ETAT PRIMITIF DU BATIMENT
avons le plaisir d'y visiter le vieux chalet rustique du Th^l(imarken avec son ameublement primitif, puis le « stabler », ou grenier paysan, et enfin r(5trange et curieuse eglise de Gol, qu'un roi, k la fois artiste, poete et arch^ologue, a pris soin de faire transporter du Hallingdal en ces lieux.
Cette Eglise du xii* ou du xiii« siecle, entierement en bois, avec
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ses nefs, son abside, ses piliers 6normes, son autel, ses stalles, ses fresques et son cloitre ext6rieur, est un beau specimen de I'architecture religieuse primitive des peuples scandinaves.
Sa restauration fait le plus grand honneur k celui qui I'a dirig^e, et I'affluence des visiteurs norw^giens dans ce village d'antan, prouve bien que I'amour de I'arch^ologie p6n6tre de plus en plus dans les moeurs de nos contemporains, quoique beaucoup en fassent, sans s'en douter, k I'instar de M. Jourdain.
En rentrant k Kristiania, nous avons apergu, tout aupres d'un modeste chalet abrite sous les sapins, une table k la nappe blanche entour6e de laquais galonn^s ; quelques hommes d'ages divers, k la tenue correcte, mais bourgeoise, y ^taienfassis; I'un d'eux portait un chapeau de paille ;... notre guide nous kpprit que c'6tait le roi Oscar II, petit-fils de Bernadotte, connu ici sous le nom de Charles XIV.
J'ignore si vous savez qu'aux termes de la Constitution suMonorwegienne, le roi est tenu d'habiter plusieurs mois chaque ann6e dans I'un et I'autre des deux pays, qui composent son royaume.
Cette residence me paralt d'autant plus n^cessaire, qu'un mouvement s^paratiste trfes accentu6 se manifeste dans les viiles norw6giennes.
Vous n'attendez pas de moi un r^cit d6taill4 de notre excursion aux environs de Kristiania, n'est-ce pas? Cette correspondance serait interminable.
II faut pourtant que je vous signale un monument, unique en son genre, qu'abrite le mus^e national. II s'agit d'une de ces immenses barques des anciens Vikings ou Normands, qui, pendant plus de trois siecles, ravag^rent notre infortun6 pays, remontferent la Seine et la Loire et brulferent deux fois Orleans (1). Cette barque, ou chaloupe, trouv6e vers 1880, k Gogstad, non loin de Sandefjord, mesure 23 metres de longueur et 5 metres de largeur. Elle servait, m'a-t-on dit, de sepulture a un geant, dont le squelette, conserve dans un autre musee de Norw^ge, ne mesurait pas moins de 7 pieds de hauteur. L'on a recueilli k son bord tous les agr6s et ustensiles de ces
(1) 856. — Premiere invasion. L'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire fut pill6e a cette mfime date.
865. — Deuxieme invasion, sous I'gvfique Agius. Pillage et incendie.
895. — TroisiAme incursion, faite par une flottille normande de quarante bateaux du genre de celui-ci. La ville fut seulement rangonn^e.
DE PARIS AU CAP NORD
explorateurs intr^pides, qui, au x* si^cle, las de pillages et de pirateries faciles, traversferent les flots et las glaces de I'oc^an pour d^couvrir, par la voie du Nord, le nouveau continent sur lequel les Espagnols devaient aborder cinq si^cles plus tard.
Allons! me voili encore parti; je m'arrfete, laissons Ik, arch^ologie et histoire... Suivez-moi, s'il vous plait; gagnons la gare en toute Mte et prenons place dans le train de Trondhjem. Nous en serons quittes pour dix-neuf heures de voyage, et, k notre arriv6e, nous n'aurons plus qu'k prendre le bateau-poste pour gagner le pays des baleines.
De Kristiania k Trondhjem (ou Drontheim, comme disent les Allemands) la distance n'est pas moindre de 561 kilometres. A notre train, est annexe un wagon-salon orn6 de la couronne royale. Un homme d'une trentaine d'ann^es, grand et bien tourn^, y prend place. II est en tenue de ville et porte le chapeau rond. Quelques personnes I'accompagnent; on nous ditque c'est le prince Karl, troisifeme fils du roi Oscar II. II se rend k Koppang pour chasser, dans les forSts immenses qui couvrent les rives du Glommen, le lynx, le renne sauvage, le lievre, le renard, et peut-etre aussi I'^lan, bien que cet animal, devenu rare, soit prot6g6 par la loi, qui defend, m'a-t-on dit, au commun des mortals, de le tirer sans n^cessit^.
