‹ Voyage au pays des peintresChapitre 15 sur 44 · GUILLEMET · texte numérisé non relu

GUILLEMET

La plage de Villiers (Calvados).

variée, si caractéristique d’une tribune anglaise, au jour archi-national du fameux Derby.

L’auteur de ce Derby Day, M. Ch. Green, a également témoigné toute sa verve humoristique dans un aimable tableau de genre : les Vieux Voisins. A la nouvelle école encore appartiennent ce Canal de Cambridgeshire, un peu lourd toutefois et maigre de dessin, par M. Mark Fisher, auteur d’un excellent paysage à l’huile : les Prairies marécageuses. Et enfin, cette jolie aquarelle de M. Herkomer, si nette et si sincère : les Bûcherons.

Avec M. Herkomer, nous retournons vers la peinture à l’huile. Il a exposé deux toiles, remarquables toutes deux, mais à des degrés divers. L’une, Après le travail, la plus ancienne par la manière et par la date, a obtenu du jury international une médaille, une première médaille que l’opinion anglaise ne ratifie point, ni la nôtre. Elle représente de rustiques travailleurs prenant le frais sur le devant de leurs chaumières, après le labeur du jour. Ceux-ci devisent, ceux-là sommeillent. Dans le pré voisin, les enfants s’ébattent. C’est de la peinture blonde, séduisante et sentimentale; mais elle rappelle trop l’illustration, ce genre si cher aux Anglais et où M. Herkomer est passé maître. C’est par cette valeur moyenne, sans nul doute, qu’elle a réuni la pluralité des voix.

Mais nous eussions de préférence distingué cette oeuvre autrement puissante : la Dernière Assemblée — les Invalides a V église de Chelsea. Ils sont là tous, côte à côte, assis sur les hauts bancs de bois, écoutant militairement et religieusement un office quelconque

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SOUS les voûtes tilomphalement pavoisées de leur église de Chelsea. Bien que variées, leurs physionomies sont toutes frappées à l’effigie nationale, et toutes animées d’un sentiment commun. Toutes leurs attentions convergent vers l’autel pour nous invisible. L’ensemble est fort imposant, etl’on éprouve à lire ce tableau la même impression que provoquerait un chapitre de grand style sur la moderne histoire d’Angleterre . Il ne manque à cette œuvre, pour la faire absolument nationale et absolument originale, qu’une hardiesse, si indispensable pourtant. Les uniformes de ces invalides n’ont point ce rouge britannique et unique, si connu du monde entier. Ils sont presque mauves. Là M. Herkomer s’est méfié de lui-même, et il a eu tort. Un homme de son talent ne peut que gagner à la plus brutale des sincérités. Il a triché par peur, donc, pour sa punition, il a un peu perdu.

Et maintenant, voulez -vous savoir pourquoi ce tableau a nom : la Dernière Assemblée} Plus heureux que tant de guides bien complets ou de critiques bien compétents, nous vous le pourrons apprendre, grâce à l’enquête poussée jusqu’au bout par cette curiosité tenace, notre personnelle vertu. Vous voyez bien, là, sur le deuxième banc, tout au bout et le plus proche du spectateur, cet invalide fort vieux et légèrement affaissé. Sa main pendante a laissé tomber son mouchoir à carreaux. Sa tête penchée ne regarde point l’autel. Dort-il.? Non; mais il vient de trépasser tout doucement, tout commodément, et, ma foi, en pleine odeur de sainteté. Son plus proche voisin s’en est seul aperçu, et sans trop vite donner l’éveil, anxieux, effaré, il soulève le bras inerte de son brave

camarade. Pour celui-ci, dont le trépas échappe à la masse du public, tant le sommeil de la vieillesse, helas ! ressemble a la mort, pour celui-ci seulement cette assemblée fut la Dernière Assemblée.

Titre fort quintessencié, bien littéraire encore, dira-t-on. Il l’est beaucoup moins que celui-ci : Passage du Nord-Ouest. Dans une vaste chambre, trèsclaire et très-confortable, dont la fenêtre ouvre sur un clair horizon, auprès d une bibliothèque amplement fournie, un homme d’âge est assis. A ses pieds une belle jeune fille tout de blanc habillée, avec un fichu rose et lilas, feuillette un in-folio des plus respectables. Sur 1 intelligente figure de l’homme on remarque une vive animation; il appuie fiévreusement son poing fermé sur une grande carte, mêlée à divers journaux. Tous les bons Anglais savent son nom. C’est un marin célèbre, le compagnon vaillant et préféré, l’intime de lord Byron, et son pieux collaborateur dans la crémation fameuse de Shelley. Retiré des aventures maritimes, alors que fut connue la catastrophe de Franklin, il s eprit avec tousses compatriotes d’une passion ardente pour la découverte d’un passage au nordouest. Et voila pourquoi il s’anime et frappe la carte, s écriant : « Le passage existe, et il faut que l’Angleterre le trouve ! » Ce tableau patriotique eut en Angleterre un retentissant succès. Le personnage principal est très-solidement peint. La toilette de la jeune fille semble, au premier abord, un peu éclatante, mais 1 on doit accepter une fois pour toutes ces crudités de tons, très-naturelles d’ailleurs et en rapport exact avec les habitudes anglaises.

