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LES MOYENS DE TRANSPORT SUR LES PLATEAUX

Une famille se rendant au marché.

TRANSPORT DE LA H O l" I L I. E Le bouvier est lui-même char"-é d'une hottée de combustible.

VQYAGE AU YUNNAN 31

De temps en temps, un doigt crèvera un des carreaux de papier et nous verrons un œil indiscret collé à l'orifice. Mais alors nos hommes interviendront, car, surtout à cause de la présence de Mme Courtellemont, c'est une indiscrétion défendue, et l'on en profitera pour faire évacuer les abords de notre chambre. Puis, le dîner servi, les notes mises à jour, ce sera le bon sommeil réparateur sous les moustiquaires bien closes.

j juin. — Nous quittons Tsi-kay à 7 heures. Le temps est très doux : mon thermomètre marque 19 degrés. Nous croisons encore quelques charrettes de bois se dirigeant vers Mong-tse, de nombreuses caravanes de sel, puis quelques chevaux portant du fer brut.

Nous traversons le joli village de Si-long-tian, entouré de riches jardins et de vergers enclos de murs en pisé. Nous sommes dans les tufs et une belle source en sort, claire et fraîche, à l'ombre des grands arbres .

Les ruines abondent, avec les cimetières, attestant un passé plus florissant encore que le présent, probablement avant la grande guerre musulmane. Les sites sont fort pittoresques et nous rappellent les beaux paysages d'Andalousie.

A onze heures, halte au village de Pan-tsi-oua. Il tombe quelques gouttes d'eau, nos animaux sont au pré et nous, nous partageons avec un beau tombeau chinois l'abri d'un grand ficus.

On vient nous offrir des poules. Nous en achetons

deux pour une piastre 300 sapèques, soit environ 2 fr. 70. C'est horriblement cher. L'interprète lève les bras au ciel quand nous lui disons de payer le prix demandé; il ne s'exécute qu'en foudrovant d'un regard terrible les bons ruraux qui nous exploitent fortement. Quant à nous, cela nous amène à faire un rapprochement avec d'autres bons ruraux — bien loin d'ici, aux environs d'une grande capitale, oii les Parisiens sont rançonnés de même façon. C'est partout la même chose, pensons-nous. Et cette exploitation universelle, que l'on retrouve partout, de l'étranger par l'indigène, prend à nos yeux la force d'une loi naturelle.

N'oublions pas qu'il y a la contre-partie : l'indigène exploité par l'étranger sur une bien plus vaste échelle. Combien plus vaste!...

Nous faisons une petite visite au pauvre village dépourvu de ressources, simple lieu de halte pour les caravaniers, qui achètent quelques menues friandises : pain au sucre cuit à l'étuvée, vermicelle de riz gluant à l'eau sucrée ou nougats d'arachides.

Une pagode enfoncée dans la verdure; nous y pénétrons. Une bande de gamins psalmodie l'étude des caractères chinois sous la surveillance d'un vieux maître d'école qui nous fait mille politesses. Les bambins sont amusés de cette visite inopinée. Nous leur distribuons quelques sapèques sous l'œil grimaçant des dieux effroyables , peinturlurés de couleurs criardes, qui sont les génies du lieu.

Une heure. — En route. — Le sentier continue ses lacets sur le flanc de la montagne qui court vers

l'ouest et d'où nous dominons les collines et les plateaux en contre-bas.

Nous traversons un pays magnifique : des crêtes boisées de pins, des rizières étagées, des sources et des ruisseaux partout.

Le soleil pique un peu plus, le thermomètre marque 31 degrés; ce sera le maximum de la journée.

Après le gros village de Ta-tse, voici celui de Tchuong-hong-tchong, flanqué des ruines d'un fort. Nous franchissons des cascades étrangement belles, sous l'ombre épaisse de vieux banians séculaires, et c'est une délicieuse promenade à travers une succession de vergers, de villages, de rizières, qui continue ainsi jusqu'à Mien-tien, où. nous arrivons à quatre heures et demie.

Noté au passage, à l'entrée de ce village, quelques Stellinga sebifera (arbres à suif) en fleurs, et des Rhus vernicifera inexploités.

Mien-tien est une assez grosse bourgade, au croisement de la route que nous suivons avec celle qui conduit de Kaï-hoa-fou à Sze-mao, par Lin-ganfou ; route des caravanes qui vont à Sze-mao chercher du thé de Pou-eul et y porter les bois de cercueils provenant de la région de Kaï-hoa.

Ce trafic des bois de cercueils est très important dans toute la Chine, entre les régions forestières et celles, beaucoup plus nombreuses, hélas ! qui sont totalement déboisées.

