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CHAPITRE XIII

Sommaire : Chevaliers de la Triste-Figure. — Un livre d’or de la démocratie rurale. — Après l’églogue, voici l’ode. — La Glaneuse de Jules Breton. — M. Schutzenberger. — Actéon de biscornue mémoire. — M. Baudoin. — M. Lansyer et ses moulins. — Les mains remplies de fleurs, les yeux d’amour. — M. d Alheim, ou le fidèle du golfe Juan. — Ls paysage inépuisable de M. Bu.sson. — Le jeune inconnu et sa victime.— M. Bernier en est un autre.— Sabotiers qui sabotez! — M. Le Marié des Landelles. — M. Lhermitte et ses pèlerinages « pour de bon. » — Il est né à Rome, M. Vannutelli! — - M. Bridgman et l’antique Égypte. — En route vers la Pyramide prochaine. — La Gaule et Luminais. — La Gaule et M. Sauvage. — O les démolisseurs de Paris!

— MM. Mois, Nittis, Lecomte, Béraud. — Un inslant rentrons encore! — J’aime cette peinture de Sinet. — J’irai en Russie pour me faire une opinion sur M. Chelmousky.

— MM. Ballavoiue et Bayard. — Ma Villa pour faire suite à mon Castel en Espagne. — La Leçon de danse d’Adan. — La nymphe Écho de James Bertrand. — Une estivale Matinée d’Emile Breton. — M. Milliet et sa Danse à Paphos. — Le Dîner chez Molière de M. Gaston Mélingue. — La Fin d’octobre de M. Diaz. — MM. Munkacksy, L. de Paal, Pa-

czka. — La Chevalière Printemps de M. A. Hirsch.

M. Richomme. — Voir, c’est avoir. — Ce n’était pas un triste Salon, mais un Salon triste. — Du 16 mai au 20 juin. — Une statistique officielle. — A l’histoire!

Si les événements formidables qui depuis sept ans sc déroulent, si la parfaite inanité d’une lutte sans espoir n’ont point suffisamment averti encore les pitoyables chevaliers du temps jadis, vrais chevaliers de la Triste-Figure, laudatores temporis acti , qu’ils daignent en leurs moments perdus, si nombreux, songer à ceci : l’art leur échappe. Ses maîtres en tête,

enseignes au veut, il passe avec armes et bagages à la Révolution maudite.

La littérature, c’est son rôle, a commencé, il y a des siècles de cela! Ses prophètes, se-s philosophes, l’idée moderne ne les compte plus. Ses écrivains, ses orateurs entraînent le monde, ses savants le dirigent. Mais voici qu’envers et contre la tant vieille et point vénérable Doctrine, malgré toutes les résistances et les scolastiques officielles, la démocratie a trouvé son art. En sculpture, timide et rare encore; mais en peinture, si puissant et si affirmatif déjà ! Y aura-t-il jamais de la démocratie rurale un plus beau livre d’or que l’œuvre de Millet? Yous souvient-il des applaudissements que prodigua l’an dernier la presse républicaine à la Dieppoise de Vollon? et de l’admiration que plus d’un témoigna pour cette Paysanne, le meilleur tableau peut-être de Jacquet? Est-ce pas une belle rêveuse de campagne, interrogeant la mer d’un passionné regard, qui valut naguère à Jules Breton la plus méritée des médailles d’honneur? Elle n’était pas plus belle que sa Glaneuse, une des trois ou quatre plus' nobles et plus fières œuvres qui parurent au Salon de 1877.

