En voici la teneur
« Je n'ai pas l'intention d'accepter l'Adresse des députés, et je suis, d'ailleurs, vivement étonné du langage tenu, au cours de la discussion de cette Adresse, par plusieurs orateurs. Veuillez le faire savoir au président de la Chambre. Louis.
« Munich, 21 octobre 1875. » ■
part de l'Allemagne une guerre d'agression, on aurait pu attacher de l'importance à ces manifestations. Mais M. de Bismarck ayant su amener l'Empire à l'attaquer et pouvant affirmer que le but de Napoléon III était d'humilier et de démembrer l'Allemagne, les déclamations des députés et des journaux catholiques ne servirent qu'à exciter davantage les passions germaniques. Les patriotes modérés sentirent qu'il était nécessaire de dégager leur responsabilité. Pourtant l'on sait que jusqu'au dernier moment le parti se prononça pour la neutralité *. Il s'en fallut de deux voix que le Landtag consentît à ne voter des dépenses militaires que pour la défense de l'intégrité de la Bavière. A la fin et sous la pression des manifestations populaires, la déclaration de guerre à la France réunit 100 voix contre 47. Trente-six « patriotes» s'étaient détachés de leurs coreligionnaires politiques. Le soir même du vote (19 juillet), le groupe patriotique bavarois décréta sa propre dissolution. Une partie (les modérés) servit à reconstituer l'ancien centre gauche; l'autre (les intransigeants) se constitua en « parti catholique populaire ».
« La marche des événements fut rapide. Obéissant à une de ces inspirations romanesques qui hantent parfois son esprit, le jeune roi de Bavière avait offert à Guillaume « le Victorieux» la couronne impériale. On le prit au mot! Mais il ne fut pas aisé, après avoir remercié Louis II de son initiative, d'en finir si promptement avec son ministère. Le comte de Bray n'était Ipeut-être pas très-clérical, mais il était franchement particulariste, et ses exigences mirent plus d'une fois les nerfs de M. de Bismarck à l'épreuve. Ce fut bien une autre histoire devant le Landtag. Le parti patriote s'était retrouvé. La majorité de la commission demandait le rejet des traités. Le 12 janvier 1871, alors que Paris au désespoir déchirait ses dernières cartouches, la discussion commença à Munich. Comme la partie prussienne do la population paraissait disposée à commettre des excès, le bâtiment où siège la Chambre fut entouré
1. Le gouvernement français fit sonder, le 10 juillet, le gouvernement bavarois pour savoir quelle serait son attitude en cas de guerre. On lui répondit que la Bavière ne séparerait pas sa cause de celle de l'Allemagne. Le 16 juillet le roi ordonnait la mobilisation de l'armée, et le ministre de la guerre fut chargé de demander à la Chambre un crédit de 26,700,000 florins. Dans la discussion qui eut lieu à ce sujet, les rapporteurs Joerg, Ruland, Greil et Weshermaïer se déclarèrent pour la neutralité de la Bavière. La surexcitation était extrême dans la salle, on s'apostrophait dans les galeries et une foule immense stationnait dans la rue. Ce même jour le représentant de la Bavière à Berlin déclarait, du nom du roi Louis II, que la France ayant attaqué l'Allemagne, tous les États allemands feraient cause commune avec la Prusse. Le roi Guillaume envoya aussitôt un télégramme au roi de Bavière pour lui annoncer qu'il acceptait le commandement de l'armée bavaroise et qu'il le remettait à son fils. Le prince héritier partit immédiatement pour Munich, où il fut acclamé avec un fanatisme sauvage. On sait comment les Bavarois se battirent sous sa conduite à Wissembourg, à Wœrth, à Bazeilles, à Sedan, devant Paris et à Orléans.
d'un cordon de troupes ; une force de police imposante tenait le public à distance. Le résultat était facile à prévoir, on ne pouvait pas défaire à Munich ce qui avait été conclu au quartier général de Versailles, les traités furent acceptés par une petite majorité après une discussion sur laquelle il vaut la peine de s'appesantir K Les débats ne durèrent pas moins de douze jours. Commencés le 12 janvier, ils se terminèrent parle vote le 27, juste au moment où M. Jules Favre se rendait à Versailles pour entamer les négociations. Les orateurs nationaux-libéraux s'efforcèrent de gagner les esprits tantôt par la persuasion, tantôt par l'intimidation.