La question de sépulture, les rites funéraires, tiennent, en effet, une si grande place dans les

usages chinois, que le ravitaillement en bois de cercueils est un besoin essentiel des populations. Riches ou pauvres sont hantés de l'idée de s'assurer cette dernière demeure. Dès qu'il possède un petit pécule, l'artisan consacre une somme importante à l'acquisition du cercueil dans lequel il sera enseveli. En poutres épaisses et bien jointes, poli et laqué, ce meuble restera des années durant dans un coin de l'appartement et sera, pour son heureux propriétaire, un objet d'orgueil.

Le culte du foyer des ancêtres, celui des morts, est resté en Chine tel qu'il devait être aux premiers âges de l'humanité, tel que l'a si savamment reconstitué, commenté et expliqué Fustel de Coulanges. Tout ce que l'éminent écrivain a écrit de ces traditions et coutumes ancestrales des Grecs de l'antiquité s'applique exactement aux Chinois modernes, en ce qui concerne les sacrifices funéraires surtout.

Pendant les cérémonies de l'enterrement, on brûle autour du mort des simulacres de lingots d'or et d'argent en papier doré ou argenté, des liasses de papiers frappés à l'emporte-pièce figurant des milliers de ligatures de sapèques, des chevaux, des chaises à porteurs, des serviteurs, des pages, des accessoires et des meubles de toutes sortes, toujours en papier, avec armature de bambous pour les grosses pièces.

On présente au mort, avec force révérences, des plateaux pesamment chargés de victuailles : poulets, canards, petits cochons rôtis ou bouillis, riz, sucreries, gâteaux, fruits frais ou confits, vins ou eau-de-vie

de grains. On fait des libations en son honneur, on brûle de l'encens devant ses mânes. En un mot, toutes les cérémonies des funérailles grecques se retrouvent avec une précision de détails telle qu'il ne peut y avoir de doute sur la communauté d'origine de ces coutumes.

Cette préoccupation de savoir ce que deviendra l'homme après la mort a toujours été la hantise des êtres humains. Les Chinois en sont restés à la conception des premiers âges ; pour eux, l'âme affranchie du corps continue à vivre près des hommes, au foyer de sa famille où elle se réjouira des offrandes et des libations, de l'accomplissement des rites funéraires indispensables à la vie d'outre-tombe.

En Chine, comme dans la Grèce antique, on craint « moins la mort que la privation de sépulture » , et pour les pauvres, c'est un cruel souci. Si cruel que des sociétés charitables sont instituées dans le but de fournir aux pauvres hères des cercueils « convenables ».

Il n'est pas rare de voir un malheureux, sentant sa fin prochaine, s'empresser d'élire domicile dans sa boîte dernière, quelques jours avant de trépasser, afin d'être bien certain qu'il n'en sera pas dépossédé à ses derniers instants. On m'a cité le cas de deux mendiants moribonds se disputant la possession d'un cercueil offert par un généreux philanthrope.

Un pauvre diable vient-il à mourir sur le seuil de votre porte, c'est à vous qu'incombera le devoir de lui fournir un dernier asile. Et, par les temps d'épidémie, il est assez tristement comique de voir les

boutiquiers s'éveiller avant le jour afin de pousser devant l'échoppe du voisin le dispendieux cadavre qui aurait échoué devant leur logis.

A Mien-tien passent donc les approvisionnements en bois de cercueils à destination de Lin-ganfou et, surtout, les bois fossiles, d'un très grand prix, dont on a trouvé d'importants gisements dans les environs de Kaï-hoa et qui cheminent peut-être par Szemao, là-bas, bien loin, vers le Laos et le Siam (?).

Les mafous (muletiers), qui font une fois l'an ce voyage, sont presque tous musulmans. Un de mes soldats d'escorte l'est aussi et, par lui, j'obtiens beaucoup de renseignements sur ce commerce. Il a des parents mafous dont il me fait faire la connaissance, et la soirée se passe en conversations avec ces braves gens, honnêtes, laborieux, endurants et rarement fumeurs d'opium.

Ils me présentent un marchand de leurs amis qui descend de Yunnan-sen et m'offre de changer des lingots d'argent de 5 taC-ls (i) contre des piastres indo-chinoises. C'est un service réciproque que nous nous rendons, car si les taëls n'ont plus que difficilement cours à partir du point où nous sommes, vers Mong-tse, en revanche, les piastres deviennent d'un placement diflicile dans la direction de Yunnan-sen. Nous faisons donc notre troc, et néanmoins, pour me remercier, mon négociant m'envoie une boîte de madeleines chinoises assez appétissantes.

(i) Le taël pèse 3 grammes 75 d'argent.

Afin de ne pas rester en retard, je lui offre un peu de quinine, dont il apprécie les avantages à la veille de rentrer au Tonkin.

Le bruit de toutes ces menues politesses se répand très vite dans l'auberge, et, me voyant si accueillant (il paraît que ce n'est pas l'usage courant), on s'enhardit à venir me demander des médicaments pour quelques enfants d'abord, pour des adultes ensuite.

C'est notre première consultation gratuite, et désormais elle sera pour ma femme et pour moi une fonction quotidienne. Tous les jours, il nous faudra distribuer., purgatifs ou collyres, quinine ou teinture d'iode, antiseptiques variés, etc., à tous les malheureux qui viendront demander nos soins.