De la Glaneuse de Jacquet nous dîmes : c’est une églogue. De celle-ci, nous dirons : c’est une ode. Une ode au plus dur peut-être et au plus vaillant labeur de la femme, celui que célébrèrent les poètes de toute époque et que la Bible consacra en un Livre immortel. Grande et robuste, hardiment découplée, solidement plantée sur ses pieds nus, elle s’avance, la Picarde, la main gauche sur la hanche et de la droite retenant sur son épaule gauche une vaste gerbe, produit d’une longue journée. Son attitude, sa démarche sculpturale, comme sa rude et brune beauté, ses yeux noirs ar-

dents, ses traits accentués impriment à son sérieux visage un charme étrange, un caractère quasiment viril. Là-bas, à l’horizon, le soleil se couche, et d’autres travailleuses se hâtent de rassembler leur glane. Ainsi éclairée, et comme auréolée par les rouges rayons du crépuscule, vêtue d’une simple chemise et d un court jupon, son tablier bleu relevé par un coin, on jurerait que cette superbe hile attend le statuaire! Pourquoi pas? Alors qu’elle apparaissait aux artistes de la Grèce, la divine Cérès fut-elle plus imposante jamais que cette grande dame des champs?

Mois béni des peintres, le radieux Messidor a inspiié à un autre éminent artiste, M. Schutzenberger, un très-beau et très-juste Souvenir d’Italie. Il y a dans sa moisson napolitaine autant de mouvement et de mise en scène que dans celle de Léopold Robert, moins de convention, plus de vérité. Cette lumière crue et uniforme, ce bleu dur, égal, du ciel et de la mer, vous étonnent-ils ? Allez en Italie. J’aime bien aussi la Diane au bain de M. Schutzenberger. Ainsi modelée, nous comprenons que la dive chasseresse ait si fort tenté le pauvre Actéon, de biscornue mémoire.

Après la moisson du blé voici venir la cueillette de l’olive, celle-là que nous chante ainsi Jean Aicard en ses brillants Poèmes de Provence :

Puis, lorsque vers midi, le soleil enfin perce Le plafond nuageux qui s’ouvre et se disperse,

Un instant de soleil fait croire aux travailleurs Qu’ils en sont revenus aux longs jours des chaleurs;

Et plus d’un mois, propice aux joyeux bavardages,

La cueillette chanteuse anime les feuillages.

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M. Baudouin a fidèlement traduit sou compatriote en un joli paysage bien gai, bien souriant, bien animé, bien vu. Les personnages sont très-vivants, très-agissants. Œuvre exquisement naïve et pourtant çà et là un peu sèche, par un léger défaut d’air et de perspective.

Ce n’est pas ce défaut-là que l’on oserait reprocher à Lansyer. C’est bien le vent d’orage qui chasse ces noires nuées dans ce vaste ciel. C’est, lui qui fait tourner à outrance les gigantesques ailes de ces Moulins à vent aux environs de Lille; c’est lui qui ride et tracasse violemment cette bonne rivière flamande, si tranquille d’ordinaire. Oies amusants moulins ! Sontils assez cocasses, assez mal bâtis, ces très-hauts seigneurs qui emplissent la campagne de leurs importantes personnes et l’horizon de leurs silhouettes bizarres! Cela est franc, large, emporté.

Et ceci est frais, suave, ravissant. Ceci est Y Avril en fleurs. Rapin nous les montrait tout à l’heure, ces bois de Cernay, dans leur toilette chatoyante d’automne et aussi dans leur grave parure d’hiver. M. Lansyer nous les montre- dans leur printanière toilette, blanche et rose, fêtant ces gentils échappés de Musset, ce Frédéric et cette Bernerette qui s’en vont à travers les taillis embaumés, s’enivrant de soleil et de jeunesse, les mains pleines de fleurs, les yeux chargés d’amour. Allez, courez, butinez, lutinez, mes doux amis, et dépêchez ! Faites provision de souvenirs et de parfums 1 Le printemps est si court!

On le voit, après la lande farouche, la grasse campagne. Après la mer furieuse, l’avril fleuri. La variété ne manque pas autalent de Lansyer, et dans cette variété nul effort. Certes, il a travaillé, et d’année en

Moulins à vent des environs de Lille, par E. Lansyer.

année nous avons mesuré son progrès. Mais ii est aujourd’hui maître de lui, ou, plus simplement, il est maître.

