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AQUARELLES, DESSINS, EAUX-FORTES, GRAVURES, CÉRAMIQUE

Sommaire : Comme Sa Majesté- la Peinture. — Feyen-Perrin, Armand Silvestre. — Fleur de mer et le général Thornassin. — MM. Casanova, Berchère, Vibert, Worms, Lami, Détaillé, Dubufe fils. — Le réalisme de Bonvin. — M. Laguillermie. — Enfin! madame Madeleine Lemaire, enfin! — Et Luminais, et Bida... et Barbarin? — Fantin-Latour, ou le wagnérien convaincu. — La gravure sur bois. — Et puis celle à l’eau-forte. — MM. Courtry, Boilvin et bien d’autres. — La gravure se meurt, elle est morte? — Demandez à M. Flameng. — La Céramique au Salon. — Qu’est-ce que M. Grosmaur? — Voir le jour, quelquefois, c’est mourir. — Peu de maîtres, beaucoup de professeurs. — M. Léonce Petit et Gambrinus . — Faïences et porcelaines. — Depuis Parvillée jusqu’à Mlle Allix. — Les Ecoles professionnelles Lemonnier. — Où l’émail se réveille. — M. Alfred Meyer. — Où nous retrouvons M. Falize. — Une indiscrétion, je vous prie? — Je me répète volontiers. — Ce sont gens vivants que ces sculpteurs ! — Tant d’art dans notre industrie, tant d’industrie dans notre art!

Donc les Aquarelles ont, cette année, un salon carré, tout comme Sa Majesté la Peinture. Il est petit, mais, sans doute, il deviendra grand, si l’administration lui prête vie. Et l’on j pourra lors installer bien autre chose que les Aquarelles, par exemple, des merveilles comme ce marbre de Mercié, la statuette de Junon vaincue, une des oeuvres les plus exquises et les plus hères de la sculpture moderne, que l’on a littéralement égarée, sacrifiée, dans l’immensité brutale de cette nef où succèdent

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•aux carrousels de chevaux les carrousels de sculptures.

Dans la salle nouvelle, une œuvre de grande dimension, mais de grande valeur, accapare aussitôt et domine l’attention. C’est un pastel de Feyen- Perrin, Fleur de Mer. Elle a, comme sa Parisienne à Cancale, une des plus belles toiles du Salon, pour épigraphe une strophe d’Armand Silvestre. Cet écrivain, et ce peintre sont frères de talent et d’inspiration. Il y a entre leurs poésies une étroite parenté, une similitude parfaite d’élégance athénienne et d’adorable préciosité. Cette belle « fille de la mer, » une vierge « au front noble et pur, » est le plus remarquable pastel qu’on ait vu depuis des années. Il nous est apparu en quelque sorte comme la brillante résurrection d’un genre si aimable et tant négligé. Là ne se borne pas le succès de Feyen-Perrin. Son grand fusain, portrait du général Thomassin , n’a point de rival au Salon.

Les peintres à la mode ont tenu à honneur de figurer à l’inauguration du Salonnet. Une mauvaise plaisanterie, de Casanova, vaut mieux que sa peinture. On y voit beaucoup de mouvement, d’ordonnance et une compréhension véritable de l’époque. Les aquarelles de Berchère valent mieux aussi que ses toiles, à notre sens. MM. Vibert et Worms provoquent la même réflexion. Le comique forcé de l’un, la mignar. dise de l’autre sont plus à leur aise dans ce genre secondaire, où l’on peut néanmoins rencontrer des pages dramatiques et sévères, comme le Knox prêchant la reforme devant Marie Stuart , d’Eugène Lami, ou le Cohjsée vu du palais des Césars, un jour de printemps, et Dans les bois de Plombières , de Français.

Dans l’aquarelle, la qualité maîtresse de Détaillé, l’exactitude, tourne à la photographie. Baron vieillit, et il tourne, lui, à la chromo-lithographie. Trèscomprises et très-originales, les aquarelles de M. Dubufe fils. Son Charmeur , un joueur de flûte qu’écoutent indolemment des baignenses nues, groupées sur les marches d’un temple antique, a un certain aspect blond, fort séduisant, et une grande vérité historique. Son Portrait de Mlle J. G. est très-franc, très-sincère, sobre de tons, plein de caractère. Délicieuses, ravissantes, étonnantes, etc., les quatre aquarelles de Leloir : YOdalisque couchée est d’un ton si agréable; les deux bonshommes rouges, jouant une partie de cartes, sont bien curieux. La femme, la nymphe printanière dirigeant un attelage de papillons est bien en l’air, très-enlevée. Sur une dizaine d’Harpignies, la moitié sont des bijoux. Rien de plus juste, de plus personnel; et il semble qu’en passant de la toile à l’aquarelle, cette manière puissante se détend et s’adoucit. Toute la vigueur, toute la précision de rendu, qui ont mis hors pair le réalisme de Bonvin, reconnaissez-les dans sa Femme qui veille, effet de lampe.