Certains pansements sont pénibles à faire , certaines plaies, envenimées par les emplâtres chinois, sont souvent repoussantes. Mais il faut laissera tous ces gens une bonne impression des voyageurs français. Nous avons un approvisionnement considérable de médicaments et surtout d'antiseptiques en comprimés. Retroussons donc nos manches et soyons humains...

5 juin. — Nous avons quitté Mien-tien hier à neuf heures du matin seulement, car j'ai voulu revoir les caravanes s'ébranler sur les deux routes, — et, d'ailleurs, l'étape devait être courte pour nous rendre à Lin-gan-fou que nous avions décidé de visiter.

D'ordinaire on laisse cette ville sur la gauche et l'étape habituelle est Sin-fang. Mais rien ne nous presse et nous voulons étudier consciencieusement la

région, porter nos investigations sur tout ce qui nous paraîtra intéressant : commerce, industries locales, agriculture, etc.

De onze heures à une heure, nous nous sommes arrêtés au bord d'une mare et, pendant que nos animaux étaient au pâturage, j'ai fait un petit tour de chasse aux insectes. En battant les buissons, j'ai levé quelques cailles et quelques perdreaux. L'entomologiste disparaît devant le chasseur et... c'est un beau coq faisan qui paie de sa vie son imprudence à venir rôder autour des bivouacs. Nos mafoiis^ qui n'avaient jamais vu tirer au vol, restent stupidesd'étonnement devant ce qui, à leurs yeux, est un tour d'adresse prodigieux.

Les faisans du Yunnan sont un peu plus petits que les nôtres, mais sensiblement de la même variété. Leur plumage est de couleurs un peu plus vives, et les mâles ont des houpettes de plumes, en forme de cornes, qui les coiffent très élégamment. Leur chair savoureuse a été une de nos grandes ressources pendant tout le voyage, surtout dans le Yunnan septentrional où ils abondent.

Nous sommes arrivés à Lin-gan-fou à quatre heures et demie, après trois heures de marche dans l'admirable et fertile plaine qui l'entoure.

Dans la ville, on nous regarde sans bienveillance, mais cependant sans hostilité réelle. Nos mafous nous ont conduits dans une auberge ignoble, la seule, disent-ils, où l'on puisse recevoir à la fois bêtes et gens. Il se trouve des hôtelleries mieux tenues pour les voyageurs, mais dans lesquelles il n'y a pas d'écu-

ries. Nous ne voulons pas nous séparer de notre convoi et nous nous résignons à passer la nuit dans un cloaque empesté par le voisinage d'une fosse, réduit sans air et sans lumière. Je fais couvrir la fosse de planches et de terre, mais la terrible odeur persiste. J'en découvre la cause dans une courette voisine : encore un tas de matières stercoraires, et je ne n'ai plus de terre disponible, et je vois que l'on commence à se moquer de notre sensibilité. Je fais fermer la porte de la courette, je l'asperge d'acide phénique et nous attendons des jours meilleurs en veillant au rôtissage du faisan, dont le fumet, hélas! n'est pas suffisamment compensateur.

Le dîner terminé, nous nous hissons sur une terrasse où nous respirons un peu ; nous y sommes parvenus par un grenier, en sortant par une fenêtre et en passant sur un toit. Ici, nous planons au-dessus des relents affreux. Le calme règne, la nuit tombe. Nos soldats d'escorte et nos serviteurs, les uns après les autres, sont sortis pour faire leurs petites affaires en ville. Mais, voilà que des cris s'élèvent dans la cour, à nos pieds.

C'est l'aubergiste, qui vient de surprendre un voleur caché sous notre table, où il guettait l'heure propice. Déjà il s'était emparé d'une bouillotte émaillée que l'on trouve entre ses mains.

Résigné, le voleur se laisse ligotter et attend, animal pris au piège, qu'on décide de son sort. On envoie chercher les soldats d'escorte, qui se prosternent à nos pieds pour s'excuser de leur négligence et emmènent le délinquant au prétoire du sous-préfet.

Là il reçut, nous dit-on, une sérieuse bastonnade. Ramené à l'auberge la cangue au cou, il fut enchaîné sur le seuil; il passa ainsi la nuit, surveillé par les soldats. Je l'ai photographié sans qu'il fît le moindre mouvement, accroupi, inerte et indifférent, fumant sa pipe de bambou avec résignation . Pauvre diable ! . . .

J'ai fait, ce matin, un tour dans la ville, étudiant les marchandises de fabrication européenne exposées dans les boutiques, me rendant compte par le détail des principaux articles en vente, tant chinois qu'étrangers.

