CHAPITRE IV
Sommaire : M. Perraud et la tape du grand-papa. — O dieu de l’ennui! — M. Henri Cros et les Druidesses . — M. Marqueste et Velléda. — En avant la Gaule! — Que M. Injalbert nous entende! — M. Delaplanche. — Que chantes-tu, belle dame?
— Vieilles Muses et vieilles lyres. — M. Soldi et la plus jolie des Jolies femmes de Grèvin. — ■ M. Cabet et 1871. — Pourquoi pas 1851? — Où l’on voit apparaître MM. les ducs.
— V Année terrible et M. de Saint-Vidal. — M. Peinte et le Prix du Salon. — Ml’right! — MM. Lafrance, Lemaire et Noël. — Ton test n’aura plus de peau! — M. Amy et le Remords. — Le Peuple agacé par l’ordre moral, ou Hercule enfant qui étouffe les serpents.
Là se bornera notre générosité personnelle envers la Doctrine, marque d’ailleurs irrécusable de notre esprit de conciliation. Nous nous garderons de l’étendre à feu M. Perraud, dont la posthume exposition nous offre les Adieux d’une famille athénienne à un réserviste d’alors. La tape du grand-papa sur la joue du Thémistocle en herbe nous a touché, jusqu’au rire. Il est des sujets inabordables à qui ne signe point : Victor Hugo. Ce gros bas-relief de marbre, cette composition d’un classique servile, que répudierait aujourd’hui le plus noué des concurrents au Prix de Rome, nous a aussi fort horripilé que le 'Jour du Salon de 1875, imposé à la mélancolieuse allée de l’Observatoire. Que le dieu de l’ennui garde bien précieusement par devers lui l’âme académique de M. Perraud !
L’énorme produit vieux grec de M. Perraud s’étale entre deux petits bas-reliefs, une Madone quel-
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conque de la fabrique néo-catholique et les Druidesses de Henri Cros.
Nos Àristarques ont-ils cru placer là les Druidesses comme un repoussoir aux Adieux du regretté collègue? Peut-être bien, si l’on songe à l’instinct médiocre des jurys et à l’obtuse hostilité qu’on les a toujours vu déployer contre un artiste dès longtemps placé par les gens de goût fort au-dessus de tels ou tels» Hors concours» . Ils se sont, par habitude, étrangement trompés. Ce délicieux bas-relief reçoit du public la faveur distinguée qu’il mérite à tous égards. On sait l’élégance, non de convention, mais très-vivante, l’extrême finesse, parfois téméraire, qui caractérisent la manière de Henri Cros. Il les a, cette fois, poussées aussi loin que possible. Il s’est en quelque sorte servi de son ébauchoir comme d’un crayon. Avec une science exacte de la perspective, il a dessiné plutôt qu’il n’a sculpté son oeuvre. Soudain, au détour d’une allée, dans un mystérieux carrefour de la forêt, trois vestales apparaissent, toutes jeunes et toutes belles de la pure beauté celtique. L’une, de sa faucille sacerdotale, coupe le gui; une autre le recueille sur la bandelette sacrée que déroutent ses mains pieuses ; la troisième, au dernier plan, s’esquisse à demi voilée dans la pénombre, sévère et charmant fantôme.
A.u premier plan repose le glaive et monte le lis gaulois. On retrouve de pareilles ébauches dans les cartons des maîtres. Michelet a de semblables pages, ou Jean Reynaud. Ainsi va chaque année s’accentuant l’oeuvre si particulièrement originale de Henri Cros.
Pour qui se souvient de ce bronze à grands traits, une Chevauchée au quatorzième siècle , pour qui n’a point oublié cette adorable cire coloriée, le Prix du
tournoi, pour celui enfin que laissent rêveur les Druidesses, elle se peut résumer par ces quatre mots : visionnaire, évocateur, historien, poète.
