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LA QUESTION RELIGIEUSE. — LE CLERGE. — LES FETES

Le système politique et le système religieux de la Prusse. — Le pape et l'empereur. — La lutte est aujourd'hui entre le protestantisme et le catholicisme. — La persécution en Allemagne. — État de l'Église protestante. — La Prusse et la Bavière. — Le conflit religieux en Bavière. — Les églises de Munich.

La Prusse poursuit non-seulement un but politique, mais encore un but religieux. Sonsystèmepolitique enveloppe l'Allemagne comme un filet aux mailles étroites et solides; c'est une œuvre de conservation. Son système religieux, au contraire, est une œuvre de destruction; elle veut, comme le déclarent ses hommes d'État, terrasser « l'hydre ultramontaine » , en finir avec le catholicisme, « la plus tenace et la plus vivace des variétés du christianisme ». Celte lutte à mort s'appelle Kulturkampf, le combat pour la civilisation.

M. de Bismarck, qui se donne pour le successeur de Frédéric II, s'écriait lors de la discussion sur l'abrogation des articles 15, 16 et 18 de la Constitution : (( Nous sommes ici en face d'un étranger, d'un Italien, élu par des prélats italiens et poursuivant des intérêts étrangers aux nôtres. »

On sait que les catholiques allemands ne sont désignés dans les journaux prussiens que sous le nom d'« ennemis de l'empire » . Sous ce titre, la Gazette nationale publiait, en janvier 1874, un article virulent qui renfermait des

déclarations comme celle-ci : « Entre l'empire protestant et le prétendu souverain du monde qui est au Vatican, il n'y aura pas de paix possible, tant que ce prêtre orgueilleux n'aura pas été humilié et n'aura pas rendu à César ce qui appartient à César. » Et dans tous les magasins de papeterie de l'empire on vend une photographie représentant le roi Guillaume qui tient à

la main sa lettre à Pie IX, et Bismarck brisant les clefs de saint Pierre. Au dessus de cette image éloquente, on lit : « Nous ri irons pas à Canossa. »

Le pape et l'empereur! C'est l'ancienne lutte qui se perpétue en Allemagne à travers les siècles. Elle ne fut jamais aussi terrible que sous Frédéric le Glorieux, deux fois excommunié par le vieux Grégoire IX. « L'agitation des esprits était extrême dans toute l'étendue du Saint-Empire : chaque homme, dit un chroniqueur, chaque femme et chaque fille, les riches et les pauvres, les nobles, les bourgeois et les paysans, tous prirent parti soit pour le seigneur pape de Rome, soit pour le seigneur empereur d'Allemagne. » Plus tard, Othon, duc de Bavière, fit exécuter par le bourreau le légat du pape; et la ville de Spire chassa celui qui était dans ses murs. Un fils bâtard de Frédéric, Henzio, s'empara d'une flotte française de vingt-deux navires et fit prisonniers trois légats du pape, plus de cent archevêques, évêques et abbés qui s'y trouvaient, se rendant à un concile général convoqué contre l'empereur. Henri III déposa trois papes italiens et les remplaça par un pape allemand, Suidger de Bamberg. « Vous proclamerez mon pape allemand, écrit-il au collège des cardinaux, sinon je vous emmène tous enchaînés et garrottés au fond de mes forêts. »

On sait que le conflit religieux éclata presque immédiatement après l'écrasement de la France. « Jamais, comme dit la Gazette évangélique, jamais la Prusse qui doit son origine au protestantisme n'a trouvé une plus belle occasion. » Son bras pouvait frapper libre d'entraves. Elle commença par chasser le clergé de l'école * : le clergé eut le mauvais

1. Ces lois antireligieuses, toutes votées au mois de mai, sont ordinairement désignées sous le nom de « Lois de Mai ». Les premières, votées en 1873, exigent de tous les ecclésiastiques la nationalité allemande et placent l'Église sous le contrôle de l'État. Le gouvernement prend en quelque sorte la direction des affaires ecclésiastiques. Il ne tolère à la tête des paroisses qu'un clergé qui ait fait ses études dans les établissements placés sous la surveillance directe de l'État, c'est-à-dire que l'enfant ou le jeune homme ait porté la camisole de force de l'enseignement prussien avant qu'il lui soit permis d'endosser la soutane. La loi impose trois années d'études dans les universités. Le plan d'études des séminaires est soumis à l'approbation de l'État, et les séminaristes, avant de pouvoir être ordonnés prêtres, sont obligés de subir un examen d'État dans lequel « ils doivent prouver leur connaissance de l'histoire allemande, de la philosophie allemande et de la littérature allemande ». Les évêques qui violent ces prescriptions sur la nomination des titulaires ou des suppléants ecclésiastiques sont passibles d'une amende de 200 à 1,000 thalers; mais l'amende, pour eux, c'est la prison. Les lois de 1873 abolissent les couvents et le pouvoir disciplinaire en matière ecclésiastique, et elles instituent une cour royale d'appel devant laquelle peuvent recourir les prêtres frappés d'excommunication ou d'autres peines ecclésiastiques.

La loi votée au printemps de 1874 établit que l'évêque ne peut monter sur le siège épiscopal vacant que s'il possède les qualités requises par la loi de 1873 et s'il accepte le serment que lui impose l'État. Les évêques qui se mettent en rébellion sont destitués, et le gouvernement met à leur place des administrateurs civils.

goût de se plaindre; on fit des lois contre les abus de la chaire, mais elles ne suffirent pas; il en fallut d'autres; les prisons se remplirent et les prêtres furent réduits à la mendicité ou conduits en exil.

Certains presbytères ont été transformés en postes de gendarmes, parce que les curés expulsés revenaient la nuit pour exercer leur ministère.