Cette ville est très commerçante. La grande rue, où se tient le marché quotidien, est encombrée et la circulation y est très difficile. Comme dans tous ces marchés, c'est l'alimentation en légumes, fruits, volailles, viande de porc, condiments et épices, qxii tient la plus grande place. Les petits porte-balles, avec leurs éventaires de fils et aiguilles, cordonnets, soies et cotons à broder, ciseaux, bimbeloteries, etc. sont moins nombreux dans les grandes villes que dans les villages. Ht Lin-gan-fou est une grande ville.

Je me promène seul dans les rues, je vais jusqu'au prétoire du sous-préfet; puis je sors des portes et, après un tour hors des remparts, je rentre par une autre rue, également encombrée, où se tient le marché du bois, du riz et des céréales.

Rentré à l'auberge, je prends ma jumelle photograj^hiciue et, accompagné cette fois d'un soldat, je

parcours de nouveaux quartiers, photographiant des bœufs porteurs, des maisons de thé avec leurs bouilloires monumentales, et divers édifices, tout cela sans me douter — ô merveille de Tignorance! que j'étais dans la ville du Yunnan la plus hostile aux étrangers, dans cette terrible ville dont les terribles habitants veulent garder la réputation de tigres invulnérables, parce que, seuls, ils ont été constamment vainqueurs des musulmans, au temps des grandes guerres. Ah! mais des durs à cuire, les Lingannais, paraît-il! Sans m'en douter, j'ai donc accompli un tour de force. Ce que c'est que l'inconscience...

A Lin-gan-fou, passent les caravanes de thé venues de Sze-mao, à destination du Yunnan central et oriental. Ce thé provient de la région de Pou-eul, 1hou et 1-bang. Les feuilles fraîches sont généralement apportées à Pou-eul, où elles sont séchées, mises en pains ou en paquets ficelés dans des feuilles de bananier, emballages de formes et de dimensions variées.

Ce thé est consommé dans tout le Yunnan à l'exclusion de tout autre. Ce n'est pas un thé « très spécial, apprécié seulement des Pékinois », comme cela a été dit dans certains rapports ofiiciels, d'ailleurs fort tendancieux, et où. l'on voulait dénigrer systématiquement le pays. Ce n'est pas non plus le thé « très apprécié dans le Yunnan et dans toute la Chine, malgré son odeur de musc, mais beaucoup trop cher pour trouver son chemin jusqu'à l'étran-

ger », dont fait mention Elisée Reclus dans son admirable ouvrage V Empire du Milieu, le savant géographe ayant été, comme tant d'autres, induit en erreur par les récits fantaisistes de voyageurs peu consciencieux dans leurs études.

A la vérité, le thé de Pou-eul est très bon marché (environ un franc le kilo au détail, dans toute la province). Les petites feuilles et, surtout, les feuilles soyeuses (pe-kao) sont en minorité. Ce thé n'est pas parfumé par l'adjonction de pétales de fleurs — roses, jasmins, orangers ou autres — comme le sont généralement les thés chinois. Aussi, est-il d'une saveur assez fade pour nos palais européens.

Tel qu'il est, il se vend par quantités considérables dans tout le Yunnan, et on l'exporte au Se-tchouen, au Koui-tcheou, au Quang-si et au Tonkin. Les « likins(i))) de Sze-mao en ont pointé vingt-cinq mille charges de mulets en 1901. C'est dire que le trafic total est peut-être du double ou même du triple de ce chiffre, étant données les exactions bien connues des Chinois qui n'enregistrent jamais qu'une faible partie des marchandises passant entre leurs griffes.

Plus tard, le voisinage de notre chemin de fer et la plus grande facilité d'étudier ces régions nous permettront de voir un peu plus clair dans une situation sur laquelle tant de gens ont intérêt à faire l'obscurité; et alors, grAce à l'amélioration des voies muletières, au fonctionnement d'un commerce moins rapace — et enfin, à l'épuration du personnel nian-

(i ) Octrois.

darinal dont les exactions seront rendues plus difficiles, je ne doute pas que cette région deSze-mao ne se relève de son état de misère actuel. L'exportation de ce thé fournira aux cultivateurs des ressources plus grandes qu'aujourd'hui, et cette région deviendra un marché plus important pour nos filés de coton, nos tissus et les objets de fabrication française que nous saurons leur offrir.

A l'heure actuelle, les habitants de la province de Sze-mao n'achètent, en retour de leur thé, que l'indispensable, c'est-à-dire des filés de coton et du sel.

Or donc, ce matin à onze heures, les terribles tigres de Lin-gan-fou nous ont vus défiler sans rugir, et nous sommes très pacifiquement sortis de leurs murs. Nous avons franchi des collines affreusement ravinées par les pluies, d'un aspect tourmenté, mais aux colorations merveilleuses sous le bleu cru du ciel. Ce sont des collines d'argiles et de marnes irisées du trias dont les érosions vont fertiliser les rizières dans les fonds. Ainsi se nivelle le pays; les étroites 'vallées se comblent, s'élargissent, et, peu à peu, au cours des âges, la terre s'aplanira. D'année en année, les surfaces cultivables augmentent, et c'est pourquoi, dans certains cas comme celui-ci, les déboisements forcenés des Chinois ont, exceptionnellement, des résultats heureux, à côté des désastres dont ils sont généralement la cause.