M. Laguillermie a, cette année, un heureux Salon. Les quatre aquarelles dont les sujets, tirés de Candide et de Zadig, doivent être gravés par lui pour une édition des Contes de Voltaire , nous montrent dans son plus beau jour son talent correct, sérieux et lettré. Ancien élève graveur, et l’un des plus brillants de la villa Médicis, il a obtenu pour son Gulliver à Lilliput , d’après Yibert, une médaille que nous applaudissons de tout coeur, comme la Mention honorable enfin décernée, enfin ! aux splendides fleurs de Mme Madeleine Lemaire.

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En aquarelle comme en peinture, il n’y a pas de chiens supérieurs à ceux de Penne, et les chats de Lambert seront toujours primés. Mais Nittis aquarelliste ne rend pas plus exactement Paris que Nittis peintre, malgré leur talent incontestable à tous deux. Les Pilleurs de mer nous ramènent pour notre plus grande joie la belle Gaule de Luminais, et dans le Banc d'église en Suisse , comme dans le Chef de saint Jean- Baptiste, nous saluons la noblesse et l’énergie de Bida. La Halte de cavaliers et les Chiens en défaut , de Lewis Brown, sont deux jolies gouaches jouant le pastel, bien marquées de ce caractère anglais, piquant mélange de violence et de distinction. La belle aquarelle que nous a donnée là Zacharie Astruc, d’après sa popre copie,. si connue, de la statue de saint François d’ Assise, d’Alonzo Cano! Le Portrait de Mlle ***, parM. Thomas Barbarin, est un pastel d’une grande allure, nettement modelé.

Autres pastels plus beaux encore, œuvres d’enthousiaste et de. penseur, le Souvenir de Bayreuth (Bavière) et la Scène finale de la Walkure , de Fantin- Latour. Le peintre de la Lecture , esprit méditatif et curieux de toutes choses, est, comme l’on sait, en musique, un wagnérien convaincu. Il n’a pas rapporté de son voyage à Bayreuth ces pastels seulement, mais de fort belles lithographies, d’originales compositions, dont une Scène du Tannhauser est, avec deux pages d’Émile Vernier et une de l’orientaliste Laurens, ce que nous avons le plus remarqué à l’exposition de Lithographie.

Parmi les Dessins, citons deux très-fins portraits de M. Paul Flandrin; une Betraite d’Henri Pille, dessin à la plume très-curieux, décoratif au premier chef, d’une vie et d’un mouvement étonnants ; une

charmante étude de Danse; un fusain de Maxime Lalanne, très-pittoresque et très-puissant : Bordeaux vu du chemin du Rouquet à Lormont, ce chemin célèbre à jamais dans l’histoire du crime ; de bons portraits un peu maniérés de Courtois; un aimable Sous Bois, à la sépia, de Fliclc; des Appian plus vigoureux et plus gais que les Allongé.

Nous ne reprocherons point sa Mention honorable à M. Langeval, dont la gravure sur bois a le ton et le charme de la gravure à l’eau-forte, ni la Médaille de 3e classe à M. Thiriat, dont la manière est si souple, si aisée, et qui réussit les chairs bien autrement que ses plus huppés confrères. La gravure sur bois de Yon est brillante et fine, comme sa peinture. Les Pannemaker ont, à leur habitude, un relief et un accent merveilleux. La gravure sur bois de M. Chapon joue très-bien la taille-douce. Enfin nous serions curieux de connaître le procédé qui donne une vie et un éclat si particuliers à celle de M. Valette. Ne quittons pas la gravure sur bois sans mentionner avec force éloges les travaux de Mlles Adam Vidard, Blanche Cappelli, Eugénie Lavastre, Le Coursonnois et Rollot, élèves des écoles Lemonnier, et de M. Perrichon, leur habile professeur.

