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CHAPITRE IX

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TRONDHJEM — KRISTUNSSUND — LES ANGLAIS EN NORWEGB

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Le 25 septembre 1888.

Je reprends ma correspondance interrompue par le depart dn

courrier, et puisque vous avez I'indulgence de m'assurer que ce

r^cit pr^sente quelque int^rSt k vos yeux, je vais m'en donner k

cceur joie de vous narrer nos excursions dans le Romsdal, le

Hardanger et le Valders.

Le 21 aout, k trois heures et demie du matin, le Jojias-Lie

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accostait le quai de Trondhjem. Vous pensez si la ville ^tait d6serte

k cette heure matinale; seuls, quelques rares portefaix stalionnaient

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sur la jetee. Bientot arriverent k grande allure les portiers des

hotels, acharnes a la poursuite du touriste, comme des marsouins k

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la chasse du poisson blanc. Au loin, I'aurore eclairait I'horizon de

teintes mauves, les mouettes jouaient en sifflant au-dessus des eaiix

tranquilles: prfes de nous, les chaloupes abandonn6es se balaneaieat

mollement sur les vagues soulev^es par uotre h6Iice.

Peu k peu, les blanches murailles de la petite citadelle bdtie

au-dessus de la ville prireat, sous les premiers feux du soleil levant,

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une teinte d'or qui tranchait sur la verdure dont elles ^talent

encadr(5es, puis les cloches des 6glises jeterent tour k tour les

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heures et les quarts sur la ville endormie; enfin les portes et les

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fenetres s'ouvrirent, les voitures commencerent k rouler, et I'antique

Nidaros (1), sortant de son sommeil, reprit sa physionomie vivante

de chaque jour.

Mors les latins serrferent une derni6re fois la main du capitaine,

(1) Norn que porta Trondhjem jusqu'au ivi« siecle, a cause de sa situation a Teinbou-

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cliure de la riviere du Nid.

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DU CAP NORD A BERGEN

salu6rent I'^quipage du Jonas-Lie, et ce ne fut pas sans Amotion que nous regumes k notre tour leurs derniers souhaits.

Ici nous abandonna notre troisifeme compagnon de voyage, Henri Rousseau, ingenieur des ponts et chauss6es, attache a I'inspection de la Marne. Mettant h profit un cong^ bien court, ce brave ami nous avait rattrapes h Kristiania. II lui fallait maintenant regagner Paris en toute h^te pour r^pondre aux exigences de son service. Quatre-vingts heures de voyage le separaient de son bureau! Nous vimes cet infortunci martyr du devoir marcher au supplice, avec la tranquillity d'ame d'un Phil^as Fog partant du club pour entreprendre son tour du monde en quatre-vingts jours!

Si jamais vous voulez savoir comment on peut, sans m.ourir k la peine, faire en moins de vingt journees le voyage de Paris au cap Nord, visiter trois capitales et quelques villes de second ordre, adressez-vous k lui, c'est son secret !

A huit heures du matin, nous reprenions notre route vers le Sud, nous dirigeant sur Molde, station distante de 225 kilometres de Trondhjem. Les guides signalent cette traversee comme une de celles qu'il faut eviter, car d'ordinaire la pleine mer fait rudement sentir sa puissance aux passagers qui s'aventurent sur ces cotes. Nous n'eumes pas k nous plaindre de I'agitation excessive des flots, nous f(!imes doucement berets, mais, en revanche, le paysage nous parut monotone. Je dois toutefois ajouter, en maniere de circonstance att(5nuante, que nous avions mal dormi la nuit precedente et, de plus, des nuages (^pais envahissaient pen k pen le bleu du ciel. Pr^s de nous, les rochers s'entassaient sans la moindre verdure, et roulaient les uns sur les autres sans originality. Ces masses grises, arrondies, uniformes, anciennes moraines de glaciers disparus depuis des milliers d'ann^es, prenaient I'aspect d'un gigantesque charnier d'elephants.

Apres avoir longtemps suivi cette c6te triste et d^serte, notre steamer s'engagea dans une passe ^troite, k I'entr^e de laquelle apparurent quelques maisons. A tribord, des femmes et des enfants ramassaient sur le rocher des morues, qu'ils disposaient en piles r6guli^res ; k babord, de grands bateaux plats ramenaient k terre de nombreuses 6quipes d'hommes et de femmes dont la journ^e de travail 6tait achevee.

Nous (^tions k Kristianssund. Cette petite ville de 8 000 habitants

VOYAGE AU PAYS DES FnitOS^

se cache aux regards indiscrets derrifere d'6normes rochers sur lesquels on la voit tout h coup s'6tager en amphitheatre. Sa population est r^partie dans quatre lies nomm^es Kirkelandet, Inlandet, Nordlandet et Godmadslandet; de petites chaloupes a vapeur relient continuellement entre eux ces divers quartiers et traversent en tous sens la vaste crique oil se pressent de nombreux navires de commerce.