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L’auteur du Passage du Nord-Ouest n est autre que M. Millais, le médaillé d’honneur du Salon anglais, et, paraît-il, l’artiste le plus en vogue outre Manche. Son talent, désormais familier au public français, vaut la peine qu’on s'y arrête. M. Millais, comme 1 a trèsjustement dit Philippe Burty, est « un virtuose», fort inégal comme tous les virtuoses. Dans chacune de ses toiles, paysages, portraits ou tableaux de genre, on admire une facilité singulière, une hardiesse grande, servies par une science réelle, un indéniable tempérament de coloriste, mais l’on y trouve parfois aussi de l’abandon, du mollissement, des parties lâchées. Regardons bien ce Garde de la Reine, une des greats attractions du Salon. Plus oseur que M. Herkomer, M. Millais a crânement abordé le costume rouge flamboyant que porte ce haut fonctionnaire, et qui fut ordonné par Henri VIII. Il nous 1 a rendu a souhait dans toute son originale truculence., Coiffée d’une toque noire, la vieille tete du garde est finement traitée, superbe de flegme et d’importance. Mais sous ce pourpoint écarlate, dans ces bas rouges, si maigres qu’ils fussent, on voudrait un corps et des jambes plus réels.

La Femme du joueur est une petite toile exquise. Rien de plus harmonieux et de plus juste, rien de plus simple et de plus saisissant que cette pauvre jeune femme, fort modestement vêtue, regardant un jeu de cartes oublié sur une table, avec des yeux ou se lit tout l’irrémédiable désespoir de son existence condamnée. Les trois Sœurs, ce portrait si frais et si coloré, si vigoureux et si réel, de trois blanches fillettes sérieuses à la fois et mutines, anglaises en un mot, est une

œuvre saine et réjouissante. Auprès de ces trois sœurs sembleraient gris et moroses les Enfants, de Paul Dubois, que tous nous avons si bruyamment applaudis.

Le Froid octobre est un superbe paysage des montagnes d’Ecosse, d’une poésie incomparable. Moins émouvant, mais plus hardi, plus magistral, cet autre paysage. Dans les montagnes d'Ecosse. C’est ici peutêtre que Millais se montre le plus virtuose, et virtuose heureux. Au premier plan, des marais tout hérissés de joncs jaunes et droits, d’un aspect étrange. Puis des bruyères fleuries; puis, tout au fond, entre deux montagnes, une vallée sans fin. Un magnifique arc-en-ciel prête à ce paysage immense les colorations les plus étonnantes, les plus justes aussi, et la vallée nous apparaît à travers ses rayons, comme éclairée par un ciel d’apothéose.

M. Millais, on le voit, est un de ces artistes féconds et puissants qui marquent une époque et une nation. La France l’ignorait, ou peu s’en faut, lui comme bien d’autres, avant cette Exposition universelle. Et lui se préoccupait-il de la France? Il est bien désirable vraiment pour les individus comme pour les peuples, que le mouvement international de 1878 ne soit que la préface d’une ère toute nouvelle, et que la fédération intellectuelle, entrevue en ce Champ-de-Mars où fut proclamée autrefois la fédération politique, devienne enfin, par le bon vouloir des esprits supérieurs, une consolante et triomphante réalité.

Les paysages du reste abondent en l’école anglaise, comme partout. Là-bas comme ici, ils nous révèlent.

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sinon les plus grands, du moins les plus indiscutables talents. Et c’est, nous le répétons volontiers, chez les paysagistes qu’a éclaté naguère dans la Grande-Bretagne cette révolution naturaliste et scientifique, d’un si favorable augure.

Au hasard de nos notes de voyage, nous allons donc passer en une revue rapide comme elles quelques-uns des meilleurs envois du paysage anglais.

Le long d’une route, dans une campagne luxuriante, par une calme soirée d’été, passent trois belles femmes — elles sont toutes belles et de noble allure dans les paysages anglais — revenant de la moisson. L’une d’elles porte un nourrisson que les autres lutinent. Et dans les prairies voisines, hommes et enfants s’acheminent gaiement vers le village. Ce sont les Moissonneurs, de M. Morgan. On ne peut rêver une composition plus simple et plus innocente, une bucolique plus tendre sous un ciel plus aimable.

L’Inondation à Windsor en i86j est l’œuvre trèsénergique et très-complète d’un jeune homme de grand avenir, M. Halloway. Ce ciel lourd, épais et noir est bien le ciel maudit des saisons pluvieuses. Cette eau fangeuse et clapotante sur laquelle ce rameur mène à si grand’peine sa barque et d’où émergent,çà et là, quelques cimes d’arbres dépouillées, c’est bien l’eau sinistre des inondations. M. Halloway, nous dit-on, se rapproche en certaines œuvres des intransigeants, fort appréciés, comme tous les excentriques, en Angleterre. Le même sujet. Une inondation en automne, a également bien inspiré M. Johnson.

