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I. Expression générale spécifiant monsieur, salut ou merci

VOYAGE AU PAYS DES ÉLÉPHANTS. 2q5

ne voulons rien ordonner, rien faire... Si nous dirigions ton embarcation et la pêche, autant vaudrait que nous prissions un canot et, que nous allassions nous promener en mer, agis comme si tu emmenais tes enfants avec toi.

— Le pauvre Gyngalais ne peut pas être le père des Doré-Bel atti (seigneurs étrangers).

— Que t'importe, puisque nous le voulons.

— Vous avez donné un ordre, Chek-Toullah Texécutera.

En prononçant ces paroles, le musulman se redressa de toute sa hauteur, et tout fier d'être traité ainsi en présence des autres pêcheurs, il ordonna à ses deux aides d'apprêter le catimaron.

Les Macouas retournèrent à leur besogne, car le soleil qui, en disparaissant dans la nappe liquide, donne chaque jour aux pêcheurs le signal du départ, n'allait pas tarder à se coucher.

Nous nous dirigeâmes vers notre paillote, pour prendre des vêtements de circonstance et préparer nos provisions de bouche.

Après avoir revêtu un costume complet de flanelle bleue, et passé nos revolvers dans une ceinture de même étoffe, nous ouvrîmes la caisse aux conserves dont j'avais toujours soin de faire le plein chaque fois que nous passions dans

une ville ou un village où se trouvait un magasin d'articles d'Europe.

— Vous savez, me dit en riant mon ami, que tout navire en partance prend toujours trois ou quatre fois plus de vivres qu'il ne lui en faut ; pour parer à tout événement, je vous engage à mettre dans le sac en filet des provisions pour trois jours.

— Soyez sans crainte, répondis-je sur le même ton, et si nous venons à être poussés sur une île déserte, nous ne mourrons de faim que le plus tard possible.

Je choisis une boîte de pâté de lièvre de deux kilos; un rôti de veau conservé dans la gelée du même poids, six boîtes de sardines et un long tube de fer-blanc, dans lequel dormait mollement couché, dans de la graisse blanche, un gigantesque saucisson. Le tout portait la marque Rodel frères de Bordeaux, dont j'ai déjà eu occasion de parler. Les produits de cette maison sont les seuls que j'aie jamais achetés dans mes voyages, et je les recommande à tous les voyageurs et touristes, comme la plus parfaite de toutes les conserves alimentaires-, j'ai fait quatre fois la traversée du Pacifique, de San-Francisco aux îles de la. Société et des îles de la Société aux côtes de la Californie, avec des moyennes de quarante à quarante-cinq jours

de mer, et ces conserves sont les seules qui ne m'aient jamais affaibli Testomac, et qui soient restées, même après plusieurs années d'expédition, dignes de la cuisine française.

J'en parle ici, non pour faire plaisir aux honorables négociants qui les fabriquent, que je n'ai pas l'honneur de connaître, mais par un véritable esprit de reconnaissance, car je suis intimement persuadé que je leur ai dû la conservation de ma santé pendant les dix ans que j'ai parcouru le monde.

La santé est le premier des biens du voyageur, sans elle rien ne lui est possible, et je crois rendre un véritable service à ceux qui, par goût ou par devoir, sillonnent les mers ou habitent les pays tropicaux, en leur indiquant des conserves véritablement dignes de ce nom...

— Si vous ajoutiez deux pâtés de foie gras, me dit mon ami, du ton du plus parfait gourmand, au moment où j'allais refermer la caisse, voyez, il y a encore beaucoup de place dans le filet.

— Va pour les deux pâtés, répondis-je en riant, je vois que nous allons faire une véritable partie fine, et que nous ne ressemblerons guère à ces pauvres naufragés dont vous voulez vous procurer les émotions.

Après avoir garni nos gourdes de vieux cognac, nous plaçâmes quatre bouteilles de vin

dans un second filet en tresse de cocotier, je pris sous le bras une boîte de biscuits de mer, prince Albert^ pour nous servir de pain, et nous nous acheminâmes du côté du catimaron qui se balançait doucement à la lame à deux mètres du rivage.

Nos provisions furent installées par Amoudou au fond du tronc d'arbre du milieu, creusé, ainsi que je l'ai expliqué, en forme de pirogue, et le filet qui contenait les bouteilles mis à la traîne^ comme disent les marins, derrière le radeau ; il plongeait de deux pieds au moins dans 1 * eau , c'était le meilleur moyen pour ne rien briser.

Chek-Toullah avait amarré dans le milieu une énorme jarre en terre pleine d'eau douce^ nous n'avions donc pas besoin d'en emporter.