« — Monsieur le ministre de la guerre, s'écria un député patriote, vous avez déclaré, le 19 juillet, que vous étiez Bavarois, des cheveux jusqu'au bout de l'orteil; vous avez dit que si, après une guerre victorieuse, l'indépendance de la Bavière était menacée, on vous retrouverait pour la défendre contre qui que ce soit. Le moment est venu de tenir parole ! »
M. Joerg, le rapporteur de la commission, prononça comme il le dit luimême, « l'oraison funèbre de la patrie bavaroise ». Selon lui, « l'acceptation des traités devait être pour la Bavière une capitulation de Sedan. Ces traités ne répondent en rien aux goûts pacifiques du peuple bavarois, ils l'entraîneront dans les guerres d'aventure de la monarchie prussienne. »
Pendant que cette discussion avait lieu, les Bavarois et les Prussiens combattaient côte à côte sous les murs de Paris. La situation était grave. Les patriotes pouvaient compter sur la majorité, et il n'était possible à personne de prévoir les conséquences d'un rejet. La fraction des députés catholiques de Prusse se dit que le moment d'agir était venu. Elle dépêcha un des siens à Munich, M. de Reichensperger, qui pesa de tout le poids de sa parole et de son influence sur les membres récalcitrants du parti catholique. En même temps, le roi écrivit à l'archevêque pour lui exprimer « la satisfaction qu'il éprouvait de le voir prendre, comme membre de la Chambre, une attitude si conforme aux intérêts de la couronne » , et il le priait « de bien vouloir user de son autorité dans les cercles dont on attendait le vote, car ce vote serait décisif pour le rétablissement si désiré de la paix intérieure ».
Cette lettre, que tous les journaux publièrent, fit une impression profonde ;
1. La Chambre, se réunissant le lerjanvier 1871, avait à discuter les crédits militaires et les traités de Versailles. Le professeur Greil demanda, dans la commission financière, le rappel immédiat de l'armée bavaroise dans ses foyers. M. Kolb proposa de n'accorder les crédits nécessaires que jusqu'au 31 janvier.
Dans la commission chargée de l'examen des traités, M. Joerg proposa de rejeter ceux de Versailles, de se borner à donner, de l'extension à ceux qui existaient, et de développer le traité du Zollverein sur le terrain constitutionnel. Cette proposition fut acceptée par 12 voix contre 3. L'idée de M. Joerg était d'avoir un empereur avec une suite de princes médiatisés, un roi véritable en Allemagne et un grand-duc dans les Marches orientales.
le gros des députés patriotes se groupa autour de l'archevêque et du roi, et les traités furent adoptés le 21 janvier par 102 voix contre 48. M. Joerg et les 47 députés patriotes intransigeants quittèrent la salle.
Les catholiques ne devaient pas tarder à regretter amèrement leur faiblesse et leur complaisance. Le système prussien est un engrenage où tout le corps passe quand on a eu l'imprudence d'y laisser prendre un doigt. La Bavière n'a plus le droit de s'occuper de son armée, soumise au commandement suprême et à la direction générale de l'empereur; de toute sa souveraineté militaire, le roi Louis n'a conservé que le privilège de nommer les officiers et de payer les sommes votées par la diète de Berlin pour l'entretien de l'armée sur pied de paix ou pied de guerre. Le soldat bavarois est tenu au serment de fidélité au drapeau impérial. La Bavière a également perdu le droit de se prononcer dans toute question de politique extérieure. Elle ne peut plus faire défendre à l'étranger ses intérêts politiques ni ses intérêts commerciaux; elle n'a plus le droit de législation ni celui d'inspection supérieure sur les douanes; elle ne peut plus battre monnaie, émettre du papier, contracter des dettes; elle est soumise, en matière de police médicale, de presse, d'associations et de réunions publiques, aux lois de l'empire. Non contents d'avoir réduit leur pays à cet état de vassalité, les nationaux-libéraux voudraient le mettre sous la domination complète de la Prusse. Ils appellent de tous leurs vœux le jour où M. de Bismarck introduira en Bavière le Kulturkampf. Le chancelier a toujours compté sur leur appui. Avec une Chambre dont la majorité serait libérale, c'est-à-dire prussienne, la lutte pourrait commencer sans retard. C'est pour conjurer ce danger, pour sauvegarder les derniers vestiges de souveraineté nationale, qu'on a vu les catholiques lutter avec tant d'acharnement dans les élections de 1873. C'était une question de vie ou de mort. Bien que le ministère les ait entravés dans la libre manifestation de leur vote, ils ont réussi à élire 79 députés. Les nationaux-libéraux n'en comptent que 77. Mais ces deux voix de majorité catholique semblent suffisantes pour contre-balancer, momentanément du moins, les influences de la Prusse.
La Chambre des députés. — La séance d'ouverture. — La discussion du projet d'Adresse.
— Les journaux de Berlin et le roi Louis IL — M. Joerg et son état-major. — M. Wœlk.
— De l'avenir de la Bavière.