La Glaneuse, de M. Watson, est par le dessin, par l’allure, une proche parente des paysannes de Feyen-

Perrin. On la peut trouver un peu noire et un peu dure ; mais ce défaut même trahit un effort sérieux de l’artiste pour se dégager du défaut contraire, la coloration blanche, si générale dans la peinture anglaise.

Voici deux toiles excellentes de M. R. W. Macbeth. Dans l'Appel au travail en Lincolnshire, il a fort bien groupé ses personnages et indiqué pour le mieux, avec une extrême légèreté de touche, l’heure très-matinale de l’appel. La Récolte de pommes de terre en Lincolnshire, sous un ciel nuageux, est une scène champêtre où la femme domine, très-gaie, pleine d’entrain, peinte dans une gamme légère et lumineuse ; elle abonde en mouvements justes et en détails heureux. La Récolte et l'Appel montrent chez M. Macbeth ce souci extrême de la noblesse et du sentiment qui infirme encore, jusqu’à un certain point, les progrès de l’art britannique.

Notre Millet, comme l’on sait, est fort admiré en Angleterre de ceux-là surtout qui rêvent pour l’école anglaise une salutaire évolution. Il a eu là-bas, non point un rival ni un élève, mais un semblable, M. Mason. Dans le Chant du soir ou le Retour du labourage, CQttQ ressemblance éclate aux yeux. Le succès de ces œuvres fut considérable, et M. Mason en passa chef d’école.

Il eût fait beaucoup pour l’art national, mais il mourut jeune (1872), aimé des dieux peut-être, assurément regretté des hommes.

L’Écosse est une pépinière magnifique de paysagistes pour le Royaume-Uni. Entre Loch Long et Gareloch, Écosse, de M. James Macbeth, est une œuvre

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d’étude profonde et de science garantie. Pouvait-on mieux rendre l’aspect mat et comme glacé d’un cours d’eau salée, et autour de cette eau le paysage un peu lourd et massif comme l’atmosphère, et sur le tout un soir qui ne descend pas, mais qui tombe ? Dans ce tableau de M. Macallum Hamilton, la Récolte de varech sur la côte ouest d'Écosse, une des oeuvres les plus précises et les plus vivantes qui soient ici, cette lumière opalescente et ce dessin sévère de la falaise, et cette beauté de lignes chez la femme, et cette distribution du travail nous ont frappé, et ce coin de Grande Bretagnenous a tout aussitôt rappelé notre merveilleuse Bretagne française. On se ressemble de plus loin.

Mais la nature et les mœurs britanniques trouverontelles un meilleur interprète que M. Bouhgton ? La Neige au printemps, un peu chargée, un peu surabondante et de si naïve impression, est aussi caractéristique que possible de la manière anglaise; et je ne crois pas qu’il soit facile de trouver une œuvre plus indigène que les Porteurs dupardeau. Dans un beau paysage, trèschaud, très-coloré, le long d’une route, un homme s’avance, un voyou de là bas, sa veste accrochée au cou et rejetée sur le dos, son petit chapeau rond enfoncé sur la tête, les mains dans les poches de ses pantalons trop courts, sifflotant et fumant sa bouffarde. A une distance respectueuse de sa masculine personne, un trio de femmes presse le pas, s’essoufflant à porter enfants, paquets, boîtes et outils : ce sont les porteurs du fardeau. Dans le champ voisin, assis parterre, en manches de chemise et coiffé d’un chapeau blanc dit haut de forme, un vieux paysan regarde, sans lâcher son travail, ce défilé d’un air très-philesophe, en habitué que cela

amuse toujours. Si l’humour anglais n’est point là, où est-il }

Quant aux bonnes marines, si nombreuses chez nous, elles sont clairsemées par delà le détroit, et cela peut étonner qui songe à la situation géographique de l’Angleterre. Serait-ce donc que les Anglais, ces terribles industriels, n’ont eu jusqu’ici pour l’Océan qne des regards de dompteurs ? Deux marines seulement nous ont séduit. L une est de M. Henry Moore, La Méditerranée par un mauvais temps. Ces énormes vagues d’un gris bleu presque noir, fortement secouées par le grain qui passe, sont d’un réel et puissant effet. Si puissant qu’il nous a rappelé ce chef-d’œuvre : la Vague de Courbet. L autre, les Pêcheurs attendant V obscurité, est d’un jeune talent, riche en promesses, M. Colin Hunter. C’est une étude saisissante, comparable parla vigueur et la manière aux meilleures marines de la vieille école hollandaise.

