‹ Voyage au ZambéseChapitre 10 sur 55 · LOAN9O · texte numérisé non relu

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souris; quand sonne l’Angelus, elles sortent en bataillons serrés et se répandent dans l’air en criant; le grenier de notre maison était certainement le quartier général des plus grosses. $

Les poules du Zambèse sont ordinairement maigres et chétives ; elles n’ont pour toute nourriture que ce qu'elles picorent ici et là et il est fort rare qu’on laisse de l’eau à leur portée. En 1881, dès la fin d’août et jusqu’en novem- . bre, il a sévi sur elles une maladie épidémique qui en a fait périr un grand nombre sur les deux rives du fleuve. On a en moyenne 6 poules pour une brasse de coton, soit 1 fr. 20 c.; les œufs se vendent à raison de 3 pour un cobre ou O fr. 20 c. environ.

Les jardins attenants aux habitations de certains Européens n’ont que très peu de légumes mangeables ; excepté dans ceux où nous avons utilisé les semences apportées de France, nous n'avons trouvé que des tomates, de petits piments, des échalotes, des patates, quelques pieds de tabac et de rares choux aux feuilles rabougries. Ils sont mal entretenus et peu ou point arrosés; car il faut pour cela que les femmes aillent au fleuve tirer de l’eau dans des panelles et la transportent quelquefois à 700 ou 800 mètres. Pas un habitant n’a eu l’heureuse idée de faire creuser un puits à proximité de son jardin ou de sa demeure. Dans les jardins appartenant aux noirs, on trouve, à côté du sorgho (*) et du millet, base de l'alimentation des indigènes, de petits carrés de terre plantés de fèves, de patates, de courges, d’arachides et surtout de citrouilles dont les graines jouissent d’une grande réputation dans la médecine du pays. On y trouve encore un grand concombre appelé makaka, utilisé comme comestible et dont les graines fournissent une huile très fine.

(!) On rencontre huit ou dix variétés de sorgho, toutes comestibles. La plus estimée, nommée meïinaou, a le grain petit et l'enveloppe fine; l’espèce la plus commune est nommée féférit. Généralement, les noirs récoltent le sorgho en coupant les épis sans toucher aux tiges. C’est ainsi qu’on opérait jadis dans la vallée du Nil, comme le prouvent les antiques monuments qui nous ont été conservés.

Ils cultivent également un peu de tabac et font de petites

plantations de cotonniers dont le produit est beau et de bonne qualité; l’arbuste, qui par places atteint 1,50 de

hauteur et même plus, n’a le plus souvent que 1 mètre à

1°,10. Ce fait tient à ce qu’il est planté dans de mauvaises

conditions, dans une terre trop sablonneuse et ne reçoit

pas l’arrosage qui lui est nécessaire, indispensable même. :

En Zambésie, le coton planté dans une terre bien préparée et irriguée donnerait une récolte annuelle qui pourrait rivaliser avec celle de l'Égypte, à condition toutefois de renouveler chaque année les semailles. Le produit de la deuxième année est bien inférieur en qualité et en poids à celui de la première et il est prouvé que la troisième récolte est absolument mauvaise. Les naturels conservent les pieds jusqu'à épuisement complet et ne sèment qu’une très petite portion de la graine qu’ils récoltent ; ils arrivent même à faire dégénérer la plante en employant des graines d’une deuxième ou troisième récolte. Il serait facile de

remédier à cet état de choses en achetant, à un prix rela-

tivement faible, un lot de semences de coton œ Égypte, pEes mier choix, et en l'important.

Les terres des rives du Zambèse sont mieux appropriées

que celles de l’intérieur à la culture du coton indigène (Tondjé-Cadja), classé parmi les longues soies par plusieurs filateurs auxquels nous avons fait apprécier les échamis rapportés.

Quant aux arachides, dont la valeur est de 400 à 500 reis la panche de 16*,500, elles sont cultivées en grand. Les femmes sont chargées de préparer la terre qui doit recevoir la semence; elles surveillent les champs, font la récolte des graines et les écossent après les avoir exposées un jour au soleil. Elles sont très habiles à ce genre de travail et encore plus à manger l’amande. Voici comme elles procédent : assises en rond, elles ont devant elles deux corbeilles destinées, l’une, à renfermer la graine à éplucher,

l’autre, l'amande privée de son enveloppe; et à côté une écuelle en bois renversée. Un coup sec frappé sur le fond de cette assiette casse la cosse dans le sens longitudinal, à la ligne de soudure; elle se sépare en deux coques et l’'amande souvent double tombe dans la main de l’ouvrière qui la jette dans la corbeille destinée à la recevoir.