A une heure et demie, nous arrivons à Sin-fang. C'est là que Marcel Monnier, passant il y a quelques années, a pu se croire en Algérie, tant l'aridité des

montagnes environnantes, les maisons de terre, les cactus rappellent les paysages des ksours de notre Sud algérien ou tunisien.

Curieuse coïncidence, j'ai eu exactement la même impression que Marcel Monnier, dont je n'avais pas encore lu [le beau livre (i), et j'ai griffonné sur mon carnet de route la note suivante, que je relève textuellement ici : « Nous reposons sous arbre au pied muraille pisé; passage rappelle Tunisie, Sfax. Maisons en pisé, cactus ; on se croirait en Algérie ou en Tunisie. »

En entrant dans le village, composé presque exclusivement d'auberges, nous avons l'agréable surprise de rencontrer M. Litton, consul de Sa Majesté Britannique au Yunnan, qui monte à la capitale. Nous avons fait sa connaissance à la table de notre aimable consul à Mong-tse, M. Sainson, et c'est avec un vif plaisir que nous nous retrouvons. M. Litton est, en effet, un gentleman accompli. C'est une belle figure parmi ces fonctionnaires d'élite du corps consulaire anglais, corps spécialement affecté à la Chine, dans lequel on trouve tant de personnalités distinguées. Toute la carrière de ces consuls doit s'écouler en Chine. Ils débutent, au .sortir des universités, dans des emplois spéciaux où ils ont pour principale occupation de se familiariser avec la langue chinoise écrite et surtout parlée. Ils ne sont nommés titulaires d'un poste que quand ils justifient de la connaissance complète de cette langue. Parmi eux, <mi compte des

( i) Tour d'Asie.

explorateurs de tout premier ordre, au nombre desquels M. Litton peut légitimement être classé. Depuis huit ans il voyage, parcourant le Quang-si, le Quang-toung, le Se-tchouen, le Koui-tcheou et, surtout, le Yunnan. Il parle couramment non seulement le chinois mandarin, mais encore les idiomes cantonnais, setchouennais et yunnanais.

On est forcément amené à établir un parallèle désobligeant entre ce consul qui connaît si bien, non seulement le pays placé sous sa juridiction — mais encore les provinces limitrophes, que dis-je? les deux tiers de la Chine — et nos agents, pour la plupart nouveaux venus dans l'Empire du Milieu et qui n'y feront généralement qu'une courte escale, avant de repartir pour l'Amérique du Sud, la Turquie ou la Perse, d'oii ils arrivent.

La lecture de notre Annuaire des Consulats est particulièrement édifiante, et j'ajouterai fort attristante à ce sujet. Mais c'est une tradition et une formule du quai d'Orsay. Les résultats en sont piètres, en Chine tout au moins, oii l'inexpérience de certains agents est manifeste.

Mais il paraît qu'il n'est pas avantageux de pouvoir converser avec les Chinois sans le concours des interprètes. Un consul ami du paradoxe m'a soutenu que l'interprète donnait une supériorité à ceux qui ne connaissent pas la langue de leur interlocuteur... en leur laissant le temps de réfléchir. Alors, il sera peut-être bon de continuer à désigner pour le Mexique ou l'Uruguay des consuls connaissant le chinois et à envoyer au Yunnan des agents familia-

risés par de longs séjours avec les mœurs et les coutumes des Persans. Ce sont là des traditions diplomatiques que le profane n'a nul besoin de comprendre.

l'oujours est-il que les 7\nglais ne pensent pas ainsi, agissent autrement et s'en trouvent fort bien.

M. Litton nous a obligeamment cédé la meilleure chambre de l'auberge, très propre celle-ci, par une rare exception.

Très sympathiques, les aubergistes de Sin-fang. J'ai fait un pansement à l'un d'eux, blessé à la jambe, et aussitôt après, avec force salutations, il m'apporte une douzaine d'oeufs et un ])eau coq J'accepte les œufs et refuse le volatile sous un prétexte quelconque, sensible, cependant, à ce témoignage de reconnaissance qui était même excessif.

6 juin. — Avant de nous séparer, M. Litton s'enquiert du gîte que nous comptons choisir à Yunnansen. 11 nous prévient charitablement que les auberges de lu capitale sont inhabitables, et comme, dans l'ignorance de ce détail, nous ne nous étions préoccupés de rien, il nous propose de retenir une petite maison, avec jardin, dans le voisinage du consulat français; cette maison était occupée, il y a quelques mois, par des missif)nnaires anglicans, et elle doit être actuellement libre.

Inutile de dire que nous acceptf)ns cette proposisition avec joie. M. Litton arrivera certainement avant nous, car il suit la route habituelle, tandis que

nous sommes entraînés à nous en écarter dans l'intérêt de nos travaux.