II faut vous dire que cette place fait, comme Aalsund, sise plus au sud, un commerce de poisson excessivement important. Ellc est en relations directes avec I'ltalie, I'Espagne, Rio-de-Janeiro, la Chine et la Havane. Ce sont ces deux ports qui expedient principalement le klipsfisk (l) , en Espagae, et le toersfisk, en' Italie. lis envoient le horaard en Angleterre, le hareng, I'huile de foie de morue, en AUemagne, et alimentent nos ports frangais de ce produit infect, mais precieux, que I'oa nomme « la rogue », sorte de bouillie d'oeufs de poissons employee comme appat, sur notre littoral breton etvendeen pour la peche k la sardine.

C'est k Kristianssund que nous avons vu pour la premiere fois le poisson rouge auquel les Norwegiens donnent le nom de « Hour » et qu'on ne rencontre guere, je crois, que sur ces cotes. C'est une sorte de petit monstre aux yeux et k la gueule enormes, couvert d'ecailles et de teguments couleur de sang. Cet animal (Strange, bien different du rouget que nous mangeons en France, vit exclusivement a une profondeur d'environ 100 brasses sur les bancs de rochers.

Les specimens que nous avons examines mesuraient environ quarante centimetres de longueur et pouvaient peser deux livres. La chair de ce poisson difficile k pScher constitue un mets d^licat, tres appreci6 des gourmets septentrionaux.

La rade de Kristianssund communique avec la haute mer par deux passes etroites, auK eaux profondes. Nous etions entr^s par celle du Nord, nous sortimes par celle du Sud-Ouest.

(1) La morue Tranche ou cabiUaud est un poisson roncl, c'est-i-dire de forme analogue a ceUe du barbeau, et non pas, comme on se le figure tres souvent, un poisson plat, comme le turbot, la plie ou la sole. EUe a une t^te forte, des yeux et une bouche 6normes. EUe possede cinq nageoires et un barbillon a la m4choire inl'6rieure. Son dog est couvert d'ecailles grises semees de taches dorges. Son ventre est blanc. Ellc est vorace et Iris proliflque. La femelle peut avoir plusieurs millions d'oaufs ; sa taille varie de 40 centimetres a un mfitre.

On distingue : 1" la morue dess6ch6e et non salee (tccrsfisk); 2" la morue verte, sa.Ue sans 6tre dessechde; 3" la morue 4 la fois s^difie et salec (merluche ou klipsfisk.)

DU CAP NORD A BERGEN

Abord, nous avionsfait connaissanee d'un voyageur, repr^sentant li'une importaate maison d'eaux-de-vie de la Gharente. Fils d'ua ancien courtier de commerce fix6 h Kristianssund, M. T... parle le norwegien avec une grande facilite, etant, comme il se plaisait a le dire, presque enfant du pays; nous sumes bientdt qu'une union prochaine allaitlerattacher plus intimement encore ilaNorwege. Sa conversation nous parut fort int^ressante, car sa connaissanee approfondie des coutumes et des mceurs locales le mettait a meme de nous apprendre une foule de particularites qui nous avaient necessairement 6chapp6. G'^tait d'ailleurs une bonne fortune de rencontrer un Frangais dans ces parages trop ^loignes, pour beaucoup de Parisiens ou meme de provinciaux, du boulevard des Italiens et de la Gannebicre.

Si nous avons rarement crois6 des compatriotes aux pays scandinaves, en revanche nous y avons d6rang6 tant d'AngUiis, que nous nous croyons par moments dans une colonie soumise aux lois de la GranderBretagne. Je retrouve cette pens6e consignee sur mes tablettes, au soir d'une invasion anglo-saxonne, dans une station du Hardanger : La Norwege est une possession anglaise, dans laquelle on rencontre encore quelques Norwegiens {\). Je vous parlerai plus loin du fait qui me fit trouver une formule pour rendre cette v6rit6 des longtemps reconnue. Les tir^s, les pecheries, les villas, les usinea, tout enfin appartient ici aux compatriotes de John Bull. De la cote au sommetdes monts, marins, guides, hdteliers, employes, commereants, parlent et comprennent leur langue, connaissent la livre sterling, servent le the, les oeufs au jambon et le « roast-beef a assaisonn(5 de « pickles » et de « sauce noire ». Entrez dans I'hotel le plus raodeste, et vous trouverez sur votre table-de-nuit, k cote du verre d'eau et du bougeoir, la bible anglaise et les psaumes de David traduits dans la langue de Shakespeare. Dans le vestibule, une grande affiche vous indiquera les heures des offices de « I'English Church » et si la station en vaut la peine, vous rencontrerez dans I'hdtel meme, un ministre install^ avec son epouse pour la saisoi.