L’arrière-garde du préraphaélisme reconnaît pour chef M. Burne Jones. Et ce chef est un maître qui vous fait oublier par l’étrange et haute poésie de son œuvre les minuties démodées de son exécution . Tout le monde, devant cette curieuse toile qui a des airs de pastel. Merlin et Viviane, s’est souvenu de cet admirable livre d’Edgar Quinet : Merlin V enchanteur , et tout le monde a eu raison, car elle est écrite dans le même style et plane dans le même ciel. C’est bien une magicienne et une irrésistible, que cette Viviane fatalement et délicieusement belle, coiffée d’adorables serpents. Légère, élancée, ondoyante et provoquante sous cette

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gaze aux plis flottants, elle semble une Victoire qui s’enet l’on cherche ses ailes. Est- il un mouvement plus élégant et plus étudié que celui de ses deux mains tenant ouvert le livre de la Grande Cabale ; un regard plus impérieux et plus profond que celui dont elle enveloppe Merlin, hier son maître, aujourd hui son esclave ? Et lui, oh ! lui, n est-il point le plus enchanté des enchanteurs? A en juger par 1 abandon de son attitude, nous dirions presque de sa béatitude, par l’enthousiasme de sa contemplation, si tant est qu elle le veuille, jamais le savant amoureux ne s’écartera de ' l’aubépine en fleur à laquelle Viviane le riva dans la forêt magique. Et nous qui allons, libre voyageur, quérant nos émotions par tous chemins et toutes écoles, nous subissons tout comme Merlin, et avec la même joie, le charme de Viviane. Dans 1 autenr de cette oeuvre hors ligne et de cette splendide aquarelle : Un Amour dans Us ruines, nous saluons un prestigieux évocateur, un Merlin de 1 art, et nous souhaitons ardemment qu’il ne refasse point école.

Beaucoup moins enchanteresse, mais plus redoutable, nous apparaît la Médée de M. Sandys, autre préraphaélite. Ainsi l’on se figure, farouche et seule, la Brinvilliers préparant ses mixtures à l’usage des neveux impatients. Cette Médée, qui se détache en lignes vigoureuses sur un fond d’or, est laborieusement conçue dans le mode primitif, et mérite, à ce titre, une attention toute spéciale.

M.Poynter,un artiste dans toute la force dé l’âge et du talent, a, nous dit-on, quitté le préraphaélisme pour s’engager dans la moderne milice, et telle de ses aquarelles nous est un témoignage de sa vocation nouvelle.

Mais dans la peinture à l’huile, nous ne le voyons guère représenté que par des toiles fort classiques : La Catapulte où il nous expose l’outillage monstrueux et précis de l’antique engin, et Israël en Egypte où il nous montre, nus, fouettés, haletants, un millier d’Hébreux traînant vers quelque divine ou royale demeure un sphinx colossal, sous les huées du peuple pharaonien. Il y a dans l’une et l’autre beaucoup d’imagination, et la science archéologique incontestable de M. Poynter nous remet en mémoire celle de M. Motte, qui intéresse tant chaque année les visiteurs du Salon français. Mais, bien qu’un peu sec aussi, M. Motte est plus vivant, et nous regrettons beaucoup de ne pouvoir, en l’absence de la seconde manière de M. Poynter, porter sur son art un jugement plus complet.

En outre des intransigeants et des préraphaélites, il est à Londres quelques cénacles ou coteries, des écoles, si vous voulez. Entre autres celle que l’on appelle de St-John’s Wood : c’est le nom du quartier où elle a établi son camp. Elle a de très-visibles analogies avec notre école de l’avenue de Villiers, où, pour tout dire. Ton rencontre beaucoup plus de métier que d’inspiration. Parmi les principaux adhérents de St-John’s Wood, il nous faut citer MM. Storey et Marks. Du premier on remarque un tableau de genre, la Médisance. Dans une vaste chambre aux fenêtres ouvertes sur la campagne, des dames et seigneurs du temps des Précieuses, diversement groupés, importants et comiques, taillent, comme on dit chez nous, d’épouvantables bavettes sur le compte des absents — et des présents.— Il y a dans cette toile un archaïsme

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assez réussi, du mouvement et de la gaieté. Je la préfère à r Apothicaire de M. Marks. Cet apothicaire est un vieux Faust en calotte et robe de chambre, regardant au jour une paisible cornue, dans le laboratoire traditionnel, encombré de squelettes et de <yrimoires, agrémenté de chats-huants et de crocodiles empaillés. Pas bien imposant, pas bien génial, ce Faust là : il a tout Pair d’un capitaine en retraite, et la traduction française du livret anglais a, sans le savoir peut-être, judicieusement nommé cet alchimiste Un apothicaire. Il y a dans son innocent laboratoire quelques bonnes natures mortes.

