En Allemagne, on ne passe qu'un an au séminaire
La Noël sur le Karlsplatz.
secte nouvelle ne compte que 13,000 adhérents, dont 12 prêtres. C'est dans le duché de Bade que le schisme fait, comparativement, le plus de progrès. Sur les 940,000 catholiques badois, il y en a aujourd'hui 14,000 qui appartiennent au vieux catholicisme. A Berlin, dans la « capitale de l'intelligence», le mouvement manque totalement d'entrain, malgré les encouragements de la caisse des fonds secrets. La population catholique berlinoise est de 60,000 âmes. 210 catholiques seulement se sont convertis à la doctrine des « vieux » , et, parmi ces adeptes, il n'y en a que 80 qui aient une position indépendante, c'est-à-dire qui ne soient « ni commis de magasin, ni domestiques, ni portefaix ».
L'année dernière, le clergé vieux-catholique, qui forme en tout une petite tribu de 54 prêtres, s'est augmenté de six recrues : un Prussien, deux Bavarois et trois Suisses. Les nouveaux apôtres ont été ordonnés prêtres par l'évêque Reinkens, qui tient ses pouvoirs de M. de Bismarck et de M. Falk, lesquels les tiennent d'eux-mêmes.
Mer Reinkens est né à Baratte, près d'Aix-la-Chapelle. Il fut ordonné prêtre en 1841, à Cologne. En 1856, il était prédicateur à la cathédrale de
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Breslau et professeur à l'université de cette ville, dont il a écrit l'histoire. Il est l'auteur de quantité de dissertations religieuses et historiques, et il lança, pendant le concile, sa célèbre brochure : Pape et papauté. J'ai eu occasion de voir M. Reinkens, en 1874, à Stuttgard, pendant le séjour de l'empereur de Russie. 11 essaya vainement d'obtenir une audience du czar, et disparut sans tambour ni trompette, dès le lendemain de son arrivée. C'est un gros homme, à la forte encolure, bien portant, au teint fleuri et au superbe coup de fourchette. Son regard est doux et son cœur sensible.
Lorsqu'il vint à Berlin, en 1873, prêter serment de fidélité à la constitution impériale, on lui fit fête. M. Falk illumina le ministère des cultes de plusieurs douzaines de bougies, et prononça un discours bien senti, dans lequel il constata que c'était un devoir pour l'État d'accorder assistance et protection aux vieux-catholiques, « disposés à rendre à César ce qui est à César ».
M. Reinkens répondit en renouvelant ses promesses d'obéissance et de soumission à l'État, puis prêta serment II fut ensuite invité à dîner chez le prince royal, dont les idées rationalistes sont connues, et repartit avec une somme fort ronde qui lui permit d'acheter un petit hôtel épiscopal aux portes de Bonn, ville qu'il a choisie pour résidence.
On attribue au prince de Hohenlohe, qui n'a cependant pas été étranger au mouvement vieux-catholique, un mot cruel sur la nouvelle Église. Après avoir parcouru le rapport présenté, cette année, au Congrès de Bonn, rapport qui nous a fourni les chitfres cités, le prince dit d'un air moitié sérieux, moitié railleur : « Mais cette Église sans clergé et sans fidèles me fait l'effet d'un couteau auquel manquent et la lame et le manche. »
Les résultats si mesquins obtenus jusqu'ici ne devraient-ils pas rappeler plus souvent à la mémoire de M. de Bismarck la jolie parabole que la Germania lui dédiait au début de la « lutte civilisatrice » ?
Un célèbre ministre, racontait le journal catholique de Berlin, pendant son séjour cà Versailles, fit la connaissance d'ur. étranger disert en toutes choses, parlant avec la même facilité de politique, de religion, de science et d'art.
Un jour l'étranger dit au ministre :
— C'est avec étonnement que je vois votre politique devenir hostile à l'Église catholique.
— Ah ! oui-dà ! Vous verrez bien d'autres choses. Dans quatre ans, faites-y attention, j'aurai fait table rase de la prêtraille.
Alors l'étranger se leva et se prit à sourire :
— Mes compliments très-sinrères à Votre Excellence; moi, je travaille à la même œuvre depuis dix-huit siècles, et je n'y ai pas encore réussi : car, sachez-le, je suis le Diable!
, Une visite au chanoine Dœllinger. — Son opinion sur le père Hyacinthe. — Son attitude à la Diète de Francfort Insuccès de son œuvre.
à la Diète de Francfort. — Dœllinger et Montalembert. — Dœllinger et Bismarck.
La Von der Tannstrasse est à Munich ce que la rue d'Assas est à Paris. Large, silencieuse, elle descend du côté de YEnglischen Garten, ce Luxembourg aux arbres séculaires, et se cache comme si elle avait peur d'être vue. Ceux qui l'habitent, — des savants, des artistes, des poètes, — ne recherchent le tumulte et le bruit qu'à leurs heures, et aiment à trouver le recueillement dans ceLte solitude.
