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Historique

Un coin de jardin, à Mayence.

d'éloquence. Les (irs furent interdits comme réunions dangereuses jusqu'en 1871.

Le grand tir allemand qui eut lieu à Vienne, après 1866, fut une immense manifestation anti-prussienne : on s'en émut vivement à Berlin ; il y eut un échange de notes des plus raides et M. de Beust eut toutes les peines du monde à conjurer l'orage.

A la suite des triomphes de la dernière campagne, l'Empire, n'ayant plus à redouter les tendances républicaines, encouragea la création de sociétés

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de guerriers et de vétérans ; le prince royal de Prusse se mit à la tête de la section centrale de Berlin, à laquelle aboutissent toutes les sections de l'empire, et il n'y a pas aujourd'hui de si petit hameau qui n'ait son « tir ». Les mamans et les enfants jouent et boivent dans le jardin du Schiesshaus, tandis que les papas chargent leurs carabines et gagnent une photographie de M. de Bismarck, une paire de bretelles, une pipe ou un jambon.

Worms. — Son passé. — La statue de Luther. — La Diète de Worms. — Le Dôme. Prophéties allemandes. — La synagogue juive de Worms.

Worms est une ville silencieuse et triste, abîmée dans les souvenirs de son passé. Elle répond cependant à celui qui l'interroge, et son histoire est émouvante comme un drame.

A leur arrivée sur les bords du fleuve, les Romains trouvèrent la cité endormie dans son berceau celtique. Drusus en fit une des cinq sentinelles qui gardaient la ligne du Rhin 1. Ce fut à la fois une place de guerre et une place de commerce. Détruite à la suite de l'invasion des Vandales et des Suèves, elle fut reconstruite parles Bourguignons en 412 et devint leur capitale. Aux ive et ve siècles, régnaient à Worms les rois" Gibich, Godomar, Gislahar et Gundahar, dont les Niebelungen chantent les exploits.

Gundicar se crut assez fort, adossé aux murs de sa ville, pour arrêter Attila : il fut écrasé avec tout son peuple, comme la gerbe sous les fléaux des batteurs. Après la victoire de Tolbiac, qui rétablit la domination franque, Worms fut désignée pour être le siège d'un comte palatin.

Sous les rois francs, la ville jouit de plusieurs privilèges et de nombreuses libertés. En 622, le roi Dagobert y bâtit un palais splendide [insigne palatium) et y fonda un couvent. Worms, agrandi et embelli, était digne de recevoir dans ses murs l'empereur Charlemagne. Il y tint ses parlements et ses assemblées de mai, il y fut visité par les princes et les ambassadeurs des trois parties du monde, il y célébra ses fiançailles avec Pastrada. Les rois

1. Argcntoratum (Strasbourg); forteresse principale, Mmjuncia (Mayence) , Colonia Agrippina (Cologne), Borbetomagus (Worms) et Noviomagum (Spire).

carlovingiens choisirent aussi Worms pour leur résidence. Des églises, des couvents s'élevaient de toutes parts, entre-croisant leurs clochers et confondant leurs sonneries. La puissance de l'autel contrebalança bientôt celle du trône.

Les évêques s'érigèrent en princes temporels. Ils s'octroyèrent le droit de battre monnaie, de mettre des 'péages, de rendre la justice ; ils tinrent la bourgeoisie en bride jusqu'à ce que celle-ci, impatiente et rétive, se dégagea et prit fait et cause pour l'empereur contre le pape. La querelle fut longue et sanglante. Pendant toute la période du moyen âge, Worms retentit de bruits d'armes, de cris de fureur et de mort; les conspirations s'ourdissent la nuit dans les tavernes et éclatent au grand jour sur les places publiques. Les évêques chassés de leur palais, ne rentrent que sous la protection des hallebardes impériales. La guerre de Trente Ans passe sur Worms comme une trombe de fer et de feu. Puis à travers la fumée à peine dissipée, Tilly, Léopold et Gorduba se dressent comme des spectres terribles.

Après la bataille de Nordlingen, ce sont les Impériaux qui prennent la place des Suédois. Mais la paix d'Osnabriick n'est pas de longue durée. Le coq gaulois fond de nouveau sur l'aigle allemand. Worms capitule sans combat. L'intendant général Soubière et le général d'Hutelli ordonnent de raser ses fortifications.