La Gravure à l’eau-forte nous ramène Champollion, le plus fidèle interprète de Fortuny; Waltner, toujours brillant et diversifiant si bien ses chairs de ses étoffes ; Lerat, très-sérieux; Rajon qui, cette fois, nous traduit Alma-Tadéma; Brunet-Debaines, dont les eaux-fortes, si riches et si grasses de tons, nous rendent si bien les typiques aspects de Constable; M. Teyssonnières, dont YÉliézer et Rébecca, d’après Tiepolo, a bien mérité sa Mention honorable;

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le plus fin, le plus coquet des aqua-fortistes, Lalauze. Pourquoi n’a-t-on pas récompensé M. de Valdivielso ? Ce doit être un véritable tour de force que le bronze de ce buste, le marbre de son socle, le relief de ce médaillon de Musset. Voici le Néophyte , une oeuvre des plus étranges, des plus profondément méditées de Gustave Doré. Hédouin est toujours le délicat par excellence. Ribot est impeccable en eau-forte, et, pour employer le terme du jour, très-crâne. Desboutins est un irrégulier des plus remarquables, dont les gravures à la pointe sèche attirent et retiennent longtemps le regard. Gaucherel est toujours Gaucherel.

Toutes les phrases à effet que nous pourrions aligner sur le talent de M. Courtry et sur l’admirable série des Van Marche , par lui exposée au Salon, seraient insuffisantes et superflues, alors qu’il nous a bien voulu faire cette belle eau-forte où notre lecteur retrouvera si complète la grande et poétique impression du Soir, d’Henner. M. Courtry tient assurément la tête de la jeune école, ex æquo avec M. Boilvin, qui a mérité bien mieux qu’une Médaille de 3e ciasse. M. Boilvin a compris, comme pas un, Rabelais dont il illustre une édition nouvelle. C’est un artiste trèsfin, très-vert, très-gaulois, que la censure doit souvent gêner et à qui elle a, dit-on, refusé des copies de Boucher, pour cause d’indécence! Mlle Laurens, qui a gravé Chaplin, et M. Le Coûteux, qui a gravé Régnault, n’ont pas du tout surpris à la religion du Jury leurs mentions honorables, si bien gagnées.

La Gravure au burin se meurt, dit-on sans cesse, la Gravure est morte ! C’est peut-être vrai. Elle aura pourtant jeté sur sa fin prématurée un incomparable

éclat, le plus grand peut-être quelle eut jamais, par l’œuvre de Flameng. Rembrandt lui appartient, écrivions-nous naguère. Et le voilà qui s’empare aussi de Rubens avec une maestria qui pour longtemps découragera tous ses émules. Une Médaille de l10 classe a récompensé une vigoureuse eau-forte de M. Redlich, le Sermon de Skarga , d’après Matejko. Saint Sébastien est une excellente étude exécutée con amore de son propre tableau, par M. Claude Gaillard. Mentionnons enfin M. Levasseur, médaillé de 2e classe pour son remarquable burin, d’après Poussin; M. Lamotte,. médaillé de 3e classe pour .ses gravures de Perrault et Bayard, et M. Jacquet, médaillé aussi pour un Courage militaire de Dubois, trèscorrect, mais un peu froid.

La Céramique au Salon est de plus en plus sacrifiée. Les maîtres du Jury, les peintres, ceux qui « font sur toile » la dédaignent, sans doute parce qu’ils l’ignorent profondément. Ils la livrent à M. Grosmaur, un homme d’administration armé d’un mètre, qui, pour ne se point tromper, admet indistinctement et classe confusément tous les produits offerts à sa routine dévorante. Faïences au grand feu, sous couverte, sur cru, porcelaines dures, tendres, sont accrochées pêle-mêle, en faux-jour, et signalées en quelque sorte à l’indifférence du public. Ça n’est que de l’art dit industriel ! Etles artistes dits industriels, vivant de l’industrie de leur art, mêlés incessamment à l'activité nationale, sont gens fort indépendants, rebelles, pour l’ordinaire, à la Doctrine et aux oâline.ries administratives, pour tout dire, de ces mal appris de républicains dont œuvres et personnes doivent agacer tout particulièrement les sensibles nerfs de l’Impériale-Pontificale Administration des

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Beaux-Arts. Où les Faïences sont accrochées, vous le savez. Quant aux Émaux métalliques, M. Grosmaur leur octroie généralement les honneurs de l’antichambre. On les installe au palier du grand escalier, sous le regard attendri des marchands de livrets, sur des plans inclinés où ils reçoivent le coup de grâce d’un jour meurtrier. Depuis des années, les artistes protestent. Ça commence à vous ennuyer, répond une direction joviale et fort au courant des scies d atelier ; eh bien ! nous allons recommencer.