Qui parle Druidesses dit Velléda. Aussi nous plaîtil de retrouver tout auprès du has-relief de Henri Cros la grande prêtresse, notre grande prêtresse, notre inspirée, notre Madone à nous les Gaulois, la Velléda de M. Marqueste. Déjà, l’an dernier, on en remarqua fort le plâtre àl’exposition des envois de Rome , et son succès dut être à l’auteur un encouragement pour le moins aussi précieux que la première médaille décernée à son académique Persée. Le marbre, aujourd’hui, met en son juste relief la manière élégante, et vigoureuse de M. Marqueste. A demi couchée sur un de ces informes sièges de granit qu’on voit nombreux aux landes de Bretagne, court vêtue, les jambes croisées, la faucille pendue au côté, laissant aller sa lyre d’une main distraite, Velléda rêve. L’intelligence et la passion animent d’un égal feu son énergique visage. Son bras gauche est d’une suprême beauté.
C’est une bonne note assurément pour M. Marqueste que, pensionnaire de la villa Médicis, caserné dans la tradition romaine, il ait songé à notre chère patrie, à notre chère origine, la Gaule. Et, que nos artistes le sachent bien ! si la Sculpture française, un instant tenue pour morte, a ressuscité jusqu’à ce point d’être aujourd’hui la première du monde, c’est parce que les plus grands et les plus libres parmi nos sculpteurs, s’inspirant de l’idée moderne, ont concentré leurs glorieux efforts vers la création d’un art national. Notre tradition personnelle est assez riche, que diable ! et nous y devons indéfiniment puiser sans plus recourir à ce sempiternel rabâchage gréco-
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latin, oii les habiles et les disciplinés peuvent trouver encore des poses plastiques, des tableaux vivants plus ou moins réussis, où les sincères étouffent. Après Velléda et les Druidesses, il est d’autres sujets gaulois dont chaque jour écrivains, voyageurs, et savants déblaient ou éclairent la voie féconde.
Que M. Injalbert nous entende ! Il est parti pour Rome, il y a dix -huit mois, accompagné de tous nos souhaits, fortifié de tout notre espoir. En même temps que M. Marqueste sa Velléda , il envoya aux Beaux- Arts un plâtre, la Tentation. Haut-relief qu’admire non sans raison le public des Champs-Elysées. Certes, l’on y retrouve la si brillante exécution, souple, hardie, dramatique, gracieuse de M. Injalbert, mais aussi le beaucoup trop fidèle souvenir de la Tentation de Michel-Ange à la chapelle Sixtine. Attraction impérieuse vraiment et toute-puissante que celle de Michel-Ange! Il ne fallait donc pas s’y exposer, et pour cela suffisait-il de se risquer en une conception plus neuve que la biblique Tentation ? M. Injalbert est de ceux sur qui la France a tout droit de compter. La France s’émancipe. Qu’il fasse comme elle !
M. Delaplanche, lui, est un émancipé, ou peu s’en faut. Son Education maternelle, surtout, lui a donné rang d’élite parmi nos plus modernes talents.
Sa Madone de 1876, on s’en souvient, n’avait rien de la sainte banalité traditionnelle. Bien que « son rêve extatique et chaste semblât de l’autre monde,» elle était, après tout, très-femme; et, débarrassée de certains accessoires, on l’eût facilement pu prendre pour une soeur des antiques Pudicités. Si solide et
si brillante désormais, la réputation de M. Delaplanche le dispensera de trop se prêter aux idolâtres.