Jusqu'k la nuit, nous jouissons d'un spectacle grandiose : des rapides, des forftts, des montagnes couvertes de neige passent devant nos yeux; des cascades se pr^cipitent k nos pieds... De loin en loin, apparait une de ces fermes dont le proprietaire n'administre pas moins de 15 et 20 000 hectares de terres et de bois.
Les batiments d'habitation, proportionn^s ei I'immensit^ du domaine, sont nombreux comme les maisons d'un village, ils rappellent les villas de nos premiers seigneurs m^rovingiens. Souvent, k cot^ des greniers, auxquels chevaux et voitures accident par un plan incline, se dresse I'habitation du maitre, entour^e des batiments de service et des Stables.
Toutes ces constructions, faites de madriers 6pais, assembles k queue d'aronde, calfates avec de la mousse et reconverts de planches, sont rev^tues de la couleur rouge ocreuse (1) que je vous ai signal^e db& notre arriv6e k Gothembourg.
(1) Ces peintures rouges et jaunes, adoptees exclusivement pour cet usage enNorwSge, Bont a base d'oxyde de fer. Ces produits se trouvent en abondance dans ce pays,
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Dans ces fermes, ^loign^es de tout centre important par des distances 6normes, vit une population de cuUivateurs, de patres et de bucherons. Les premiers demandent k la terre ce qu'il faut pour nourrir la communaut^ et le betail; le produit de leur travail est
TYPES NORWEGIENS
consomm^ sur place. Le lait des vaches, le beurre, I'orge, la farine de hU et de seigle, servent k leur propre aliinoniation et k celle des travailleurs qui se livrent k Texploitation des bois.
extrSmement riche en mineral. lis y sont employes pour assurer la conservation dea bois de construction, exposes a la neige et a la pluie pendant les longs mois d'liiver. La niodicite de leur prix en a generalise I'usage.
BATEAU DE PECIIK SUR LKS COTSS DB NORWEGB
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DE PARIS AU CAP NOHD 2S
Le mattre fermierva chaque ann^e vendre ses coupes kKristiania, ou bien encore k Fredrikstad; il en retire un revenu variable, mais parfois 6norme, car ses marches d^passent souvent plusieurs centaines de mille couronnes (la couronne, unit6 mon^taire du pays, equivaut k 1 fr. 40. c.)
Le Glommen est Ik, a,u, pied de ces montagnes bois6es, pret k recevoir et k entratner dans ses flots la marchandise vendue. Ce
UNE GRANDE CHUTE EN ELFKARLEBY (nORWEGE)
chemin « qui marche » traverse tout le Hedemarken et I'Osterdal, du nord au sud, sur une longueur de 480 kilometres.
Pendant I'hiver, les glaces encombrent son lit, et le trafic est interrompu ; mais, quand arrive le printemps, de toutes parts se precipitant les millions de sapins abattus pendant la saison des neiges, et le fleuve disparait, en quelque sorte, sous lesbois entass^s,
Vous faites-vous une id6e de ce que peut 6tre cette debacle d'un.e foret roulant de roc en roc, sautant les cataractes et marchant avec la vitesse d'nn torreat 1
II paralt que ce spectacle imposant, unique dans notre vieille Europe (1), est indescriptible; parfois, des embacles se produisent,
, (l), L'exploitatian forestiire du Morvan (NiiTre) peat donner une faibl&id^e de ct gpectacle ; mais, seule rAmgrique pourrait rivaliser arec la Norwege au point de vu«
il faut alors que des hommes experiment's se d'vouent k descendre dans le lit du fleuve, pour scier et 'carter les pifeces qui forjnent barrage, au risque d'etre eux-memes surpris par la pouss'e colossale des bois amoncel's et emport's dans ce chaos.