Pour la Céramique enfin, point d’autre Jury que la haute compétence de M. Grosmaur. Nulle autre récompense que le bienveillant sourire de M. Grosmaur. Un certain nombre d’artistes, non les plus médiocres, ont la faiblesse de ne s’en pas contenter, et ils n exposent plus. Regrettable abstention que nous ne saurions approuver. La Céramique, art libre, grandit par la liberté, soit, et ses nombreux talents se peuvent admirablement passer du triste étalage que leur marchandent nos officiels. Par patriotisme toutefois, pour l’édification de l’étranger comme pour 1 enseignement des petits, ils devraient, croyonsnous, continuer des envois qui, s’ils ne font pas à leurs auteurs un bien extraordinaire, ne leur causent pas non plus un dommage étonnant.

Giace à 1 éloignement des artistes, la Céramique, si brillante à l 'Union centrale , n’est guère au Salon officiel qu'un ramassis de petits tableaux dont la majeure partie provient de diverses écoles d’enseignement. Si bien que l’ensemble se peut résumer ainsi . Peu ou point de maîtres, pas mal de professeurs, énormément d’élèves.

Aussi, parmi tous ces petits tableaux, combien et

combien de fois retrouve-t-on le même sujet délirant! Que de Cruches cassées! Que de Jours heureux ! Que de Sulamites et de Salomé! Combien, et combien plus encore, de copies calquées sur des photographies ou dessinées d’après des photographies faites d’après Greuze, Vollon, Cabanel, Chaplin, Bouguereau, Vély, et cæteri.

Sur 456 tableaux on compte 288 copies, dont 176 aux élèves de Madame D. de Cool, dont 96 portraits. Quoi qu’on fasse, le tableau de poche ne remplacera jamais l’antique miniature, œuvre d’art que l’on peut sans encombre pousser à l’extrême perfection , tandis que la porcelaine souvent, au feu le plus doux, perd le meilleur de sa coloration. Au temps de Louis XVI, d’ailleurs, une miniature se montait en tabatière ou en médaillon enrichi de pierres fines. Par notre temps de strass économique, je préférerais sans hésitation à un portrait cuit, presque toujours inexact, un de ces jolis transferts de photographie sur émail, merveilles nouvelles de la science, toujours exacts.

La plus remarquable des faïences au Salon de 1877 est celle de M. Léonce Petit, assemblage de plaques traitées par le nouveau procédé Haviland. Les progrès de M. Petit sont incontestables. L’une de ses toiles, au Salon de peinture, était bien remarquable, et l’on en louait volontiers la forte sincérité, la facture très-solide, le modelé si vigoureux, l’observation. Elle avait pour titre : le Cabaretier; pour sujet, l’une de ee§ scènes populaires où excelle la verve tour à tour sérieuse et plaisante de Léonce Petit. C’est le Cabaretier dont il à transporté les principaux personnages, agrandi la scène et la perspective pour cette faïence : Gambrinus, où nous re-

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trouvons toute la vie, tout l’entrain de son sympathique talent.

Avec Gambrinus , il convient de citer l’exposition des deux frères Parviilée, dignes continuateurs de leur père. La Convoitise, gentille scène d’animaux, prestement enlevée, d’Achille Parviilée, et le Monde de la mer , une savante composition d’histoire naturelle, de Louis Parviilée. Rien de plus charmant aussi que la Tentation de saint Antoine, de M. Félix Lafond. L’anachorète suit une allée dans un bois , tout ensoleillée. Seul, il lit quelque Évangile, et son cochon le précède. Au détour de l’allée, une nymphe, habillée de sa beauté, le guette et de la main recommande le silence à d’invisibles compagnes. C’est trèsoriginal, très-brillant, on ne peut plus vivant. Nommons encore : Démolitions dans la Cité , par M. Dominique Grenet ; Huîtres et Lièvre, de M. Schopin; une Madeleine , de M. Houry ; de superbes Pivoines, par le procédé Laurin, ayant la transparence d’une jolie peinture à l’huile, de M. Lefort des Ylouses; une Création d'Eve d’après Michel-Ange, de M. Auguste Gicqueau ; une curieuse Marie Stuart d’après un dessin du xvi6 siècle, par Mlle Thérèse-Mirza Allix.