Divine ou céleste, dans le sens artistique du terme, sa Musique , un quasi-chef-d’œuvre , n’en est pas moins fort humaine personne. Jeune et jolie femme, aux formes exquises et souples, adorable dans son inconsciente nudité qu’accentue si bien un bout de draperie flottante, négligemment noué à la hanche', elle chante en s’accompagnant du violon. Un enthousiasme fervent, une ineffable furia impriment une vie intense et surprenante à son délicieux visage, à son buste qui, d’un mouvement si naturel, se renverse en arrière, à sa poitrine haletante. On nous en voudrait d’insister sur l’heureux choix de cet instrument si moderne, si féminin, si favorable à la statuaire et que notre musicienne manie avec une science si parfaite et une grâce indicible. Que chantes-tu? que joues-tu, la belle inspirée? La passion profonde ou légère, le drame ou l’idylle? Mènes-tu la ronde des Nymphes folâtres, ou le chœur des amantes désespérées? Entraînes-tu les guerriers au combat, et ton violon ne serait-il pas celui de Lérida ? Ce ne sont pas des psaumes, en tout cas, qui te ravissent de la sorte, et, non plus, le transcendant Wagner. Mais encore, quelle langue parle ton chant? l’italienne, la française ou la germaine? Oberon, Hérold ou Bellini? — Je suis la Musique. Oui, elle est la Musique, comme la Danse de Carpeaux est la Danse, et nous comptons bien qu’on lui fera un jour quelque bonne place dans ce Nouvel-Opéra où l’on voit tant de vieilles Muses monter la garde avec leurs vieilles lyres.
La sculpture est entre tous l’art symbolique. C’est par elle, en un mot, qu’une idée simple et claire se peut le mieux exprimer dans toute sa poésie et
son entière grandeur. Tel est le cas de M. Delaplanche , et tel n’est pas celui de M. Soldi. Son idée n’est ni simple, ni claire, et surtout elle n’est pas grande. Le beau sujet, pourtant, l’œuvre superbe à dresser qu’une statue de Paris , l’immense, le glorieux Paris, qui, après 89, 1830, 48, 70, vaut bien la Ville Eternelle, et beaucoup plus qu’un million de messes. Ce Paris-là, synthèse énorme, les poètes, les historiens, lui ont élevé des livres de génie, et la Sculpture, quelque jour, lui dédiera une figure colossale. Mais aussi les hommes d’esprit l’ont détaillé en une série de spirituelles brochures que tous nous avons feuilletées : Paris-employé , Paris-théâtre , Paris-avocat , Paris-bohème , Paris-rentier , que saisje encore? M. Soldi a sculpté Paris-Lorette. On a vu cette aimable et bien faite dame parader dans maintes féeries du Bas-Empire. De nos deniers, Haussmann l’entretenait. Dans son cabaret des Tuileries Bonaparte la recevait. Ce Paris-là, c’est la plus jolie des Jolies femmes de Gré vin. A la proue de son canot nous lisons la fière devise : Fluctuât, nec mergitur. N’est-ce point celle aussi des lorettes qui finissent en leur hôtel et non en l’Hôtel-Dieu? Nous vous en proposons une autre : Incessu patuit Amanda.
Il y a beaucoup moins d’habile métier, il y a bien plus d’art dans le symbolisme de Cabet, un digne élève de Rude que la mort nous a enlevé, cette brouillonne trop pressée toujours pour ceux-ci, point assez pour ceux-là. Une femme d’âge mûr, assise, enveloppée de la tête aux pieds en de longs vêtements de deuil, le menton appuyé sur la main, songe, les yeux dardés enterre, énergique et sombre. C’est de la sculpture à grands traits, à larges plis. Vue de face, elle est irréprochable; mais il la faudra placer
contre un mur pour masquer aux regards ce dos voûté sous un paquet d’étoffes. Sur le socle est gravé le nom de cette femme : Mil huit cent soixante et onze. Plus bas une étiquette : Commandé par l'Etat. Un bon point à l'Etat, car ceci est l’œuvre d’un artiste républicain. Mais s’il vivait, il consentirait, nous n’en doutons pas, à cet autre millésime : Mil huit cent cinquante et uni L’année terrible, en effet, c’est la fille aînée, directe, légitime de l’année lugubre. Comme Abraham engendra Jacob, le coup d’État engendra l’Invasion et la Commune, le crime toléré engendra l’expiation fatale. Quand la France officielle reconnaîtra ce qu’a depuis longtemps compris la nation française, quand, sur nos places ou dans nos édifices publics, apparaîtra cette songeuse désolée, avec ce nom-ci : 1851 ! la Patrie sera sauvée.
18 mai.
