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A Naub ourg, «ceux de nos béjaunes qui savaient chanter parcouraient la ville , dit Platter ; pour ma part, je mendiais et ne mettais jamais les pieds à l'école. On voulut nous contraindre d'y aller. Le magister intima l'ordre à nos bacchants de se rendre en classe, sinon qu'il se saisirait d'eux et les y conduirait de force. Pour toute réponse, Anthonius lui dit qu'il n'avait qu'à venir. Nous, béjaunes, nous portons des pierres sur le toit; Anthonius et les autres gardent la porte, et quand le magister arrive avec toute sa séquelle de béjaunes et de bacchants, nous les recevons à coups de pierres et les faisons battre en retraite. Avertis que plainte est portée à l'autorité, nous profitons de ce qu'un voisin allait célébrer les noces de sa fille, et avait en cette occasion engraissé des oies dans son écurie, pour lui en voler trois pendant la nuit; nous nous sauvons dans un faubourg situé à l'extrémité de la ville. » A Dresde, où Platter se rend ensuite, « le bâtiment de l'école était plein de vermine » qu'il entendait « grouiller dans la paille qui formait notre couche ». A Breslau, où il fit un long séjour, Platter nous apprend que les écoliers « sont bien traités, bien soignés, qu'ils ont un bon lit, mais garni de poux gros comme des grains de chènevis. On ne peut pas, continue-t-il, se faire une idée de la quantité de vermine dont sont couverts les écoliers, grands et petits, ainsi qu'une partie du bas peuple. J'eusse parié de relever de ma poitrine, autant de fois qu'on l'eût voulu, trois insectes à chaque coup. Souvent, et particulièrement en été, j'allais laver ma chemise au bord de l'Oder, je la suspendais ensuite à une branche, et pendant qu'elle séchait, je nettoyais mon habit, je creusais un trou, y jetais un monceau de vermine, le recouvrais de terre et plantais une croix dessus. » La propreté allemande, dit-on, a fait quelques progrès sous ce rapport.
La Réforme arriva sur ces entrefaites, et la jeunesse allemande se lança avec ardeur dans les luttes religieuses. Souvent même elle chercha ses arguments dans ses poignets. Quelques universités cependant étaient restées fidèles à Rome et étaient devenues des sortes de séminaires. A Vienne, les étudiants portaient une robe noire, serrée à la taille par une sangle, et ornée d'un capuchon. Il leur était défendu de se faire couper les cheveux et tailler la barbe sans autorisation. La cloche de Saint-Etienne les réveillait à quatre heures du matin, à cinq heures ils entendaient la messe, et se rendaient aux cours à six heures. Les statuts de l'université de Tubingue interdisaient les promenades nocturnes. Les injures verbales entre étudiants étaient punies de 15 kreutzers d'amende; celui qui tirait son épée et blessait un de ses camarades était passible d'un florin d'amende. Il était défendu de jouer aux dés, de porter une autre coiffure que la barrette. Les enfants naturels, — ex damnato et incestuoso coitu geniti, — n'étaient pas admis dans les universités. En dépit de tous ces règlements, la petite ville de Tubingue ressemblait « à une
Sodome et une Gomorrhe ». Les bourgeois étaient attaqués jusque dans leur maison, les nonnes jusque dans leur couvent, dit un chroniqueur.
Au xvii0 siècle, les étudiants allemands cessent d'être parqués sous la surveillance universitaire et logent chez leurs professeurs. Le prix de la pension était alors de 1 thaler par semaine et le prix du logement de 8 thalers par an. Les fils de nobles étaient seuls autorisés à se loger chez les bourgeois. Ils avaient d'autres privilèges encore ; à l'église, ils occupaient les premières places et pouvaient amener leurs chiens avec eux; dans la cave de l'université, ils avaient une table particulière, et aux noces, le droit de faire la première danse. Jamais ils ne fermaient les portes en sortant, et, dans la rue, les bourgeois devaient leur céder le pas, et les étudiants fils du commun les saluer d'un coup de chapeau. Les mendiants s'adressaient à eux en employant une formule qu'ils leur avaient imposée. Ce ne fut qu'en 1661 qu'on mit ordre à ces abus scandaleux qui provoquaient des conflits sanglants. A la même époque, les étudiants commencent à former entre eux des associations bachiques, et ils s'exercent à boire comme ils s'exercent à l'escrime. Mathias Friedrich nous apprend que pour être reçu dans ces sociétés c il fallait savoir bien boire, bien manger, bien mentir, être de taille à passer des nuits blanches et à supporter les intempéries des saisons, » et qu'on donnait le titre de magister ou docteur à ceux qui buvaient le plus. A Iéna, des professeurs en étaient arrivés à tenir eux-mêmes des brasseries et des auberges, tellement ce commerce était lucratif. On soutenait des thèses en l'honneur de Bacchus, le verre en main. Voici le couplet d'un hymne qu'on chantait à cette occasion :
Buvons et amusons-nous jusqu'à demain ! — Chassons les soucis el tenons-nous joyeux. — Nous n'avous que peu de temps à rester sur la terre. — Celui qui est mort est bien mort et ne se relève plus. — Il est privé de la vie et des plaisirs. — Aucun de nos camarades n'est encore revenu de l'enfer — Nous dire comment on se trouve là-bas. — Se divertir en joyeuse compagnie n'est pas un péché. — Bois donc jusqu'à t'éteudre par terre, — Relève-toi, et bois, et enivre-toi de nouveau !