Us sont là à la ville et à la campagne. Les maisons sont toutes entourées d'un joli petit jardin soigneusement clos, où les savants allemands qui placent le bonheur dans le retour aux mœurs primitives, ont l'habitude de se promener en costume presque paradisiaque, et d'offrir l'encens d'une pipe matinale au soleil allemand qui éclaire le monde depuis 1870.
A peu près vers le milieu de la rue s'élève une maison plus grande que les autres, d'une apparence bourgeoise. Si l'on entre et qu'on monte au premier étage, on est tout étonné d'arriver en face d'une porte munie d'un de ces guichets claustraux connus sous le nom de judas. Quand on a soïmé, deux yeux brillent derrière le grillage, puis une clef grince dans la serrure, et l'huis s'ouvre sans bruit. Une femme de trente à trente-cinq ans, dont le costume tient à la fois de celui de la sœur tourière et de la maîtresse de maison, vous accueille et vous introduit dans le « salon ». Il semble qu'on soit là dans la chambre de réception d'un curé de campagne. La forme des chaises est antique ; la table est recouverte d'un tapis violet avec des applications jaunes ; le canapé, orné d'un coussin représentant l'agneau pascal, est raide et dur; des lithophanies pieuses décorent les fenêtres et aux murs
sont suspendus des tableaux de saints et des scènes bibliques. Un crachoir en bois blanc, dont le couvercle se lève au moyen d'un mécanisme, complète cet ameublement plein de simplicité.
Au bout de quelques minutes, la porte d'un cabinet s'ouvre et livre passage à un grand vieillard maigre, au dos voûté, à la figure osseuse, ridée et parcheminée. Les lèvres sont minces et livides. Le nez long, en forme de trompe, est comme à la recherche de la cassolette de la flatterie. La voix a quelque chose de sépulcral. Dans cette tête de momie, il n'y a plus que l'œil : il est étincelant; toute la vie du corps semble s'y être concentrée.
Cet homme, ou plutôt cette ruine, c'est le chanoine Dœllinger, fondateur du vieux-catholicisme.
Il m'est apparu ainsi, dans ce cadre familier, quelques jours avant son départ pour le Congrès de Bonn. Il était vêtu d'une redingote écourtée et râpée aux coudes ; son gilet, avec une attache à souliers servant de chaîne de montre, lui montait jusqu'au cou; son pantalon à l'ancienne mode a conservé le pont-levis. Il était chaussé de vieilles pantoufles.
Un de mes amis m'avait chargé d'aller lui demander un renseignement. On m'avait dit : «Il sait le français aussi bien qu'un abbé de Saint-Sulpice. » Je lui adressai la parole dans cette langue, mais il me répondit en allemand. J'avais oublié qu'il est aussi atteint de cette affreuse contagion de haine qui règne contre la France, et que sa bouche était encore chaude de ces paroles, prononcées à l'occasion de la clôture de l'année universitaire : « Nous sommes encore sous l'impression des grands événements qui ont mis l'Allemagne à la tête du monde, et nous tenons nos regards anxieusement fixés sur les portes de l'avenir. La France reste retranchée derrière la papauté, dont elle se fait la complice ; mais la France est terrassée et l'Allemagne n'a plus devant elle qu'un ennemi, — le pape ! »
Le vieux renard me regardait d'un air de défiance. A deux ou trois questions qui sortaient du sujet pour lequel j'étais venu, il me répondit par monosyllabes. Le nom du père Hyacinthe, que j'intercalai dans une phrase, mit sur sa lèvre un sourire perfide et je l'entendis murmurer entre ses canines à moitié usées comme celles du serpent de la fable : « Ein Pinsel! » c'est-àdire un nigaud, un serin ! Bien qu'entre Français et Allemands cette expression se comprenne, entre vieux-catholiques elle est un peu raide. Est-ce ainsi qu'ils se prennent au sérieux? Mais ce n'était pas Dœllinger, le sectaire, qui parlait : c'était Dœllinger, le souverain pontife de la science allemande, la seule, la vraie, hors de laquelle il n'y a pas de lumières, — depuis qu'il l'a éclairée de sa lanterne. Selon lui, c'est à la science allemande, comme aux baïonnettes prussiennes, qu'appartient l'avenir du monde. Ses livres sont des pièces d'artillerie d'un nouveau système dressées contre les vieux canons
Le bonhomme Noël.
de l'Eglise. Il est le Krupp de la théologie. Après avoir, dans des ouvrages fameux, mis le protestantisme en lambeaux, il s'est retourné contre le catholicisme. Mahomet aussi a essuyé une rude attaque, et Boudhaaura son tour. On n'est pas fils d'anatomiste pour rien. Son père disséquait des cadavres, lui dissèque des religions.