Au moment où nous allions faire à Tinou et à Amoudou la recommandation de bien veiller sur les divers objets, et surtout sur notre caisse d'armes, que nous étions obligés de laisser dans la paillote, ce dernier prit la parole et me dit d'un ton résolu :

— Tinou et moi nous allons vous accompagner, saëbs.

— C'est impossible, lui répondis-je, le Karawé a deux aides avec lui, et le catimaron ne peut contenir plus de cinq personnes.

— Nous avons arrêté un autre catimaron.

— Comment, sans notre permission...

— Ama (madame), quand nous sommes partis de Chandenaguy (Ghàndernagor), a fait jurer à moi de ne jamais quitter saëb, et Amoudou tiendra sa parole, saëb n'ira pas en mer, ou bien Amoudou le suivra.

Il n'y avait rien à répondre à cela, je savais que mon Nubien se ferait couper en quatre plutôt que de céder. Une promesse faite à Ama pour lui était sacrée, et il n'eût jamais osé reparaître devant elle s'il ne l'avah pas tenue, aussi fut-ce avec un bien faible espoir de le convaincre que j'ajoutai :

— Et nos approvisionnements, et nos cartouches, et nos armes, qui les gardera?

— Saëb a la clef de la caisse dans sa poche, répondît aussitôt mon fidèle serviteur, et moyennant quatre fanons, un pion de police du thasîldar (chef duTillage) restera assis sur la caisse jtasqu'â notre retour.

Je vis bien que le coquin s'était arrangé pour que rien ne vînt troubler son projet, aussi, après avoir interrogé mon amî du regard, je me décidai à céder, je dois dire qu'au fond je n'étais point trop fâché de l'aventure, nous jouions gros jeu sans que cela paraisse, et un courage et un dévouement comme ceux d' Amoudou et de Tinou n'étaient pas à dédaigner.

— C'est bien, répondis-je, vous pouvez nous suivre. Les deux gaillards poussèrent un cri de joie, et en uh clin d'œîl se dépouillèrent de tous leurs vêtements. N'eût été la dignité que nous étions obligés de conserver en face des indigènes, nous eussions volontiers imité cet exemple, car nous allions rester toute la nuit avec de Peau jusqu'aux hanches, le catimarou naviguant complètement à fleur d'eau.

Il n'est pas jusqu'à leurs provisions que nos deux farceurs n'eussent préparées d'avance, mais elles étaient fort simples, se composant seulement d'une douzaine de noix de coco, dont le lait et l'amande devaient leur suffire pour boire et manger. Le radeau préparé, le Karawé nous fit signe de nous y installer.

Nous nous assîmes à l'arrière, sur les deux troncs d'arbre, l'un à droite et l'autre à gauche, laissant nos jambes pendre dans l'intérieur du tronc du milieu, de cette façon nous pouvions rester en face l'un de l'autre pendant tout le voyage.

Deux fortes tresses de kair (filasse de coco) avaient été frappées de chaque côté du catîmaron pour nous servir d'appui en cas peu probable de gros temps : à la moindre apparence douteuse, nous devions nous les entourer plusieurs fois autour du corps, pour n'être pas roulés hors de l'esquif.

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Après avoir remonté notre ceinture jusque sous les bras, et placé nos revolvers sur la poitrine dans leur enveloppe de cuir, pour leur éviter le contact de Teau, nous vîmes avec satisfaction qu^il ne nous manquait rien pour faire une heureuse excursion.

Presque bord à bord avec nous, Amoudou et Tinou, debout sur un esquif complètement plat, et trois fois plus petit que le nôtre, attendaient, une pagaie à la main, le signal du départ. Le frêle radeau ne pouvant contenir quatre personnes, nos deux hommes s'étaient engagés à remplacer l'aide du pêcheur qui leur avait loué Tembarcation.

Comme tous les indigènes, nos serviteurs étaient de vrais amphibies et nous n'étions nullement inquiets d eux, malgré le singulier véhicule qu'ils avaient choisi.

— A tout prendre, me dît M. Lafarge, il est heureux qu'ils nous suivent, ils ne risquent pas de trouver en mer de boutique de tchandos (marchands d'arack et autres liqueurs fortes).

— C'est vrai, répondis-je, mais aussi voyez comme ils ont su prendre leur précaution. Ne remarquez-vous pas cette énorme jarre de terre noire, fortement amarrée au milieu de leur catimaron, et bouchée avec dé l'étoupe ? je suis sûr

qu'elle est pleine de callou (jus fermenté du cocotierj.

— Je la croyais pleine d'eau.

— Amoudou et votre Tinou ont trop de mépris pour ce vulgaire liquide, ils ne se seraient pas donné la peine d'en emporter...,.

Selon la coutume, les deux chefs des castes Macouas et Karawés donnèrent le signal du départ, et les deux cents catimarons au moins qui attendaient tout parés, sous Teffort vigoureux de leurs équipages, s'élancèrent en avant.