Mais les noirs sont très friands de l’arachide et en mangent des quantités considérables ; aussi, bon nombre d'’amandes se trompent-elles de chemin et sont absorbées par les ouvrières. Les naturels font une espèce de nougat en grillant les amandes qu'ils arrosent pour les coller ensemble avec du sucre retiré de la canne, sucre jaunâtre, d’un goût prononcé et désagréable.

La canne à sucre (Zimbi, mésari ow méchouati) a été plantée en petite quantité sur la rive gauche du fleuve, à la hauteur de Tête. Les bananiers, les ananas et les cocotiers ne s’y rencontrent pas, non plus que les oranges, citrons, cédrats et grenades, si nombreux sur le territoire du bas Zambèse. L'’igname, le manioc, le sésame, y sont communs. Les jujubiers, dont les naturels appellent le fruit massaü, croissent soit entre la ville et le bord du fleuve, soit aux alentours du fort, soit dans les vallées avoisinantes, soit enfin sur le contre-fort de la Caroeira. Les naturels en ramassent les fruits, les mangent crus ou en font une sorte de marmelade additionnée du jus de la canne à sucre. Mürs, ils leur servent à faire de l’eau-de-vie et de ces mêmes fruits séchés au soleil ils tirent un pombé enivrant.

Le giroflier, qui réussit si bien dans l’île de Zanzibar, a

été cultivé sans succès au prazo Luabo et près de Tête.

Nous sommes certains qu’il faut attribuer au peu de soins apporté à la nouvelle plantation l’insuccès obtenu. Il est douteux qu’on ait jamais essayé la culture du poivrier de Ceylan. à :

Nous avons trouvé au-dessus de la Lupata des fusains

ou bonnets-de-prêtre (mutongoro) arborescents; les naturels

ne tirent aucun parti de leurs fruits et ignorent même

qu’ils peuvent fournir une huile très fine.

La vigne, dont nous avons signalé la présence sur les bords du Chiré, ne se rencontre plus à partir de Senna; on n’en trouve plus trace dans les bois de la rive gauche du Zambèse une fois qu’on a dépassé la Lupaia.

Pendant notre séjour à Tête, plusieurs d’entre nous ont fait des essais sur l’indigo qui croît dans les rues de la ville et dans les plaines environnantes. Avec le matériel que nous possédions et qui n’était nullement approprié à ce genre de travail, nous avons obtenu un produit pur, estimé, tel quel, à 10 fr. le kilogramme parles commissionnaires en indigo du Bengale. Si nous ajoutons que nous n'avons pas opéré au moment ordinairement choisi pour ce genre de travail, mais bien sur une plante dont les graines étaient mûres pour la plupart, on croira sans peine qu'il serait facile d'obtenir un produit valant de 15 fr. à 20 fr. le kilogramme.

L'un de nos compagnons étudie en ce moment la possibilité d’une création d’indigoterie dans ces parages. Avec un jeu de 4 cuves, nécessitant un capital de 125,000 fr. environ, il croit pouvoir préparer environ 18 tonnes d’indigo par année. Espérons que le gouvernement portugais lui accordera au moins un encouragement moral, puisque l'établissement d'usines dans ce beau pays ferait en peu de temps ce que 400 ans de colonisation européenne n’ont pu faire pour sa prospérité. |

Le mafouta (Papaver spinosum), très commun sur les rives du Zambèse, se rencontre principalement du côté de la caserne de la ville et dans la vallée qui sépare le fort in la montagne Caroeira.

Le rosier a été acclimaté à Quilimane et à Tête; mais les fruits à noyau n’ont donné aucun résultat satisfaisant.

Quant aux pommes de terre, elles réussissent assez bien

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la première année; mais les récolles suivantes donnent des produits atrophiés et tellement dégénérés que ce tubercule dépasse à peine la grosseur d’une noisette. En général, on doit, dans les conditions actuelles de la culture, faire revenir la semence d'Europe chaque année si l’on veut obtenir des produits normaux et cela à cause du peu de fréquence des pluies et de la difficulté d’arroser.

Le maïs est l’objet d’une culture assez importante et sert à la nourriture des noirs qui le consomment avant son entière maturité. On le donne au bétail après la récolte.

Aucune rizière n'existe dans le district de Tête. Le froment est peu cuitivé et seulement dans les lits des rivières au moment où elles sont desséchées : le grain est généralement petit et assez dense, l’épi bien fourni et l’on pourrait certainement obtenir deux récoltes par année. Dans ces plantations, on rencontre les calendres, insectes qui causent de grands ravages.

Le seigle, l’avoine et l’orge n’ont pas encore été importés en Zambésie.