L’histoire, cette création moderne, est une synthèse, et le progrès de l’histoire est le résultat de bien des progrès. Les grands historiens éclatent à la suite de révolutions littéraires et scientifiques. Et combien de révolutions dans Fart n’a-t-il point fallu, pour qu’il se créât en France cette peinture d’histoire dont nous applaudissions naguère la brillante aurore? C’est assez vous dire que l’art anglais, dont le naturalisme commence à peine, attend et attendra quelque temps encore ses peintres d’histoire. Ix Dernier Dimanche de Charles II à Withehall, de M. Frith; le Dernier Chant des Girondins, de M. Caltrop ; la Duchesse de Montpensier excitant Jacques Clément à assassiner Henri III, de M. Calderon, e tutte quante, ne sont que de classiques rengaines, des devoirs de rhétorique, des paravents de luxe pour bonnes maisons.

La Victoire, de M. Calderon, où l’on voit des dames montées à leur tour, mironton mirontaine, pour exciter du jeu de leurs mouchoirs leurs chevaliers qui se tara-

bustent dans la plaine; la Veuve, du rnême auteur et de la même chevalerie, n’ont guère plus de valeur que des gravures coloriéês pour albums de romances. Quoiqu’il en ait, le sentiment ni le drame ne vont guère à M. Calderon, et son talent se trouve bien plus à l’aise dans la Dernière Touche, très-jolie toile où il a mis en scène, avec beaucoup de verve et une singulière ampleur de style, les derniers apprêts de la toilette d’une grande dame, au dix-huitième siècle. Celle-ci, altière et mutine, est d’une fort belle venue. Les costumes sont au mieux compris, certains groupes d’hommes et de femmes très-amusants et quelques figures vraiment dignes de Hogarth.

Le Défi, les Conditions aux Assiégés, de M. Pettie, sont des tartines mélodramatiques. Un peu plus chargées, elles devenaient récréatives; mais elles s’arrêtent à l’ennui.

Les Anglais sont fiers de Waterloo, et cela se conçoit. Ce jour-là, franchement, ils ont débarrassé le monde et la France d’une bien odieuse et vilaine bête, et leur besogne eût été parfaite, si, la laissant errer dans Londres entre deux constables, ils ne lui avaient consacré ce temple inutile et funeste, arrière-fabrique de légendes et de sous-Bas-Empires, la prison de Sainte- Hélène. Mais alors que signifie cq Matin de la bataille, où l’on voit le Petit caporal (vieux style), avec sa redingote grise et le chapeau que l’on vendit si mal t8ut dernièrement à FHôtel Drouot, traçant son plan sur une table, près de la ferme, tranquillemenj:, épiquement, au milieu de ses grognards (vieux style) émus et empanachés. M. Crofts en est-il encore à la légende? ou veut-il rehausser d’autant le mérite de

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Wellington? ou a-i-il exécuté sur commande une peinture détestable ? Je ne sais, mais le plus mauvais Yvon, (vous voyez cela d’ici), n’est pas pire.

La peinture militaire, au demeurant, n’encombre pas le Salon anglais. Ce genre ennuyeux est modérément cultivé par nos intelligents voisins, et il a chez eux pour maître une femme, Butler, dont un Roll call (appel après la bataille) lança le nom, et dont voici un Retour d'Inkermann. Une longue file de blessés derrière un général vainqueur, c’est bien cela, le retour d’une bataille. Il y a dans cette œuvre de l’observation, du sentiment surtout, beaucoup de sentiment, et de la confusion aussi. Et puis, cette peinture est un peu bien terne.

Si l’absence du spectacle militaire dans l’École anglaise n’a de quoi nous désoler, celle du spectacle de la rue, si intéressant là-bas et presque abandonné aux illustrateurs de journaux, nous semble plus regrettable. La vogue n’y est point sans doute, et ils sont tenus pour schohing par une société si profondément atteinte d’aristocratomanie. MM. Barnard et Fildes ont violé la consigne, et bien leur en a pris. La Nuit de samedi dans l’est de Londres est une œuvre des plus intéressantes. Son auteur, M. Barnard, nous rend avec une verve rare l’animation extraordinaire qu’offrent certains quartiers de Londres, dans la nuit qui précède cet horrible dimanche anglais, si justeméht m.audit par les cent mille visiteurs que dédaignent fort impolitiquement ce jour-là MM. les exposants de la Grande-Bretagne. Gens du peuple, bourgeois et domestiques s’empressent et se bousculent, sous le

regard flegmatique des policemen, pour achever leurs provisions avant minuit, l’heure sainte ! La boutique la plus éclairée, la plus assiégée, est celle du boucher. Car nos insulaires, on le sait, ne plaisantent, ni pour Dieu ni pour diable, sur la fondamentale question du rosbeef. Il y a dans le tableau de M. Barnard d’excellentes intentions, une vie surabondante, des types nombreux et réussis. Il eût gagné à être plus ordonné, moins fourmillant; on s’y heurte à trop d’incidents qui s’embrouillent et se nuisent, et Theure nocturne n’est pas assez indiquée par l’obscurité générale. C’est une nuit dans laquelle l’artiste n’a point assez allumé de lanternes.