Il est né à Bamberg, le 28 février 1799. Après avoir étudié dans cette ville et à l'université de Wurzbourg, il fut ordonné prêtre en 1822, et peu de temps après, nommé chapelain d'une petite paroisse rurale. En 1833, on l'appela à la chaire de théologie du lycée d'Achaffenbourg, et trois ans plus tard, l'université de Munich s'ouvrait devant lui.
A cette époque, il guerroya avec succès contre les mariages mixtes, et lors de la discussion qui s'éleva pour savoir si l'on devait obliger les protestants à plier le genou au passage de la procession de la Fête-Dieu, il se prononça affirmativement. La renommée commençait à trompetter son nom. Il s'était révélé à la Chambre comme un orateur abondant et concis, véhément
et passionné. On se faisait une fête d'aller l'entendre. Sa parole nerveuse, brillante, atlira bientôt autour de lui, dans les salles de l'université, toute la jeunesse catholique allemande. Le contraste était si grand avec le débit lourd, monotone et ennuyeux des autres professeurs! Parmi ses élèves les plus enthousiastes figurait le jeune baron Kettler, aujourd'hui archevêque de Mayence.
A la Diète de Francfort, où il siégea en 1838, il fut un des chefs de la fraction catholique, et défendit en véritable paladin les droits de l'Église. Ses ouvrages l'avaient précédé dans l'arène. Il avait déjà écrit l'Eucharistie dans les trois premiers siècles, sa belle Histoire de l'Église, et ses deux livres sur la religion de Mahomet et sur la religion de Luther.
Il tait donner à sa forme beaucoup de séduction. C'est un des rares écrivains allemands qui ait souci de la propriété et de l'élégance de son style. Il ne se présente pas en négligé au lecteur. 11 trouve le débraillé peu poli. C'est un artiste. 11 a une certaine coupe élégante et s'entend à assortir les couleurs de l'étoffe. Sa pensée est correctement mise, elle ne flotte pas dans des vêtemenfs disproportionnés, et parle le langage de la bonne compagnie. Un de ses traducteurs français lui disait : « Avec une de vos phrases, j'en fais deux, tandis qu'avec celles des autres, j'en fais douze. »
C'est un écrivain plein d'éclat. Il avait au front la flamme des apôtres, mais l'orgueil a soufflé dessus et la flamme s'est éteinte. Toujours ce diable d'orgueil! Il a transporté le prêtre sur le sommet de la montagne, et lui a montré dans un mirage le pays de l'ambition et des grandeurs. Dœllinger voulut être archevêque. Son nom fut mis en avant pour l'archevêché de Salzhourg. Mais à Rome on se tenait sur la réserve. Le théologien ne semblait pas sûr. On avait eu vent de certains propos tenus un soir par le chanoine, et qui avaient mis en fuite Lacordaire et Montalembert. M. de Uaulleville a de nouveau raconté la chose dernièrement pour venger la mémoire de Montalembert, conspuée par M. Dœllinger lui-même. « C'était en 1833, dit M. de Haulleville, après la promulgation de l'encyclique Mirari vos. Lamennais, Lacordaire, Montalembert et un jeune professeur que la mauvaise humeur de Lola Montés fit expulser des universités de Bavière et qui est mort il y a quelques années à Inspiùck, M. le baron de May de Sens, dînaient à Munich, chez M. le Dr Dœllinger, alors dans tout l'éclat d'une jeunesse austèrement studieuse et d'une fidélité dont la science était l'unique ambition. Ajprès le repas, où Lamennais « s'était démené comme un diable » (ce sont les expressions de M. de May, qui m'a raconté cette anecdote) et où M. Dœllinger avait tenu le langage calme, serein, élevé, serré, que ses élèves ont admiré pendant trente-cinq ans, les amis déconcertés étaient allés se promener dans les allées monumentales et si sou vent .solitaires créées par la
fantaisie du roi Louis. Ils dissertaient, discutaient, disputaient. Lacordaire avait écouté avec une religieuse attention les saints raisonnements et les exhortations de M. le Dr Dœllinger. Tout à coup il s'approcha de lui, et lui demanda: « L'encyclique Mirari vos est-elle, selon vous, un document doctrinal imposé à notre fri? »La réponse du prêtre bavarois. ayant été « carrément» affirmative, Lacordaire devint silencieux. Le soir il bouclait sa malle et repartait pour la France. Montalembert, fidèle à la devise de ses ancêtres : Ne espoir ne peur, le suivit le lendemain dans la route royale du sacrifice, de l'humilité, de la discipline et du devoir. Quant à Lamennais, qui ne revit plus ses jeunes amis, il continua à se « démener comme un diable » et quoiqu'il ne connût dans sa vieillesse que des infirmités morales, il mourut dans un affreux isolement, après 'avoir tout renié, même la certitude philosophique. »
N'ayant pu être archevêque, Dœllinger essaya d'être évêque. Quatre fois il fut présenté, quatre fois le Saint-Siège l'écarta. Son amour-propre en fut tout meurtri. Il se plaignit, mais il ne cria pas encore. Enfin, le pape convoqua le concile et ne convoqua pas M. Dœllinger. Cette fois, la blessure fut mortelle, et il poussa le cri de révolte, — à travers un masque, comme les comédiens antiques. Le masque de Janus, à deux faces, comme celui de Judas!
