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LA POLITIQUE ET LA CHAMBRE

Comment le roi Louis II entend la monarchie constitutionnelle. — Le ministère battu et content. — M. de Hohenlohe, président du cabinet. — La discussion des traités de Versailles. — Le rôle des catholiques prussiens et l'archevêque de Munich. — Le but des nationaux-libéraux.,

La Bavière est une monarchie constitutionnelle. Mais le roi Louis II n'est pas un roi comme un autre, et il gouverne ses États avec les fantaisies d'un monarque absolu. Il joue au petit Louis XIV. Il a fait de ce prince son idéal, il le prend pour modèle, et comme Louis XIV, il aime àbraver son Parlement. Aussi, dans cette singulière monarchie constitutionnelle, le ministère n'est-il jamais plus content que lorsqu'il est battu. Le roi le relève, le frictionne, le console, l'embrasse, lui donne à boire dans son propre verre et le fait monter dans sa voiture ; il l'accable de caresses et il le comble d'honneurs. C'est un peu l'histoire de Lola Montés et de Louis Ier. Plus on attaquait et plus on bafouait la favorite, plus son royal protecteur l'adorait. Un jour que la rue s'était insurgée au passage de Lola, on vit le roi accourir en toute hâte, seul, à pied, offrir le bras à sa chère comtesse et la conduire dans l'église des Théatins pour la dérober aux insultes publiques. Là, la favorite se laissa tomber au pied de l'autel, et s'écria : « Dieu, protégez mon meilleur, mon seul ami! » Puis elle se releva, tira un pistolet de sa poche, et s'avançant vers le portail, elle fit feu sur la foule.

La nouvelle Chambre a accueilli cet automne le ministère Pferstzchner, Fœustel et Lutz par une bordée de huées et elle l'a aplati sous un vote de méfiance. Le jeune roi Louis II est aussitôt accouru offrir galamment son

bras au ministère écloppé; puis il a fait savoir par un simple petit billet, apporté par son grand-maître des cérémonies, qu'il ne recevrait pas la dôputation chargée de lui remettre l'Adresse. Ce Handbillet, ce billet à la main, a été imprimé à des milliers d'exemplaires et affiché dans tout le royaume '.

La même comédie se passa en 1870. Les élections du 12 mai 1869 ayant donné une majorité de deux voix aux catholiques, le cabinet Hohenlohe, soutenu par le roi, ne voulut pas céder. On dut dissoudre la Chambre. Les nouvelles élections renforcèrent l'élément ultramontain, et le prince de Hohenlohe, que la victoire de Sadowa avait appelé au pouvoir en sa qualité d'ami de la Prusse, subit un échec plus complet que la première fois. La Chambre haute discuta et vota en une séance la réponse au discours du trône; dans cette réponse, M. de Harley, pasteur protestant, déclarait que les élections avaient été falsifiées, et il invitait Sa Majesté à s'entourer d'autres conseillers. L'adresse fut adoptée par 32 voix contre 12. Tous les princes du sang, sauf le prince Charles, votèrent contre le ministère. Le roi se fâcha et annonça qu'il fermerait sa porte aux députés chargés de lui porter l'Adresse. Le même jour, il invitait à sa table les députés libéraux qui avaient protesté contre la réponse de la Chambre, et il exilait de la cour les six princes de sa famille qui avaient voté contre le cabinet. Mais les intransigeants devaient avoir raison. M. de Hohenlohe fit alors comme Codrus qui se sacrifia pour sauver son armée. On avait mis en doute la solidarité qui unissait les membres du ministère. M. de Hohenlohe s'en alla seul et tous ses collègues restèrent.

Cette habile manœuvre empêcha la majorité catholique de profiter de sa victoire.

A M. de Hohenlohe succéda M. le comte de Bray, dont le nom indique assez l'ancienne origine française. Le parti catholique se désorganisa déplus en plus. « Unô fraction modérée, satisfaite d'avoir renversé le rédacteur de la dépêche sur le concile, dit M. Frédéric Kohn dans une excellente étude politique sur la Bavière, se refusait à d'autres manifestations de nature à provoquer des complications avec la Prusse. Une autre fraction, au contraire, poussait de toutes ses forces à un conflit; elle espérait que la France s'en mêlerait et que sa victoire assurerait l'exécution des décrets du concile dans toute l'Europe catholique. La fraction intransigeante des cléricaux apprit la déclaration de guerre avec des transports de joie. Si la guerre avait été delà

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