Fidèle à son beau golfe Juan, le peintre de la Provence, M. d’Alheim nous est venu d’Antibes avec deux oeuvres aussi savantes et aussi châtiées que leurs aînées. Une vue nouvelle des Récifs de Saint- Honorât, dramatique et vigoureuse, comme cèlle de l’an passé. Et une adorable, une délicieuse toile d’un large et grand style : Per arnica silentia lunæ. Le golfe dort, aux rayons de la lune amie. Seule, sur la vague argentée une barque glisse, légère et silencieuse. Où va-t-elle aborder? Sur ces deux rocs qui se regardent, qu’est-ce que ces blanches formes? Sont-ce point des nymphes demi-nues, secouant de rouges fanaux. Des sirènes? je ne dis pas non. Dos phares vivants, de vigilantes gardiennes que semait sur les côtes la civilisation gréco-romaine? Peut-être. Il faut bien guider la barque aventureuse, car la lune est perfide, on le sait, comme toutes les amies. Imagination charmante, harmonieuse et sévère où se distingue le talent poétique et lettré de M. d’Alheim.

Allons! pour la vingtième fois nous le répéterons à qui ne nous veut pas entendre : il est dans ce Salon une cinquantaine de toiles, et plus encore, auxquelles nous arracherions volontiers leur Hors concours pour l’appendre au bas des toiles de M. d’Alheim.

La plupart des peintres, et non pas les moins brillants, d’ordinaire écrivent une page. Si grande impression qu’on reçoive de leur œuvre, elle ne varie guère. L’auteur de ce grand tableau : le Village de Lavardin (. Loir-et-Cher ), M. Busson, a eu le talent singulier de nous donner le paysage inépuisable, comme la

bouteille du magicien. Ce n’est plus une page qu’y peut lire le spectateur, mais un livre, mais autant de livres que son imagination lui en permettra.

Ce beau village, si complet, qui commence au bord de cette jolie rivière où s’ébattent chevaux, gamins et canards, qui grimpe jusqu’au sommet de ce coteau richement boisé, ce village dont nous distinguons toutes les rues, toutes les maisons blanches et rouges, vous y pouvez ébaucher et poursuivre à votre aise tel roman, tel drame, telle nouvelle, telle idylle qu’il vous plaira. — C’était par une chaude journée d’août 186... Le soleil en querelle avec de gros nuages noirs éclairait d’un fugitif rayon le village de Lavardin, si pittoresquement étagé le long de sa verdoyante colline. Trois heures venaient de sonner au vieux clocher gothique. Les commères, qui devisaient joyeusement sur les portes, furent tout à coup intriguées par l’arrivée d'un jeune inconnu, qui descendit de cheval à la porte du Lion-d’Or... A la fin du roman, l’héroïne, cette jeune fille que vous voyez là, séduite, puis abandonnée par le jeune inconnu, se

jettera dans cette jolie rivière, mais ou bien

encore

Ou bien encore, M. Bernier en est un autre. Il a exposé, lui aussi, un de ces paysages auxquels nous ramène sans cesse, avec l’ampleur du sujet, la grandeur de l’exécution. Il est imposant et superbe, son Bois de Quimerc'h dans le Finistère ; un vrai bois celtique. On respire librement sous ces arbres géants, hauts et droits comme des colonnes de temple, autour desquels souffle un air vigoureux et sain. Connaissezvous tout votre bonheur, sabotiers qui sabotez dans le bois de Quimerc’h?

C’est dans le Finistère encore, et pas bien loin de cette forêt, aux environs du délicieux bourg de Pont-Aven, queM. Pelouse a vu ces belles Prairies de Lesdomini et ce fantastique Lavoir de Daour-Gazin , d’où il nous rapporte deux paysages d’une si large facture et d’un si noble style ?