La Chambre des députés de Bavière est placée sous la protection de la sainte Vierge. Une madone orne la façade noire et triste de la maison de la Prannerstrassequi sert de lieu de réunion aux Pères du peuple. La salle est vaste, de forme quadrangulaire. Elle est décorée avec économie. L'ouverture de la session se pratique encore selon le mode antique et solennel. A onze heures, un service religieux réunit les députés dans l'église Saint-Michel. L'archevêque officie. Les hallebardiers font la haie ; à droite, sous un dais, s'élève le trône royal, et en face, à gauche, sont les prie-Dieu des ministres et des membres de la première Chambre.
Cette année, c'estle prince Luitpold. oncle du roi, qui a ouvert la session. Il est arrivé en voiture de gala, attelée de huit chevaux caparaçonnés d'or et de pierreries, et la tête ornée de grands panaches blancs. La voiture elle-même est surmontée de plumets aux quatre coins. Des hallebardiers, des laquais et un détachement de cuirassiers formaient l'escorte. Un peloton d'infanterie de la garde échelonné devant le «palais législatif » tenait la foule à distance.
L'aspect de la salle a ce jour-là quelque chose de théâtral. Les Reichgrœthe (députés de lapremière Chambre), en uniforme de généraux ou en costume de chambellans, sont assis sur des sièges recouverts de velours rouge. Leur poitrine étincelle de décorations. Au milieu d'eux on remarque l'archevêque de Munich, corpulent et fleuri comme un chanoine de Séville, et Mgr l'archevêque de Bamberg, grave comme un patriarche.
Le trône, surmonté de la statue de Maximilien Ier, « père de la Constitution, » était voilé d'un crêpe, à cause des deuils récents de la famille royale.
Leprince Luitpold s'est tenu debout et s'est borné à prononcer la formule sacramentelle, après quoi le ministre de l'intérieur, M. Pfeuffer, a procédé à la prestation de serment des nouveaux élus.
Les tribunes étaient pleines, mais elles l'ont été bien davantage les jours suivants, pendant la discussion du projet d'Adresse. Les débats ontduré deux jours; commencés le 13, ils ont fini le 14 octobre au soir, au milieu de la plus vive émotion. M. Joerg, rapporteur de la commission de l'Adresse, a eu les honneurs de ces journées mémorables. Son premier discours n'a pas duré moins de deux heures. Le fougueux député s'est surtout appliqué à prouver que le ministère avait complètement faussé les élections en remaniant les circonscriptions électorales. « Après avoir tout fait, a-t-il dit, pour transformer la majoritéen minorité, le ministère s'est présenté devant la Chambre comme si de rien n'était. Voilà ce qui ne s'est jamais vu dans aucune monarchie constitutionnelle. Ailleurs, le contraire a eu lieu. Aussi, la majorité a-t-elle résolu d'user de son droit et de s'adresser directement au souverain. Les élections n'ont pas été libres. Il se peut que l'Adresse ne soit adoptée qu'à deux voix de majorité, mais ces deux voix ont une signification et une portée extraordinaires. Le ministèren'a pas fourni de détails statistiques sur les résultatsdes dernières élections; veut-il me permettre de lui en donner? D'après des travaux spéciaux, ces deux voix de majorité représentent 860,000 habitants; car si le parti libéral compte 2 millions d'électeurs primaires, le parti patriotique en compte 2,860,000. Il a donc une majorité de 860,000 habitants. Ces 860,000 habitants devraient être représentés par 26 ou 27 députés, et non par 2. Si, de 24 voix la majorité a été réduite à 2, c'est l'effet de la division nouvelle des circonscriptions électorales. En ajoutant les électeurs primaires qui ont été écartés par la formation des collèges, on peut porter à 1 million les électeurs que représentent ces deux députés ! »
. • M. Joerg a terminé sa brillante philippique en exprimant le vœu que le roi décide en dernier ressort et fasse triompher la cause du droit et de la justice. : ■ . .
; M. Lutz, le ministre le plus attaqué, s'est alors levé, et, se tournant du côté de M. Joerg : « Je trouve, a-t-il dit, le ton de l'Adresse un peu sauvage {uncivilisirt) et digne d'une réunion de paysans. »
. A cette apostrophe, M. Joerg et ses collègues se sont contentés de hausser les épaules.
M. Lutz n'a pas été très-adroit dans sa défense de la «géométrie électorale » ; il s'est excusé en disant que « le peuple n'est pas intelligent, qu'on l'a surexcité et que le clergé le menait; le ministère était en droit de légitime défense, et s'il n'avait pas remanié les circonscriptions, les véritables sentiments du pays eussent été étouffés. Le combat à mort que se livrent l'État et