Les soldats de Tilly avaient introduit en Allemagne l'usage du tabac, et, tout en buvant, les « fils des Muses » ne négligeaient pas la pipe. Celui qui fumait cinquante pipes de suite était promu au grade de magister, et celui qui allait jusqu'à cent pipes était, ipso facto, docteur. « Quand je vois des bouffées de fumée sortir de toutes ces gueules, s'écrie un écrivain du temps, il me semble que j'ai devant moi les cheminées de l'enfer. » Les sénats académiques s'effrayèrent de toute cette fumée, et l'usage du tabac fut interdit pendant un certain temps aux étudiants ; il y eut alors des sociétés secrètes de fumeurs, dans lesquelles n'étaient introduits que ceux qui présentaient à l'aubergiste un billet avec ces signes légèrement cabalistiques : Fid. Fbus.
S. D. N. H. Hodie hora VII A. i. m. ni. h. n. e. c. a. v. s., » c'est-à-dire : Fidibus fratribus salutem dicit N. hospes. Hodie hora septima apparebitis in museo meo, kerba nicotiana et cervisia abunde vobis satisfaciam. Dès que les étudiants se trouvaient réunis dans la tabagie, ils bourraient leur pipe et l'allumaient avec le billet présenté pour entrer et qu'on appelait fidibus. Au commencement de ce siècle, les étudiants d'Iéna se rendaient encore à l'église et à l'université en robe de chambre et écoutaient les leçons, le bonnet sur la tête. La durée des études universitaires était de quatre à six ans. A Wittemberg, le fils du professeur Schœllingen étudia quarante ans. L'université de Leipzig a conservé le nom d'un étudiant, — Henrich Oel, — qui mourut à l'âge de cent ans. J'ai connu moi-même, à l'université de Fribourg, en 1869, deux étudiants qui n'étaient pas loin de la cinquantaine, et qui ne songeaient nullement à renoncer à leur titre de libre citoyen académique.
Sous la domination de Napoléon Ier, les universités changèrent de caractère et d'aspect. Elles devinrent un foyer d'ardent patriotisme. Chaque étudiant aspirait à jouer le rôle de conspirateur. On se réunissait dans les caves, à minuit, pour boire à la mort du « tyran ». Lorsque Frédéric-Guillaume lança, en 1813, son appel au peuple prussien et à la nation allemande, les universités se vidèrent : étudiants et professeurs coururent aux armes. C'était la guerre sainte. Le corps des « chasseurs de Lutzow » était en partie composé d'étudiants. Ils portaient un képi orné d'une tête de mort et s'appelaient « les vengeurs ». Théodore Kœrner était au milieu d'eux; il est resté leur barde et leur héros.
En 1870, l'agitation patriotique commença de nouveau dans les universités; les étudiants de Munich imitèrent ceux de Leipzig, d'Iéna, de Heidelberg, de Berlin; ils adressèrent la proclamation suivante à la jeunesse bavaroise :
Le vieil ennemi héréditaire de l'Allemagne (der alte Erbfeind Deuldchland) menace de nouveau nos frontières, et se flatte de tirer d'insolents avantages de la désunion des tribus allemandes. Il se trompe étrangement. La nation entière prend les armes, et nous, qui n'appartenons pas encore à l'armée, nous ne voulons pas être les derniers à offrir notre cœur et nos bras à la patrie.
Animés de ces sentiments, nous avons résolu de former un corps de volontaires, afin d'avoir aussi notre part à la lutte qui va s'engager. Notre résolution a été saluée généreusement par Sa Magnificence (le recteur de l'université), par le sénat académique et le plénum des professeurs comme une expression de notre patriotisme qui, cette fois encore aidera à la victoire de l'Allemagne. Son Excellence le ministre de la guerre veut prendre part lui-même à la création de notre corps.
Que ceux qui se sentent du courage dans le cœur et de la force dans le bras se joignent à nous pour marcher au combat et éloigner de notre commune patrie le danger qui la menace.
Munich, le 25 juillet 1870.
Le Comité provisoire.
Vingt-huit étudiants munichois sont tombés sur les champs de bataille français, pour « le roi et la patrie » . Leurs noms sont inscrits en lettres d'or sur une table de marbre.