C’est à Pont-Aven même que M. Lemarié des Landelles, un des habitués du bourg féerique, digne élève deMM. Rapin et Pelouse, a peint ce gracieux et vivant paysage : les Bords de l'Aven, que MM. du Jury ont daigné mentionner honorablement.

C’est dans le Finistère encore que M. Lhermitte a vu ce Pèlerinage , un vrai, un consciencieux, un « pour de bon, » sans tapage ni montage. Ces jeunes ou vieilles pèlerines, qui usent leurs genoux sur les dalles des vieilles églises bretonnes, ont décidément pour M. Lhermitte un irrésistible attrait. Il excelle à rendre ces dévotions sincères et pittoresques, et leur prête une poésie singulière. Mais, ne lui en déplaise, la bonne et franche nature va mieux à sa bonne et franche manière : Adieu bénitiers ! Vendanges à faire, monsieur Lhermitte !

Il y a des lieues et des mondes entre le Pèlerinage breton , de M. Lhermitte, et la Procession à Venise , de M. Vannutelli. Procession est le mot poli, débandade serait le terme précis. Un coup de vent impie, prodrome d’un noir orage, a jeté en une indicible déroute toute cette armée de chantres, de vicaires, d’enfants de chœur, d 'abbati, de porte-cierges, qui s’en va rejoindre au plus vite par un étroit escalier ce pont de bateaux sur le Grand-Canal. On n’imagine pas plus criard et plus vénitien, plus juste et. plus plaisant

effet. Et comme l’on voit bien que la mise en scène, baroque et si peu convaincue, de l’Église italienne n’a guère de secrets pour M. Vannutelli, né à Rome et portant le prénom de Scipione!

Et il y a encore plus de lieues et de mondes, et il y a des siècles aussi entre la gaie procession de M. Vannutelli et le terrifiant défilé que M. Bridgman intitule : Funérailles d'une momie. Ce très-remarquable artiste nous avait déjà prouvé par d’heureux envois comme il sait l’Égypte moderne ! Dans son décor immuable, sur son Nil éternel, il nous exhume aujourd’hui la plus ancienne et la plus typique des Égyptes, sous sa forme la plus légendaire et la plus significative. Je renonce à décrire l’ordonnance vraiment solennelle de cette évocation grandiose, l’aspect curieux de ces barques chargées d’un peuplé étrange, faisant suite et cortège à la barque sacrée où trône, sur son énorme catafalque, au milieu de ses pleureuses, de ses brûleurs de parfums et de ses hiérophantes en prières, la royale momie en route vers la Pyramide prochaine. Par l’impression réelle et durable qui nous vient de cette œuvre rare, nous jugeons que l’érudition de M. Bridgman est, elle aussi, fort réelle, et que ce monde étonnant et que ces rites merveilleux sont bien le monde et les rites du pays classique où régnèrent les Pharaons. S’il vivait encore , quelle enthousiaste et magistrale étude Théophile Gautier, l’auteur du Roman de la momie , eût consacrée à M. Bridgman, l’auteur des Funérailles d'une momie !

C’est grâce à un oubli passager que ce tableau n’a point pris place dans notre revue de la peinture historique, auprès de ces restitutions de l’antique

Rome et de l’antique Orient, par MM. Alma-Tadéma, Emile Lévy et Henri Motte. Là aussi aurait dû figurer le Prisonnier en fuite , une page nouvelle, et une belle, ajoutée par Luminais à sa précieuse et magnifique restitution de la Gaule. Ce que celle-là nous est chère, nous l’avons dit et redit, et dans ce volume même, à propos de MM. Marqueste et Henri Cros. Aussi comprendra-t-on la joie avec laquelle nous avons découvert et l’empressement avec lequel nous signalons un jeune émule de Luminais, dans la personne de M. Georges Sauvage, auteur d’une trèsintéressante toile : Sentinelles gauloises — Gaule armoricaine, dont le caractère et les costumes accusent l’étude des plus authentiques documents.