Ce fut d'abord un concert assourdissant de cris destinés à marquer la mesure pour pagayer avec ensemble, et nous franchîmes sans encombre les trois flots de la barre, qui, même par les temps calmes, sont toujours d'une certaine force sur ces côtes.

En quelques minutes nous étions dans la lame, et le soleil, qui dorait encore faiblement l'horizon, nous permit de jouir de cet émouvant et grandiose spectacle.

Une houle lente et uniforme soulevait de ces grandes lames longues de plus d'un kilomètre, que connaissent tous les navigateurs de l'Océan indien ; sous l'habile direction de nos pagayeurs nous montions sans efforts au sommet, et redescendions de même, conime si nous allions

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plonger dans un gouffre sans fond. Le catimaron, fortement incliné à la descente, se trouvait bientôt au bas de la gorge liquide comme entre deux montagnes d'eau, il se relevait alors insensiblement et recommençait à gravir le flot suivant, pour redescendre encore et remonter de nouveau.

Quand nous nous retournions pour regarder la terre dans cette position, il nous semblait, à travers la faible lueur du crépuscule, que c'était elle, et non la mer, qui s'élevait et s'abaissait tour à tour.

Par respea, les autres catimarons nous avaient laissé prendre la tête, seul le radeau d'Amoudou suivait dans notre sillage presque à nous toucher. Peu à peu, les bruits de la terre s'éteignirent et la nuit étendit son noir linceul sur les eaux.

Les premiers instants d'obscurité, je dois l'avouer, me donnèrent le vertige, et par instinct j'enroulai rapidement deux ou trois fois autour de moi la tresse de kair. Le mouvement de notre catimaron, le murmure vague et indéfinissable des flots, l'absence de bruits humains, l'eau qui me fouettait le corps par instant, tout contribuait à me plonger dans un malais^ étrange, il me semblait parfois que les cordes qui reliaient nos troncs d'arbre étaient prêts à

se briser, et que nous allions rouler dans la vague, comme des épaves sans point d'appui.

En ce moment, j'entendis la voix d' Amoudou entonner à quelques brasses de moi un refrain malabare.

Hé hO) hé ho, tanie conda, Peroungalor cany pomlé.

« Ohé ohé, apporte de Teau, jeune fille de Peroungalor.... »

Son compagnon et nos pagayeurs joignirent bientôt leur voix à la sienne... ce fut comme un réveil bienfaisant au milieu d'un cauchemar affreux, cette illusion d'isolement qui m'avait presque halluciné s'envola et je redevins maître de mes impressions.

— Si nous allumions un cigare, me dit mon ami, qui n'avait pas donné signe de vie depuis notre départ, je sus le lendemain qu'il avait éprouvé à peu près les mêmes émotions que moi.

— Volontiers, répondis-je d'une voix assurée. (Désormais le danger pourrait venir, il me trouverait solide au poste.)

Au même instant, Chek-Toullah donna à ses hommes l'ordre de stoper. — Nous sommes assez loin de la côte pour commencer à pêcher, leur dit-il.

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Le catimaron d'Amoudon suivit rimpulsion et s'arrêta à quelques mètres de nous. Les grandes lames, produites par le voisinage de la terre, s'étaient apaisées de façon à ne former qu'une houle presque insensible qui devait, d'ici quelques heures, se changer en calme plat. L'Océan, dans cette saison, chaque jour au lever du soleil, ressemble presque à un vaste lac endormi.

Tout à coup une vive lueur illumina les flots; le Karawé venait d'allumer une torche en bois de cocotier imprégnée de résine; il l'attacha au bout d'une petite perche horizontale qui dépassait d'environ un mètre les bords du catimaron, et reposait sur un petit chevalet plus élevé, pour ne pas être atteinte par les flots.

Au moment où la torche s'était éclairée, nous avions vu les deux pagayeurs retirer précipitamment leurs jambes de l'eau où ils les avaient laissées depuis le départ, car ils pagayaient assis à l'extrémité des deux troncs extérieurs. Nous leur demandâmes les motifs de cet acte.

— Mahapongous (les requins), répondirent-ils simplement. Ce mot nous donna le frisson. Nous avions oublié le seul, le réel danger que nous devions courir... Ces squales voraces sont en effet en si grande quantité dans la mer des Indes qu'il est presque impossible à un Européen de

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se baigner sur les côtes de Malabar ou de Coromandel.

Tant qu'ils avaient pagayé, comme ils atteignaient les moyennes de cinq à six nœuds, les deux aides de Chek-Toullah , assis sur les extrémités des poutres extérieures du catimaron, avaient laissé leurs jambes dans Teau sans souci des requins, dont 'la vitesse ne dépasse guère deux nœuds, mais maintenant que nous étions arrêtés, ils n'auraient pu conserver cette position deux minutes sans risquer de se faire couper les jambes.

