I. Riz en vert en grains non douécortiqués
charrue, d'une simplicité grossière, se compose seulement d'une pièce de bois pointue servant d'araire qu'un ou deux bœufs chétifs tirent par l'intermédiaire d'un long manche également en bois.
Le premier jour on commence par mettre sur le champ cinq centimètres d'eau, le deuxième jour on laboure; le lendemain on l'arrose de cinq centimètres également, et le quatrième jour on laboure pour la seconde fois ; on herse le lendemain de chaque labourage, c'est-à-dire que l'on casse les mottes sous les pieds.
Pour faire le premier labour, d'un demihectare dans un jour, il faut sbc charrues et deux coolies qui broient les mottes de terre.
Au troisième labourage on rectifie les varappous^ petites levées de vingt-cinq à trente centimètres de Jarge sur quinze à vingt-cinq de haut qui divisent le champ en parcelles, et on les règle avec soin.
Dans un demi -hectare il y a en général neuf parcelles, chacune de cinquante mètres carrés. Ces dimensions peuvent varier. On adosse aux varappous de la boue en talus pour arrêter les filtrations qui pourraient avoir lieu par les fissures, ou des trous d'une parcelle à une autre.
En labourant, on dispose la terre en pente
pour faciliter récoulement des eaux depuis les parcelles hautes jusqu'aux basses.
Fumage, — Le premier jour on ifume avec des feuilles de porcher ou d'autres arbres. On les laisse se macérer et se décomposer pendant huit jours. Au quatrième labourage, on les remue et on les retourne. Cela fait, on donne le cinquième labour; on laisse séjourner cinq centimètres d'eau pendant un jour, et ensuite on sème. Le jour de l'ensemencement, on commence par niveler le terrain boueux avec une planche de deux mètres de long, trente centimètres de large et quatre centimètres d'épaisseur, traînée au moyen d'une chaîne par deux hommes, s'il s'agit d'une petite étendue, et par deux bœufs en cas contraire; le conducteur est placé sur la planche et sert par son poids à l'opération ; on passe la planche une seule fois. On sème aussitôt qu'il y a trois centimètres d'eau mêlée de boue; un homme suffit pour niveler et semer.
On ensemence avec force par aspersion à la volée, en donnant au bras un mouvement circulaire; les graines s'enfoncent dans la boue, l'eau reste dessus.
Le lendemain de l'ensemencement on lâche l'eau, ce qui dessèche superficiellement la terre; le troisième jour la germination commence; le cinquième jour on fume légèrement ; on arrose
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à la hauteur de trois centimètres pendant quinze Jours, puis de cinq centimètres jusqu'au trentième, et ensuite de dix centimètres.
Si la terre est féconde et bien amendée, une graine peut pousser plusieurs rejetons, et par suite donner autant d'épis. Souvent on est obligé de détacher les rejetons les uns des autres pour les replanter ensuite.
Trente jours après Tensemencement, au plus tard, on fait le premier sarclage; il faut pour cela douze coolies par hectare. Après Tensemencement on garde Teau pendant trente ou quarante jours, après lesquels on voit poindre la verdure.
On prend dans le champ des plants oi il y en a trop et on les transplante ailleurs, aux endroits où les graines ne sont pas levées. A cette époque les plantes, dans un terrain bien arrosé et fertile, ont quarante centimètres de hauteur et trente centimètres seulement dans les terres médiocres.
Dans le Tadjaore et autres pays irrigués par le Cavery, on ne cultive le riz que par transplantation et jamais par ensemencement, excepté dans les terres hautes.
Au moment de la transplantation, les beaux semis en pépinière ont de quarante à cinquante centimètres de haut.
On y met, dans le commencement, les eaux sur cinq à dix centimètres de hauteur, on les augmente graduellement et jusqu'à vingt centimètres, hauteur que Ton maintient jusqu'à maturité.
Pendant la culture, on change l'eau assez souvent dans le but d'engraisser la terre du limon des crues qui, avec les souches pourries des précédentes cultures, remplace avantageusement les meilleurs fumiers. On n'y fait presque partout qu'une récolte par an. Les cultures sont magnifiques. On compte de un litre à un litre et demi de débit contenu par seconde et par hectare.
Sur le territoire de Pondichéry, à partir de la transplantation, on doit, de règle et d'urgence, garder toujours cinq centimètres d'eau au moins. On entretient l'humidité pendant quatre mois et cinq jours après la transplantation.
Rien de beau comme une plaine verdoyante de riz bordée de tiges d'arbres de hautes futaies.
Moisson. — La dessiccation des épis et des tiges en annonce la maturité; dès que les riz jaunissent, c'est-à-dire de quinze à vingt jours avant la récolte, on retire l'eau. Quand la terre est assez sèche, on coupe à la faucille par un temps sec et chaud, sans exposer les épis à l'égrainage ni à la germination par l'humidité.
