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LÉON LHERMITTE

La Halle aux poissons, à Saint-Malo.

vres qui porteront loin dans les âges le nom de M. Bartholdi.

Mentionnons encore du même artiste une remarquable Statue, bien solide et bien campée, du Maréchal de Gribeauval : un illustre et savant militaire, trop oublié de nous, car la France lui doit l’organisation de cette puissante artillerie qui rendit tant de services à la Révolution.

Et passons au triple galop devant le front des bustes rangés en bataille. Nous en trouverons fort peu, comme toujours, à faire sortir des rangs. Et comme toujours, nous les proclamerons au hasard du voyage.

Le buste de Baudry par Dubois donnera un trèsbeau marbre et marquera parmi les meilleurs ouvrages de son auteur. Rien de plus simple et de plus sobre. Les lignes sont d’une fermeté, d’une précision rares. L’œil a toute sa transparence, le regard est superbe. Ceci est vraiment une œuvre hors ligne.

Très-remarquable aussi, le buste de Madame Miolan Carvalho, par Franceschi. Une main plus lourde et moins habile se serait fatiguée vainement à rendre le charme étrange et bienfaisant de cette artiste et femme supérieure. Le talent, élégant et souple, de M. Franceschi ne nous a rien laissé ni a désirer, ni à regretter, et ce buste, d’un si précieux modelé, au regard si profond, restera la plus vivante image de cette haute intelligence, de cette bonté suprême : la très-grande cantatrice, Carvalho.

Comme aussi la plus vivante image de Girardin nous aura été ciselée par la main légère et hardie de Mlle Sarah Bernhardt. Ici encore se regimbent les

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spécialistes, les sculpteurs de naissance, et comme bien vous pensez, ils crient à la sculpture d’amateur. Certes, le buste qu’exposa Etex au Salon de 1877 était, comment dirai-je ? plus magistral, plus technique, et nous ne reviendrons pas sur le très-sincère éloge qu’alors nous en fîmes; mais combien moins vivant! L’œuvre de Sarah Bernhardt fondue en un bronze noir qui prête singulièrement à l’effet, c’est la vie même. Pas une des saillies qui accusent, pas un des traits qui caractérisent le masque célèbre du « redoutable polémiste » n’a échappé à l’observation de la comédienne, et elle nous les a tous livrés, trahis en quelque sorte avec une incroyable dextérité. Le regard surtout est étonnant , et il pousse jusqu’à la plus complète illusion. Dès longtemps connu d’un certain public, ce buste a été l’une des attractions, et non la moindre du Salon, et là comme au théâtre, Sarah Bernhardt a passé la rampe. Que nos spécialistes en fassent autant !

Plus modeste a été le succès de son autre bronze noir. C’est qu’ aussi moins retentissant est le nom, beaucoup moins familière au public est la figure de l’original, M. William Busnach. Mais cette fois encore je doute qu’il soit possible de traduire en une plus vivante et plus piquante image la gaie, la franche, la bien portante, la spirituelle physionomie de l’auteur.

Sans doute il est une grâce d’état pour les artistes dits amateurs, et ces braconniers de l’art, libres de tout scrupule, ont la main heureuse, comme leurs confrères des bois. M. d’Echérac nous en offre un

nouvel exemple. Je ne sache point qu’il ait jamais figure sur les bancs de 1 Ecole des beaux-arts, ni concouru pour le moindre prix de Rome, et d'occupé, je crois, un poste des plus actifs dans l’une de nos grandes administrations publiques.

Le livret nous apprend qu’il est élève de M. Gautherin. Mais on est toujours élève de quelqu’un, et M. d Echerac, enfin, selon toute apparence est moins jeune que son maître. Donc, cet artiste décidément amateur qui nous présenta, il y a deux ans, un buste très-remarquable du poète Léon Cladel, nous revient aujourd’hui avec un buste aussi remarquable du député Clémenceau. Il fallait, jevousjure, pour modeler ce visage tendu, énergique et fin, au clair regard, aux pommettes saillantes, type de savant et d’homme d’action, il fallait une main habile et preste, guidée par une observation rapide et intelligente. En outre, M. Clémenceau portant une légère moustache et les cheveux rases a la malcontent, il manquait à l’artiste cet appoint des vastes frondaisons capillaires, si commodes et si chères aux sculpteurs. Le talent souple et sincère de M. d’Echérac a vaincu toutes les difficultés, franchement abordées. Faire plus original et mieux compris n’est guère possible. Et voilà M. d’Echérac passé à l’acclamation portraitiste à la mode des vaillants de la politique ou de l’art. A qui le tour.?

M. Falguière nous a donné un buste très-sévèrement étudié de M. de Bonnechose, archevêque de Rouen. A voir cette figure volontaire, hautaine et hostile, on se remémore et l’on s’explique les escarmouches bruyantes de cet ultramontain. Nous n’en

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dirons point autant de M. Dupanioup. Son visage, excellemment pourtraicturé par M. Blanchard, ne nous offre rien de fougueux. Il est, de par le monde, pas mal de vieilles filles tatillonnes et loquaces qui ressemblent beaucoup a ce cardinal manqué.