— Avant peu, les mahapongous vont venir se promener autour de l'embarcation, attirés par la lumière, nous dit le Karawé; j'engage les saëbs à rester dans l'intérieur du catimaron, et surtout à ne pas plonger leurs mains dans Peau, et ils verront de près, sans courir aucun risque, le grand ennemi des pêcheurs.

Nous assistâmes à une scène véritablement fantastique.

Tandis que notre catimaron abandonné à luimême dérivait lentement à la lame, les poissons, appelés par la lumière de la torche, montaient en foule du sein de l'Océan. Tout d'abord des milliers de clupes argentées vinrent miroiter à la surface, mais ce ne fut pour ainsi dire qu'un éclair, car à peine se furent-elles montrées qu'el-

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les plongèrent dans les prafonds, laissant après elles une innombrable quantité de traînées lumineuses et phosphorescentes qui les faisaient ressembler à de petites étoiles filant sous les eaux.

Ghek-Toullah et ses deux Macouas, debout sur le tronc extérieur du catimaron d'où se projetait la torche, tenant chacun à la main un petit harpon acéré en forme de lance, emmanché dans une tige de rotin longue d'environ trois mètres, attendaient, en se maintenant par des miracles d'équilibre, des adversaires plus dignes d'eux. Dans ce genre de pêche, chaque homme se fait un point d'honneur de ne jamais manquer son premier coup.

Tout à coup nous eûmes l'explication de la rapidité avec laquelle le banc de clupes nous avait faussé compagnie. Trois ou quatre bonites à ventre rayé ou thons des tropiques émergèrent avec une vitesse réellement vertigineuse, . mais avant qu'elles eussent dépassé le rayon illuminé par la torche, la lance du tandel (patron) partit avec la rapidité d'une flèche, et l'une d'elles, frappée en plein corps, se mit à faire des efforts surhumains, pour se dégager du harpon qui l'avait presque traversée.

Autant que nous pouvions en juger, cette bonite était énorme et il ne fallait pas songer à ramener à bord avant son dernier soupir, car

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le harpon n'eût point soutenu son poids hors de Teau. Elle nous était arrivée avec ses compagnes, en poursuivant le banc de clupes qui venait de disparaître.

Chek-Toullah abandonna sa lance, qui était maintenue à un anneau du catimaron par une solide tresse en kair d'une douzaine de brasses, et la bonite, après avoir plongé cinq ou six fois à bout de corde, revint à la surface en se dé- Jbattant un instant, elle finit par rester immobile.

Un frénétique hurrah, parti des deux embarcations, salua ce magnifique début de pêche.

Un des aides se jeta immédiatement à la mer, entoura l'énorme poisson d'un filet, et remonta à bord.

Les trois indigènes réunis eurent toutes les peines dumonde à lehissersurlecatimaronrilavaitdeux mètres vingt centimètres de longueur, et le tand^l nous affirma qu'il pesait au moins un demibahar (deux cent quarante livres.) Le catimaron que montaient Amoudou et son camarade n'aurait pu le transporter qu'à la traîne. Quant au nôtre, qui mesurait six mètres cinquante de long sur trois mètres vingt de large, il en aurait certainement porté une demi-douzaine.

L'énorme tronc d'arbre du milieu, qui avait été creusé comme une embarcation par le feu, avait

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à lui seul ua mètre soixante de largeur, mais il était constamment plein d'eau, car, ainsi que je Tai déjà expliqué, nous naviguions à fleur de surface. A part l'inconvénient léger, sous ces chaudes latitudes, d'avoir les jambes constamment dans l'eau, je ne connais pas de plus solides moyens de la locomotion à la mer. Ces troncs d'arbres assemblés résistent aux plus forts cyclones.

En un instant, chacun eut repris son poste et nous attendîmes, dans Timmobilité la plus complète, que de nouveaux hôtes de l'Océan, fascinés par la lumière, vinssent nous rendre visite.

La nuit en ce moment était splendide, des milliers d'étoiles se réfléchissaient sur la nappe entièrement apaisée, et nos catimarons restaient immobiles à la surface comme des bouchons de liège sur une pièce d'eau. Aussi loin que la mer pouvait s'étendre, TOcéan ressemblait à une plaque de marbre noir constellée d'or, meret cieux se confondaient et se renvoyaient comme à plaisir ces millions de points lumineux, atomes de l'infini... mondes incommensurables pour nous.

Je le demande à l'esprit le plus prévenu?...

