‹ Voyage au pays des peintres (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · SCULPTURE · texte numérisé non relu

SCULPTURE

Sommaire : Chose promise, chose due. — Curie romaine, incurie française. — Encens et patchouli. — L’État c’est nous! — Jouffroy. — Pauvres nous! — Un dandy du Golgotha. — MM. Lenoir, Cougny. — Il n’y a plus d’enfants!

— M. Becquet : Ismaël et le R. P . Ducoudray . — Les superstitions mortes. — Mercié et le Génie des Arts. — Le bonhomme en pain d’épice. — La critique bat son plein. — Une France à la petit chien. — M. Moulin et la Gallia nostra.

— Les Éotes malfaisants. — Si elle parlera! — M. Chapu.

— Cette femme, c’est la Pensée — D’aucuns crieront à la romance. — Mi-habit et mi-culotte. — M. Falguière. — Plus d'arbre de gloire dans les bottes! — M. Guillaume et le saint Michel de la ligne. — • Le portier de l’art français.

— Le dessin est l’art de la probité ! — Ni amours, ni mamours. — Toutes les mairies de la République française.

8 mai.

A la Sculpture, cette année , la préséance. Chose promise, chose due, si l’on n’est affilié toutefois à quelque pieuse congrégation.

Et tenez, puisque ce mot nous vient sous la plume, épanchons vite notre bile d’artiste et de citoyen. Aussi bien l’heure est des plus choisies pour nous expliquer un peu sur la marée cléricale montante. Par ses porte-crosses et ses cuirassiers apostoliques, par ses orateurs et pérorateurs de tout froc et de tout frac, l’internationale noire nous a déclaré guerre ouverte. La tribune a retenti de graves paroles, et

l’on sait désormais qu’il n’est plus temps de répondre à la curie romaine par l’incurie française.

Il y a deux ans encore, dans la patriotique simplicité de notre âme, nous nous félicitions de voir notre art échapper à l’entraînement clérical. Plus d’illusion. Par ce régime ihalsain d’universités catholiques, par la complicité de cette administration des Beaux- Arts que l’Europe ne nous envie point, nos artistes semblent pris du saint choléra. Les sujets dits religieux ont fait invasion brusque au Salon de peinture où ils alternent agréablement avec les nudités provoquantes. On dirait une ronde mêlée de bacchantes et de vierges, de martyrs et de satyres. On respire là comme une odeur mélangée d’encens et de patchouli tout à fait nauséabonde. Lupanar et. sacristie! serait-ce donc la byzantine devise d’un art de décadence?

Beaucoup moins marquée, l’invasion se trahit encore au Salon de sculpture. Comme nous en manifestions notre étonnement: « Il n’y a que ceux-là -qui payent! » nous observa un artiste... Amère parole, où se révèle notre époque. Vraiment! il n’y a que ceux-là qui payent! En êtes-vous si sûr? Je croyais Tartufe plus économe, ladre même, et singulièrement pratique. Alors qu’il essaie la femme d’Orgon, il lui a bu déjà son vin, mangé son pain et subtilisé sa maison. Le Sacré-Cœur, peut-être, est inépuisable en charité, mais non la tirelire sacrée en amour de l’art. Celui-là qui le plus souvent paye, c’est Orgon-l’Etat. Et l’État, c’est nous !

Voyez plutôt ce gigantesque moine, raide, sans caractère, sans physionomie, dans sa longue robe aux plis droits, informe et laid comme un Manitou énorme à coups de serpette de la Forêt-Noire. Cela repré-

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sente, paraît-il, Saint Bernard , et j’y consens : cela est signé Jouffroy (rien du passage, tout de l’Institut). Cela est pour l’église Sainte-Geneviève ; ainsi l’on nomme notre Panthéon. Pauvre Panthéon ! Qui paye ce bloc formidable et le travail qui l’a gâché ? La pastourelle de Nanterre elle-même. Non point. Lisez : Commandé par V E tat. C’est nous. Pauvres nous!