(1) Nous avons rencontre sur notre route quelques Anglais d'excellente education dontle commerce nous futagreable, je mempresse de le reconnaltre ; mais, en g^n^ral, lea enfants d' Albion s'installent d'une maniere si confortable partout ou ils se trouvent, que le nouveau venu a trop souvent a souffrir des proo^dfis employ<5s a son 6gard pat BBS commensaux; ceux-cile traitent en veritable envahisseur.

d'^t^ ; il a 61u domicile dans le logis et s'y est reserve una pi^ce quelconque pour « cel6brer » si le temple fait d^faut (1).

« A qui appartient cette jolie villa? » demandions-nous en passant h notre cocher, — Qk, monsieur, nous repondait-il, c'est la maison du vice-consul britannique. — Et ces engins pour prendre le poisson? — Qk, monsieur, c'est k un « gentleman », adjudicataire de la riviere depuis le fiord jusqu'aux grandes chutes qui, la-baut, font obstacle k la mont^e du saumon. — Et ces chasseurs k la porte desquels nous avons vu, dans I'hotel, un superbe « setter gordon » couch^ k c6t6 d'un tas de g^bnottes et de lievres, quels sont-ils?

— Ce sont des messieurs anglais install6s \k depuis le mois de juin, dans le seul but de se livrer k la chasse et a la pecbe. — Ce grand navire stopp^ la-bas dans le fiord, loin de la cote, que fait-il done?

— C'est un bateau-touriste venu de Leitb ; il a amene cent cinquante passagers anglais, qui parcourent en ce moment la vallee de la Rauma; demain matin, le navire les reprendra a son bord, levera I'ancre sans s'occuper des retardataires et les conduira dans le nord; apr^s les avoir tour k lour d^barques, embarqu6s, promenes de fiord en fiord, pendant une douzaine de jours, il les reconduira dans leur pays... — Savez-vous si ce voyage circulaire se fait dans des conditions on^reuses ? — J'ai entendu dire, monsieur, que pour quatre livres sterling (100 fr.) un touriste 6tait ainsi transport^, nourri (k Taller et au retour seulement), puis rapatri(5; toutefois, je ne puis rien affirmer, mais, si monsieur le desire, tons les maitres d'hotel sont a mSme de lui remettre les prospectus n^cessaires...

— Merci !... continuezl... Nous verrons cela plus tard. Poussez un peu vos chevaux et gagnons du temps. » En entendaiit ces reponses, je devenais reveur. C'est egal, me disais-je, si jamais un ami me demande comment on peut faire k bon compte un joli voyage de Norwege... je serai oblig6 en conscience de lui r^pondre: « Vous qui 6tes un homrae « tres select » et partant tr6s anglais; vous qui parlez avec facility la langue des « sportsmen », qui jouez au « lawn-

(1) Dans un hOtel d'Odde, un docteur norwdgien, egart5 comme nous au milieu d'Anglais, s'adressa dans son idiome naturel a une die de service. Celle-ci ne parut pas le comprendre. II lui posa alors cette question trfea lentement : n Enfin ! parlez-vous norw^gien ? " EUe se mit a rire et rfipondit. Le docteur se tournant vers nous reprit : « Voyez, Messieurs, bient6t je ne pourrai plus me faire comprendre qu'en anglais dans nion propre pays I On ne se figure pas qu'un voyageur puisse s'y exprimer dans un autre langagel »

ti*':!

DH CAP NORB A BERGEN

INTERIEL'R D UN RICHE SCANDINAVB

tennis », ne chassez qu'avec des « setters Laverack » et des « retrievers », vous qui apprenez la boxe et « faites tub » chaque matin, passez la Manche et denichez sur les bords de la Tamise uns agence qui s'estimera trop heureuse de vous livrer une collection de « tickets )> dans des prix tr6s raoderes. Je pourrais meme vous indiquer deux ou trois de ces maisons merveilleusement organisees pour exploiter le monde entier, mais je m'en garderai bien, vous m'accuseriez de faire de la reclame, et ne manqueriez pas de me dire on mani^re de remerciement: « Vous avez done des actions dans « la boutique ? »

Je croyais, m'objecterez-vous, que la Norwege avait pris ses precautions en vue de parer aux inconvenients de cette invasion ! J'avais

entendu dire qu'un Stranger payait une somme enorme pour obtenir le simple droit de chasser chez les autres, dans ce pays giboyeux, et vous nous parlez des « tir^js » appartenant aux Anglais; comment expliquer cette contradiction?