M. de Bismarck était précisément à la recherche d'un théologien en vue, actif, remuant, ennemi des jésuites, hardi, rusé, ambitieux, qui fût capable de rallier les anti-infaillibilistes, de les pousser à une insurrection violente, et de prendre leur commandement. Ordre fut donné à M. d'Arnim, alors ambassadeur à Rome, de fournir des munitions et des armes à M. Dœllinger. On lui envoya des documents et des notes. Un contre-concile fut convoqué à la fin d'août 1870, à Nuremberg. Une protestation en sortit, mais les protestants n'osèrent pas la signer. Le 26 décembre, l'archevêque de Munich publia une lettre pastorale dirigée entièrement contre le chanoine de Saint- Gajetan, bien que le nom de Dœllinger ne fût pas prononcé. Celui-ci répondit dans la Gazette d'Augsbourg. L'archevêque défendit alors aux étudiants en théologie de suivre les cours du prêtre apostat. Le parti prussien à Munich poussa de belliqueuses clameurs. On se fût dit à la veille d'une guerre de religion. Les bedeaux parlaient de barricader les églises. Les partisans du chanoine Dœllinger tinrent des meetings. Dans une réunion publique, un cordonnier proposa d'offrir la bourgeoisie d'honneur à celui qui avait « levé contre Rome le drapeau de l'Allemagne ». Ce cordonnier fut couvert d'applaudissements, et lorsqu'il apporta à M. Dœllinger le diplôme de la bourgeoisie d'honneur, il lui dit : « Monsieur le chanoine, vous ressemellerez l'Église ! »
L'archevêque, pendant ce temps de trouble et de rumeur, était à son
poste, veillant sur la bergerie et le troupeau. Du haut de la chaire de la cathédrale, il fulmina contre le révolté l'excommunication majeure. Les Dœllingriens protestèrent et envoyèrent une adresse au roi ; comme elle restait sans réponse, ils convoquèrent un congrès. De ce congrès sortit le vieuxcatholicisme, et le programme qui en est l'Évangile.
M. Dœllinger se flattait de mettre le feu à l'édifice romain. Mais les auxiliaires sur lesquels il comptait, — les évêques allemands, — au lieu de l'aider dans la propagation de l'incendie, coururent aux pompes. La citadelle de la foi est restée intacte. Les généraux insurgés n'ont pas de soldats ; ils n'occupent que quelques petites églises isolées dont les gouvernements se sont emparés par violence.
Inquiet de son insuccès en Allemagne, M. Dœllinger tourne aujourd'hui ses regards vers les églises orthodoxes de Russie et de Grèce, et vers l'église anglicane. Au mois de mars 1875, il adressait au patriarche de Constantinople une lettre pour lui annoncer que les conférences de Bonn allaient être reprises, dans le but d'aplanir la voie qui pourrait conduire à une union sur les dogmes fondamentaux de la religion, union qui aboutirait à la reconnaissance réciproque d'une communion ecclésiastique. « Les théologiens allemands qui ont pris part aux conférences de Bonn, disait M. Dœllinger dans sa lettre, sont convaincus que l'Église orthodoxe du patriarcat de Constantinople est la véritable Église qui a reçu l'héritage apostolique et qui forme une partie de l'antique, grande et apostolique communauté chrétienne. »
Le patriarche de Constantinople répondit par l'envoi de quatre délégués. On a discuté pendant plusieurs jours sans arriver à aucun résultat.
L'œuvre de réforme du professeur de Munich est une œuvre morte. Ce qui lui manque, c'est l'estime.
Dans ces heures où l'homme regarde dans sa vie comme dans un miroir magique, M. Dœllinger doit regretter le bon temps où il corrigeait les épreuves de ses livres sur le lutrin du chapitre de Saint-Cajetan, et où, les jours de pluie, abandonnant la procession, il entrait en surplis chez les bons bourgeois, qui s'empressaient de lui faire oublier l'humidité extérieure en rétablissant l'équilibre par une humidité intérieure beaucoup plus agréable.
Promenade nocturne dans le parc.
Les fêtes religieuses. — La Fête-Dieu. — La fête des Morts. — Noël.