Si cette bonne sainte Geneviève sera contente, je vous le laisse à penser. Saint François-Xavier, lui, aurait bien tort d’être jaloux. Pour son église, il aura ce beau Christ de distinction, couché dans sa galante et gracile nudité, long, fluet, mince, insinuant, d’une maigreur affriolante, en beau marbre blanc, si blanc qu’on en croquerait ou le baiserait. Confiseur : M. Lenoir. On devrait protéger ce faux Christ, ce dandy du Golgotha par un verre épais contre les attouchements profanes. Saint Xavier-François, un saint de qualité, nous fera bien avoir, je pense, une indulgence plénière, et je ne me contenterais pas à moins. C’est nous, la Préfecture de la Seine , qui lui offrons ce Christ-là !

Nous encore, nous toujours, qui payons àNotre- Dame-des- Champs ce marbre : l'Enfant Dieu montrant aux hommes les symboles de la souffrance. Auteur : M. Le Père, hors concours. Banalité froide, insignifiante production d’école que ne rachète et n’anime pas le moindre souffle mystique. Je nous croyais décidément moins de richesse, moins de piété, un meilleur goût peut-être. Et vous, N. T.-C. F. les contribuables?

M. Cougny, le très-estimable auteur d’un Jean de la Quintinye , acheté par le ministère, et d’une Bacchante justement remarquée en 1876, rêverait-il sa commande cléricale? Certes, il la mérite par cette élu-

cubration sentimentale ad usum des premières communiantes. Un petit marin du navire l'Océan a sauvé du naufrage Une Epave , qui est un crucifix. Il est fort bien, ce mousse de romance. Excellente étude, d’un dessin correct et d’un suffisant modelé. Les jambes croisées, il contemple son épave avec un attendrissement mystérieux et profond. Peutêtre il recherche dans ses souvenirs l’adresse d’un collectionneur. Car, voyez-vous, il n’y a plus d’enfants !

M. Becquet n’est pas le premier venu dans l’art. On connaît son talent souple et vigoureux. Il présente à nos méditations le R. P. Ducoudray , ancien supérieur de l'école Sainte- Geneviève (monument élevé par les anciens élèves de l’école) . Cet honorable ecclésiastique succombe, à demi renversé, dans une attitude mélodramatique, les yeux au ciel et le crucifix à la main. Trois balles l’ont frappé, dont une a pénétré par l’hiatus de sa correcte soutane, correctement entr’ouverte.

Le P. Ducoudray nous était, avouons-le, parfaitement inconnu. Ces balles sont-elles prussiennes ou françaises ? Dans le premier cas, l’intention est peu modeste; dans le deuxième, peu conciliatrice. Dans la guerre civile, combien ont succombé, même parmi les plus conservateurs, à qui l’on n’élèvera jamais un monument expiatoire ! Œuvre de talent, mais académique, théâtrale et guindée, le P. Ducoudray nous laisse convenablement insensible.

Bien autre est l’inspiration de M. Becquet dans son deuxième envoi, Ismaël. La soif, l’affreuse soif du désert, tord dans une crispation suprême le corps grêle du fils d’Agar, abattu sur le roc, près de sa gourde vide. Il lutte encore.

VOYAfîK

Il lutte, dirait le poète :

Il lutte, et l’ombre emplit lentement ses yeux d’ange.

De sa bouche brûlante il sort un râle étrange

Et si mystérieux qu’il semblo qu’on entend

Dfehs sa poitrine, où meurt le souffle haletant,

L’affreux coq du tombeau chanter son aube obscure.

Mouvement harmonieux et juste, anatomie savante, ensemble émouvant, ce petit marbre est presque un chef-d’œuvre, et nous l’applaudissons avec toute l’ardeur que nous a économisée le monument génovéfain.

Bien des « sujets religieux » encore nous appelleraient : statues manquées, bas-reliefs ennuyeux, portraits en nombre de grands, moyens et petits clercs, par des sculpteurs de grand, moyen et petit talent.

Mais nous arrêterons là notre revue, pour ne point permettre à M. Tartufe l’ineffable plaisir de dénoncer, avec un pleur de crocodile, notre esprit de parti. Au revoir, monsieur Tartufe , jusqu au Salon de peinture ! Qu’il se démène d’ailleurs tout à son aise, le pauvre homme! Pas plus par son art de commande que par ses allures de serpent, il ne galvanisera les superstitions mortes.

J’en atteste le légitime succès du jour, l’œuvre dominante du Salon de 1877, le haut-relief de M. Antonin Mercié, son Génie des arts. Œuvre paienne et moderne, celle-là, française et laïque, humaine et virile. Aujourd’hui célèbre, demain immortelle.