Les copies sur porcelaine, qui nous ont le plus trappé, sont : la Femme du Follet, de Yollon, par Madame Denise Clerc, la meilleure de toutes, belle, hardie, d’un ton superbe, comme l'original ; Haydée de Chaplin et le Tabac de Lazerges, par Mlle Aumont ; le Coucher de Rouguereau, le Christ et Saint-Jean d’Ary Scheffer, par Mlle Marie BertheBouilh; l'Orphée de G. Moreau, par Mlle Gabrieile Eylé; les Jours heureux de Chaplin, par Mlle Blanche Pierron ; Allant à l'école et Allant à la fontaine , de Mlle J. Bôle, par Mile Au-

Gambrinus, par Léonce Petit.

gusta et Julia Granier; la Mort de Virginie de James Bertrand, par Mlle Hortense Richard.

De bons portraits sur porcelaine sont signés par Mlle Cécile-Charlotte Simonet, Marie Puisaye, Hortense Richard.

Mais nous mentirions, si nous n’avouions que notre plus vive curiosité, notre principal intérêt s’est porté sur l’exposition des élèves des Écoles professionnelles de femmes de la Société Lemonnier. Une visible amélioration s’est introduite récemment dans l’enseignement de ces belles et précieuses école s, sous la direction de M. Léon Parvillée. Du métier, ces persévérantes et laborieuses jeunes filles s’élèvent rapidement à l’art. Mlle Marguerite Osborne O’Hagan a exposé une remarquable grisaille sur porcelaine, d’après la Calypso de Bouguereau. Bien que cette grisaille soit une copie, sa dimension et son exécution ne nous laissent aucun doute sur le très-réel mérite du dessin. A. une certaine échelle, on ne peut escamoter les difficultés et simuler une oreille avec une seule touche de la pointe du pinceau. Mile O’Hagan est élève de l’école de la rue Laval.

De la même éeode, signalons une Sulamite , porcelaine par Mlle Lucie Kron-Meni, puis les études de Mlles Larsonneur, Apeldoorn, Flore-Louise Morel, Marie-Madeleine Aubergeon, Galland.

Ailles Marguerite Hardy et Adèle Renard, de l’école de de la rue d’Àssas, ont exposé deux charmants petits tableaux, quoiqu’un peu trop en miniature : Bonsoir -, VOim! d’après Compte Calix, et le Printemps d’après Cot.

Plus nous allons, et plus se réveille chez nous l’art si français de l’émail. Chaque année, l’Exposition est

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meilleure, et chaque année pour elle, nonobstant M. Grosmaur, croît l’attention du public.

Nous retrouvons, parmi les émaux de 1877, la Jeanne Hachette, déjà exposée au Grand -Hôtel par son auteur, M. Alfred Meyer, de la Société Y Union. Du même artiste, l’émail : Chef d'une tribu indienne, est une vraiment très-belle oeuvre. Les couleurs sont riches, les plumes de la coiffure sont d’une étrange souplesse, la figure est très-énergique et légèrement basanée par des émaux translucides d’un heureux effet.

Après les émaux de M. Alfred Meyer, signalons la Terre et l’Eau , de M. Edmond Béranger; Van Beethoven, d’après Jager, de Mme Yictorine Nocq; une coupe : le Triomphe de Vénus, d’après M. Auguste Robillard, les Portraits de M. O. T. et de M. C. par M. Louis Rodigue.

Au catalogue de la Sculpture on a pu lire ceci: Falize (Lucien), élève de son père. — 3767.— Gaston de Foix, duc de Nemours, panneau d’orfèvrerie. — 3768. — Marguerite de Valois, reine de Navarre, panneau d orfèvrerie. — Les bas-reliefs représentent la captivité de François 1er à Madrid , et la fuite de Marguerite. — La plaque d’émail est de M. CLAUDIUS POPELIN.

Ce sont pour nous de vieilles connaissances que ces panneaux. Ils figuraient, l’an passé, dans l’exposition de Y Union centrale, au somptueux étalage de M. Falize, accompagnés d’une brochure explicative, imprimée chez Claye.

« La composition de cette Marguerite de Valois ,

« disions-nous alors (1), n’est pas, que je sache, d’un

(1) A travers l'Union Centrale, brochure, chez Henri Vaton.