S’ils continuent, mos lamentables démolisseurs, s’ils parfont l’horrible besogne entamée par les Hurons et les Chipahuas de l’Empire, bientôt les Vues de Paris seront recherchées comme les témoignages d’une antédiluvienne civilisation par les habitants ennuyés de l’énorme casier qui portera indûment le nom de la grand’ville.

S’il leur reste, à ces habitants-là, quelque goût artistique et quelque historique notion du Paris que connut notre jeunesse, ils ne se disputeront à prix d’or ni de cuivre les Vues médiocres que nous a exhibées le Salon de 1877.

Anvers et certains quartiers de Paris ont autrement profité à M. Mois que le Quai du Louvre , vu de la Galerie d1 Apollon. Il ne nous en donne qu’une physionomie froide et terne, incorrecte et lâchée, erreur inexplicable d’un si ferme talent. Le Paris vu du Pont Royal , de M. Nittis, est bien tapageur, bien bariolé, bien envahi par les détails secondaires. Paris est moins en couleur, bien plus en nuances. Ce quai

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Voltaire est autrement calme, le si célèbre décor du fond, la Cité, autrement prestigieux et poétique. Le Pont-Neuf , de M. Lecomte, est d’une facture bien sèche et bien lourde. Le Dimanche près de Saint-Philippe du Roule , de M. Jean Béraud, est une jolie chose, bien composée, bien observée, mais beaucoup trop photographique.

Il est bien long, n’est-ce pas? notre défilé de peintres. On va fermer ! Oui ! nous connaissons la ritournelle. Un instant, rentrons encore.

Il y a là, sur la cimaise, une petite peinture de Sinet que j’aime à revoir. Oh ! ce n’est point une scène à fracas, ni à falbalas. Un simple fumeur de pipe, aux yeux bleus, à la barbe blonde, figure ouverte et sympathique, regard clair, d’un charme indéfinissable. Cette fort jolie chose, d’une coloration grasse et souple, est dans la même donnée d’art que les Rembrandt. Du même artiste, V Intérieur de l’hôtel du Heaume , dans le quartier des Halles , est aussi une sévère et consciencieuse étude.

Quand j’irai, comme je l’espère, visiter la Russie et ses annexes, je me ferai une opinion sur le talent de M. Chelmousky. Son Cabaret à la campagne en Pologne est chose assez étrange. Est-ce vrai ou seulement vraisemblable ? Au premier abord, on n’y voit que taches blanches, noires et rouges. Et puis l’on s’y habitue. Et l’on distingue autour de cette chaumière des scènes fort récréatives, dont les acteurs, habillés de gris, sont ivres, et les actrices, habillées de rouge, sont grises comme des Polonais. Je ne sais; mais, pour le moment, cet effet nous paraît bien cherché, cette écriture très-illisible.

Autant est sauvage l’art de M. Chelmouslty, autant est quintessencié celui qui traça les panneaux décoratifs de MM. Ballavoine et Bayard. De celui-ci, les Baigneuses et les Patineurs semblent des trumeaux détachés de quelque villa princière du xvme siècle. De celui-là, les Plaisirs de l'été et la Bouderie , d une si aimable et si vive couleur, d’une composition si bien entendue, les Plaisirs surtout. C’est la haute vie de notre gentry parisienne, arrangée pour ainsi dire en une saynète si pimpante, si galante, et si naturelle pourtant !