Autrefois, à la tête du pont des Saints-Pères et sur la façade du Louvre, il y avait dans une demi-lune

Le Génie des Arts conviant les Nations en son Louvre, haut-relief, par A. Mercié.

au pays des Peintres

réservée, au-dessus de l’un des guichets du Carrousel et à la place la plus apparente peut-être de l’immense capitale, il y avait en haut-relief de bronze, sur un cheval quelconque, un singe de la plus laide espèce, tout de lauriers couronné, œuvre d’ailleurs médiocre de l’animalier Barye. Les passants haussaient, invariablement les épaules à son sinistre aspect. Les Parisiens l’avaient baptisé : le bonhomme en pain d’épice. M. Saint-Réné Taillandier lui donnait du Sire et l’appelait Napoléon III. Greffier disait de lui : mon Empereur ! Le 4 Septembre a balayé ce grotesque.

Vienne l’Exposition universelle de 1878, et, à cette même place, le monde admirera le Génie des Arts conviant les nations en son Louvre. Défi superbe et généreux de la France vaincue à l’Allemagne victorieuse, de la France pacifique et républicaine à l’Europe monarchique et guerrière. Une telle œuvre appelait un talent clair, prime-sautier, rapide, résolu, celui qui nous donna au lendemain de la défaite cette revanche première, le Gloria victis, celui à qui la libre initiative des citoyens a si justement confié le monument de Michelet, Àntonin Mercié. Quelques mois encore, et le groupe, fixé dans le bronze éternel, occupera son -éternel poste d’honneur.

Le jugement public alors sera, lui aussi, définitif. Les querelles d’école s’éteindront vite, et l’œuvre de Mercié sera classée, en attendant qu’elle soit classique. Aujourd’hui, grâce au rare privilège de la sculpture, elle ne subit que cette première épreuve du plâtre. Jugement de première instance, dont l’artiste courageux et modeste peut appeler toujours par le méritant travail des retouches, amendements et corrections. Épreuve des plus instructives pour

Mer cié. Devant son Génie , la foule s’assemble et la critique bat son plein. On se passionne, on discute, on ergote, la masse admire avec ou sans réserves. Je suis de la masse.

Où trouver d’abord un symbolisme plus simple et plus heureux? Pégase, tout de mise en cette affaire, enlève sur son aile robuste un fier génie. Celui-ci est d’un élan superbe : sa main gauche tendue vers le ciel en manière de commandement, sa droite élevant une flamme, son enthousiaste et mâle regard, entraînent les générations. Une étoile brille à son front, étoile d’espérance, d’inspiration, de paix et de fraternité. 11 n’est ni ange ni archange, non plus un poncif Apollon. C’est un génie très-gaulois, le génie même, l’Humanité. Le Pégase est merveilleux. De longtemps, je pense, on ne vit coursier plus frémissant, plus vigoureux, plus hardiment cabré, plps puissant.

Devant lui une femme, belle et nue sous une draperie flottante, court, ou mieux elle vole. C’est la France qui tient sur son épaule droite une branche du pacifique olivier, ployant sous les fruits mûrs. Son bras gauche, d’un geste élégant, montre au Génie l’empressement des peuples à l’horizon.

Symbolisme précis, encore une fois, idée simple et si bien venue, dont l’exécution révèle ou rappelle à tous cette énergie gracieuse et souple, en laquelle se résume pour ainsi dire le magnifique talent de Mercié.

Là-dessus on se débat. Ceux-ci jugent les draperies de la France trop vaguement indiquées, semblables à de la crème fouettée, et ils n’ont point tort. Ceux-là voudraient qu’au très-vigoureux poitrail du

Pégase correspondît une croupe plus vigoureuse, ornée d’une queue plus touffue. Et ils ont raison. D’autres encore craignent que le raccourci des jambes du Génie, un peu trop accusé maintenant, ne devienne excessif à quinze mètres de hauteur. Soit; aussi bien est-il regrettable qu’on n’ait pu exposer ce plâtre de telle sorte qu’il fût vu d’en bas. D’autres critiques ont cours : nous les laisserons, celles surtout des réalistes bien sévères qui n’admettent pas qu’un Génie s’enlève sur l’aile d’un Pégase.