Comment veut-on que les voyageurs à imagination^ comme les appellent MM. Cernuschi et Duret, poétisent de pareilles situations ? De tous

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côtes les abîmas sans fond, au-dessus rimmensité, et au milieu de tout cela quelques hommes sur des troncs d'arbres, se sentant si petits auprès de ce si grande qu'ils ne se disent rien, parce qu'ils ne trouvent pas de mots à la hauteur de leur émotion.

Pendant plusieurs heures nous nous laissâmes emporter par le rêve, oubliant nos pêcheurs et nous-mêmes et, chose extraordinaire, nos pensées suivaient le même cours sans que nous nous le soyons communiqué. Par une association d'idée singulière, quittant les rivages indiens, nous nous étions laissés absorber par le souvenir.. . L'immense solitude de l'Océan nous avait ramenés vers la patrie et les absents. Je sortis le premier de cette somnolence lucide, et regardai avec curiosité ce qui se passait autour de nous.

Nos trois pêcheurs avaient presque rempli l'intérieur du catimaron de pélamides, de dorades rouges, de vavales d'un vert émeraude, excellents à manger crus , de grondins, de trigles, de rougets et de homards, mais ils n'avaient pu donner de pendant à la bonite qui, seule de sa taille, trônait en reine au milieu du radeau.

Il était environ une heure du matin, lorsque la fatigue et la fraîcheur reFative qui s'était élevée nous engagèrent à rendre visite à nos pro-

visions qui flottaient dans leurs barils de ferblanc. Muni du couteau à conserve^ j'arrachai le pâté de lièvre de son enveloppe, pendant que mon ami faisait de son côté une incision circulaire dans le sommet de la boîte de biscuits.

Je ne crois pas que nous ayons jamais fait repas plus singulier et de meilleur appétit. Nous étions en train de jeter quelques reliefs aux myriades de petits poissons qui continuaient à être attirés des profondeurs de TOcéan par la lumière de la torche, lorsque tout à coup nous vîmes le Karawé éteindre précipitaniment le feu, et ses deux aides se jeter sur leurs pagaies. En un instant le catimaron se mit à voler sur les eaux.

— Qu'y a-t-il? jSs-je aussitôt, intrigué au plus haut point par cette rapide interruption de la pêche.

Nous entendîmes alors au milieu de la plus profonde obscurité la voix grave de Chek- TouUah qui nous disait :

— Attention, saëbs, et ne quittez pas Tintérieur du catimaron, ce sont les mahapongous ?

— Que dit-il ? fit mon ami, qui n'avait sans doute pas entendu ce dernier mot.

— Nous sommes poursuivis par les squales, répondis-je.

— Quel dommage, continua simplement mon

insouciant compagnon, que Tobscurité ne nous permette pas d'essayer nos revolvers sur eux.

Une demi-douzaine de longues traînées phosphorescentes, qui rayaient la mer de chaque côté de notre radeau indiquaient seules la présence de ces terribles poissons, qui pendant quelques instants essayèrent de lutter de vitesse avec nous, mais nos pagayeurs avaient la main ferme, et dix minutes ne s'étaient pas écoulées que les squales avaient abandonné une poursuite inutile, leur vitesse étant fort heureusement en raison inyerse de leur férocité.

Il n'y a pas un seul poisson, même parmi les plus petits, qui n'échappe facilement au requin. Aussi, ce monstre toujours affamé, et toujours en quête de nourriture, n'arrîve-t-il à subvenir à ses besoins que par surprise, et en se conten tant de poissons morts ou malades.

Je me hâte de prévenir le lecteur que presque toute l'émotion de l'incident consistait surtout dans l'étrangeté de notre situation, et l'impression que produit toujours la présence d'animaux que l'on sait aussi terribles; quant au danger^ il n'aurait pu venir que de notre propre imprudence, ou de l'oubli du chef karawé à nous avertir, et ce dernier cas ne pouvait que bien difficilement se présenter, car les pêcheurs au flambeau sont immédiatement prévenus de

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l'arrivée du requin par la disparition immédiate de ces milliers de petites clupes et ablettes de mer qui grouillent constamment sous la torche à la surface de Teau.

Au bout d'une demi-heure de cette course, le flambeau fut rallumé, et nos hommes continuèrent paisiblement à jouer de la lance, et à remplir l'espace du catimaron réservé à leur capture.

— Est-ce qu'il ne vous arrive jamais, dis-je au tandel, de saisir un requin quand vous péchez au filet?

— Très - rarement , saëb, me répondit le brave homme, car, quand nous n'avons pas de feu à bord de notre embarcation pour nous troubler la vue, nous les apercevons de trèsloin, grâce au sillage phosphorescent qu'ils laissent derrière eux, et nous changeons immédiatement de station. Cependant, il arrive quelquefois qu'ils montent du fond de la mer, et alors, s'ils s'engagent dans nos filets, ces engins sont à peu près perdus pour nous, car ils les coupent avec la plus grande facilité et se mettent à les dévorer.