L'étape d'aujourd'hui est accidentée; nous traversons des mamelons boisés au pied desquels, dans les fonds, s'étalent des rizières entourant de nombreux villages.

Nous croisons des bûcherons qui descendent du bois à brûler et des allumettes résineuses servant de torches, qu'ils portent à Lin-gan-fou. D'autres convois sont chargés d'indigo et aussi de grosses cuillères et d'écuelles de bois, une spécialité du pays.

Nous arrivons à Kouan-y à quatre heures. Nous marchons depuis sept heures du matin ; nous n'avons fait qu'une petite halte d'une heure sur des plateaux gazonnés, au milieu de bois de sapins, dans une contrée qui fut très peuplée, ainsi que l'attestent de nombreuses ruines et des rizières incultes.

Kouan-y est le pays des ruines. Un peu avant d'arriver à la ville, nous avons traversé celles d'un grand camp retranché, avec deux ponts monumentaux proches l'un de l'autre, jetés sur deux torrents parallèles. Nous avons interrogé quelques miséreux gîtes là, dans de pauvres maisons. Ils sont si abrutis, si hors la vie, qu'ils n'ont même pas pu nous dire le nom de leur village.

Puis, nous sommes arrivés devant ce qui reste de cette importante cité. Des remparts, l'on ne voit plus que des amoncellements de terre et des fossés à demi comblés. De la porte d'entrée, un seul arceau de pierres subsiste, voûte solide dont l'appareil a résisté. Triste décor, dans l'encadrement duquel

nous apparaissent d'autres ruines amoncelées, — ce qui fut probablement une belle rue populeuse.

Et je me remémore la tragique et sombre histoire de cette guerre atroce qui pendant dix-huit années a ensanglanté le pays.

Elle nous a été décrite (r) par Emile Rocher, aujourd'hui consul général de France, mais qui fut, à son heure, un des premiers pionniers du Yunnan. En pleine guerrre musulmane, il vint avec Dupuis apporter un convoi d'armes aux autorités chinoises, ouvrant ainsi cette voie commerciale que nous avons tant développée depuis et sur laquelle nous fondons de si grandes espérances pour la pénétration pacifique des provinces méridionales de l'Empire du Milieu.

Kouan-y fut le refuge des mahométans révoltés depuis 1856 jusqu'en 1872. Cette héroïque cité n'ouvrit ses portes aux réguliers chinois qu'avec le bénéfice d'une honorable capitulation, après avoir résisté victorieusement à un siège terrible de dix-huit mois.

Mais quels événements tragiques suivirent la reddition de cette place? — Voilà ce que Rocher ne nous dit pas — et voici ce que nous disent éloquemment les ruines amoncelées.

Et, parmi les souvenirs qui assiègent ma mémoire au moment de pénétrer dans ces ruines, je me représente les horribles forfaits des généraux chinois et, particulièrement, ceux de ce sinistre fu-taï (2) Tseng qui terminait toujours les sièges de la même façon : promettant la vie sau\e à tous, des honneurs et des

(i) Emile Rocher, la Province chinoise du )'un>tan. (2) Fu-taï, gouverneur d'une province.

charges aux chefs des assiégés, et, aussitôt les places rendues , faisant massacrer sans pitié , exterminer des populations entières, enfants, femmes et vieillards, tout y passant en des carnages indicibles. Le même procédé appliqué à toutes les villes importantes lui réussissait chaque fois, les naïfs assiégés se laissant toujours prendre à ses fallacieuses promesses.

Dans cette lutte épique de dix-huit années entre les Musulmans et les Chinois, on constate sans cesse, du côté des premiers, une loyauté parfaite, une noblesse de caractère digne de gens combattant pour leur indépendance — et au début même, pour leur bon droit. Du côté des Célestes, au contraire, ce ne sont qu'intrigues, trahisons, crimes et mensonges.

Dès le début de l'insurrection, les mineurs musulmans et les mineurs chinois étaient en concurrence pour l'exploitation de mines d'argent. Les Musulmans, plus laborieux, plus habiles et plus favorisés dans Jeurs gisements, furent dépossédés par les Chinois, qui, à la tête d'une foule de gens sans aveu, avides de pillage, embrigadés pour la circonstance, les chassèrent de leurs mines après les avoir dépouillés. Traqués et poursuivis, ils allèrent dans différents districts chercher du renfort et à leur tour revinrent déloger les Chinois.

Les autorités feignirent de donner raison aux Musulmans, qui, confiants, se remirent paisiblement au travail.

Mais une coalition antimusulmane s'était formée et travaillait dans l'ombre. Une véritable Saint-Barthé-

lemy des Musulmans eut lieu le 19 mai 1856 et la guerre éclata dans toute la province. Car cet exécrable ouet-apens n'avait réussi qu'en partie et les Musulmans survivants entrèrent en lutte avec le courage du désespoir.