« bonheur extrême. Un médaillon rond, encadré dans « un rectangle, n’a jamais fourni urne ligne architecte turale bien élégante. Et puis, ce médaillon a-t-il « une destination bien définie ? Sera-t-il dieu ou cu- « vette, couverture de livre ou tableau? Hâtons- « nous d’ajouter que les détails en ont été admira - « blement exécutés par MM. Honoré et Brateau. Ce » dernier, l’excellent ciseleur, a obtenu une médaille « de bronze. C’est peu. »

« Le Gaston de Foix est un émail limousin raté « par M. Claudius Popelin, dans un superbe cadre en « argent repoussé et ciselé. Le cadre, qui n’offre « d’ailleurs aucune* donnée architecturale très-ap- « préciable, est un fouillis de menus détails, exécute tés par M. Honoré avec un rare talent. La tête de « ce Gaston de Foix (qui pourrait bien être un Jean « sans Peur, la même figure ayant servi de modèle « au Jean sans Peur de M. Poiret) et son armure ne « paraissent pas faire corps. Le masque est d’un ton « blafard et d’un dessin banal. Œil morne, pour un « si courageux guerrier! La bizarre façon de tenir « une épée sous son bras, ainsi qu’une gente et pai- « sible canne ! En somme, s’il s’est retiré lui-même « du concours, M. Claudius Popelin a fait acte de « prudence, tout autant que de modestie. »

Dans sa brochure, M. Falize nommait plusieurs de ses collaborateurs. Ces panneaux en effet, repoussés et gravés par MM. Honoré et Brateau, d’après une maquette de M. Desaudré, n’ont-il pas été dessinés pas M. Lesachet et terminés chez M. Glachan? Le catalogue officiel est moins explicite que M. Falize luimême. Pourquoi ?

Certains articles du règlement n’ont-ils pas été de la sorte oubliés? Bah! une peccadille de plus ou de moins! N’insistons pas, nous sommes des curieux,

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voilà tout. Dans un travail d’art comme au bas des articles d’un journal, nous cherchons toujours indiscrètement le nom du « collaborateur. »

Un mot encore, un deuxième passage emprunté à notre revue de Y Union centrale terminera de fort logique manière, comme on le va voir, notre revue de la Céramique au Salon.

« Plus nous avançons, écrivions-nous et répétons- « nous, plus se multiplient et se confirment nos ob- « servations en cette merveilleuse exposition des arts « industriels, et plus nous nous entêtons à formuler « un vœu que réalisera sans doute la suite des « siècles : le Salon annuel des artistes échappant à « l’ignorante et malsaine tutelle administrative, et « s’adjoignant tout bonnement et simplement l’Ex- « position de Y Union centrale , l’art tout auprès de « l’art appliqué.

« Les artistes trouveraient certainement dans cette « utile coïncidence des indications excellentes pour « l’application de leurs talents, la meilleure compré- « hension de leurs aptitudes. Les artistes industriels « y gagneraient beaucoup, c’est non moins évident. « A ce voisinage incessant, par les comparaisons, « les études, les réflexions qu’il provoquerait, le goût « des artistes industriels s’épurerait, leur imagina- « tion prendrait du champ.

« On nous dira qu’il est tout loisible aux exposants « du Salon de visiter l’Exposition des Arts indus- « triels. Soit, mais rarement a-t-on vu qu’il existât « autre chose pour un peintre, en ce monde, que la « peinture. Les sculpteurs sont moins dédaigneux, « plus chercheurs, plus vivants et plus indépendants. « Ils se mêlent bien davantage à la grande vie indus- « trielle , et leur art est bien plus appliqué que la

« peinture. Aussi, comparez le mouvement de ces « deux arts. Alors que la peinture semble en voie de « décadence rapide, elle, la sculpture progresse vi- « siblement, d’une façon sûre, continue, durable. Et « les Dubois et les Falguière nous prouvent que les « sculpteurs parfois se peuvent révéler du premier « coup peintres de premier ordre.

« Telles sont, entre mille autres, les réflexions « que nous suggère cette Exposition des Arts indus- « triels, qui doit tant de ses prodiges à la sculpture, « et si peu à l’indifférente peinture.

Une fois encore, pourquoi ne pas réunir l’Exposition des Arts et l’Exposition des Arts industriels? 11 y a tant d’industrie dans notre art, tant d’art dans notre industrie!

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