— Les requins dévorent vos filets I

— Oui, saëb ! ils avalent tout ce qu'ils rencontrent, et il m'est arrivé souvent, après en avoir tué au harpon, de trouver dans leur ventre

des morceaux de câble de navire, du bois

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pourri et des noix de coco tout entières que le flot avait emportées en pleine mer.

— Est-ce que vous pouvez attaquer cet animai avec votre catimaron?

— Certainement, saëb, et pour peu que cela vous plaise, nous pourrons^ au lever du soleil, harponner le premier que nous rencontrerons, il y en a tellement sur ces côtes que nous n'aurons que l'embarras du choix.

Lorsque les étoiles commencèrent à pâlir au firmament, et que la Croix du Sud ne nous montra plus que sa branche supérieure, la torche fut éteinte de nouveau, les lances assujetties le long du catimaron, et les pagayeurs, sur Tordre du tandel, enlevèrerit l'embarcation dans la direction de la terre, dont nous devions être à sept à huit milles environ.

Je dois dire que nous étions à bout de forces et soupirions après le retour, et bien qu'au lever du jour nous ayons aperçu de nombreux ailerons de squales sillonnant la surface de l'Océan^ ridée ne nous vint pas de demander au tandel Texécution de sa promesse. Depuis plus de dix heures nous naviguions sur des troncs d'arbre sans pouvoir changer de position, avec la moitié du corps dans l'eau, et il nous tardait d'aller goûter quelques heures d'un repos bien gagné dans notre petite hutte de feuillage.

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Mais il était dit que nous n'éviterions pas les émotions de cette lutte étrange, car, parvenus à cinq cents mètres à peine du rivage, le terrible aileron qui décèle à la surface de Teau la présence du requin en train de quêter sa nourriture, se dressa tout à coup cievant nous, et avant que nous ayons eu le temps de dire au tandel de réviter, ce dernier avait déjà donné Tordre à ses hommes de cesser de pagayer.

— Laissons faire, dit mon ami, aussi bien cela complétera agréablement notre excursion.

En apercevant le requin, Amoudou et son camarade avaient également abandonné le pagaie et nous entendîmes mon Nubien qui faisait avec Tinou le pari d'aller seul tuer le requin.

Je savais Amoudou capable d'exécuter son dessein, il y avait à peine deux mois qu'il avait tué un de ces terribles animaux dans la baie de Kalpentyn, pour sauver la vie à un Macoua; mais aucun danger ne nous menaçait, et dans les circonstances présentes un pareil acte n'eût été qu'une inutile fonfaronnade. Aussi lui ordonnais-je, de façon à être obéi, de se tenir en repos et de laisser au tandel et à ses Karawés le soin de pêcher la bête.

Par un mouvement insensible de pagaie, le catimaron avait présenté peu à peu son arrière

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au requin qui s'avançait; ce dernier n'était plus qu'à une trentaine de mètres de nous, lorsque Ghek-Toullah jeta à Peau un crochet à trois dents garni d'un des plus gros poissons de la pêche et retenu par une forte corde en kair. A peine l'appât était-il tendu et la corde amarrée solidement à un des troncs d'arbre du catimaron, que nous vîmes le squale augmenter de vitesse, arriver en se tournant légèrement sur le côté, seule position qui lui permît de saisir sa proie, en raison de l'inégalité de ses mâchoires, et happer poisson et crochet çn un instant.

— Tchicran po, tamby ! s'écria le tandel à ses hommes (en avant ferme, camarades).

Ces derniers se mirent immédiatement à pagayer avec force, et nous ne pûmes retenir un cri de joie en voyant le requin qui faisait d'inutiles efforts pour se dégager, obligé de suivre l'impulsion du radeau.

Les branches du crochet lui avaient traversé les chairs, entre l'œil et la mâchoire supérieure. Un quart d'heure après nous atteignions le rivage, et les Karawés achevaient leur capture à coups de lance.

Pour nous, sans attendre la fin de l'aventure, nous nous hâtâmes de nous rendre dans notre paillote, où, après avoir changé de vêtements,

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nous nous étendîmes avec délice sur une natte de rotin. Il nous eût été impossible d'aller plus loin

Lorsque j'ouvris les yeux, il faisait grand nuit, mon ami reposait encore, et Amoudou qui veillait près de la porte m'indiqua silencieusement avec ses doigts qu'il était neuf heures du soir, nous avions dormi près de quatorze heures.