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On bat les épis le Jour ou le lendemain de la coupe, suivant les circonstances, en les frappant contre Taire par paquets de vingt centimètres d'épaisseur qu'on entoure et saisit à une extrémité avec un fort lien en paille; puis on secoue les gerbées et on les donné à fouler aux boeufs ; ceux-ci, au nombre de sept, réunis de front par une seule corde, foulent à la ronde les pailles. On récolte par hectare de vingt à soixante hectolitres.
Culture en poussière, — Dès que les premières pluies ont assez mouillé la terre pour la rendre meuble et permettre de labourer en poussière, on lui donne de cinq à six labours à quinze jours d'intervalle, on va quelquefois jusqu'à dix labours, si la pluie favorise ou si la terre exige des façons ; on fume de un à quatre mois avant l'époque des semailles au moyen de dix à vingt charrettes de fumier à l'hectare, suivant que la terre est bonne ou médiocre, ou bien avec deux ou trois charretées de marc d'indigo.
Une fois que les labours dont il a été parlé ont rendu la terre meuble et humide, mais non boueuse, on sème 144 litres de riz Chambasou Karres bien secs, puis on passe la charrue une seule fois de manière à recouvrir les sillons sur îa semence. Si la terre ensemencée est légère et
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sans liaison, on la fait fouler par des troupeaux de moutons ou de bœufs, de même qu'on passe le rouleau chez nous sur les terres.
La terre, réduite en poussière par ces labours, reste légèrement humide pendant les trois premiers mois qui suivent Tensemencement sans jamais devenir boueuse.
Après sept jours, la germination commence ; il faut arroser le vingtième jour si la terre est sèche, et le trentième si elle est humide. Ensuite on donne les autres soins comme aux terres argileuses.
On obtient de quatorze à quinze hectolitres
; €t même, exceptionnellement, jusqu'à trente
hectolitres en Chambas et de dix à quarante-huit
• hectolitres en Karres (espèces diflférentes de riz)*
On ne peut faire par an qu'une récolte de riz;
>màis si la terre est assez humide, on sème,
-quinze jours avant la coupe du riz, une sorte de
.menus grains (mil ou sorgho), dont on obtient
une récolte à raison de quatre à six hectolitres
" par hectare.
Partout où il y a des moyens d'irrigation tels ■que les étangs, rivières, canaux, sources et au- . très, si les terres sont argileuses ou susceptibles d'être labourées en boue, on cultive ordinairement les riz en boue.
Dans les mêmes terres pn cultive aussi le bé-
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tel, les diverses variétés des bananiers et les cannes à sucre en divisant la terre par des tranchées parallèles de cinquante centimètres de profondeur et en les arrosant assez souvent. Les deux dernières cultures se font aussi dans les terres à menus grains. Les terres à riz privées de ressources d'eau suffisantes, et c'est la majeure partie, sont cultivées en poussière et arrosées par les pluies et avec Teau des puits au besoin, mais ce dernier moyen est souvent ruineux*
Menus gi*atns, — Il y a une très-grande variété de menus grains.
Voici de quelle manière on cultive l'espèce la plus commune : le combou.
On donne cinq labours au moins et plus suivant la nature du terrain. Après le deuxième ou troisième labour, on met sur la terre, pendant quatre ou cinq nuits, deux ou trois cents moutons que Ton y fait circuler tantôt en troupeau, tantôt éparpillés. A défaut de cela, on est obligé de fumer avec dix charrettes de fumier à l'hectare ou deux charretées de marc d'indigo. On laboure pour la quatrième fois. On donne ainsi jusqu'à l'ensemencement trois ou quatre labours, et, si le sol est friable, terreux et sableux, on s'en tient là pour ne pas altérer le peu de consistance et d'humidité qu'il peut avoir.
VOYAGE AU PAYS DES ÉLÉPHANTS. l53
Dès qu'une pluie vient à humecter le terrain déjà fumé, on sème à la volée, on herse et laboure le champ une seule fois en largeur, et s c^est le dernier labourage ; on le fait fouler par des moutons pour y enfoncer les grains et lui faire mieux conserver son humidité.
On nivelle les sillons au moyen d'une sorte de .natte grossière en bois, faite en menues branches de deux mètres de longueur et dix centimètres d'épaisseur ; un bœuf la promène en divers sens jusqu'à ce que le terrain soit bien uni et que les graines soient bien recouvertes de terre.
Entre l'ensemencement et la coupe il faut, pour avoir une bonne récolte, quatre pluies au moins et quatre sarclages. Dans les soixante jours, tout le champ monte en épis.
Moisson. — On coupe les épis avec une tige de dix centimètres de longueur; on javelle sur les champs en petites poignées qu'on lie ensuite en gerbes de dix centimètres, et qu'on entasse en paquets de trente centimètres sur une aire de dix mètres de côté.
Immédiatement après on fait fouler les gerbes pendant deux heures par sept boeufs attachés de front et Ton dégraine ; puis on déplace les gerbes et on les fait fouler de nouveau par les bœufs; on sépare la paille et on vanne le grain.