Depuis la guerre, ce sont les controverses religieuses qui agitent et remuent l'université de Munich. Elle est la crèche où naquit le vieux catholicisme, entre le chanoine Dœllinger et le chapelain Friedrich, qui le réchauffent en vain de leur souffle; car, bien que. le grand charpentier de l'empire, M. de Bismarck, s'en soit déclaré le père nourricier, l'enfant ne grandit pas, il n'ose marcher seul et reste cramponné à la mamelle des fonds secrets. Réunis comme les bergers autour de son berceau, les « fils des Muses » chantent maintenant des cantiques de ce genre ' :
Avant que nous allions à Canossa, Satan nous sauvera de l'excommunication ! — Suivez le courageux cavalier (Luther). — Buvez plusieurs hectolitres. — A mort les Jésuites! — Non, nous n'irons pas à Canossa! — A l'occasion de la Pentecôte, l'aubergiste doit nous faire gaiement danser. — Soyez sans souci : — Non, nous n'irons pas à Canossa!
Ou bien, c'est cette parodie latine qu'ils entonnent :
Falco ruit in columbas. — Ora grex, ne mox occumbas. — Miserere, mis... miserere. Januce sunt apertae Orci. — Eripiuntur nobis porci. — Miserere... mis... miserere. — Et pertransivit clericus den Teutoburger Waîd. — Quid vidit ibi eminus ? — Ein 2Jœgdleïn wohlgestalt2.
Cette demoiselle que le clericus rencontre dans la forêt de Teutoburg, c'est la chaste et robuste Germania, la femme au canon; le clericus lui fait quelques petites avances, auxquelles la donzelle répond d'un air tout à la fois vertueux et folichon :
Nunc Cœsaris carpe viam, Du rœmischer Jammermann, Si vis tuam Germaniam, Frag bel Majunke an 3.
Tout cela n'est ni fin ni spirituel; par endroits, c'est ordurier. Mais la jeunesse allemande a cessé depuis longtemps de cueillir des myosotis.
1. Extraits du nouveau recueil impérial de chants pour les étudiants allemands {AUgemeines Reichscommersbuch fur deutsche Studenten Herausgeger en von Muller von der Werra. Leipzig, 1874.) On chante ces couplets dans les réunions hebdomadaires d'étudiants.
2. « Le faucon se précipite sur les colombes. — Prie, ô troupeau ! de peur que tu ne succombes. — Miserere, etc. — Les portes de l'enfer sont ouvertes. — Les porcs nous sont enlevés, etc. — Miserere. — Le clerc traverse la forêt de Teutoburg. — Qu'y voit-il de surprenant? Une jeune fille bien tournée. »
3. « Prends le chemin de César, pauvre Jôrômie ultramontain; si tu veux sa Germania,
C'est sous cette forme croustillante que le Kulturkampf, n le combat pour la civilisation, » a été introduit dans les universités, rouvertes, après la guerre, au chant de Y hymne de Bismarck, le « Jupiter de l'époque la plus glorieuse du monde » .
C'est en 1872, qu'eut lieu le grand jubilé de l'université. Afin de bannir le français de la solennité, on rédigea la carte du festin en latin. Les pommes de terre furent appelées « bulbi rotundi americani, » bulbes ronds d'Amérique.
Parmi les professeurs les plus en renom de l'université de Munich, il faut citer M. le professeur d'histoire Giesebrecht; le docteur Halm, très-versé dans les vieux parchemins; le docteur Brantl, philosophe matérialiste, auteur d'une histoire de la logique. C'est le docteur Brantl, si je ne me trompe, qui dit un jour à ses élèves : « S'il y en a encore parmi vous qui croient à des niaiseries comme celle de l'existence de Dieu, je les prie de se dispenser de suivre mon cours. » Citons encore M. Riehl, dont les études sur l'histoire de la civilisation sont d'une notoriété européenne; M. Holtzendorf , professeur de droit pénal, l'un des défenseurs de M. d'Arnim. Dans un banquet récent, donné en son honneur à Vienne, M. Schmerling lui a porté ce toast qui a provoqué la grande colère du grand-chancelier : « Je boisa la santé d'un homme qui a eu le vrai courage de prendre la défense d'un persécuté. » M. le professeur Prinz est un savant commentateur des Pandectes; M. Schegg a écrit une Vis de Jésus à un point de vue très-chrétien, et un Voyage à Jérusalem.
La Faculté de médecine s'enorgueillit des professeurs Pettenhofer, Buhl etNusebaum. Le célèbre philologue Richter est mort il y a quelques années. Il parlait dix-neuf langues et pouvait converser aussi facilement en chinois qu'en allemand. Ayant appris que parmi ses auditeurs se trouvait un jeune homme du midi de la France, il voulut apprendre avec lui le provençal. Au bout d'un mois, M. Richter lisaitle Calendau. « Maintenant, dit-il à son jeune professeur, je veux apprendre l'argot de Paris. » La chose était assez difficile, mais un Français se tire toujours d'affaire. M. D. réunit tous ses compatriotes, et l'on se cotisa pour remplir une grande feuille de papier d'expressions choisies dans la langue du Chourineur. Une semaine après, M. Richter était invité à un grand dîner scientifique et diplomatique, et il interpellait le ministre en ces termes :
demande-la à Majunke. » — Jeux de mots sur la Germania, organe des catholiques allemands, dont M. l'abbé Majunke est le rédacteur en chef.