Le caractère d'un peuple qui pousse aussi loin le culte des formes extérieures se révèle tout particulièrement dans ses fêtes religieuses. En aucune ville allemande, si ce n'est à Vienne, la Fête-Dieu n'est plus somptueuse qu'à Munich. Louis Ier avait fait de la procession qui parcourt ce jour-là les rues une sorte de cortège théâtral et artistique. Il y avait introduit des pénitents de toutes couleurs, des chevaliers de Malte, des croisés. A la suite des discussions qui agitent l'Allemagne politique et religieuse, la fête a perdu une partie de son éclat, mais c'est encore un grand et beau spectacle. On place des arbrisseaux devant chaque maison ; les façades sont décorées de tapis et de guirlandes; des images saintes sont exposées sur les fenêtres entre des bougies allumées ; les rues sont recouvertes d'un parquet et jonchées de
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fleurs. La troupe fait la haie. Les cuirassiers, sur leur haute monture, sabre au poing, sont échelonnés devant le palais du roi. Les cloches sonnent à toute volée, le canon tonne, la musique éclate. En tête s'avancent les différents corps de métiers avec leurs insignes et leurs bannières. Voici d'abord les drapiers en costume du xvie siècle, puis les tanneurs, les cordonniers, les brasseurs, les tailleurs, les ramoneurs, les tonneliers, etc. Ils sont suivis des élèves de toutes les écoles de la ville ; les petites filles en robe blanche avec des nœuds roses ; les petits garçons en noir avec des gants blancs. Puis viennent les congrégations, les membres des diverses confréries, en chapeaux et manteaux de pèlerins ; les sœurs de charité, les internes des hôpitaux, les capucins avec leur croix colossale, les franciscains et les dominicains. Le clergé des paroisses de Munich et les chantres de la chapelle royale précèdent l'archevêque qui s'avance sous un dais, avec un ostensoird'or étincelant de pierreries. Immédiatement après lui marchent le roi, les princes royaux, les ministres, les employés supérieurs, les professeurs universitaires dans leur longue robe de docteur, le conseil municipal, etc. La foule suit, tête nue, en priant à haute voix. Cette prière générale et publique, récitée sur un certain rhythme, est une chose grande et touchante. Quatre reposons s'élèvent sur le parcours de la procession; à son passage, tout le monde est tenu de se découvrir et de fléchir le genou, sous peine d'amende.
La fête des Morts (Allerseelenfesi) se célèbre d'une manière toute particulière en Bavière. Dans les villages, la veille au soir, dès que les cloches ont commencé de sonner, les enfants improvisent un petit autel devant la porte des maisons; ils placent sur une planche, recouverte d'une serviette, un crucifix ou une madone entre deux bougies, avec un plat ou une soucoupe devant. Ceux qui passent sont tenus d'y déposer un kreutzer qui sert à payer le pain qu'on mange le lendemain en souvenir des âmes, en récitant un Pate7* pour elles. Ces petits pains sont de formes diverses; ils sont faits avec du froment; on les mange chauds, et on y met du safran pour figurer les flammes du purgatoire. Dans les villages voisins du Tyrol, on fabrique des gâteaux spéciaux pour les âmes elles-mêmes. D'après les croyances populaires, les âmes du purgatoire obtiennent la permission de venir sur la terre oublier leurs tourments la nuit de la Toussaint. Aussi a-t-on soin de laisser les portes ouvertes et de ne pas fermer trop brusquement les fenêtres, afin de ne pas effrayer les pauvres petites âmes qui voltigent autour de la maison. A côté des gâteaux, on met un bol de lait, « pour qu'elles puissent se rafraîchir ». On croit également que, cette nuit-là, les âmes assistent au saint sacrifice célébré dans l'église paroissiale, et que celles qui ont achevé leur temps de souffrance sont reçues au ciel.
Dans la Basse:Bavière, on entasse, en croix, des bottes de paille sur les
tombes, et à minuit, api^ès avoir bien bu, bien mangé et souvent bien dansé, on revient au cimetière y mettre le feu.
A Munich, les tombes sont recouvertes de nappes, de draps de lit, sur lesquels on dresse de véritables autels, avec des vases de fleurs, des rangées de bougies, des images saintes, des reliques, des médailles ; on y étale même des bijoux; on y apporte tout ce qui peut écarter les pensées sombres. La Mort est dépouillée de son caractère lugubre; ce n'est pas cette chose épouvantable qu'on ne peut regarder fixement, comme dit La Rochefoucauld; ce n'est pas non plus le squelette ricaneur de la danse macabre, faisant « siffler sa faux et claquer ses ossements » , ni le crâne jauni sur lequel les saints anachorètes méditent au fond de leur grotte. La Mort est ici sereine et souriante; on dirait d'une jeune femme sous le voile et la couronne de fiancée. Ainsi, chez les Grecs, la Mort ressemblait à l'Amour et au Sommeil, et chez les Romains, elle apparaissait, splendidement parée, comme un infatigable et joyeux convive. On buvait à la Mort en même temps qu'à la Yie, à la Jeunesse et à la Beauté.