Ne connaissant pas de vue M. le baron Taylor, nous ne savons si ce buste, oeuvre de M. Tony Noël, lui ressemble exactement. Unrespect universel entoure cette personne célèbre que son âge suffirait a rendre vénérable, et si telle ou telle épigramme est juste, si telle ou telle anecdote est authentique ou probante, nous ne le saurons que le plus tard possible. Pour le moment, M. le baron Taylor nous apparaît comme le chef d'Etat de la bienlaisance, le pontife des secours mutuels. Et rien dans ce buste qui attirait notre vive curiosité n’est venu contredire cette impression. On dit aussi que l’original ressemble à Goethe, et ce buste encore n’est pas fait pour nous prouver le contraire. Œuvre très-voulue, très-fouillée , très-pensée, qui, dès l’abord, frappe l’imagination : œuvre très-supérieure, sous certains rapports, à la Méditation.

D’une exécution vive et légère, sculpté à grands traits, le buste de M. deMarcère, ministre de T Intérieur, par M. Francia, nous redit avec une rare justesse et la conciliante sagacité du légiste, et 1 intelligence éveillée du Cunctator politique. Le buste du compositeur Gevaert, par M. Godebski, est une œuvre très-ample, très-soutenue et d’une correction parfaite. Très simple , très-naturel, le buste du Roi d Espagne, par M. Drouet. Habiles comme toujours, les bustes du chanteur Melchisedec et de cette très-active et tres-sur-

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prenante personne, Marie Dumas, par M. Hébert. Crâne et bien campé comme son modèle, André GUI, le buste de M. Chapuy, un artiste de talent facile et déluré, qui nous modela tout dernièrement, en quelques heures, un si joli buste de Voltaire à vingt ans, pour le centenaire champêtre du philosophe, à Sceaux. La main d'’Etex ne faiblit point, et nous retrouvons sa forte manière dans les bustes du savant Daubrée et de l’orateur Berryer. Dans le plâtre Carmen, nous retrouvons la verve toute méridionale et la singulière morbidesse qui caractérisent le talent très-libre de M. Zacharie Astruc. Nul artiste français ne possède comme lui l’Espagne et n’en tire un meilleur parti. Sa copie du Saint-François d’Alonzo Cano a fait fortune, et le succès â.Q son Basile, si original et si vivant, dure encore. Parmi les très-rares bas-reliefs du Salon de 1878, nous n’en voyons qu’un seul digne de remarque, c’est celui de M. Zacharie Astruc. L’idée en est heureuse, le sentiment patriotique. Perché sur un arbre, Chante-Clair, le coq gaulois, jette aux échos ses notes retentissantes. A l’horizon, dans le ciel vaste et pur, monte un soleil grandiose. Et le chanta frappé l’oreille, et la lumière a frappé les yeux d’un cuirassier qui lentement s’éveille. Dans sa main, une trompette brille, qui bientôt donnera la réplique aux fanfares de Chante-Clair. Cette Aurore dont voici l’ingénieux symbole, des milliers de spectateurs accourus de tous les points du monde la saluaient hier au champ de Vincennes. Œuvre très-sincère, d’une exécution très-nette, V Aurore dit simplement, sans phrases ni fioritures, ce qu’elle veut dire, et, comme l’oiseau national, elle chante très-clair: Mais nous avons trop souvent applaudi aux encyclopédiques

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efforts de son vaillant auteur pour qu’il n’accepte pas de nous un avis motivé. Son cuirassier est un peu trop calme, trop correct dans sa tenue réglementaire ; son réveil est un peu raide, un peu lent. La furia francese a le sommeil plus léger, le réveil plus prompt et plus nerveux.

Qui donc a dit que M. Henri Gros ne « finit » pas ses œuvres ? Le buste en marbre de M.-M. de F. est aussi fini que tel buste académique. Une main très-ferme a tracé les lignes, arrêté les contours de ce j eune visage charmant de ce charme exquis, gracieux de cette grâce pensive, qui sont la manière même d’Henri Gros, et que Fon retrouve à un si haut degré dans son adorable figurine en cire : la Belle au bois dormant.

G’est un buste encore, cet Enfer de M. Amy, une tête d’homme, singulièrement expressive, convulsionnée par le double et légitime désespoir que lui causent la morsure des flammes et l’étreinte d’un serpent. M. Amy aura suivi docilement et jusqu’au bout sa vision. Son Griminel de l’an passé qui se débattait dans l’étouft'ement du serpent Remords, le voilà qui se raidit en enfer contre le boa Ghâtiment. Et, par une intéressante coïncidence, M. Boisseau, l’inséparable de M. Amy, nous offre le Génie du mal, en la personne d’un serpent qui siffle ses conseils à l’oreille d’une académie superbe. Que ces deux artistes, dont les talents si divers se complètent si bien, échappent à ces persistants ophidiens, c’est notre vœu le plus cher...

Et, là-dessus, go head! Sans retard ni compliments, courcfns au Ghamp-de-Mars où la loyale Albion nous réclame.

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