DE TRIVANDERAM A GOA. II
mes, à la merci du Varouna qui châtie les rr^échants .
« C'est en vain, quand les iakchas les rongent, leur déchirent les entrailles, qu'ils essayent d'invoquer Yama; la justice du dieu des enfers, après mille ans de souffrances, les fera renaître encore pendant mille générations dans le corps d'un paria.
« La voix grave et sonore des brahmes commençait le premier vers de la strophe, que la foule des fidèles achevait en poussant des cris aigus et de lamentables gémissements sur le sort des morts chassés du séjour céleste. . .
« Ils continuèrent ainsi longtemps : l'être qu'ils invoquaient était le dieu du châtiment, et parmi ces trois mille hommes agenouillés, qui se frappaient la poitrine pour conjurer sa colère... pas un incrédule à la voix du prêtre, pas un qui osât se lever et dire au brahme qui officiait : Tu mens ! Il est impossible qu'il existe un Etre suprême tel que tu nous le représentes, il ne nous aurait pas créés pour déchirer nos entrailles, pour se faire le bourreau de nos corps et de nos âmes, et mettre sa félicité dans notre souffrance.
« Non, tout le monde croyait et priait. Et ce
n'était pas la puissance infinie que les Védas ont si bien chantée, qui domine et règle les mondes, arbitre souverain de tout ce qui existe, matière ou intelligence, que cette foule invoquait... C'étaient les gnomes, les jakebas, les vampires, les de vas et les rakchasas de toutes espèces, inventés par les prêtres pour faire oublier la raison, rendre la science impossible et terroriser les peuples à leur profit. . .
« Et je me mis à réfléchir à ces superstitions innombrables, aces fables mystérieuses et à toutes ces ridicules croyances dont lés pasteurs d'hommes ont abreuvé l'humanité pendant des milliers d'années, en se transmettant leurs formules dans le silence des pagodes ou des temples, torturant, brûlant, massacrant leurs adversaires au nom d'un Dieu qui n'est plus dans leur main qu'un épouvantail.
« Et il me semblait entendre dans la nuit du passé les cris de toutes les victimes que les chants des bourreaux ne parvenaient pas à étouffer.
« Quel effroyable concert !
(( -:- Nous sommes les Bouddhistes et les mages, massacrés par les brahmes ; nous sommes les Birmans, massacrés par les Bouddhistes; nous sommes les Amalécites , les Amorrhéens^