Au moment où nous écrivons ces lignes , des événements s’accomplissent, imprévus pour les naïfs, dès longtemps redoutés par tous les clairvoyants. Ils donnent à ces lignes mêmes une signification d’autant plus précise, une bien douloureuse actualité. Puisque la volonté souveraine de la France est ainsi méconnue, puisque son travail, qui ne fut jamais si respectable, est de la sorte inopinément troublé, pour ne pas dire plus, aurions-nous bonne grâce à nous étonner que notre volonté si peu souveraine et notre travail de simple penseur, si peu intéressants pour MM. les ducs soient, eux aussi, étrangement compromis? Quand ces illustres politiques, ces magnifiques patriotes au cœur léger lancent leur pays ( car ils ont un pays ! ) en de semblables aventures, que leur importe le
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succès d’un Salon laborieusement préparé ? Que leur importent et le labeur des écrivains et la souffrance croissante des artistes français ? Déjà le nombre des visiteurs a diminué au Palais de l’Industrie. Déjà la foule porte ailleurs, plus haut sinon plus bas, sa curiosité anxieuse, si cruellement justifiée. Nous ferons comme elle , nous presserons le pas. Nous écourterons à contre-coeur cette étude que nous avions rêvée minutieuse et complète. Messieurs les artistes nous excuseront, parce qu’ils nous comprendront. Ils comprendront aussi que nous oubliions moins que jamais notre devoir de citoyen. Deux années de Voyage au pays des peintres leur ont prouvé combien peu nous ambitionnons le vain panache de critique d’art, combien peu nous nous soucions de proclamer des esthétiques ridicules, et combien enfin le progrès de l’art nous a toujours paru solidaire de l’idée moderne, incessamment formulée par l’histoire, la
philosophie, la politique.
Notre troisième volume ne démentira donc point ses aînés, tout au contraire.
Ceci dit, je reprends ma course à travers la Sculpture.
L’Année terrible a trouvé un second interprète dans la personne d’un nouveau venu, M. de Saint-Vidal. Moins savant et moins sûr de lui-même que Cabet, il n’en mérite pas moins un sérieux encouragement. Carpeaux fut son professeur. Une ville peu artiste, Bordeaux, est son habituelle résidence ; depuis longtemps il y étudie et s’exerce à bien faire, dans un milieu auquel manquent l’excitation et le perpétuel enseignement de la vie parisienne. Volonté ferme, esprit encyclopédique signalé déjà par des travaux de finance et d’art militaire, il est de ceux que la
difficulté séduit et la lutte attire. Son courage est servi par une remarquable facilité de travail et d’assimilation.
Le portrait lui est familier. Il l’enlève avec une singulière prestesse, et l’on connaît de lui plusieurs essais en ce genre qui sont des essais de maître, le buste de Moltke, celui d’Hérold, maints bustes de femme d’une intelligente et vive facture, celui entre autres de MUo Granier. On jugera le portraitiste par le buste de M11’ de Stucldé, chanteuse, dans le rôle de Balkis, de la Reine de Saba. Tête étrange et d’un vigoureux caractère, bien posée, bien enlevée, bien modelée. Les épaules et les bras ont un accent superbe. Un des meilleurs bustes du Salon.
Quant au statuaire, il se révèle, plein de promesses, dans son Année terrible. Une femme nue, plus grande que nature. Elle s’avance, elle accourt, un étendard brisé dans la main gauche. La droite s’étend avec un geste de protection désespérée sur un enfant accroupi, blessé, hâve, agonisant, suppliant : la Lorraine. Un autre enfant , un cadavre , personnifie l’Alsace. Sur le visage de cette femme on lit l’épouvante, et son fixe regard semble affolé par le spectacle lointain d’un nouveau et peut-être plus effroyable désastre : la guerre civile. La tête est un peu trop petite, les épaules sont un peu étroites, certaines lignes trop droites. Les enfants, la Lorraine surtout, sont d un sentiment juste et d’une heureuse exécution. Peu importe la gaucherie de certains détails : l’ensemble dénote un coup d’œil sûr, une main ferme et précise. M. de Saint-Vidal a ce qui ne s’acquiert point : l’inspiration. Travailleur énergique, il saura bien acquérir ce qui lui manque : le métier. Aussi beaucoup d’espoir se mêle-t-il à notre cordial souhait de bienvenue !