Une dernière observation qui nous sera toute personnelle. Nous voudrions à la France une figure plus sérieuse et plus inspirée, une coiffure plus ample et plus naturelle, sans tire-boucbons ni anglaises, sacrifiant moins, pas du tout même, à cette mode irritante et inepte des cheveux collés sur le front. Pourquoi une France à la petit-chien?

Ceci posé, j’applaudis et j’attends.

Un intelligent hasard a donné pour voisine au Génie de Mercié la Gallia nostra de Moulin. Nommer cet artiste, c’est annoncer une oeuvre magistrale. Gallia nostra, notre France ! Telle que la rêvent tous les patriotes et les penseurs, c’est-à-dire les républicains, telle Moulin l’a conçue. Belle d’une beauté mâle et digne, elle est assise dans une sorte de fauteuil curule, aux lignes sévères. Elle s’accoude, à demi penchée, sur le bras droit qui soutient la tete méditative et fiôre, au front dégagé que pare un simple diadème.

Le visage est doux, le regard clair et lointain: Une ample draperie, qui se rattache au diadème et enveloppe les jambes de ses plis majestueux, laisse voir le torse nu, d’un modelé savant et pur, mais

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point assez poussé peut-être et dont 'les lignes extrêmes semblent un peu trop droites. La main gauclhe, appuyée sur les genoux, tient élevé un long flarmbeau. Le bras droit est d’un dessin magnifique, l’ensemble harmonieux et grandiose.

Sur le socle on lit ces mots : Tacet, lucet. O ui, tacet; elle se tait, M. de Moltke. Lucet, elle brille, M. de Bismark (1).

Déjà nous devions à M. Moulin le plus beau, le seul buste de la République. Vienne le marbre de Gallia nostra, et nous lui devrons une saisissante figure de la Patrie.

A côté des oeuvres de MM. Moulin et Mercié , il convient d en signaler une d’inspiration au moins égale.

Assise sur les marches d’un tombeau, une belle jeune femme, tout enveloppée d’un voile funèbre, s abîmait dans la douleur. Soudain, comme à l’appel d une mystérieuse voix d’en haut, elle retourne la tête. D un geste vif, elle soulève le voile qui tout à 1 heure 1 isolait du monde. Et de son œil grandement ouvert elle fouille le ciel. Elle interroge l’infini, elle évoque cet inconnu, vers lequel la science fait des approches timides et qu’aucune philosophie n’éliminera. Cette femme, aux pieds de laquelle de gros livres portent les noms de Descartes , Spinosa, vous 1 avez nommée déjà, c’est la Pensée.

(1) Quand nous écrivions ces lignes, elle se taisait. Elle travaillait, silencieuse et digne. Elle se refaisait, se relevait sans jactance, marchait droit sans hâte, espérait sans vanité. Elle brillait de tout l’éclat de son intelligence et de sa volonté.

Soudain des Éoles malfaisants, des esprits de ténèbres ont soufflé sur ce flambeau dont la lumière maintenant vacille. Mais, puisqu’on l’a voulu, elle ne se taira pas plus longtemps, la France. Elle parlera, Gnllia nostra , et sa parole aura du retentissement dans les siècles.

Ce tombeau, sur le mur duquel on lit : la Révolution de 1848, Marc-Aurèle , Esquisses morales , Essai sur la liberté, Dante et Gœthe , Nélida, titres d’ouvrages bien connus, est celui de cette G-eorge Sand minor , qui a le plus honoré, après l’auteur de Mauprat et 1 auteur de Corinne, l’intelligence féminine en ce siècle : Daniel Stern. D’aucuns, sans doute, crieront à la romance. Je ne sais, pour mon compte, une façon plus ingénieuse et plus élevée de symboliser la Pensée, en pareil lieu surtout, et sous les auspices d’un tel nom. Œuvre toute spiritualiste, d’ailleurs le grand art n’en peut inspirer d’autres — supérieure et par la forme et par la conception à l’exquise Jeunesse du tombeau de Régnault. *

Alors qu’il la traduira, comme elle le mérite, en marbre blanc, très-blanc , M. Chapu fera bien d’y corriger cette cocasse figurine de Goethe , qui nous semble déranger un peu la noble ordonnance du monument.