Le lendemain, nous employâmes nos loisirs à.

de plus modestes distractions, et fûmes rendre visite le long des rizières et des marécages aux courlis, aux bécassines et aux pluviers dorés qui, sous les tropiques, fourmillent littéralement dans les hautes herbes. Sur le soir, comme nous rentrions à notre campement, Amoudou nous remit un petit billet qui avait été apporté par un sercar dans la journée. Il venait de Passistant du colonel Evans, et était signé captain : Frank Nolan.

L'assistant du directeur des chasses, ayant su par le thasildar que nous nous étions enquis de son chef pour lequel nous avions une recommandation spéciale, nous écrivait pour nous offrir l'hospitalité dans sa maison, il s'excusait fort poliment de n'être point venu lui-même nous faire son invitation, des nécessités de service ne lui permettant point de quitter la station

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en Pabsence du colonel, et il terminait en nous assurant qu'il ferait son possible pour nous rendre le séjour de la contrée agréable.

Il va sans dire que nous n'hésitâmjes pas à accepter des offres faites aussi franchement, et nous quittions le lendemain Kahawatté pour nous rendre à la station de Wallévé sur la rivière de ce nom. Le capitaine Nolan, à qui nous avions expédié immédiatement un message de remercîments, avait mis le comble à ses prévenances en nous envoyant un guide.

Nous déjeunâmes près du petit lac de Marokade, et sur le soir nous apercevions les rives du Wallévé.

En longeant la rivière au coucher du soleil, comme nous nous arrêtions pour examiner un pont de cordes en fibres de coco, [été avec beaucoup de hardiesse dans Tespace, nous entendîmes tout à coup des .rugissements prolongés monter des berges inférieures jusqu'à nous, et nous étant avancés sur les bords du ravin, nous aperçûmes deux jaguars qui se chargeaient avec fureur, tandis qu'à côté d'eux, une femelle en rut se roulait en miaulant sur le sable blanc de la plage. Les deux gaillards étaient trop occupés pour faire attention à nous, et nous continuâmes au plus tôt notre route, pour nous éloigner d'aussi dangereux voisins.

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A quelques milles de Florid-Garden, ainsi se nommait Thabitation où nous nous rendions, nous rencontrâmes notre futur hôte, qui venait au-devant de nous. Notre mutuelle présentation fut des plus cordiales, et c'est à ses côtés, dans son boggey, que nous achevâmes la route qui nous restait à parcourir.

Après les premiers compliments d'usage que le capitaine termina gracieusement, en nous assurant qu'il était notre obligé de ce que nous avions consenti à venir égayer un peu sa solitude, il nous fit indiquer nos chambres, en nous disant que le dîner était à nos ordres et qu'il serait prêt dès que nous le serions nousmêmes.

Mon ami qui, jusqu'au milieu des jungles, conservait toujours les formes de la plus exquise galanterie, on en sait quelque chose à Pondichéry, se hasarda de répondre que nous étions nous-mêmes aux ordres de lady Nolan.

— Hélas, messieurs, fît en riant notre hôte, lady Nolan n'existe que dans mes rêves, et elle n'a pas encore voulu se hasarder dans le sentier que je foule depuis vingt-huit ans.

Son rire franc et communicatif nous gagna et l'aimable jeune homme nous quitta en ajoutant : — Je vous cède ici, messieurs, tous les droits de la maîtresse de maison, usez-en à votre guise,

Je désire que vous ne vous trouviez pas trop mal de mon hospitalité de garçon.

Quel charmant Anglais ! telle est la réflexion qu'après le départ du capitaine nous échangeâmes immédiatement entre nous. J'en ai rencontré comme cela deux ou trois dans mes voyages qui étaient arrivés à une désespérante perfection de bon ton et d'humour^ alliant la retenue de Thomme qui sait son monde à cet exquis laisser-aller qui double entre gens qui s'estiment le plaisir des premières relations, et donne une apparence d'intimité déjà vieille à des amitiés de la veille.

La nuit était en ce moment complète, et, au* tant que nous avions pu en juger, l'habitation de notre hôte était splendide. La salle à manger que nous avions aperçue en passant sous une vérandah, surchargée de cristaux, de fines porcelaines et de flacons allongés qui se rafraîchissaient dans des seaux d'argent pleins de glace, nous invitait à ne point trop différer notre visite, aussi nous livrâmes-nous avec empressement à deux métis qui, entièrement nus et les éponges de massage à la main, nous attendaient pour diriger notre bain.