Dans cette fête munichoise de VAllerseelentag tout est absolument païen. On y trouve les idées de Ménandre et d'Horace, et non les divins préceptes de l'Évangile. Derrière ces oripeaux et ces décors, on cherche vainement la responsabilité chrétienne. Le cercueil prend l'aspect d'une barque pleine de fleurs, où entrent les passagers du fleuve de la Mort. Ils quittent les rives de la vie au chant du Gaudeamus et non aux accents déchirants du Miserere. L'expression allemande indique bien ce départ, qui n'a rien de douloureux ni de terrible ; on ne dit pas, à Munich. Il est mort, er ist gestorben; on dit : Il est rentré chez lui, er ist Heira gegangen l. La vie est un voyage, une table à laquelle on s'assied pendant quelques jours, et non un lieu d'expiation. Cette interprétation de l'idée de la mort se retrouve dans toutes les inscriptions tombales. Ici, ce sont des parents qui s'adressent à leur fils, parti avant eux ; écoutez comme ils lui parlent :
Im Grab ist Ruh, im Leben schmerz, 0! schlummere sanft, du Liebes Herz !
Mourir, c'est le repos, et vivre c'est souffrir. Sommeille doucement, ô petit cœur aimé !
Là, c'est l'enfant mort lui-même qui dit à ses parents :
Hier ruhe ich im Rosengarten, Will auf meine eltern wartern.
Liebe eltern, seid getrxst, Ich ruhe hier aufs allerbest.
1. Ou sait à peine ce que c'est que le deuil. Il ne m'est pas arrivé, pendant les deux s ''jours que j'ai faits à Munich, de rencontrer une personne en deuil.
Je repose dans le jardin des roses; C'est vous que j'attends, mes chers pirenls; Dormir est bien la plus douce des chcsis; Ici, je dors tranquille, ô chers parents 1
Il n'est question ni des joies célestes ni des peines éternelles. Ce n'est pas Dieu qui rappelle sa créature a lui; ce n'est pas l'âme qui passe par la mort, « en laquelle elle ne s'arrête point ». On ne retourne que pour dormir. Le cimetière s'appelle le Friedhof, c'est-à-dire le champ du repos, et c'est, comme en Orient, un jardin embaumé de fleurs et égayé de chants d'oiseaux. Rien n'y porte aux méditations salutaires et fécondes ; rien n'y enseigne que la mort est le châtiment suprême, l'expiation dernière, le Pulvis es...
Le cadavre lui-même est arraché aux affreuses réalités de la mort. On le transporte immédiatement dans la Todtenkammer (chambre mortuaire) du cimetière. Cette translation a lieu sans cérémonie; le prêtre et quelques croque-morts accompagnent seuls le char funèbre. Dans la Todtenkammer, décorée à peu près comme une chapelle, le cercueil reste ouvert, et les parents et les amis s'empressent de venir le joncher de fleurs. Après l'enterrement, la famille du défunt remercie par l'intermédiaire des journaux ceux qui ont apporté de si beaux bouquets. Le corps, revêtu de ses vêtements de fête, reste exposé pendant deux jours ; on lui met un crucifix sur la poitrine et un chapelet dans les mains. La levée du corps se fait en présence des parents et des amis, puis on se rend processionnellement jusqu'à la fosse, au bord de laquelle le prêtre prononce non des paroles de regret, mais de consolante espérance.
De toutes les fêtes, la plus belle est celle de Noël. Noël, la fête bénie des petits et des grands; Noël, dont la pâle étoile, dans ce ciel froid du Nord, brille d'un éclat si doux. Cette fête est restée celle de la famille : c'est la fête des cœurs, c'est le grand banquet où tout le monde trouve sa place, riches et pauvres, jeunes et vieux. Aussi, quelle transformation dans la capitale ! Les rues s'animent et étincellent de lumières. Des forêts de sapins couvrent la Karlsplatz et balancent comme dans les contes de fées leurs rameaux chargés de fruits d'or et de fleurs lumineuses. Partout des boutiques improvisées où l'on vend de petits moutons en sucre, des canards en chocolat, des montres à six kreutzers, des poupées, des jouets et des soldats de Nuremberg ; dans les grands magasins, l'article de Paris tient la première place et proclame bien haut la supériorité de l'élégance et du bon goût français, M. J. Gernert, dans la lîosentrasse, ne manque jamais d'annoncer qu'il a été luimême (pei^sônlich) faire son choix et ses achats dans les meilleures fabriques parisiennes. Aux étalages des marchands de comestibles, — de délicatesses,
pour employer le terme allemand, — les regards émerveillés s'arrêtent avec complaisance sur les dindes à la poitrine marbrée de truffes, sur les saumons du Danube, sur les saucisses de Strasbourg el les jambons du cru, décorés comme des généraux prussiens.