Le tableau de M. Fildes, les Pauvres de Londres attendant Vouverture d'un asile de nuit a provoqué, nous dit-on, quelque vive émotion dans cette Angleterre, si affectée déjà par les révélations impitoyables de son romancier, Dickens. C’est qu’aussi M. Fildes a trèsfranchement, très-vigoureusement abordé la réalité poignante de son sujet. Il a retracé d’une manière trèsferme et sans ridicule pudeur cette navrante scène publique et journalière, ces types dolents et misérables, que Londres étale profusément. Demandez à cette pauvre jeune femme, serrant contre elle son enfant endormi dans un haillon, à ce pâle vagabond, demandez à cet humble affamé, qui présente en tremblant son permis au policemen rutilant et dodu, à ce soldat infirme et loqueteux, qui vont partager avec cet ivrogne la triste hospitalité de l’asile de nuit, ce qu ils pensent des lois et des constitutious d’ici-bas, et je doute que leur réponse enchante les lords puissants ou les vaporeuses ladys. Bien composé, sobrement

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peint, ce tableau est l’œuvre d’un homme de talent et de cœur qui a, nous l’espérons, plus d un émule dans la jeune école britannique.

Assurément, F Adversité, de M . Sant, est moins pénible à contempler. Cette belle brune, de noir vetue, qui se serre, toute honteuse, contre le mur d’une maison, tendant timidement à quelques passants ce traditionnel bouquet à deux sous qui épargne aux mendiantes de si douloureuses formules, cette belle brune est bien malheureuse, et sa pâle figure, ses yeux qui amassent des pleurs nous le disent assez. Mais elle ne manquera de trouver un protecteur, desinteresse même, s’il en reste, ou, ce que je lui souhaite, une protectrice j car elle est si charmante, et puis si honnête et puis si distinguée ! U Adversité, de M. Sant, est en somme une jolie toile, œuvre de coloriste, dans la manière un peu romance de M. James Bertrand, notre compatriote. Anglais peut-être d origine.

M. Sant est au Champ-de-Mars un des favoris du public, très-nombreux touj ours et tr ès-babillard devant S2i Première Poste. On y saisit, en effet, dans un de ses exemples les plus caractéristiques la peinture de genre anglaise. Trois miss, plus ou moins jeunes, plus ou moins jolies, plus ou moins blondes, sont plus ou moins préoccupées du contenu de quelque lettre matinale, lue à haute voix par l’une d’entre elles. Au premier plan, la liseuse est debout, s’appuyant a une: table. En face d’elle, assise, une de ses compagnes, le: menton sur la main, fixant le tapis, a l’air bien attentive, ou bien distraite. Entre elles deux, au second plan,, la troisième se tient droite et même un peu raide, comme une demoiselle de compagnie. Toutes trois.

Les Sources^ à Nogent-sur-Marne.

ont la correcte attitude, la discrète saveur, le charme particulier des jeunes filles de la Gentry. De toutes les trois enfin nous dirions : ce sont des types, n’étaient les dents un peu longues de la troisième, devant lesquelles hésite notre galanterie française. M. Sant est-il un malicieux, ou les dents en éclaireurs sont-elles donc estimées là-bas comme un réel avantage ? Allons, décidément, cette troisième est une demoiselle de compagnie. Sans qualités extraordinaires, soit, mais sincère, cette jolie symphonie nationale en blanc majeur, la Première poste, mérite pour tant de motifs énoncés l’attention publique, et le nom de M. Sant est un de ceux que nous n’oublierons désormais.

Si sa manière évoque le souvenir des keepsakes, combien plus encore celle de M. Leslie! Il y a ici quelques tableaux de ce peintre. Le meilleur est une Visite à la pension. Une ex-pensionnaire, devenue belle dame, vient un instant s’asseoir sur le banc du jardin, pour y respirer un air de Jouvence. Les fillettes contemplent avec une respectueuse envie son vaste chapeau à la Gainsborough. Elle sourit à une petite curieuse, dont une fenêtre encadre la mutine frimousse. Cette peinture gentillette réussit à Londres, comme à Paris. L’art et la mode ont leurs jeux innocents.

Parmi les peintres de genre anglais, M. Orchardson est fort connu des Parisiens. Sa Reine des épées, qui représente une chevaleresque figure de danse, est une œuvre remarquable et tout à fait séduisante. Dans une vaste salle où s’escrime sur une estrade un joyeux orchestre, entre deux haies de gentlemen poudrés et tout pimpants en leurs costumes à ramages du dix-