S’il régnait chez nous un ordre moral véritable, dont la situation actuelle nous peut donner l’idée par antiphrase, nous aurions, n’en doutez pas, une villa, non princière, dans laquelle, entre deux panneaux, l’un de Bayard, l’autre, de Ballavoine, à notre choix, nous placerions cette ravissante Leçon de danse d’Adan, où revit dans toute son aisance et sa grâce si parfaites notre société française d’il y a quarante ans, et que les grand’mères ont dû contempler avec attendrissement. Nous y mettrions, en une place d’honneur et en vis-à-vis, cette nymphe Echo, de James Bertrand, fraîche, appétissante et plantureuse, attirant vers elle, par son aimable stratagème, ce jeune homme que je ne plains pas ; et cette Matinée d'été d’Émile Breton, si poétique, si harmonieuse, dont nous ferions copier pour notre parc la chaumière et l’étang. Nous y voudrions cette mythologie de M. Paul Milliet, Paphos — Danse de l'Hyménée devant la statue de Vénus-Uranie , œuvre très-noble, très -gracieuse, trèspensée, savamment archaïque, et point du tout néogrecque, dans la manière du Maître* Gleyre; — ce Dîner chez Molière à Auteuil, de M. Gaston Mélingue, si clair, si vivant, si ensoleillé, dont les illustrissimes

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convives sont si reconnaissables, un peu théâtral peut-être, mais à la manière du grand siècle; — cette Fin d'octobre , de M. Duez, élégante et délicate, d’un sentiment si moderne.

Nous y accrocherions, en de très-bons endroits, non loin du Récit de chasse de Munkacsy, bien supérieur à ses précédents envois , la Consolation , de son jeune compatriote, Paczka, oeuvre étonnante, bien incorrecte encore, mais trahissant un futur maître, et un Sous Bois de cet autre Hongrois, 'Ladislas de Paal, qui, chaque année, mérite notre applaudissement ; et cette fantaisie tant précieuse et légère d Alexandre Hirsch, cette chevalière Printemps qui vole d arbre en arbre, versant à pleines mains sur chacun la neige odorante; et ces curieuses études de M. Richomme : la Femme arabe et la Poupée chinoise , si finies et si correctes; et le Marché au Perreux, de Brielman; et un paysage breton de Grandsire,et puis...

Mais 1 an dernier, ne me rêvais-je pçjint déjà un castel en Espagne où ma galerie débutait ~çdxYOphélia de Préault? Les années se suivront, et je n’aurai ni villa, ni castel. Et je m’en consolerai bien facilement. Car voir, c’est avoir. Et nous verrons l’an prochain, dans notre France libre enfin, le Salon merveilleux de l’Universelle Exposition.

J en aurais tant à vous dire encore sur le Salon de 1877. Mais, à peine ouvert, il devint si désert et si triste. Les visiteurs, beaucoup plus rares, s’en allaient beaucoup plus vite. On regardait les tableaux sans les voir, etl on parlait d’autre chose. De quoi? vous le savez bien, des exploits et des prouesses de la ducaille régnante. Ce que la guerre d’Orient n’eût pu réaliser, cette brusque cessation de la confiance et de la vie publique, commerciale ou intellectuelle,

AU PAYS DES PEINTRES quelques sots et inexcusables personnages 1 ont faite, pour la plus grande gloire de Marie Alacoque.

Du 16 mai au 20 juin 1877, sous le Brouillonnat de MM. de Broglie et consorts, les entrées au Salon ont versé dans la Caisse de l’art français 30,000 francs de moins que durant la période correspondante de l’année 1876.

Il y a un an, durant la dernière semaine, on dut faire un tirage supplémentaire du Catalogue. Cette année il en resta 3 à 4,000 exemplaires invendus.

Comprendrez-vous- enfin, messieurs les Artistes? Et voilà-t-il pas pour vous une bonne leçon d’indépendance professionnelle et républicaine ? Ce document, ce témoignage éclatant que vous ignoriez peutêtre, il nous est fourni par la Statistique officielle. Et nous le livrons à l’histoire.

A l’histoire celui-là, et bien d’autres. Car, voyezvous, ces gens-là passeront, mais leur souvenir... jamais !

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