Je vais vous r^pondre en quelques mots; I'occasion est excellente, de faire comprendre le jeudes adversaires, de d^voiler leurs attaques et leurs ripostes. — Vous en conclurez, je pense, qu'ici comme en France « les lois sont faites pour 6tre violees », selon I'expression des avou^s et des avocats. (Pardon ! vous 6tes, je crois, inscrit au barreau ?)

VoilJi la loi, elle est formelle. Void les faits, ils sont concluants.

Un Anglais, desireux de chasser en Norw6ge, paye son port d'armes 200 kroenes (280 fr.) et il est en r^gle vis-i- vis du percepteur ; mais il n'acquiert en aucune raanifere le droit d'affermer des tires, en d^pit de la somme vers^e, car la loi lui defend, m'a-t-on dit, de devenir locataire.

Que fait-il? Oh 1 c'est bien simple, vous allez voir! II se constitue par contrat de louage r6gulier, garcon de ferme d'un Gaardbrugcr (1) de bonne volenti, et lui paye au besoin, sous le manteau de la cheminee (disons aupr^s du po61e, cela aura une couleur plus locale), sa bienveillante intervention. Le voili autoris6 c'l chasser comme employe d'un ayant-droit capable de louer autant de forSts qu'il voudra... avec I'argent de son « maitre-charretier ».

« Ce n'est pas plus malin que cela, et la farce est jou6e. »

Le Storthiug, voulant obvier h cet inconvenient, a interdit aux chasseurs anglais d'amener leurs chiens en Norwege.

Qu'a fait le sportsman? II a pris soin de faire croiser par avance avec les « retrievers » de son pays les chiennes norwegiennes, et maintenant, ici, tous les fermiers chassent avec des chiens anglonorw^giens si bien transformtjs qu'on retrouve tout au plus dans le nouveau produit quelques poils de ses anc6tres indigenes. Voilk comment le « hunter », tout en ^conomisant le transport de son « pointer », est sur d'en trouver un semblable chez son patron d'emprunt.

(1) Cclte expression r(5pond au gentleman-farmer anglais (gentilhomme-fermier, qu'il ne rai.it pas confondrcavec le gentilhomme-campagnard francais.) Le gaardbruger est un paijtan, aussi fiei' tli; sa paysmnerie qu'un noble peut I'cHre de son marquisat.

DU CAP NORD A BERGEN

C'est beau la science du Code. Qu'en dites-vous monsieur I'avocat?

Eh bien! mon cher ami, par ces divers moyens, petits ou grands, nosvoisins d'outre-Manche ont pris pied sur le sol scandinave; c'est ainsi qu'ils colonisent et, sails avoir besoin de soci6t6 sp^ciale pour la propagation de leur langue, lis I'imposent k I'univers.

« Aimez-vous las Anglais?... Albion en a mis partout! » Voili son proc^d^. Nous nous drapons, nous, dans notre dignity frangaise ccmme dansune vieille toge d6mod6e et disonsfierement: « Qu'avonsnous besoin d'apprendre I'anglais, I'allemand, I'espagnol ? Le franpais n'est-il pas la langue diplomatique ?. . . n'est-il pas compris partout?» Au collfege, on nous farcit la cervelle de grec et de latin; nous « piochons » pendant dix ans pour arriver k parler couramment avec les morts, trop heureux si nous sortons de philosophic capables de balbutier quelque langue des vivants. Que si, par hasard, la fanlaisie nous prend d'employer nos loisirs h visiter un coin du monde, pour faire un peu de g^ograpliie pratique, nous sommes trop heureux de raccolerles quatre mots d' « english language » qui sommeillent dans notre m^moire depuis notre enfaiice, pour nous faire comprendre des hdteliers Strangers chez lesquels nous nous trouvons.

Parfois m6me, I'un d'eux vous r6pondracomme k nous, en ouvrant des yeux 6tonn6s : « Tiensl des Fran^ais qui parlent anglais! »

Vous allez m'accuser d'etre devenu raauvais patriote : c'est la rdponse ordinaire de tout Francais auquel on signale un d6faut national. Cependant, mon cher ami, vous le savez mieux que personne, j'aime 6perdument notre chfere patrie, mais j'estime qu'il serait insens^ de ne pas relever les imperfections de race que nos enfants devront corriger.

« Qui bene amat, bene castigat » (1), me r6p6tait jadis notre vieux professeur, chaque fois qu'il m'infligeait un pensum. J'ai compris depuis qu'il avait raison; aussi, sans pr^tendre m'^riger en r6formateur, j'ai tenu k vous prouver, puisque I'occasion s'en pr6seutait, que j'avais profit^ de ses lemons.

(1) « Qui aitne bien, ch&tie bienl »

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