Mgr Ledochowski, archevêque de Gnesen et Posen, arrêté le 3 février 1874, a passé plus d'un an dans la prison d'Ostrowo; Msr Mathieu, évoque de Trêves, incarcéré le 6 mars 1874, n'est sorti de la maison de correction de Trêves que le printemps dernier; Msr Melchers, archevêque de Cologne, a été près d'une année emprisonné dans la maison de détention de Cologne, et il vient de fuir pour se soustraire à un nouvel emprisonnement; Mgr Martin, évoque de Paderborn, a été également mis en état d'arrestation le 4- août 1874. Après la fermeture du grand évêché de Fulda, on interna Msr Martin dans la forteresse de Wesel ; c'est là qu'on est venu lui remettre copie du jugement de la cour ecclésiastique qui le condamnait de nouveau à deux mois de prison. Le prélat a refusé de recevoir le document, et l'huissier l'a cloué, à grands coups de marteau, comme cela se passe en pareil cas, à la porte de la cellule de l'évêque. Quelques jours plus tard, Mgr Martin, qui était souffrant et avait vainement demandé l'autorisation de faire une cure d'eaux, prenait la clef des champs, aidé dans son évasion par ses propres gardiens.

A Munster, le, commissaire de police, M. Dalsen, a refusé de procéder à l'arrestation de l'évêque. Destitué par dépêche, M. Dalsen a été immédiatement nommé, parle comte de Droste, riche propriétaire, intendant général de ses domaines. La population lui a donné le soir même une sérénade. La veille de l'arrestation de Mer Brinkmann, une main inconnue a tracé à la craie, sur les portes des maisons de la noblesse, l'avertissement suivant : « Demain, arrestation à 10 heures. » Toute l'aristocratie s'est tenue prête et a accompagné dans ses équipages la voiture qui emmenait l'évêque à laprison de "Warendorf. Cette petite ville s'est pavoisée pour recevoir le prisonnier, et la population tout entière, agenouillée dans la rue, chantait des cantiques. Quand l'inspecteur de police est rentré à Munster, des groupes menaçants l'ont apostrophé, et le propriétaire de la maison qu'il habitait lui a donné son congé. Au retour de Msv Brinkmann à Munster, la foule se livra à des démonstrations si tumultueuses en son honneur que la police voulut intervenir. Mais aux sommations de l'inspecteur il fut répondu par une grêle de pierres.

Non-seulement les meubles des évêques condamnés ont été saisis et vendus aux enchères, mais leur traitement, ainsi que celui du clergé récalcitrant, est suspendu et l'administration des diocèses est confiée à des mains laïques.

Les couvents ont aussi été frappés. Jusqu'ici la Prusse en a fermé 914 et elle a chassé de son territoire 8,795 religieux et religieuses.

Malgré l'acharnement que met M. de Bismarck dans sa lutte contre le clergé, ses efforts n'ont pas répondu à ses espérances. Le chancelier se flattait d'exterminer l'Église en quatre années au plus; mais la persécution, au lieu d'affaiblir le catholicisme, semble au contraire le retremper et lui donner des forces nouvelles. Il y a peu d'hommes d'État qui aient la mémoire aussi courte que M. de Bismarck. Il disait il y a vingt ans : !« Le vaisseau des fous libéraux se brisera contre le rocher de l'Église. » Alors, il est vrai, M. de Bismarck n'était pas prince et se vantait d'appartenir aux j'unker, c'est-à-dire au parti conservateur féodal. Il n'aurait pas pu mieux prédire ce qui arrive, car la « lutte civilisatrice » n'aboutit à aucun résultat pratique. En réalité, c'est l'église protestante qui a le plus souffert jusqu'ici. Les pasteurs sont dans l'abomination de la désolation. Le mariage civil obligatoire les a privés d'une partie de leurs bénéfices, et leur autorité spirituelle touche à sa fin. Ce qui montre l'état de consomption dans lequel languit l'Église évangélique de Prusse, depuis qu'elle adû boire au calice de M.' de Bismarck, c'est la statistique des étudiants ou candidats en théologie. Les jeunes gens abandonnent tout à fait cette carrière, et silacrisese prolonge les « directeurs de cercles » devront remplir les fonctions de pasteurs. C'est, dit-on, ce qui se pratique déjà dans divers cantons helvétiques. Le dimanche, M. le maire, revêtu de la robe pastorale, monte en chaire et distribue ensuite la communion; mais la table sainte n'est plus qu'une table de cabaret, et les paroissiens s'en approchent pour « tuer le ver ». A l'université de Giessen, — une des plus fameuses de Prusse, — où il y a sept professeurs de théologie, on ne compte actuellement qu'un seul élève !

La loi sur le mariage civil obligatoire n'a atteint , en réalité , que les pasteurs protestants. Les couples évangéliques ne font plus bénir leur union au temple, et ils ne prennent plus la peine de faire baptiser leurs enfants. Si un prochain avenir ne suscite un nouveau Charlemagne pour ramener, au prix d'une chemise neuve, les descendants d'Albert l'Ours au christianisme, il y aura bientôt sur les bords de la Sprée une innombrable tribu de petits païens.

Les lois antireligieuses ou Lois de Maine sont, pour le moment, en vigueur que dans le royaume de Prusse; mais le jour n'est pas éloigné où M. de Bismarck demandera qu'on les étende à tout l'empire. Dans le grand-duché de Bade, M. Jolly n'a pas attendu l'ordre du grand-vizir pour.cc introduire la civilisation prussienne » ; il a même élaboré des lois auprès desquelles les Lois de Mai sont presque des modèles d'équité et de douceur. En Wurtemberg, où les catholiques sont en infime minorité, on semble assez d'avis que

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