Ces couplets, dont nous ne citons que les plus convenables, sont intitulés : Clericaler Janvner (Jérémiades cléricales).
« Notre malheureux roi est en train de dévisser son billard; le voilà maintenant obligé de faire la tortue. Sa largue en remercie le Meg des megs. Il paraît que vous ne dévidez pas le jars? Vous me la faites à C oseille l »
Personne n'y comprenait rien, et la grave Gazette d'Augsbourg annonça que M. Richter avait appris l'iroquois.
Type de paysan de la montagne (Bavière).
Les Propylées. — La Glyptothèque. — i^es fresques de Cornélius. — L'école de Munich.
Quand on parcourt Munich, on se croit dans une vaste exposition d'architecture. Nous avons vu la section gothique et byzantino-florentine ; nous voici dans la section hellénique. Pour passer de l'Italie en Grèce, nous n'avons eu qu'à remonter la rue Louis et à prendre la rue de Brienne. On traverse chemin faisant la place Caroline, au milieu de laquelle s'élève un obélisque coulé en bronze avec des canons que Napoléon 1" donna aux Bavarois, et que ceux-ci s'imaginèrent avoir conquis; puis on arrive aux portes d'Athènes: les Propylées dressent devant vous leur portique blanc à trois baies, surmonté de deux tours carrées. De chaque côté, s'élèvent deux édifices trapus, aux frontons triangulaires , ornés de colonnes d'ordre ionique et de statues ; l'un est la Glyptothèque et l'autre sert aux expositions d'objets d'art.
Les Propylées ont été élevées par le roi Louis « en souvenir de l'héroïque guerre » par laquelle les Grecs s'affranchirent du joug des Turcs pour appeler au trône le roi Othon Ier, fondateur de la dynastie gréco-bavaroise. Des bas-reliefs représentent le jeune monarque recevant les hommages de ses nouveaux sujets et montant sur son trône. L'histoire n'est pas complète : on a oublié de montrer comment il en est descendu. Louis Ier avait fait des rêves fantastiques sur cette union de la Grèce et de la Bavière. Il s'attendait au croisement des deux génies, comme si le breut pouvait s'accoupler avec la colombe. Il a développé ses théories là-dessus daus des pièces diplomaticoartistiques très-curieuses qu'on retrouve dans les journaux de l'époque. La Grèce régénérée par l'esprit bavarois : Vénus sortant d'un tonneau de bière !
La Glyptothèque renferme ces fameux marbres d'Égine que le roi Louis
Il lit Klopstock.
acheta dans un moment propice, et ce superbe Faune endormi cuvant son ivresse séculaire, œuvre de Praxitèle, que Bélisaire, cerné dans le château Saint-Ange à Rome, fit jeter sur la tête des Goths sans qu'il se réveillât dans sa chute. Les salles sont au nombre de douze : la salle égyptienne, la salle des incunables, la salle des Eginètes, la salle d'Apollon, la salle bachique, celles des Niobides, des dieux, la salle troyenne, les salles des héros, des Romains, des sculptures à couleur et des sculptures modernes. Elles sont séparées au centre par deux salles de repos désignées sous le nom de salles de fête. Cornélius et Overbeck les ont décorées de ces fresques philosophiques dont ils avaient la spécialité. On voit Prométhée qui se crée lui-même, tour de force qui n'a nullement effrayé M. Cornélius ; toutes les scènes de la Genèse mythologique y passent ; puis nous arrivons aux quatre éléments, aux quatre saisons, aux quatre heures du jour et aux quatre règnes cosmogoniques. Le règne de YÂirest tout simplement représenté par... la fenêtre. Nous
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trouvons cela puéril ; les Allemands ont écrit plusieurs volumes pour montrer combien le peintre avait été ingénieux. Ce qui nous fait rire les plonge dans l'extase ; ils ont découvert dans le cadre de cette fenêtre le cadre de toute une thèse scolastique.
M. Overbeck, dans des fresques appartenant au même cycle, a peint les douze grands dieux de l'Olympe. Il n'a pas reculé devant une tâche qui a effrayé Raphaël. Aussi toutes les compositions sont-elles médiocres. Pas de types de la divine beauté. La couleur choque, elle est froide, crue, sans expression, et souvent grotesque dans ses effets. On dirait que Vénus a des engelures et que la blonde Hébé a contracté l'habitude de vider le fond des coupes. Dans la salle troyenne, les fresques , qui ont la prétention de concentrer toute Y Iliade en huit grands tableaux, sont traitées de la même manière gauche et lourde. « C'est là, dit M. Viardot, sur les jugements duquel je tiens à m'appuyer, c'est là que se montrent dans toute leur évidence les défauts d'une peinture plus théâtrale que dramatique, l'exagération perpétuelle, le mouvement désordonné, la confusion, la recherche, l'envie impuissante d'être terrible et touchant ; c'est là, en se rappelant les artistes anciens, si grands avec des moyens si simples, qu'on reconnaît toute l'infériorité de la hardiesse moderne. » Ces peintures colossales, regardées comme le chef-d'œuvre de Cornélius, lui valurent, en 1825, le titre de directeur de l'école de Munich, « avec l'ordre du Mérite et la noblesse personnelle ». L'Allemagne acclama en lui le penseur ; on l'appela le commentateur de Fichte, et plus tard, lorsqu'il eut exécuté son Jugement dernier dans l'église Saint-Louis, on le considéra comme l'émule du vieux philosophe Schelling.