On abat les quarante tours, orgueil de la cité impériale ; on démolit les remparts, on comble les fossés. Les habitants de Worms eux-mêmes* sont, obligés de travailler à cette mutilation honteuse. Les canons de l'arsenal sont jetés dans le Rhin. Gela se passait en 1688. Un siècle plus tard, Worms avait repris son ancienne splendeur, et remis autour de ses maisons la ceinture déchirée de ses remparts.

C'est alors que la Révolution française y entra en chantant ; elle planta sur les places ses arbres de la liberté; les brasseries se transformèrent en clubs ; Français et Allemands s'embrassaient comme des frères en proclamant le règne de la liberté et de la fraternité universelles. Les Prussiens vinrent interrompre l'idylle et « l'on vit, dit la chronique de Worms, nos patriotes le plus ardents de la veille s'armer de haches et abattre l'arbre autour duquel ils venaient de danser » . Pour le bon exemple, les Prussiens mirent cependant à l'ombre, dans la forteresse de Kœnigstein, ceux qui avaient trop sauté pour la Révolution.

Les villes ont leurs destinées ! Worms, comme Spire, a été battu par toutes les tempêtes d'hommes qui ont éclaté depuis l'invasion romaine jusqu'à l'invasion gauloise. L'or et le sang ont coulé par toutes ses brèches. De quarante mille âmes, sa population est descendue à huit mille. Jadis le Rhin coulait sous ses murs; le fleuve s'est aujourd'hui retiré avec dédain,

Une mascarade pendant lés jours gras, à Mayence.

comme s'il craignait d'attrister ses flots par l'image de cette ville aussi tristement assise que la fille d'Israël.

Le premier monument qu'on rencontre en entrant dans Worms c'est le Luther^s Denkmal, le monument de Luther. Le Kladderadatsch vient de lui donner un regain d'actualité, à propos de la fête de Teutobourg. Dans une

de ces planches politico-religieuses dont le croquis doit sortir du bureau «de l'esprit public», et qui sont une des spécialités delà feuille illustrée de Berlin, on voit Hermann debout sur le globe terrestre, qui foule du pied un casque romain, brandit dans la dextre une épée triomphante, et tient de la gauche un bouclier avec cette devise : Vici (J'ai vaincu). En face de lui, Luther montre une Bible avec cette inscription : Vincam (Je vaincrai). Au fond, l'église de Saint-Pierre élève sa coupole que domine la croix, — «le signe qu'il faut abattre ». Au-dessous du chef des Chérusques, on lit Teutobourg ; et au-dessous du réformateur : Worms; puis, plus bas, en ma nière de légende : Gegen Rom ! (Contre Rome.) C'est le cri de guerre de la Prusse depuis 1872; il sert même de titre à un recueil de poésies très-caractéristiques, inspirées par la haine de l'Allemand contre le Latin. J'ai précisément acheté ce livre à la gare de Worms, et je crois utile de le faire connaître; c'est le manuel de poche de tous les farouches vengeurs de Conradin. Après un boniment patriotique pour encourager l'acheteur à propager l'œuvre on lit ces vers, qui servent de préface.

« Contre Rome et les calotins ! » Tel est le cri qui retentit dans toute l'Allemagne

— En l'entendant, nos cœurs et nos âmes frémissent comme frémissaient les pâtres helvétiques au son du cor des Alpes. — « Contre Rome et contre les calotins ! » telle est notre devise, telle est notre prière.

« Combattons vaillamment, terrassons Rome et la papauté. - Éteignons ces flammes d'enfer et endiguons le torrent qui nous menace.

« Un Te Deum glorieux montera, après cette guerre, jusqu'au ciel : — « 0 Seigneur « et Maître tout-puissant, tu nous as donné la victoire contre Rome et le mensonge ! »

La pièce qui porte le même titre que le volume : Gegen Rom (Contre Rome), mérite de passer entièrement sous les yeux du lecteur. Elle est signée du nom de Félix Dahn, de Kœnisberg :

« L'univers dompté était dans les fers. — Des rives du Tibre à celles de l'Indus. — Les aigles victorieuses de l'empereur — Ne trouvaient plus de pays vers lequel elles pussent prendre leur vol.

« Alors, des sombres forêts de nos aïeux, — Un peuple sortit avec l'impétuosité du torrent et poussa ce cri : « Liberté ! Debout, vaillants Germains, — Formez vos rangs « invincibles ; debout ! et contre Rome ! »

« Et Rome fut vaincue, et le monde fut délivré — Par la valeur des Allemands. — Cependant, employant l'hypocrisie et la ruse, — Une nouvelle Rome, une Rome spirituelle — Forgea de nouveaux fers.