Après le sympathique et généreux écrivain que la postérité n’oubliera point, l’illustre rhéteur qu’un petit nombre regrette et dont le souvenir va s’effaçant. Bien moins heureusement que Daniel Stern, Berryer a inspiré M. Chapu. Grande statue froide. et gênée, tête bourgeoise et peu sculpturale. Cette main droite sur le cœur, geste traditionnel d’une péroraison en cour d’assises , est d’un mélodrame peu adroit. Pourquoi, enfin, M. Chapu n’a-t-il pas profité sans réserve de l’avantage sculptural que lui offrait la robe d’avocat? Cette moitié d’habit noir et cette moitié de culotte sont d’un réalisme disgracieux.

Ce n’est pas le réalisme, on le sait, ni même une notion bien précise de la réalité historique ou litté-

raire qui a guidé, l’an dernier, M. Falguière dans l’exaltation de son Lamartine. Tel nous vîmes en plâtre l’auteur des Méditations, tel il nous revient en bronze. L’artiste, imperturbable, a maintenu et arrêté pour jamais son œuvre dans sa conception première, envers et contre l’assaut unanime de l’opinion. Le seul amendement qu’il ait consenti, c’a été la suppression de l’arbre de gloire collé aux bottes du poëte. Lamartine en semble plus léger. Écoutez-le, il fredonne l’antique refrain :

Nous n’irons plus au bois,

Les lauriers sont coupés.

Mais il n’en vaut guère mieux, et la présente image restera, quoi qu’en ait son auteur, le témoin irrécusable du plus faux et du plus arriéré de tous les romantismes, le romantisme élégiaque et byronien. C’est alfaire entre M. Falguière et la postérité. Peu nous importe.

Combien plus exact et mieux compris nous apparaît cet Ingres , dont voici le plâtre et dont l’Ecole des Beaux-Arts possède le bronze, rehaussé d’or dans sa niche de marbre. Plus que personne, son auteur, le savant et correct M. Guillaume, conservateur officiel et patenté de la saine Doctrine, était fait pour traduire et non trahir le saint Michel de la ligne quand même.

Coupé régulièrement à mi-corps, émergeant de son vasistas marmoréen, tout d’institut habillé, constellé de toute la quincaillerie réglementaire de la gloire, laid, désagréable et autoritaire comme il fut et voulut être, saluons Ingres , M. Ingres, le glacial et rébar-

batif auteur de Y Apothéose d’Homère. La bizarre idée tout de même qu’a eue M. Guillaume ! Il n’est qu’un classique, vraiment, pour se permettre ces fantaisieslà. Ne dirait-on pas voir à la fenêtre de sa loge , en tenue de service, le portier, pardon, le cerbère grincheux de l’art français, exhiber d’un air bourru aux visiteurs un règlement sur lequel on lit : Parlez au concierge, non, je me trompe : Le dessin est la probité de l'art. Phrase profonde comme le puits de Grenelle ou la nullité d’un diplomate. Elle a, entre autres, ce précieux avantage qu’on la peut retourner de diverses façons, comme celle, si connue, de Molière : Belle marquise, vos beaux yeux... sans la trouver jamais en délit de mensonge. Le dessin est la probité de l'art, je m’incline. Mais : L'art est la probité du dessin ou : Le dessin est l'art de la probité ou : La probité est Part du dessin, etc., etc., ne sont-ce point là aussi des vérités particulièrement indéniables ?

Et maintenant, nous étonnerons bien l’honorable M. Guillaume en lui annonçant qu’il a, par son Mariage romain, commis œuvre de libre penseur au premier chef.

Il s’agit, cela s’entend, d’un mariage dans la Rome antique , la Rome austère et républicaine. Assis l’un près de l’autre, décents et graves dans leurs vêtements aux longs plis, les époux ne se regardent pas. Leurs yeux suivent au ciel un même rêve. L’époux, joyeusement ému, serre dans sa main droite la main de l’épousée, chaste et presque tremblante. On ne voit point là de colombes se becquetant, non plus le traditionnel flambeau de l’hyménée. Ni amours, ni mamours. C’est le mariage civil dans sa plus haute et plus religieuse expression.

M. Burty voudrait voir ce groupe dans une de nos mairies. Je voudrais, moi, que l’on commandât beaucoup moins de saints pour les églises, pas du tout même, et des copies à outrance du Mariage romain pour toutes les mairies de la République française.

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