Le soir de Noël, on soupe en famille; puis à la fin du repas on illumine l'arbre reslé caché derrière un rideau ou dans la chambre voisine. Ce sapin arraché à la forêt, vert comme l'espérance, vigoureux comme la jeunesse, est un vivant symbole. Et comme cette mise en scène, ces petites bougies qui scintillent à travers les branches, ces anges suspendus par un fil invisib'e et annonçant la bonne nouvelle, ce Chrntkindel couché sur un brin de mousse et qui apporte de si jolis jouets aux enfants de bonne volonté, comme tout cela est moins prosaïque et moins froid que les sacs de bonbons que nous distribuons solennellement au nouvel an! Demandez à une Parisienne de six ans qui lui a apporté sa poupée, elle vous donnera l'adresse du magasin et vous dira ce qu'elle vaut.
Le 1er janvier est une fête civile, le 25 décembre est une fête religieuse; toute la différence est là.
En écrivant ces lignes, il me semble revoir encore, de ma fenêtre, mes voisins de la Karlstrasse groupés autour de l'arbre de Noël. Les tout petits ouvrent de grands yeux étonnés, et, derrière, les frères aînés et les sœurs se tiennent graves et recueillis, tandis que les parents et les grands-parents, à demi noyés dans l'ombre, sourient doucement et se sentent revivre dans leur jsune famille. On procède à la distribution des cadeaux. Pas de futilités, des objets utiles, pratiques. Aux filles, des robes, des paniers à ouvrage, des albums de dessins et de musique; aux garçons des vêtements, des livres, un abonnement à un journal illustré ou à une revue.
Il y a en Allemagne, comme en Angleterre, toute une littérature de Noël. On a fait en France, depuis quelques années, de grands efforts pour créer aussi une littérature de l'enfance et de la jeunesse, mais les Allemands n'en restent pas moins maîtres dans cette spécialité. Leur langue s'y prête-t-elle mieux que la nôtre? Je ne le crois pas. Seulement ils ont conservé la manière naïve et bonhomme que nous paraissons avoir perdue. Et puis il faut dire que la jeunesse a l'esprit plus sérieux. Quel est celui de nos collégiens de quinze ans qui a lu nos grandes épopées nationales? En Allemagne, les élèves des écoles primaires savent les Niebelungen par cœur. Un poëte rhénan, M. Karl Simrock, s'en est fait le vulgarisateur. Il ne s'est pas borné au Niebelungenlied, il a publié successivement les poëmes patriotiques de Wolfram von Eschenbach, de "Walhter von der Vogelweide; il a germanisé jusqu'aux Eddas Scandinaves. En France, où le sentiment national a tant besoin d'être
29i VOYAGE AU PAYS DES MILLIARDS
éveillé, pourquoi ne met-on pas à profit cet exemple? Un écrivain bien français de cœur et de talent, M. Léon Gautier, a enfin ouvert la voie. Sa Chanson de Roland en est à la sixième édition. Mais il ne faudrait pas s'arrêter là. L'arène est ouverte. Allons, Fier-à-Bras, Renaud, Gérard, descendez à votre tour des hauteurs gothiques où vous êtes exilés, venez nous dire les exploits de l'ancienne valeur française! L'oiseau de l'espérance, quand les sources de l'avenir sont troubles ou taries, va boire aux sources limpides et salubres du passé.
Les aventures du Petit Poucet et celles de Jean-Paul Choppart sont certainement fort intéressantes; les Voyages extraordinaires de M. Verne sont une création originale et heureuse, mais à tous ces grands faits au fond des mers ou au plus haut des airs, je préférerais ceux des héros de l'histoire de France. Il faut de bonne heure inculquer à l'enfance et à la jeunesse l'amour de la patrie. C'est ce que l'Allemagne a compris longtemps avant nous, peut-être parce qu'elle a été plus éprouvée et plus malheureuse. Sa littérature de la jeunesse est avant tout une littérature nationale et patriotique. Les livres qu'on trouve aujourd'hui au pied de l'arbre de Noël tout resplendissants dans leur reliure d'or et illustrés par le crayon des Bida, des Doré et des Meissonier allemands, sont les œuvres complètes de Théodore Kœrner, les Héros de l' Allemagne moderne (biographies de Guillaume Ier, du comte de Moltke, de M. de Bismarck, du prince de Hohenlohe, etc.); les Luttes de V Allemagne [Deutsche Ksempfe), par Karl Frenzel. Ce livre est divisé en trois parties : 1° luttes contre la France; 2° luttes contre Rome; 3° luttes futures. La librairie Spamer, à Leipsig, a édité une dizaine de volumes illustrés pour étrennes, dans lesquels il n'est question que des ennemis de l'Allemagne embrochés par les baïonnettes allemandes. La « grande année 1870-1871» (das grosse Jahr 1870 auf 1871) a maintenant son Livre patriotique d'honneur (Vaterlœndisches Ehrenbuch), comme l'avait déjà l'année de la guerre de délivrance. Le Nouveau Livre du soldat (Neues Soldatenbuch), dédié à la jeunesse allemande, n'a que cinq tomes, et le livre de M. de Bismarck ne contient que deux cents illustrations ! Quelle influence exerce sur l'esprit d'une nation une littérature qui marche ainsi vers un but et qui a, comme elle dit, « une mission » ! Triste mission, sans doute, que celle de remplir les jeunes imaginations de tableaux de meurtres et d'incendies, et d'allumer déjà à cet âge les haines de races et de sectes. Mais, de cette façon, la Prusse maintient l'Allemagne dans une atmosphère de pensées et de sentiments nécessaire à la conservation de son système aussi artificiel qu'artificieux.