« Alors se présenta un homme de race saxonne — Qui jeta dan3 le feu, devant la cathé* drale de Wittenberg, — La lettre du pape. — Et de nouveau, à travers toute l'Allemagne, reteutit le cri : « Debout contre Rome ! »

« Et Rome fut vaincue ! — Et maintenant que nous avons accompli des actes d'héroïsme comme n'en avait jamais vu le monde, — Et que dans vingt batailles nous avons terrassé la France, — La France orgueilleuse, l'ennemie héréditaire et irréconciliable ;

— Maintenant que nous avons réuni nos tribus sous le même drapeau, — Et que dans tout l'empire retentit un long cri d'allégresse, et que nous ne craignons plus la jalousie des princes,

« Le calotin (pfaff) voudrait nous dominer. — Et il souffle, des bords du Tibre, la désunion parmi nous I — Non ! répétons l'ancien cri de combat de nos aïeux, — et qu'il nous enflamme : — « Debout ! Debout ! pour le dernier combat, — contre Rome, debout « contre Rome! »

« Contre Rome , levez- vous tous, protestants ! — Luther, Zwingli et Calvin vous exhortent à la bataille. — Eux, les excommuniés, eux les martys, — Ils vous montrent e chemin de Rome ! »

Ce petit livre renferme une centaine de pièces rimées avec la même grâce, par la'pléïade poétique du nouvel Empire. Je recommande aux curieux la Lettre de l'empereur au pape ; c'est une pièce qui achèvera de fixer l'opinion sur les moyens qu'emploie la Prusse pour attiser les haines religieuses, en faire des questions de nationalité et de patriotisme. Grâce au trouble qui en résulte pour les esprits, la Prusse reste maîtresse de la situation ; et elle se sent forte parce qu'elle sait qu'à son fameux cri : Contre Rome! elle ralliera autour d'elle toutes ses phalanges dispersées. L'intérêt de M., de Bismarck n'est pas d'en finir au plus tôt avec les « calotins » qui ne recourent jamais aux armes ; son intérêt, au contraire, est de prolonger la lutte et de s'en servir indirectement pour faire approuver par la majorité nationalelibérale et les nouveaux impôts, et les mesures draconiennes contre la presse, et le maintien d'une armée qui ruine le pays. Derrière Rome, il ne faut pas l'oublier , l'astucieux chancelier a toujours soin de placer la France.

Le monument de Luther à "Worms est un des plus beaux monuments modernes de l'Allemagne. Il est composé des personnages en qui se résume l'histoire de la réformation : Frédéric le Sage, l'électeur de Hesse, Philippe le Magnanime, le landgrave de Hesse, Philippe Mélanchton, Jean Reuchlin, Pierre "Waldus, Jean Wiklef, Jean Huss, Savonarole, Luther, et les statues symboliques des villes d'Augsbourg, de Magdebourg et de Spire. C'est le chef-d'œuvre du sculpteur Riebschel. « Jeunes et vieux, pauvres et riches, catholiques et protestants, dit le compte rendu officiel de l'inauguration, qui eut lieu le 25 juin 1868, tous ont lutté de zèle pour que Worms fût digne de cette grande fête. Worms, que le vandalisme de Louis XIV a entièrement détruite ! »

Luther est représenté au moment où il prononce devant l'empereur Charles, le légat du pape, les six électeurs, les vingt-quatre ducs, les huit margraves, les évêques et les prélats, qui composaient la Diète, ces paroles mémorables : « Si l'on peut me convaincre d'erreur par les saintes Écritures, je suis prêt à jeter de mes propres mains mes écrits au feu. » «r En voyant Luther, l'empereur avait dit : « Jamais cet homme ne fera que je devienne hérétique. » On sait comment il le congédia dès qu'il s'aperçut qu'il s'agissait d'une apostasie, mais c'était trop tard : l'Allemagne était déjà

remplie d'écrits, de chansons, de gravures qui tournaient le pape en ridicule, et Luther avait autour de lui une armée de partisans. Un Espagnol, Valdès, écrivit de la Diète même, à un de ses amis : « On s'imagine que tout est terminé ; nous ne sommes au contraire qu'au premier acte de cette tragédie ; les esprits sont trop exaltés contre la chaire pontificale. »