L'école munichoise tient de l'université et du cloître. La petite colonie de peintres allemands qui traversa les Alpes au commencement de ce siècle alla s'installer dans un couvent de Rome et choisit pour son supérieur artistique M. Frédéric Overbeck. Pierre Cornélius fut un des novices de ce monastère, où se continuait l'œuvre des Cimabué et des Fra-Angelico. Wilhem Schadow, Philippe Veit, Jules Schnorr,. Henri Hess sont des esclaves du passé et de l'imitation. On les voit, au fond de leur couvent romain, refaire, comme des moines enlumineurs, les types des Vierges italiennes et les têtes des Christs byzantins. Ils ne vont pas au delà de Raphaël; ilnJy a que Cornélius qui ose furtivement tâter les muscles des créations de Michel-Ange. Nul essor, pas de liberté. Ils tournent dans le cercle étroit que leur a tracé le sceptre réactionnaire du roi Louis Ier. Aussi cet art, appelé pompeusement « le nouvel art chétien » , ne fut-il ni une révolution ni une métamorphose.
L'art allemand s'était endormi sur les tombeaux d'Albert Durer et de Lucas Kranach ; il se réveilla à la même époque, en plein seizième siècle, et
ne s'aperçut pas que le monde avait marché. De là son air démodé et archaïque. De là toutes les peintures théologales, mystiques, philosophiques et pédantes, qui couvrent les murs de Munich et même ceux de Berlin. Cornélius représente l'art byzantin ; Henri Hess, le moyen âge italien ; Jules Schnorr, le moyen âge tudesque, austère, viril, un peu.raide : c'est le peintre des Niebelungen. Seul Kaulbach, le dernier venu de cette pléiade, ose témoigner d'une certaine imagination et d'une certaine hardiesse. Il se révèle par un tableau tout moderne : la Maison de fous, et prend résolument Michel. Ange pour modèle. Puis, peu à peu, il se transforme, s'agrandit, et s'élève par son propre essor dans des régions qui deviennent sa conquête.
Type de paysan de la montagne (Bavière).
La nouvelle Pinacothèque. — Les fresques extérieures. — Kaulbach, — Son œuvre posthume. — Le Déluge. — Le Saint Michel allemand. — Décadence de l'École munichoise.
La nouvelle Pinacothèque s'élève à quelques minutes de la Glyptothèque. C'est encore une espèce de construction moitié grecque, moitié italienne, plus longue que large, sans fenêtres, avec un perron et une colonnade. Elle est toute bariolée à l'extérieur de fresques de Kaulbach. Bariolée est bien le mot, car rien de plus disparate que ce mélange de couleurs verte, jaune, rouge, violette. Les chairs ont des tons de tuile. Il ne faudrait pas cependant juger de l'individualité de l'artiste par ces compositions de commande, qui vont parfois jusqu'aux drôleries charivariques de la musique de M. Wagner. Un critique anglais a dit avec raison « qu'elles rappellent assez exactement, pour la conception et l'exécution, les toiles enluminées qui ornent les devantures des baraques de foire ». Théophile Gautier a été poli en les appelant des « charges d'atelier » . Je ne parlerai que de la première, qui est la perle de la série. Figurez-vous un monstre vert aux pattes de chien, et dont les têtes grimaçantes et à face humaine portent des perruques, debout sur un autel placé au haut d'une colline, et se défendant des griffes et de la queue contre les rénovateurs de l'art, qui l'attaquent, divisés en deux groupes. Cornélius, à cheval sur Pégase, s'élance à la tête des peintres, en brandissant son épée à deux tranchants. Ovetbeck, qui n'a pas eu le temps de se débarrasser de sa robe de chambre, porte béatement une bannière sur laquelle est peinte l'image de la Vierge. L'auteur des fresques, Kaulbach, ne s'est pas oublié : il renverse une espèce de cordonnier allemand, à l'habit vert bouteille, armé d'un pistolet.
Les sculpteurs sont drapés de manteaux rouges et s'avancent conduits par
A la brasserie.