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huitième siècle, sous la voûte étincelante qu'ils improvisent par l’entrecroisement de leurs épées haut levées, une théorie de jeunes femmes s’avancent une à une, à demi courbées. Celle qui sort la première de la double haie, la seule qui se dresse de toute sa hauteur, cette belle personne aux grands yeux noirs, fendus en amande, triomphante et comme auréolée, c’est elle, c’est la Reine des épées ! M. Orchardson a rendu avec un extrême bonheur cet adorable divertissement. Bien groupés, bien posés, bien variés, bien vivants, tous ces personnages nous apparaissent dans le rayonnement d’une blonde et chaude lumière, quasiment vénitienne. Et dans le même style, dans la même lumière, cet Emprunt sur garantie^ par un poète sur un manuscrit, est une œuvre fine et charmante, autrement spirituelle que les plus travaillés de nos Vibert. Enfin par le portrait de sa femme, bien étudié, bien modelé, dans une tonalité un peu sévère et mélancolieuse, M. Orchardson achève de nous montrer combien sa palette a de ressources, combien fertile est son talent. ^

Mais nous venons de parler portrait, continuons. Il y a dans les salles anglaises de très-bons portraits. Dès en entrant, l’on aperçoit celui du très-honorahle Russel Gurney, ex-juge assesseur de la cité de Londres, par M. Ouless. C’est solide, bien éclairé, pas mal modelé. Mais la palme est aux œuvres de M. Watts, le plus renommé portraitiste de l’Angleterre, et non sans motif, car son exposition nous révèle un maître du genre. Autant de portraits, autant de personnalités bien nettes, bien comprises, bien tranchées. L’un

AU PAYS DES PEINTRES i j j

des plus courus est celui du Duc de Cleveland. Un type. On n’est pas plus Anglais, ni plus lord. Tout, jusqu’à la coloration du sang, est national dans cette physionomie ferme, un peu rigide et empesée, au regard précis, encadrée dans un collier de barbe à peu près blanche, hérissée de cheveux blancs-verts en brosse, d’un effet si curieux et très-bien observé. Cette facture puissante a des analogies marquées avec celle de Bonnat. M. Robert Browning est Anglais, comme le duc de Cleveland, mais non lord comme lui. C’est un simple poète. Il a, tout avec son accent de race tel éclat dans le regard, telle allure de barbe et de crinière communs a tous les poètes du monde, et que nous retrouvons là, très-justes.

Plus lyrique, plus romanesque, Herr Joachim. Dame, c’est un violoniste, et un violoniste allemand. Mais à 1 air d intelligence pour ainsi dire géniale qui anime cette forte tête, on devine un très-grand artiste, le plus grand, selon d’aucuns, des violonistes modernes.

Portraitiste, M. Watts nous va beaucoup mieux qu’en sa qualité seconde de poète élégiaque. U Amour et la Mort est une composition bien philosophique et transcendantale, qui atteint son but principal en étant fort triste, mais l’outrepasse aussi, peut-être, en réalisant le plus spleenique des ennuis.

Un excellent, un très-remarquable portrait encore est celui du consul anglais à Trieste, le capitaine Burton. Grand front, yeux noirs brillants, nez proéminent et courbe, nez de flaireur et d’homme d’action, longue barbe noire à deux pointes, rasée sur les joues,, cheveux ras, fortes oreilles, tête osseuse, fades mâle

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€t singulièrement énergique, le capitaine Burton fut et redeviendra sans doute l’un de ces explorateurs à qui notre siècle ne devra pas ses moins utiles et moins pures gloires. Avec Cameron, avec Stanley, avec Livingstone, il a violé l’Afrique centrale. Ce portrait est ressemblant, nous le savons, parce que la gravure a dès longtemps popularisé les traits de M. Burton. Mais, ce qui vaut mieux encore, c’est une œuvre d’une sincérité grande et, comme 1 on dit, d un fier coup de pouce. Une œuvre de premier ordre, enfin.

Son auteur, M. Leighton, occupe dans 1 art et la société britanniques une influente situation. Membre de la Royal Academy, il est correspondant de l’Institut de France. Le vote de ses compatriotes lui avait attribué une dizaine de tableaux. Il n en a expose que trois, et s’est lui-même choisi, de propos délibéré, une des moins bonnes places. Nomme membre du jury international, il ne fut pas le dernier a inscrire au bas de ses œuvres cette loyale formule : Retire- du concours, dont la seule perspective épouvante les « généraux » de l’art français. Que M. Leighton reçoive ici l’hommage, non point d’une admiration qu’il trouverait exagérée pour un acte si naturel, mais de notre sympathie profonde et les remerciements de maint artiste pour l’exemple donné !

Avec le Capitaine Burton, il a exposé Une leçon de musique et Le prophète Elie dans le désert. La Leçon est une jolie petite toile de genre, où l’on voit une mère donnant à sa fille une leçon de guitare. Leur costume oriental est un peu de fantaisie, comme le mobilier. Mais les couleurs sont légères et harmonieuses. L’enlacement des deux femmes est d’un gracieux effet, et

la naïveté sentimentale de l’ensemble nous déplaît beaucoup moins que la science froide, et souvent fausse, étalée par plus d’un faiseur. Quant à Elle, une religiosité académique destinée au musée de Liverpool, elle eût peut-être chez nous remporté le prix de Rome, mais nous ne l’admettons que comme erreur d’un artiste momentanément lourvoyé.