A Berlin, où l'on cultive plusieurs variétés de haine, on ne se contente pas du livre et de l'image, il faut encore le joujou de combat. C'est par les
yeux plus que par les oreilles qu'on arrive à l'âme, a dit Horace. Les gamins des bords de la Sprée courent les rues en portant des pantins de carton, suspendus à une perche , et qui représentent des zouaves et des soldats français. « Achetez mes Français ! Un Français tout entier pour \in groschen ! »
« Un autre jouet familier aux enfants de Berlin, écrivait le 27 décembre 1874 un témoin oculaire, M. Gardet, se compose de deux petits bonshommes, dont l'un d'ordinaire trois fois plus grand que l'autre, tient par les deux oreilles, turlupine et fait sauter sa victime sans trêve et sans pitié. Cette victime a été longtemps le fils de Napoléon III, connu ici sous le nom familier de Loulou, et qui sautait le plus gentiment du monde sur les genoux de M. de Bismarck. L'année dernière, il était remplacé par un malheureux jésuite que le prince tenait par les deux oreilles. Le jouet de celte année représente un moine à tête de loup, avec sa ceinture de corde et son rosaire, faisant sauter une nonne benoîte et naïve, à figure de brebis. Un artiste ingénieux, s'emparant d'un mot prononcé naguère à la tribune du Parlement par le prince de Bismarck, a fabriqué un Kullmann qui se cramponne aux basques de M. Windhorst, le célèbre député du centre. Cette fraction parlementaire n'est pas désignée autrement que sous le nom de « fraction Kullmann » dans les feuilles humoristiques inspirées. L'une de ces dernières, appelée Rumor, a présenté à ses lecteurs le député catholique et l'assassin de Kissingen, réunis par une membrane charnue comme les deux frères Siamois. Ces « joyeusetés » , que les députés calomniés essayeraient en vain de poursuivre en justice, font leur chemin dans la foule comme les mots « ailés » du prince de Bismarck, et la population en arrive à voir dans tout le parti catholique une vaste association de meurtriers. C'est d'un bon augure pour la tranquillité future de ce pays. »
Enfin il n'est pas jusqu'aux hommes politiques qui n'aient, en Allemagne, leur arbre de Noël. Voici, d'après les Guêpes de Berlin, l'arbre du prince de Bismarck : à la plus haute branche pend un « calotin » en pain d'épice, représentant M. l'abbé Majunke, directeur de la Germania, actuellement pensionnaire du grand-chancelier dans la prison de Plœtzensec; un peu plus bas est suspendue une cage dans laquelle sont enfermés les démocrates socialistes. Les fonds secrets qui servent à l'entretien des « reptiles » sont symbolisés par un homme armé d'une plume d'oie exécutant des sauts de paillasse sur les branches. Au pied du sapin le président du Parlement, M. Benningsen, offre à M. de Bismarck, au nom du Reichstag, un cœur enflammé sur lequel on lit : Vote de confiance. A cette vue, le prince-chancelier déchira une feuille de papier portant le mot de démission. A l'arrière-plan, M. Lasket joue de l'orgue de Barbarie en chantant le Cantique des cantiques des fêtes
impériales : Maintenant, remerciez tous le Seigneur! — cantique qu'un poëte traduisit ainsi en 1871 :
Nous avons éclipsé le soleil d'Àusterlitz, • Avec mes hauts barons, mes Bavarois, mon Fritz, Mes obus, ma peste bovine,
Nous avons châtié ces gens sans foi ni loi !... Dieu !... Que de changements bâclés par moi, par toi, Par nous, Providence divine !
Quant à l'arbre de Noël que M. de Bismarck offre à son fidèle peuple allemand, il n'a jamais varié depuis qu'il va lui-même le couper dans la forêt parlementaire; c'est le budget, arbre gigantesque, espèce de mancenillier aux brandies noires et touffues où les impôts s'allongent en grappes de plus en plus démesurées, et qui porte des obus en guise de fruits. :
La porte de la Victoire, à Munich.
Sur le lac de Ilokenschwangau.
Liv. 88.