Minerve, qui vise le monstre avec sa lance. Il y a encore un gros monsieur bien mis, à la figure rubiconde, aux favoris à la prussienne, qui marche avec un portefeuille sous le bras, guidé par une chouette et trois grenouilles. Estce le roi Louis? C'est ce que personne n'a pu me dire, bien qu'il y ait, depuis Phèdre et La Fontaine, des rapports intimes entre les grenouilles et la royauté. Cachés dans une niche, sous l'autel, les trois Grâces suivent les péripéties du combat et en attendent anxieusement l'issue. Cette scène baroque a pour titre : « Les artistes du roi Louis combattant l'hydre du mauvais goût.» Ils ont raison de combattre le monstre qu'ils ont logé dans leurs propres tableaux.
La critique ne peut ranger dans l'œuvre de Kaulbach ces fresques ridicules, que le temps prend soin lui-même d'effacer. Dans ces compositions serviles, l'artiste n'a pas reproduit sa conception, mais celle du roi son
maître. Celui qui connaît le caractère railleur de Kaulbach se demande s'il ne s'est pas livré à un cruel persiflage, s'il ne s'est pas moqué du monarque et du public. Lui le sceptique, lui le mécréant, représenter Overbeck pressant dévotement la bannière de Notre-Dame sur son cœur, mais c'est tout simplement une méchanceté de caricaturiste ! On a eu tort de prendre ces fresques au sérieux, bien que Kaulbach soit un artiste multiple, qui passe, avec une égale aisance, de la gaudriole au poëme épique, de l'épigramme à l'élégie. C'est le Voltaire de la peinture. A côté de la Henriade, la Pucelle ; à côté de son Caveau de Ckarlemagne, l'arrière-boutique des Marchandes d'amour. Un mélange de boue et de feu, comme dit Goethe. Le dix-neuvième siècle se résume en lui avec ses doutes et ses espérances, ses blasphèmes et ses prières. En sortant des orgies païennes, il tombe en extase et vous montre des madones et des anges qu'on regarderait à genoux. Ici, c'est Jeanne d'Arc se jetant aux pieds de la Vierge miraculeuse, en lui présentant le drapeau mutilé de la France ; là, ce sont de blonds séraphins qui chantent les cantiques de Noël autour de la crèche de Bethléem. Il a comme cela des élans de croyance, des Sursum corda. Sont-ils sincères ? A Ferney, Voltaire entendait la messe.
Ce qui rapproche encore Kaulbach de l'ami de Frédéric, c'est que, comme lui, il fut le favori d'un prince dont il finit par se moquer. Le roi Louis était plus souvent dans l'atelier du jeune peintre que dans son palais. Il posa devant lui, et lui confia plus tard les traits adorés de Lola. Quand le roi et sa maîtresse s'en étaient allés, Kaulbach prenait, avec son sourire sardonique, un morceau de craie, et traçait sur la table noire des « charges » impitoyables de « l'heureux couple ». Un jour que le monarque était inopinément revenu, Kaulbach n'eut que le temps de pousser une toile devant un Louis Ier travesti en troubadour et escaladant le balcon de la senorita espagnole. On vous offre encore, chez certains antiquaires, la série d'illustrations que fit Kaulbach de cette épopée burlesque des amours d'un vieux monarque et d'une jeune gourgandine. L'impureté de l'art et l'art de l'impureté n'ont jamais été poussés si loin. C'est ainsi que l'artiste acquitta sa dette de reconnaissance envers son protecteur, car, après l'avoir vu dans l'atelier de Cornélius, Louis se l'était attaché et l'avait hissé sur la roue de la fortune.
Kaulbach avait été formé jeune par la souffrance et le malheur. De là, sans doute, ce profond mépris pour les acteurs de la farce humaine. Dans sa vieillesse surtout, il aimait à déchirer, — comme s'il avait à venger sa jeunesse si pauvre, si triste, si misérable. A dix-sept ans, un soir, en rentrant chez lui, il ne trouva plus son père. Où était-il? Personne n'osait le lui dire. Enfin une voisine charitable lui apprit qu'on l'avait conduit en prison à cause de ses dettes. Il ne perdit pas courage ; sa mère était dénuée de res-
sources; il lutta, il travailla, et c'est à cette époque sombre qu'il fît ces deux dessins d'un réalisme si effrayant : la Maison de fous et le Crime pour sauver Vhonneur. Pendant les premières années de son séjour à Munich, il s'éprit d'une jeune fille que les parents refusèrent d'abord de lui donner en mariage; mais la jeune fille s'obstina et devint sa femme. Un jour que Kaulbach se promenait avec sa fiancée, un monsieur s'approcha de lui et lui demanda quand il payerait la redingote qu'il portait. C'était son tailleur. Chaque fois que Kaulbach racontait cette anecdote, il ajoutait : « J'aurais voulu que la terre s'entr'ouvrît pour m'engloutir. » Et sa femme le regardait en riant ! Il a bien aimé cette noble et courageuse compagne de sa vie. On retrouve sa gracieuse figure, ainsi que celle de ses enfants, dans toutes ses grandes compositions.