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« Un bon cultivateur, cultivant pour lui-même, peut, avec une charrue à lui, mettre en valeur deux "hectares et demi de terre, un demi -hectare de rizière en boue, un hectare en poussière et un hectare de terre en menus grains.
De cette manière, il peut utiliser toute Tannée sa charrue et ses serviteurs à gage en leur adjoignant au besoin des auxiliaires suivant les cultures, et successivement pour les cultures différentes.
La répartition des cultures dépend, dans chaque territoire, des moyens d'irrigation dont on dispose. Ceux que possède le territoire de Pondichéry dont l'étendue est de vingt-huit mille hectares environ consistent en :
Trois étangs principaux ayant chacun de quinze à vingt-cinq kilomètres de pourtour •,
Cinquante - cinq réservoirs annexés à ces étangs ;
Deux cents sources';
Huit rivières ou ruisseaux torrentiels à répoque des grandes pluies;
Neuf grands canaux dérivant les eaux de ces rivières et alimentant les étangs;
Trois cent quatre-vingt-un petits étangs particuliers à Tusage des hommes et des bestiaux;
Deux mille puits revêtus en briques servent au même usage.
VOYAGE AU PATS DES ÉLÉPHANTS. l55
Les étangs occupent douze pour cent de la surface du territoire; le tiers des cultures est en riz, bétel et autres cultures qui se font par Peau.
Les deux autres tiers des terres cultivées sont à menues graines.
Si la récolte des menues graines vient à manquer, soit, ce qui arrive généralement, faute de pluie, soit par inondation, les campagnes sont ■ privées de leur principal aliment. Mais les riz - font, avec les cultures industrielles, le fond de la richesse et du revenu réalisable, et leur abondance dépend complètement de l'aménagement •des eaux. Cet aménagement est fort remarquable dans rinde; on peut dire que dans nul -autre pays il n'a reçu un développement comparable.
Dans la partie septentrionale de Tlnde, qui s^ai^uie aux Hymalayas, les cours d'eau ont leur source dans ce massif le plus élevé et le plus étendu qu'il y ait au monde. Ils sont très- ^ nombreux et très-considérables lorsqu'ils atteignent les plaines immenses et basses qui commencent presque au pied de ces montagnes.
. Ils augmentent peu ensuite, malgré qu'ils se réunissent successivement en un même tronc, le Gange. Les nombreux affluents hymalayens que ce fleuve reçoit sur sa gauche, tout le long de son cours, ne font guère que réparer ses pertes
ib6 VOYAGE AU PAYS DES ÉLÉPHANTS.
<lues aux embranchements sans nombre et aux canaux, y compris celui du grand canal du Gange, qui s'en détachent surtout à droite et qui orment le seul aliment des irrigations de ce . /aste pays; car, dans le nord de Plnde, on n'avait pas songé à emmagasiner les eaux pour les irrigations.
C'est maintenant seulement que les ingénieurs anglais du Bengale commencent à y créer des étangs, par imitation du système réalisé depuis des siècles dans le sud de l'Inde.
La hauteur des fleuves, par rapport aux plaines environnahtes, facilite beaucoup la création des systèmes d'irrigation.
En général, des dépôts, dus aux débordements des rivières, ont produit, à partir de leurs rives, des pentes transversales inverses de celles naturelles et primitives de la vallée. Ainsi, la jonction des deltas contigus de la Khrisna et dû Godavery (dans le sud) a lieu à la rencontre des pentes transversales venues de la rive droite du dernier fleuve et de la rive gauche de la Khrisna, suivant une ligne basse qui forme la décharge des grands débordements. Ces deux fleuves, ainsi que le Cavery, le Gange sur une partie de son cours, et l'Indus, sont pour ainsi dire encaissés entre deux bourrelets qui dominent leurs vallées.
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Le long de r Indus, la largeur du bourrelet, €n surélévation de chaque côté, est presque constamment de seize cents mètres.
« Presque toutes les rivières de la Présidence de Madras ne sont guère que des lits de sable secs pendant la saison chaude, et on n'en peut tirer que peu d'eau pour Tirrigation; pendant les moussons, elles sont plus ou moins pleines, et c'est alors seulement, ou du moins principalement, qu'une portion de leurs eaux est dérivée par le moyen de barrages et de canaux dans les pays environnants, pour rafraîchir et fertiliser de leurs dépôts les rizières et les jardins.
Tous les étangs sont anciens et ont été cré^és par les natifs; les uns ont été simplement entretenus , les autres restaurés ou modifiés par les ingénieurs anglais.
Les places convenables pour former des étangs sont pour la plupart déjà occupées, et il y a peu de rivières, ou même de torrents, qu'on ait laissé atteindre la mer sans les forcer à céder une partie de leurs eaux à des canaux qui les conduisent à des réservoirs.
Dans la Présidence de Madras, si l'on en excepte les deltas de grands fleuves, toute l'irrigation repose sur les étangs. Il y en a de deux . sortes, les réservoirs et les étangs exclusivement de source qui sont beaucoup plus petits.
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