En 1860, ils sont partout victorieux et s'emparent de Yunnan-sen. A la suite de ce triomphe, un de leurs grands chefs, Majulung, — un ])eau caractère qui émerge entre tous dans cette époque troublée — fait loyalement sa soumission à la cause impériale. Victorieux, c'est lui qui se soumet, ses armées entrent dans la capitale du Yunnan sans se livrer à aucun pillage, sans susciter aucun désordre.

Et, désormais, c'est lui qui dirige tout, soit qu'il exerce momentanément la souveraineté comme viceroi, soit que son autorité morale s'impose, sa grande figure dominant les intrigues des mandarins qui se disputent les places et les honneurs à coups de crimes.

Lui, pas un seul instant, n'a failli, l'essayant de réprimer l'insurrection de ses coreligionnaires par la persuasion d'abord, pai- les armes ensuite, mais toujours loyalement, il n'a cessé de s'opposer de toute son énergie aux traîtrises et aux atrocités coutumières.

Au contraire, les généraux chinois rivalisent de duplicité et de perfidie. C'est une longue et sinistre série de cruautés inouïes, de turpitudes sans nom, que l'histoire de cette guerre fratricide de i8()i à 1873. Les revers se succèdent, pour les Mahométans, suivis do fjuchjurs rares victoires — revers dus, le plus

souvent, à la trahison. L'exemple du siège deKouan-y, répétition de dix autres semblables, en est une preuve tristement éloquente.

« En 1873, le fu-taï Tseng, brûlant du désir de se rendre à Talifou, oii il voulait avoir l'honneur et le profit de la suprême défaite des rebelles acculés dans leur dernier refuge, décida tout d'abord d'en finir avec Kouan-y, la cité qui depuis treize ans résistait aux armées impériales, et qui depuis dix-huit mois soutenait un siège acharné. Dans ce but, il se résigna à faire des conditions avantageuses aux assiégés et chargea des négociations quatre officiers mahométans dont les familles résidaient à Kouan-y.

« Dès l'arrivée des parlementaires dans la ville, les hostilités furent tout à fait suspendues.

« Leurs parents et amis, ainsi que la population en général, fêtèrent leur bienvenue comme un présage de paix future. Les habitants, quoique fort éprouvés par la durée du siège, consentaient bien à traiter, mais ne voulaient sacrifier aucun des leurs. Ils entendaient conserver leur organisation, à moins que le fu-taï ne s'engageât à leur rendre leurs propriétés de Hui-long, dans la plaine de Ling-gan, dont ils avaient été chassés au début des troubles.

« Au bout de quelques jours consacrés à échanger des explications de toutes sortes, les officiers parvinrent à persuader à l'un des principaux chefs, Ta-touwu, de se rendre, avec deux d'entre eux, auprès du fu-taï.

« Ce chef, plus énergique et plus brave que son collègue Ma-min-kung, quitta Kouan-y en compa-

omie de deux des officiers et arriva à Tongr-haï le 20 du neuvième mois (21 octobre 1872). Le fu-taï, heureux des résultats de la mission des négociateurs, mais craignant que le chef ne se livrât sur lui à des voies de fait, ne voulut pas le recevoir avant que toutes les questions de capitulation fussent réglées et délégua à cet effet Ma-chung, qu'il avait fait venir de la capitale à cette intention.

« Ma-chung et Ta-tou-wu, qui se connaissaient déjà, purent discuter à leur aise, et le dernier, comprenant que le fu-taï, après une campagne aussi longue et coûteuse, ne pouvait se retirer sans une satisfaction quelconque, céda sur quelques points et la capitulation fut arrêtée. Kouan-y devait être évacuée et les terrains de Hui-long restitués, ainsi que la grande vallée qui se déroule entre Kouan-y et le Tung-shan ; pour ceux qui n'avaient pas le moyen de supporter les frais de déplacement, quatre mois étaient accordés pour vider les lieux.

« Ces conventions réglées, le fu-taï reçut Ta-touwu en grande cérémonie. Il le félicita des bons sentiments qui l'avaient conduit à mettre fin à une guerre qui avait déjà fait tant de victimes, le remercia du caractère très conciliant dont il avait fait preuve en cette circonstance et, pour lui prouver sa reconnaissance, lui donna 200 taëls en argent et le grade de colonel. Il le pria ensuite de rentrer à Kouan-y prendre la direction des affaires, pendant que son collègue Ma-min-kung viendrait le voir à son tour.

« Tant de prévenances et de faveurs, après une

guerre à outrance, parurent de mauvais augure à Ta-tou-wu. Cependant, tous ses amis étaient satisfaits et convaincus que ces arrangements ne cachaient rien de suspect. Il se rassura et revint à Kouan-y rendre compte de sa mission.

« Ma-min-kung, homme brusque et doué d'une force peu commune, refusa de se rendre à l'invitation du fu-taï. Ce ne fut que sur les instances des notables qu'il se résigna à s'acquitter de ce devoir.