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Le Prix du Salon, puisque Prix du Salon il y a, est échu cette fois à un sculpteur, M. Peinte, auteur d’une grande statue, un Sarpédon s'apprêtant à bander son arc. Le Prix de Florence, si heureusement décerné l’an dernier par un libre jury d’an^teurs éclairés à M. Albert-Lefeuvre, avait sans doute piqué d’émulation nos dispensateurs de récompenses officielles. Ils ont par extraordinaire sagement agi en favorisant à la fin un sculpteur, et, qui plus est, un sculpteur de talent.
De grand talent, et possédant à fond toutes les ressources du métier. La physionomie très-énergique du héros est comme accentuée par cette coiffure féminine : les cheveux ramenés en un épais chignon sur le sommet de 1a, tête. Coiffure étrange, mais qui s’explique par l’origine de Sarpédon, fils d’une Amazone. Le corps est solidement, fièrement planté. L’attitude, le mouvement, sont très-justes, très-exacts. Le dessin, sans heurts ni angles, est d’une rare élégance. La musculature est savamment traitée, sans exagération. L’ensemble est irréprochable, et le Sarpédon en bronze deviendra classique. All'right l la voie s’ouvre, large et belle, devant M. Peinte. Espérons qu’il y rencontrera des inspirations et des sujets modernes.
Non loin de Sarpédon voici son ami, Achille, par M. Lafrance. Un Achille au repos, nonchalamment assis, le pied sur son armure, laissant aller de ses mains distraites la lyre et le plectrum. Mais, dans le repos même, Achille est toujours bouillant. Voyez plutôt ce dur et irascible «visage, cette grosse tête au front bas, très-intelligemment comprise aujourd’hui par M. Lafrance comme elle le fut naguère par M. Bastien-Lepage , alors qu’il s’amusait à
concourir pour le Prix de Rome. Bonne étude en somme.
Elle s’en va rejoindre dans les musées de l’État ces deux jolies femmes nues, l'Amour maternel, un peu romance, de M. Lemaire, et la Méditation de M. Noël, ingénieuse interprétation de la célèbre poésie de Ronsard :
Ton test n'aura plus de peau.
Un peu maniérée toutefois, à la manière de M. Paul Dubois qui nous paraît entraîner outre mesure les artistes de seconde main.
Parmi les entraînés nous ne rangerons point M. Amy. Ce robuste artiste n’encourra jamais le reproche d’alféterie, loin de là. Sa facture énergique va souvent jusqu’à la rudesse. Il y a exagération de force dans cette statue de marbre : le Remords.
Exagération de force et de mouvement à laquelle un symbolisme poncif a tout droit mené l’auteur. Elle n’est pas neuve, en effet, cette figuration du Remords par un serpent sous l’étreinte duquel un homme se débat. L’art moderne met sa gloire à répudier ces vieilles allégories matérielles, parfaitement impuissantes à traduire les douleurs morales. Le remords est dans les traits, dans le regard, le geste, l’attitude du criminel, et le génie ne s’avisera point de le chercher ailleurs. Peut-être cet homme enlacé par un ophidien représenterait-il, au besoin, le peuple horriblement agacé par l’ordre moral. Mais n’at-on pas déjà dans cet ordre d’idées l’oeuvre célèbre de Clésinger, Hercule enfant étouffant les serpents ?
Tout cela n’empêche point qu’il y ait dans le Remords des morceaux admirablement traités, l'effort d’une science incontestable guidant une main ferme et sûre, la même qui a modelé cette Tête de chien , un des plus beaux bustes qui soient au Salon.
S’il ie voulait, M. Amy serait bientôt l’ûn des premiers parmi nos animaliers ; mais son talent travailleur et. persévérant a de plus hautes visées que nous approuvons de grand cœur. Le tout sera pour lui de dépenser sa force en des sujets opportuns.