Quelques mots sur Landseer et Alma Tadema termineront notre bref aperçu de la peinture anglaise.

Landseer est mort, comme l’on sait, chargé d’ans et de gloire, en 1873. Et pour se conformer au règlement de l’Exposition, l’on dut n’envoyer ici, pour représenter le célèbre artiste, que des œuvres postérieures à i868. Une douloureuse maladie affecta, on le sait encore, les dernières années de Landseer, et son envoi posthume s’en ressent. On ne retrouve absolument le maître que dans h Singe malade, un vrai petit chef-d’œuvre. Impossible de rendre avec plus de finesse les souffrances du jeune singe, tout penaud et dolent aux bras de sa mère attristée, avec une malice plus amusante l’égoïsme du Pater familias, dévorant une orange avec un air de satisfaction qui ne nous laisse, hélas ! aucun doute sur son insensibilité parfaite. Et il n’y a pas, dans ce tableau, que de l’esprit, il y a aussi une science très-réelle et une richesse de tons inappréciable. Il y a bien des qualités aussi dans les Connaisseurs, une toile où Landseer s’est représenté dessinant sous les yeux grands ouverts de ses chiens favoris, magistralement traités, et l’on devine une main exercée dans ce tableau qui nous montre, parmi les glaces géantes, aux pâles rayons de la lu-

mière polaire, des ours blancs déchirant à belles dents les dernières épaves du vaisseau de Franklin, avec cette pieuse épigraphe : Vhomme propose. Dieu dispose. Mais n’importe ! la présente Exposition ne donne, à qui n’a point vu l’Angleterre, qu’une idée fort incomplète de cet illustre talent.

M. Alma Tadema, hollandais d’origine, domicilié en Angleterre, domicilié en France, exposant à Londres et à Paris, célèbre et fêté ici, fêté et célèbre là, courant l’inspiration en Italie, est un de ces Vagabonds heureux et prédestinés que suscite l’esprit moderne, et dont nous saluions, il y a tantôt quinze ans, l’apparition chaque jour plus fréquente et plus bienfaisante, dans le monde de l’art. Comme les meilleurs et les plus vaillants. Aima Tadema ne vagabonde point seulement à travers l’espace, mais à travers les temps. Ce n’est pas l’Italie de nos jours qu’il nous retrace, c’est Fltalie des Césars qu’il nous restitue. Il fait œuvre, non de touriste, mais d’historien.

Le Voyage au pays des Peintres a plusieurs fois parlé de lui ; mais nous sommes enchanté de la solennelle occasion qui nous permet de voir dans son précieux ensemble et dans son unité de manière cette œuvre dont la majeure partie nous était connue.

M. Alma Tadema est un peintre de talent supérieur. Sa facture très-étudiée, sa forte couleur un peu rude, sa manière où la volonté a si grande part, sont diversement appréciées par les critiques ou les amateurs. Nul ne conteste l’habile ordonnance de ses compositions, l’érudition puissante qui a écrit la Fête des vendanges, une Fête intime, la Galerie de peinture, la Ga-

lerie de- sculpture. Alma Tadema est aussi le penseur que doit être un historien, et son archéologie conclut à une philosophie virile, très-évidente dans un Empereur romain ou Une Audience che:(^ Agrippa. Nous ne connaissions de son œuvre ni Après la danse, cette bacchante étendue près de son thyrse et de son tambourin, toute frémissante encore des bondissements de la ronde orgiaque, la seule belle nudité que nous offre le Salon anglais; ni la Danse pyrrhique, cette étude si curieuse et si mouvementée qui a passionné le public de Londres ; ni un Jardin romain, cette autre étude non moins savante et d’un pittoresque si vraisemblable; ni enfin cette page si émouvante et d’un tel souffle dramatique, la Dernière plaie d’Egypte, mort du premier-né. Et la contemplation de ces toiles n’a pas diminué, loin de là, notre estime, ou mieux notre admiration très-convaincue pour ce maître qui a rencontré déjà maint plagiaire ou imitateur maladroit, mais pas encore un émule sérieux ou un digne rival.

Et là-dessus, que nous reste-t-il à vous dire de l’ar^ anglais ? Tout et rien.

De la sculpture pas un mot. Puisqu’ils n’étudient point le nu, nos voisins ne sculptent pas. Cela leur viendra sans doute, quand ils déshabilleront des femmes, non-seulement pour le bon, mais aussi pour le beau motif.

Voudriez- vous une conclusion? De ces notes rapides tirez-la vous-même. De cet art nous ne connaissons point le passé, et c’est à peine si, un instant, nous en pûmes entrevoir le présent. Il a fort grand

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air, ma foi, et grande allure. Plus que le nôtre, il nous apparaît sincère et d’intention élevée. Bravement et sagement, il conserve son idéal. Il monte vers la science, et ne descend pas vers le métier. Il n’est point marchandise de luxe et d’exportation cosmopolite, mais il a cette force, cette vertu suprême d’être un art national.

Son avenir est donc immense.

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