Les diètes sellaient de prétexte à des fêtes et à des débauches populaires. La foire impériale était ouverte pendant toute leur durée. « Il ne se passe pas, dit un chroniqueur du temps, — il ne se passe pas une seule nuit sans que deux ou trois individus soient assassinés. L'empereur a dû nommer un prévôt, mais bien qu'il ait déjà pendu plus de cent malfaiteurs, "Worms ressemble encore à Rome : il n'est question que de vols, de meurtres, et de filles joyeuses. »

Maximilien Ier, qui tint à Worms la première Diète, y arriva « avec une longue file de femmes qui se tenaient à la suite les unes des autres, à la queue de son cheval. » Le Sénat avait cependant interdit à tout le monde de se faire accompagner de filles d'Eve. Mais le folâtre Maximilien se souciait bien du Sénat ! Les juifs de Worms vinrent lui présenter un panier d'œufs d'or ; après les avoir remerciés, il les fit tous emprisonner, disant qu'il voulait garder des poules qui pondaient d'aussi beaux œufs.

Ce même Maximilien, qui, pour donner une preuve de son adresse^ était monté sur le parapet delà plate-forme delà cathédrale d'Ulm, et. s'était tenu une jambe en l'air, disait à ses conseillers : « Le roi d'Espagne est un roi des hommes, ses sujets ne lui obéissent que dans les choses justes ; le roi de France est un roi des ânes, ses sujets portent et supportent tout ce qu'il leur impose ; le roi d'Angleterre est un roi des anges, ses sujets. lui obéissent volontiers parce qu'il ne veut. que le bien ; moi, je suis le roi des rois, mes sujets ne m'obéissent que, quand cela leur plaît ! »

J'ai couru ensuite au Dôme à travers un dédale de petites rues où l'herbe verdit entre les pavés ; -plusieurs maisons qui n'ont qu'un étage ont été bâties sur les ruines des anciennes. Pas de passants ; mais en revanche, aux fenêtres, des canaris qui chantent gaiement et des fleurs qui s'épanouissent au soleil. Ces maisons blanches aux clartés parfumées ressemblent à une rangée de petits lits mortuaires. On marche sans bruit, avec une sorte de pieuse émotion, écoutantsi les chants des oiseaux ne sont pas là pour étouffer le bruit des sanglots.

Le Dôme s'élève au milieu d'une place écartée et mal entretenue. Un essaim de petites filles ébouriffées jouaient sur le gazon roussi ; et au-dessus d'elles, dans les plaines azurées du ciel, les hirondelles les imitaient, en se poursuivant avec de joyeux cris. Ces enfants et ces oiseaux me firent oublier un instant la vieille cathédrale, et reportèrent mon esprit au printemps

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de l'humanité, alors qu'il n'y avait sur la terre et dans le ciel que des chants d'innocence et des gazouillements d'amour.

Le Dôme de Worms, mélange de tous les souvenirs, de toutes les formes : grecque, romaine, byzantine, lombarde, carlovingienne, appartient au style roman. Son abside rappelle la solide maison saxonne ; ses quatre tours lui donnent l'aspect d'une véritable forteresse de Dieu. L'art gothique a ciselé et brodé ses deux portails latéraux. Le portail principal, tourné au sud, s'ouvre sous vos yeux comme une apocalypse de pierre. On y voit la bête monstrueuse décrite par saint Jean : elle a quatre têtes, une d'homme, une de lion, une de bœuf et une d'aigle ; ses pieds correspondent aux têtes, emblèmes des quatre évangélistes. Une femme revêtue de soleils et couronnée d'un diadème monte la bête mystique. Des écrivains allemands ont reconnu dans cette figure féminine Jérusalem « la grande paillarde avec laquelle les rois de la terre ont paillarde, et du vin de la paillardise de laquelle ont été enivrés les habitants de la terre » .

Des scènes tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament ornent les deux tympans. C'est la création d'Adam et la naissance de Jésus; la fuite du paradis terrestre et la fuite en Egypte; le meurtre de Caïn et le massacre des Innocents; Jonas sortant du ventre de la baleine et Jésus ressuscitant du tombeau. L'imagination du sculpteur s'est donné libre carrière ; quelquesunes de ses figures sont d'excellentes caricatures. Les évêques avaient trouvé là un moyen de se venger de leurs ennemis. Dans plusieurs cathédrales des bords du Rhin, ce sont les moines qui grimacent sous leur capuchon pointu ; il y en a même qui sont accrochés au toit, en guise de gargouille, la robe relevée par derrière. Le clergé séculier allemand, toujours en querelle avec les moines, les tournait ainsi en ridicule et les livrait aux risées du peuple.