« De même que Ta-tou-wu, il fut présenté en sortant de la ville à Hu-hsin-lin par les deux officiers qui avaient accompagné son collègue et il se rendit à Tong-haï. Dès son arrivée, le fu-taï donna l'ordre de le surveiller de près et il recommanda à Hu-hsin-lin d'attirer Ta-tou-wu dans son camp, de le garrotter et de l'envoyer à Tong-haï où devait se jouer le dernier acte du siège de Kouan-y. Ce ne fut pas sans peine que ce général put attirer Ta-tou-wu dans le piège au'on lui préparait. 11 y réussit pourtant et pendant que le chef était à fumer l'opium dans latente de son hôte, il lut garrotté et envoyé à Tong-haï. Par mesure de précaution, et pour éviter qu'il ne s'échappât, on lui coupa les jarrets.

« Les deux chefs une fois en son pouvoir, le fu-taï put savourer sa vengeance à son aise. Ma-min-kung, qui était une espèce d'hercule, chercha à rompre ses liens; mais il n'y put parvenir, et cette tentative lui valut, à lui et à son compagnon d'infortune, de nouvelles tortures. Dépouillés de leurs vêtements, ils furent roulés sur un plancher où. l'on avait planté des clous très pointus d'un pouce de long, de telle

sorte qu'à chaque tour qu'on les forçait à faire, leur chair se déchirait et ruisselait de sang. Ainsi mutilés, ils furent rendus au bourreau, qui les décapita. Leurs corps restèrent sans sépulture et les têtes furent envoyées à Lin-gan, leur département, pour y être exposées sur les remparts jusqu'à décomposition complète.

« Lorsque la trahison et l'affreuse torture infligée aux deux chefs fut connue à Kouan-y, il n'y eut qu'un cri pour reprendre les armes et demander vengeance. Les envoyés de Ma-ju-lung (les quatre officiers négociateurs) furent maltraités et peu s'en fallut qu'ils ne fussent mis à mort comme ayant participé à la trahison. Cette crise passée, et lorsqu'on vit arriver Ma-chung avec pleins pouvoirs du fu-taï pour faire exécuter les conventions, les esprits se calmèrent. Le fu-taï, auquel la crainte d'arriver trop tard à Tali-fou avait .seule fait accepter cette capitulation, peu louable pour lui et ses troupes, licencia les corps irréguliers et donna aux autres rendez^ vous à la capitale, où il devait les attendre pour se diriger vers l'ouest. Ma-chung seul resta avec .ses hommes pour terminer les affaires de Kouan-y (i). »

Que s'est-il passé ensuite? Le récit de Rocher, qui prend fin en 1H73, au rétablissement officiel de la paix après la prise de Tali-fou et des dernières places fortes de la province, Meng-hoaet Teng-yueh, est muet sur ce chapitre. Mais il est à présumer que le fu-taï Tseng, selon son habitude, aura à

(I) E. Rocher, la Province chinoise du Yunnan.

Kouan-y comme à Pi-chieh, à Tchi-kiang-fou et à Tali, pris un prétexte quelconque pour faire massacrer les vaincus auxquels il avait promis la vie sauve. Et il a dû même faire raser les remparts et mettre la ville à sac, puisque après trente ans il ne reste pas un vestige de ces fortifications que cinquante galeries de mines n'avaient pu entamer et qui avaient résisté victorieusement à tant d'assauts. Toujours est-il qu'aujourd'hui les remparts ne sont qu'un amoncellement de ruines, que la population est décimée et que plus des trois quarts des rizières sont encore en friche. Il est bien évident qu'un souffle de dévastation a passé sur ce malheureux pays.

L'emplacement de la ville de Kouan-y est admirablement choisi, sur un plateau qui domine les riches et fertiles vallées du Ki-kiang-ho dont les eaux roulent jusqu'à Canton. Une petite rivière qui descend des montagnes de l'ouest serpente au pied du plateau, dans une étroite vallée coupée de ravins où. se voient encore des vestiges de nombreux vergers qui durent être admirables. Cette région rappelle, par son aspect, les environs de Tlemcen, en Algérie, ou encore certains beaux sites de l'Andalousie arabe, de Grenade, pour mieux préciser.

J'imagine qu'un jour viendra oi^i cette belle et riche contrée connaîtra une nouvelle prospérité. La terre du plateau, argilo-sablonneuse, alluvions mêlées de calcaires roulés, est excellente. Les rizières en friche ne le seront pas toujours ; la région est particulièrement propre à l'élevage du mouton, et c'est une des

56 VOYAGE AU YUNNAX

parties du Yunnan méridionnal sur lesquelles, pour ma part, je fonde le plus d'espérances.

Aussi, quelle ne fut pas ma stupéfaction, mon chagrin devrais-je dire, de voir en arrivant à l'auberge, griffonnée au crayon bleu sur la cloison en planches fraîchement rabotées de notre chambre, l'inscription suivante :

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