...

« Si tu fréquentes les bons, tes exemples seront inutiles ; ne crains pas de vivre parmi les méchants pour les ramener au bien.

« La science est inutile à l'homme sans jugement, ainsi qu'un miroir à un aveugle.

« L'homme qui n'apprécie les moyens d'action que d'après son envie de parvenir, perd bientôt la notion du juste et des saines doctrines. »

Voici maintenant, pour terminer, les conseils que Christna donne au prêtre de son temps.

— Qu'il se livre chaque jour aux pratiques de dévotion pieuse, et soumette son corps aux austérités les plus méritoires.

— Qu'il craigne tout honneur mondain plus que le poison et n'ait que mépris pour les richesses de ce monde.

— Qu'il sache bien que ce qui est au-dessus de tout c'est le respect de soi-même et l'amour du prochain.

— Qu'il s'abstienne de la colère, et de tous

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mauvais tr^ytements même envers les animaux, qu'on doit respecter dans l'imperfection que leur a assignée le Créateur.

— Qu'il chasse les désirs sensuels, l'en nui et la cupidité.

— Qu'il fuie la danse, le chant, la musique, les boissons fermentées et le jeu.

— Qu'il ne se rende jamais coupable de médisances, d'impostures et de calomnies.

— Qu'il ne regarde jamais les femmes' avec amour et s'abstienne de les embrasser.

Qu'il n'ait point de querelles.

— Que sa maison, sa nourriture, ses habits soient toujours des plus chétifs.

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— Qu'il ait constamment la maîji droite ouverte pour les malheureux, et ne se vante jamais de ses bienfaits.

— Quand un pauvre vient frapper à sa porte qu'il le reçoive, lui lave les pieds pour le délasser, le serve lui-même et mange ses restes, car les pauvres sont les bien-aimés de Vischnou.

— Mais surtout qu'il évite pendant tout le cours de sa vie de nuire en quoi que ce soit à autrui; aimer son semblable, le protéger et l'assister, c'est de là que découlent les vertus les plus agréables au souverain maître de toutes choses.

— Si l'on veut extraire d'une masse composée d'une foule de métaux différents, l'or qui s'y trouve incorporé, on n'en viendra pas à bout en la soumettant une seule fois à la fusion; ce n'est qu'en faisant passer à plusieurs reprises cet alliage par la coupelle qu'on divisera, en définitive, les parties hétérogènes qui la composent et que Tor en sera extrait dans toute sa pureté.

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— C'est ainsi que le brah nie-prêtre, en soumettant son corps aux austérités les plus méritoires, et son âme à la méditation, arrivera à chasser toutes les imperfections de sa nature, et à en extraire le juste, le vrai et le bien, Trimourty (Trinité) divine, qui rappellera sur la terre celle qui règne au ciel sous les noms de

Brahma, Vischnou, Siva.

(Extraits du Prasada^ poëme des poèmes, et du Bagaveda,.. d'après nos études sur les Mystères de rinde.)

Nous n'avons pas besoin de nous demander si le prêtre a suivi les enseignements de Ghristna... le lecteur ne nous pardonnerait pas cet excès de naïveté... L'histoire n'a fait qu'enregistrer les cris de ses victimes et l'on ne sait si tout le sang qu'il ^a versé parviendrait à éteindre tous les bûchers qu'il a allumés. . .

Ceci me rappelle une page émue, écrite au milieu des ruines de Madura, la ville sainte de Devanaguy, la mère de Christna, qu'on Jme permettra de citer ici :

« Un soir que j'avais été visiter les ruines du palais de Kansa et de la tour où ce tyran fit enfermer la vierge mère, je m'étais arrêté, pour

rêver à mon aise, au milieu des tronçons de colonnes, de chapiteaux abattus et des statues colossales des dieux, mutilées et à demi enfouies..,

« Le soleil baissait rapidement à Thorizon, le chant du padial, ramenant ses troupeaux, se faisait entendre de toutes parts dans la plaine, les éléphants sacrés rentraient à la pagode avec une abondante moisson d'herbes fraîches et de cannes à sucre. Et je regardais le crépuscule envahir la terre estompant au loin les montagnes, les bois et les rizières d'ombres qui, de tous côtés, grandissaient avec tine rapidité fantastique... En face de moi, le temple dédié à Christna, dont la masse imposante est une des merveilles du sud de Plnde, disparut bientôt dans la nuit.

« Tout à coup, le Timiram, ou chant des morts, éclata dans les ténèbres... Les brahmes procédaient à l'office du soir, et dans le silence que la nuit avait apporté avec elle, les paroles de cet hymne lugubre montèrent distinctement jusqu'à moi.

« Ils sont partis, laissant à la terre leurs corps qui sont devenus la proie des chacals immondes et des vautours aux pieds jaunes, et leurs âmes errent maintenant au fond des abî-

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