Entrons sous le sombre vestibule que les excommuniés n'osaient franchir. Quel silence sépulcral sous ces voûtes qui ont perdu le souvenir des voix humaines ! Tout un monde est enseveli sous ces daller froides et muettes. Le moyen âge dort là, dans son suaire de marbre ; il dort avec la vieille Allemagne des croisades, des Minnesinger ; avec l'Allemagne chevaleresque, poétique et croyante. Les bouches germaines ne disent plus aujourd'hui de prières et de chants; elles ne poussent que des cris. La transformation biblique et personnelle de Nabuchodonosor s'étend à tout un peuple.

L'intérieur de la cathédrale est en style byzantin. Les murs sont en briques, les fenêtres ogivales très-petites, les galeries décorées de colonnes. Quelques restes de fresques apparaissent sous le badigeon. Mais l'ornement le plus curieux est certainement le bas-u'lief qui représente Dsrmi dans la fosse aux lions.

Daniel est assis sur une pierre, sous un arc gothique; à ses pieds, deux lions : l'un lui lèche la main, l'autre les vêtements. D'autres lions s'avancent vers lui d'un air curieux. Le dernier porte cette inscription sur le dos : Adelr. me. EU (Adelricus me fecit). Ces lions horriblement barbouillés de jaune, à la gueule extravagante, semblent échappés d'une fabrique de poterie chinoise. Un ange, chargé d'une cruche et d'une miche de pain, tient le prophète Habacuc par les cheveux et le fait descendre dans la fosse de Daniel. Les artistes bourguignons ont toujours beaucoup aimé la représentation de cette scène de l'Ancien Testament; ils la sculptaient sur les tombeaux et dans les chapelles. Dans les Catacombes, l'image de Daniel cachait celle du Christ. Le clergé allemand montre de nouveau aujourd'hui une grande prédilection pour le prophète sacré ; M. l'abbé Dominique Grœbel, dans une brochure intitulée : Vidée protestante de la Prusse ', a cru trouver dans le livre de Daniel l'explication des derniers événements ; ses curieux commentaires se basent sur ce passage :

Ce roi (le roi de l'Aquilon qui a vaincu le roi du Midi), fera selon sa volonté, et se manifestera comme s'il était dieu. Il proposera des choses étranges contre le Dieu des dieux, et prospérera jusqu'à ce que l'indignation ait pris fin, car la détermination en a été prise. Il ne se souciera point du Dieu de ses pères, même ne se souciera d'aucun dieu; il se manifestera par-dessus toutes choses. Toutefois, il adorera sur son trône le dieu de la force, il l'honorera avec de l'or et de l'argent, et des pierres précieuses ; il élèvera les plus fortes forteresses, tenant le parti du dieu iuconnu qu'il aura reconnu ; il multipliera la gloire de son peuple, le fera dominer sur ses voisins et lui partagera leurs terres. Et, au temps désigné, le roi du Midi le choquera de ses cornes, et lui, le roi de l'Aquilon (du Nord) se dressera contre Lui comme une tempête, avec chariots et gens de cheval, et avec plusieurs navires, et il entrera dans son pays et débordera, et passera outre. Et il entrera au pays de noblesse, et prendra plusieurs territoires ; mais ceux-ci réchapperont de sa main, à savoir Édom et Moab, et le lieu principal des enfants de Hammon ; il mettra donc la main sur ces pays, et le pays d'Egypte n'échappera point ; il sera maître des trésors d'or et d'argent, et de toutes choses désirables d'Egypte, de Lybie, et ceux de Cus seront à sa suite. Il entrera dans la province paisible, fera des choses que ses pères n'ont point faites : il se livrera au pillage, se chargera de butin. Mais les nouvelles le troubleront d'Orient et d'Aquilon, et il sortira avec une grande fureur pour détraire et mettre plusieurs pays à sac. EJ. il plantera les tabernacles de sa maison royale entre les mers, en opposition à ceux de la noble montagne de sainteté (le catholicisme), et viendra jusqu'à la détruire, et nul ne lui sera en aide. Or, en ce tempslà Michel, ce grand chef qui tient bon pour les enfants de son peuple, tiendra bon ; et il y aura un temps de détresse tel qu'il n'y en aura pas eu jusqu'à ce temps, et en ce temps son peuple échappera.

Quel est ce sauveur mystérieux, ce « Michel » ? Voilà ce que M. Grœbel oublie de nous apprendre.

En sortant de la cathédrale, je me suis lancé à l'aventure à travers une

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