La nouvelle Pinacothèque ne renferme que peu d'œuvres du maître. En entrant on voit son portrait du roi Louis, traité à la manière raphaëlesque. Beau portrait, très-parlant, d'un coloris juste et harmonieux. Deux portraits encore dans la troisième salle : les peintres Heinlein et Menten, en costume de chevaliers, tels qu'ils ont figuré dans la mascarade des artistes munichois. C'est tout. Le tableau de la Destruction de Jérusalem est une réduction de la fresque qui se trouve au musée de Berlin. Ce n'est pas là qu'il faut chercher Kaulbach; on ne trouverait que la désillusion. Son œuvre capitale est à peine connue : elle est posthume; la photographie ne nous l'a révélée que cette année. Ce Kaulbach de la troisième manière est énorme. Il s'élève à la hauteur de Michel-Ange, avee des particularités plus romantiques et plus modernes. Dans sa série de compositions pour le Déluge universel , il a déployé toutes les ressources de son génie. On ne peut rien rêver de plus tragique, de plus grandiose, de plus saisissant. C'est un nouveau poëme du déluge, où tout est neuf, imprévu, sans que l'idée de l'invraisemblance vous vienne à l'esprit. A la légende biblique, l'artiste n'emprunte que l'arche et l'ange qui la conduit. Tout le reste est de sa création et porte la marque d'une personnalité puissante, d'une poésie coquette, âpre, tendre et féroce. Voici d'abord l'Ivresse d'amour. Les fêtes de Cythère sont des jeux d'enfant à côté de cette frénésie erotique, qui s'est emparée de la nature entière. L'humanité succombe en bloc à la faute d'Adam ; et, du haut de l'arbre de la science, le serpent du paradis terrestre darde sa langue enflammée. Mais cette fois ce n'est pas un ange qui viendra punir le péché universel ; Dieu inondera d'eau cette terre toute brûlante de désirs impurs.
Dans la seconde composition, la pluie a commencé; elle tombe fine, serrée, avec une égalité lugubre. Un groupe de jeunes filles est occupé à tordre le large lambeau de toile dont elles se recouvrent. La vue de ces jeunes et frissonnantes beautés excite un impudique vieillard, espèce de faune
embusqué sur le seuil d'une caverne ; mais le flot monte, menaçant; l'humanité fuit vers les montagnes, et les animaux sauvages lui disputent le chemin. Kaulbach nous montre des combats successifs avec des lions, des dragons et des aigles ; ces trois compositions sont d'un pathétique sublime.
Et le flot monte toujours! L'humanité atteint les sommets où trône la Mort. Ici, sur une arête de rocher, c'est le grand-prêtre qui se hisse sur les épaules des autres prêtres, et, le chandelier sacré en main, attend, résigné, que l'eau arrive jusqu'à lui. Là, sur le plateau d'une montagne élevée, c'est un chef de tribu barbare qui a fait élever un bûcher pour immoler ses femmes et ses enfants et s'immoler lui-même ; mais rien ne calme le cour roux céleste. Les flots sont au niveau des plus hautes cimes. Les animaux antédiluviens se livrent un horrible et dernier combat; d'énormes serpents se dressent sur leur queue; un crocodile monstrueux s'attaque à un mammouth. L'arche, conduite par un ange aux ailes déployée, tenant une rame dans la main, passe calme et tranquille, emportant le couple de la régénération du monde. Des groupes épuisés, cramponnés à des radeaux à demi submergés, implorent l'envoyé du Seigneur, qui s'éloigne avec l'impassibilité majestueuse du justicier divin.
Telle est, rapidement et incomplètement esquissée, l'œuvre de Kaulbach, œuvre magistrale, audacieuse, devant laquelle s'ouvrent pour lui les portes de l'immortalité. Tout y est nouveau : les types, les sites, les situations. Il n'y a là rien de convenu; il a fait un vrai déluge universel en exprimant les idées communes à toutes les religions. Les découvertes de la science lui ont permis de rendre à la faune sa physionomie primitive, étrange et sauvage, et d'encadrer ses scènes dans le panorama gigantesque des âges préhistoriques.
Au nombre des œuvres posthumes de Kaulbach, il s'en trouve une que j'aimerais mieux laisser dans l'oubli, mais elle a fait à elle seule plus de bruit que les neuf grandes compositions du Déluge, et elle attire encore, à l'heure présente, des groupes devant les vitrines où elle est exposée. Je veux parler du Saint Michel allemand écrasant du même pied l'Église catholique et la France.
Kaulbach a donné à sa peinture, comme Wagner à sa musique, une « mission civilisatrice » . C'est ainsi que les Allemands appellent aujourd'hui leur haine contre l'ennemi héréditaire. Combattre la France, c'est « remplir une mission civilisatrice ». Si jamais un Français se fait assassiner au delà des Vosges, ce qui, du reste, est déjà arrivé *, on entendra le meur-
1. Qui ne se rappelle l'horrible assassinat, dans une cave de Berlin, de ce pauvre
Le général bavarois von der Thann.
rier dire à ses juges : « J'ai fait mon devoir de bon citoyen ; n'ai-je pas aidé mon pays à accomplir sa mission civilisatrice? »
C'est là pourtant où conduit cette haine effrayante qu'on inocule à l'enfant dès sa naissance, et que plus tard les livres d'école, la lecture des
maître de français du nom de Grégy ? Il fut coupé en morceaux et cousu dans un sac qu'on retrouva dans la Sprée. L'année dernière, le correspondant berlinois d'un grand journa1 de Paris a failli subir le même sort, parce qu'il ne voulait pas donner sa bourse à ceux qui la lui demandaient.