Chaque ann'e, le Glommen fait des viclimes parmi les ouvriers enr'giment's en equipes et stationnes sur les points dangereux de
ROUTE SUR LE FILIFJELD (nORW^GB)
son parcours. C'est k peine si leurs cris sont entendus, car le bruit produit par ce tonnerre d'un nouveau genre fait gronder les 6chos de la montagne k plusieurs lieues a la ronde.
ci3 I'importance de cette production. II se pourrait que les pays soandinaves trouvassent, ayant peu, de dangereux rivaux dans les Etats-Unis. En effet, cette ann^e, des marchands de bois de New-York ont reussi a faire venir par mer, de la Nouvelleficosse, un radeau gigantesque, compost de 20 000 troncs d'arbres et pesant 15 000 tonnes. Ce fuseau mesurait ISl^bO de longueur sur 16^75 de largeur, enfin 11^60 d'epaisseur, Sa circonf^rence etait, au centre, de 43^73. Cette construction immense, consolid6e par une chaine centrale, remorqu^e par sept vapeurs, portait le nom de Joggins. Ce radeau, prepare dans la bale de Fundy, a franchi une distance de 11 000 kilometres et est entre le 11 aout dernier en rade de New- York. (Journal La Nature, n» 802.) La Su4de et la Norw6ge feront bien de suivre de tres pr6s le mouvement qui se prepare la-bas, et de prendre leurs precautions en consequence, si elles ne veulent voir leur Industrie forestiere menacSe a courte ficheance par cette concurrence efl'royable. D6ja les forges de Su^de sont ruinges par I'Angleterre, et nous savons, nous Franqais, ce que pent attendre I'agriculture de la lutte in^gale ouverte entre I'ancien et le nouveau monde. Caveant consules t
DE PARIS AU CAP NORD
J'aurais trop a vous dire, mon cher ami; il faut savoir se borner, sous peine de ne savoir 6crire. Arrivons done k Trondhjem et reposons-nous un instant.
Cette ville de 25 000 ames possfede un port tr&s important, des magasins bien approvisionn^s, des rues larges et une catb6drale splendide que Ton restaure k grands frais. Depuis quinze ans, les ouvriers et les sculpteurs s'emploient k rendre sa splendeur k ['antique sanctuaire fond6 au x" si^cle par le roi Olaf, en I'honneur de saint Clement. C'est Ik que des rois de Su^de et de Norwege viennent sefaire sacrer, en vertu d'une vieille et respectable coutume
tc^isn DB THONChJEM AU SIECLE DERNIER
Toutefois, nous sommes bien dans une de ces villes septentrionales qui ne ressemblent en rien k celles que nous connaissons. La poste estpresque le seul batimentconstruit en pierre; les magasins, les hotels sont en bois et assis sur une base de schiste ou de granit extraits du sol meme.
Sans reprendre mon cours d'histoire, je m'en voudrais cependant de ne pas attirer un instant votre attention sur I'antique Nidaros (tel 6tait le nom de Trondhjem avant le xvi« siecle), qui fut pendan< de longues ann^es un repaire de pirates, comme Alger, sur la M6diterranee, avant la conquete fran^aise.
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28 VOYiAGE AU PAYS DBS FIORDS
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Cette antique capitale des pays du Nord deviat, au eours di moyen age, un centre de pelerinage, h cause des reliques de sain) Olaf d^posees dans la ehasse d'or de saint Clement.
La Reforme, dans ^sa rage aveugle, pilla eette belle cit6, qui ne comptait pas moins de quinze egiises etcinqcouvents.
Ce que la pestejlies incendies, les guerres «iviles, avaient commence, la guerre religieuse se chargea de I'acliever. Nidaros tomba presque en ruine; sa decadence fut complete; mais, par un singulier rejourdes chosesd'ici-bas, la cit6 des rois chrdtiens semble renaitre de sescendres, et le chemin de fer, ce maitre du monde moderne, va se charger de lui rendpe sa splendeur. Une voie ferr^e r^unit Trondhjem k Stocklolm, un autre la met en communication avec Kristiania; avant pen, le nord de la Suede fera de ce port norw6gien, tbujours libre de glaces, grace au Gulf-Stream, son principal entrepot.
J'ai fini... Le Jonas-Lie est Ik qui nous attend, pretk nous emporter k travers les fiords et les lies, jusqu'au pays des Lapons, des I'ennes et du soleil de minuit.
Je vous laisse, bien cher ami; le mal de mervous fatiguerait peut- Hre; restez done k terre, agitez votre blanc mouchoir aussi longtemps que le vapeur sera en vue. C'est la mode norw^gienne ; nous vous r^pondrons du large, puis nous prendrons chacun notre route, vous dans le sud et nous vers le nord.
Vous pouvez compter sur ma bonne volenti pour vous donner de mes nouvelles et vous signaler tout ce que nous aurons vu d'int6ressant dans ces regions quasi-myst6rieuses pour nous, Orl^anais, gens du Midi, espece de Hottentots aux yeux de nos fr6res en humanity : les Lapons du Nordlandl
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