Quels délicieux réconforts que ces bains îndous ! nous nous dirigeâmes vers une salle toute stuquée de haut en bas, n'ayant d'autre ouver-

ture qu'une porte située à environ un mètre cinquante du sol. Nous descendîmes dans cette piscine par une demi-douzaine de marches de granit, et, à peine avions-nous touché le sol, que, du toit en zinc qui formait réservoir, tomba sur nous, pendant quelques minutes, une véritable cataracte d'eau fraîche; non contents de cela, les deux métis, chacun une lance à la main, nous envoyaient sur toutes les parties du corps des gerbes liquides à nous faire perdre la respiration. Au bout de cinq minutes de cette inondation générale, tout s'arrêta comme par enchantement, et les Cyngalais, s'emparant de nous, commencèrent cette délicate opération du massage qui, en moins de rien, rend toute sa vigueur au corps le plus fatigué.

Huile douce d'abord pour assouplir les membres, savonnage à grande eau pour faire disparaître les corps gras, essences les plus fines pour achever la toilette, le tout nous fut administré en quelques instants avec la plus rare habileté, et bientôt après nous faisions notre entrée dans la salle à manger, avec un de ces appétits qui sont la plus douce récompense des fatigues d'un voyageur.

Une soupière de mouloucoutanie, sorte de bouillon parfumé qui est un poëme de gourmandise, retourna à l'office complètement vide.

Nous attaquâmes alors des queues de langoustes braisées, avec une sauce aux piments, qui ne fit qu'une résistance de quelques minutes et furent immédiatement remplacées par des filets de saumon noir, cuits au beurre blanc et couchés sur un hachis de citron vert, et une timbale de levrauts qui avaient mijoté pendant plusieurs heures dans une bouteille de vin de Madère. Cette première partie du repas, par une attention délicate, appartenait à la cuisine indo-française. Après un repos de quelques instants, la cuisine anglaise fit son apparition avec le rôti, composé de trois pièces , une selle de mouton avec ses deux gigots, ficelée et troussée comme un poulet*, une douzaine de bécassines en broche, grasses comme des molettes de beurre, et un dindonneau sauvage. Au centre de la place que ces rôtis entouraient comme trois forts détachés, se trouvait une montagne de pommes de terre cuites à l'anglaise, c'est-à-dire à la vapeur ; il y aurait eu de quoi rassasier une compagnie de Highlanders...

Nous fîmes de notre mieux, c'est tout ce que je puis dire I... Suivant les physiologistes et les sages, il faut se lever de table avec un léger restant d'appétit. Hélas, nous fûmes obligés de le consacrer à la cuisine indoue, qui vint réclamer son tour avec ses carrys de gibier et de crevet-

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tes, aussi saluâmes-nous, avec le bonheur du combattant qui voit arriver du secours, l'apparition d'un bloc de glace où l'ananas, la pomme cannelle, la goyave rose et la vanille fraîchement cueillie mêlaient leurs nuances et leurs parfums.

Des corbeilles.de tous les fruits du pays composèrent le dessert.

Je ne dis rien des vins, qui étaient tous de choix et à qui quatre à cinq mois de mer avaient donné une précoce maturité.

Le café, qui la veille était encore sur la bratiche qui Vavait vu naître^ fut grillé, pilé dans un mortier de* marbre et précipité dans l'eau bouillante en cinq minutes, dans la proportion d'une demi-livre pour trois tasses, et quand il se mit à rebondir en fïots noirs et dorés dans nos coupes de vieux chine, la salle entière fut imprégnée de son parfum.

Que dirai-je déplus? à la fin du repas, l'Angleterre et la France se jurèrent une amitié éternelle.

Que l'on ne conclue pas de ces détails à un dîner d'apparat. Tous les officiers détachés, tous les membres du civil service mènent dans rinde une vie tellement luxueuse, que rien en Europe ne pourrait en donner une idée. Avec des appointements qui varient de cinquante à

trois cent mille francs par an, de l'assistant collecteur au juge de la haute cour de Calcutta, tous trouvent encore le moyen de faire des dettes.

Il faut bien vivre t vous diront le collecteur ou le magistrat, avec leur palais, leur armée de domestiques et leur douzaine de purs sangs dans les box.

Il faut bien vivre! vous dira le négociant qui dépense un lac de roupies * pour Pentretien de sa maison.

// faut bien vivre ! vous dira le dernier des employés, dont les services et l'intelligence vaudraient en Europe cent francs à peine par mois. Mais qu'est-ce que vivre, pour cet homme venu dans l'Inde comme soldat ou matelot ? « Vivre, comme dit Jacquemont, c'est avoir un cheval de selle, un cabriolet, une maison pour soi seul, une jeune maîtresse indoue, le moyen de boire une bouteille de vin par jour, une ou deux bouteilles de bière, enfin de ne boire d'autre eau que l'eau de selz. Du reste, il va sans dire que dans un climat si chaud il faut un nombreux domestique. . . Tous les Anglais qui viennent dans l'Inde estiment qu'ils font par là un énorme sacrifice et qu'ils ont droit aux plus fortes indemnités. Dans

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