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journaux, la poésie, le théâtre, la vue des gravures, les fêtes, les anniversaires de bataille entretiendront comme la flamme sacrée du patriotisme. A ce compte-là, le patriotisme n'est que du cannibalisme. Kaulbach qui, dans ses fresques du musée de Berlin, a déjà célébré le « triomphe de la nation germanique sur le monde » , était désigné d'avance pour symboliser les éclatantes victoires de la dernière campagne. Son Saint Michel est un vigoureux Germain, dans toute la force de la jeunesse, coiffé d'un casque dont la pointe se termine par une petite croix. L'aigle des Hohenzollern lui a prêté les ailes qui orne son dos; du bras droit, il lève son glaive; du bras gauche, il tient son bouclier. Son pied écrase l'empereur Napoléon, dont la couronne aroulé à terre et qui tient son fils épouvanté dans ses bras. Napoléon est d'une ressemblance frappante ; le prince impérial tourne à la caricature ; il a l'air d'un collégien en train de faire une farce et que son maître a surpris. Un autre « puissant de la terre », recouvert du manteau d'hermine et retenant sa couronne des deux mains, frappé par saint Michel, prend la fuite en rampant. Que représente ce personnage? C'est ce que l'Académie de Berlin pourrait nous dire peut-être, mais ce que nous ne pouvons deviner. Est-ce un prince dépossédé? ou est-ce le vieil empire de Habsbourg, dont le traité de Versailles a achevé la ruine? D'aucuns le prétendent. C'est ce que nous saurons bientôt. Un turco, à la figure bestiale et convulsée, se débat au milieu des flammes. Les autres figures appartiennent à la lutte religieuse. Le pape, élevant d'un geste désespéré l'Encyclique et la proclamation de l'infaillibilité, se sauve avec son collège de cardinaux; de l'autre côté, un jésuite déchire de ses ongles, dans son agonie, la carte de l'empire allemand, et un chapelain batailleur menace saint Michel du poing et de son chapelet. A travers la fumée, on aperçoit les trophées de la victoire, des aigles, des drapeaux l.
Cette allégorie brutale est « dédiée à la valeureuse nation allemande ». Kaulbach a eu soin de décorer son saint Michel de l'ordre de la Croix de fer, afin que chaque soldat reconnaisse en lui un lieutenant ou un membre des associations guerrières. Le tableau est peint à l'huile et doit, dit-on, enrichir le musée de Berlin. On pourra graver sur son cadre ce verset du Psaume contre Babylone, du poëte Geibel : « Le Dieu de la lumière a terrassé le dragon, et la ville des insolentes railleries tremble sous tepée flamboyante de l'Allemagne ». D'après les poètes officiels allemands, ce qui a vaincu à Wœrth et à Sedan, ce « n'étaient pas les fusils et les canons, c'étaient l'hu-
1. Jadis l'étendard allemand était orné d'un saint Michel cuirassé, comme celui de Kaulbach. Au nve siècle, l'aigle fit son apparition. Le duc de Bavière a fondé un ordre de Saint-Michel qui existe encore et qui était primitivement destiné à récompenser ceux qui avaient « défendu la patrie ».
milité, la tempérance et la chasteté allemandes, conduites par saint Michel en personne ».
Les œuvres posthumes de Kaulbach seront exposées dans un petit musée que sa famille fait construire près de sa villa de la Gartensfrasse. Outre les cartons du Déluge, on y verra ceux des illustrations des poésies de Gœthe, et ses premiers essais de jeunesse, que Mmo Kaulbach a pieusement conservés. De ce nombre est un portrait que l'artiste fît de lui-même, et qu'il apporta, le soir de Noël, à son père en prison. Il s'est traité à la manière de Raphaël; les abondantes boucles de sa chevelure blonde lui donnent quelque ressemblance avec le maître romain. A la suite d'une maladie, il perdit à trente ans cette chevelure, véritable crinière de lion, qui était son orgueil. Il la remplaça par une perruque dans laquelle il taillait imperturbablement, chaque fois qu'une de ses sentimentales admiratrices lui demandait quelques cheveux pour mettre dans un médaillon.
Kaulbach laisse un fils, qui est peintre aussi, mais qui ne marche pas sur ses traces. Il se rapproche, par son genre, de la peinture française.
Les autres maîtres, Cornélius, Overbeck, Hess, n'ont pas laissé non plus de successeurs. L'art s'en va à grands pas, et, en fait d'école, les Munichois ne connaîtront bientôt plus que l'école du soldat.