UEPECAGE DE LA BALEINE
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DU CAP NOnD A BKrifiF.N
point precis oi le 18" de longitude Est coupe le 70» do latitude Nord. Nous guettions attentivement la reine des mers, et d6ja bien souvent nous avions pris pour eile d'enormes dauphins qui venaient se jouer autour de notre batiment. Enfin, tout a coup, nous aperf.umes une masse noire, semblable k une grande chaloupe renvers(5e s'arrondissant au-dessus de la surface de I'eau. Un cri retentit k bord, et tous les passagers rtipondirent k notre appel; mais quand lis arriverent sur le pont, nous ne pumes leur montrer qu'un bouillon d'ecume et la place oii I'animal avait disparu.
Vous n'avez pas id6e de la richesse de la faune dans ces contr^es septentrionales. Ce ne sont partout que bandes d'eiders et de canards, nu^es de mouettes et de goelands. Dans les Loffoden et sur le continent, des Anglais viennent se fixer uniquement pour pecher le saumon ou chasser la g61inotte et le h'cvre blanc, dont la peau toute tan-n^e se vend aux Strangers 1 fr. 40 seulement dans les magasins de Tromsoe.
C'estici I'occasion de vous signaler un artifice ing^nieux employ^ dans ces regions par les pecheurs de saumon. Sachant que ce poisson recherche avidement les eaux courantes et les cascades en particulier, ils blanchissent k la chaux la base des rochers noirs du littoral sur une largeur d^terminee. De loin, leurs victirnes prennent cette bande blanche pour de I'ecume, et se dirigent vers elle dans I'espoir de remonter la chute absente; quand ils s'aperQoivent de leur erreur, ils se trouvent enferm^s dans les filets tendus k leur intention. Get attrapc-nigaud n'est pas sans analogic avec ce que nous nommons en France : /es manoeuvres Electorates. Ici c'est le saumon qui paie, chez nous c'est le contribuable, voih'i la difference. La comme ici c'est I'amorc^ qui est victime. Voilk la ressemblance.
J'aurais grand plaisir, cher ami, k prolonger cette causerie, mais nous approchons de Trondhjem : I'heure des adieux va sonner. Les Latins vont se s^parer pour toujours peut-etre, et cette pens^e assombrit la derniere journ6e de notre navigation.
Le soleil brille au ciel, comme pour augmenter nos regrets de quitter ces regions merveilleuses, et te Jonas-Lie lui-meme semble ralentir sa marche, pour nous retenir quelques heures de plus k son bord.
N'est-ce pas le cas, pour nous de chanter le vieux refrain de France :
Adieu mon beau navire Aui grands raits pavoises; Je te quitte et puis dire :
lies beaux jours sont passes.
Mais non, jele sens, nos cceurs nous guident par delk les flots, vers cette m^re-patrie oii nous avons laiss6 tout ce que nous aimons: parents, amis, foyer domestique. C'est bien \h, sur ces rives de la Loire, au cours majestueux et tranquille, et non vers le p61e, que se trouve la force inconnue, I'aimant puissant dont nous 6prouvons I'irr^sistible attraction.
A bieotdt done si, comme je I'espfere, Dieu nous protege et noui conduit.