Ilexiste dans le pays trois espèces d’herbes sauvages dont on mange les graines. Le noanjé se voit parfois dans le jardin des noirs qui tirent de ses graines une farine qu'ils mêlent à celles du millet et du sorgho. Pour que ce grain soit comestible, il faut d’abord en enlever l’enveloppe extérieure qui est très dure, aiguë, et d’une épaisseur telle, qu’elle forme à elle seule la moitié de la semence. C’est à l’aide du pilon qu’on fait ce travail.

Plantes médicinales et industrielles. — Vers Tête plusieurs familles de végétaux fournissent de nombreux produits à la matière médicale ; parmi les légumineuses, Le tamarin, le séné (Cassia acutifolia), sont des purgatifs bien connus; la gomme arabique produite par l’Acacia vera ; le kino et le sang-dragon, gommes-résines coulant de divers ptérocarpes, pourraient y être exploitées ainsi que quelques autres

espèces, surtout du genre cassia. L’acacia guéret (Mimosa nilotica), qui se trouve dans les bois de Nhamichère, a le tronc rouge et produit une gomme également rougeûtre et peu estimée. Il est d’un joli effet au milieu de la verdure; son fruit ressemble à celui du tamarin et sert de remède contre la dysenterie, en raison d'un acide tonique qu’il contient.

La mercuriale vivace, le ricin arborescent, abondent surtout près des cours d’eau ; on y trouve encore,- mais plus rarement, une espèce de croton et notre Euphorbia esula. Dans cette famille, le Siphonia elastica et divers Euphorbia sont très communs. Parmi les euphorbes cactiformes, les plus abondantes sont l’Euphorbia antiquorum, à rameaux articulés triangulaires, et l’'Euphorbia officinarum polyangulaire, dont le suc laiteux contient une grande proportion de caoutchouc. Ce suc contient aussi une gomme-résine d’une saveur âcre et corrosive, produisant une vive inflammation de la muqueuse nasale et de la conjonctive. On ne doit donc manier ces plantes qu'avec . précaution; car, à la moindre blessure faite à leur épiderme, elles laissent échapper et projettent quelquefois avec force le suc qu’elles renferment. Le commandant F. Pinheiro Bayao, gouverneur de Tête, a essayé de pré-. parer une espèce de caoutchouc avec le suc de ces euphorbes ; il a assez bien réussi et des échantillons ont été déposés au ministère de la marine, à Lisbonne. Il s’est fait accorder un brevet pour cette exploitation et s’est associé M. Moraes, vice-consul du Brésil, à Angola. La maison Ervine de Liverpool avait un instant pensé à acheter les droits conférés par le brevet, lorsque l’analyse faite en Angleterre, tout en montrant que le produit obtenu était susceptible d'applications industrielles, prouva qu’il contenait environ 5 p. 100 d’une matière non définie, nuisible, difficile à extraire et qui en altérait les propriétés physiques. Jusqu'à ce jour, aucune exploitation régulière n’a été

commencée. Le prétendu caoutchouc obtenu ressemble plutôt à de la gutta-percha et, nous a dit M. Bayao, lorsqu’on le sèche et qu’on le presse entre des papiers écrits il conserve l’empreinte des caractères. Si l’on parvient à le purifier, il sera une véritable richesse pour le bassin du Zambèse, puisque les plantes qui le produisent y croissent et s’y développent spontanément. Le Ficus elastica se trouve à Tête même. Cet arbre peut atteindre de 15 à 40 pieds; il fournit un caoutchouc assez estimé. Pour que la récolte soit réputée bonne, il faut qu’à la première incision circulaire on obtienne de 17 à 20 kilogr. de gomme. L'arbre

reste ensuite intact pendant 3 ou 4 ans; la seconde récolte

n’est plus que de 10 à 15 kilogr., après quoi on laisse un nouveau repos de 3 ans. L’arbre est généralement épuisé au bout de 15 ans.

La famille des solanées y compte une espèce de datura très répandu aux environs de Tête, ainsi que la douceamère et la morelle noire.

Plusieursamomacées y sont cultivées, surtout le curcuma dont les nègres emploient la matière colorante ; ils se servent aussi d’une espèce de saponaire pour le lavage du linge et font une tisane rafraichissante avec un rhizome de graminée ressemblant beaucoup au chiendent.

La mauve, la guimauve, une camomille, une borraginée, la capillaire, une pervenche et le laurier-rose n’y sont pas rares ; et, parmi les lianes qui bordent les rives du fleuve, le colombo et la byronie africaine entrelacent leurs tiges grimpantes.

Les alleg et autres plantes attachent leurs faisceaux de rameaux tortueux aux branches des arbres. Il en est dont la section transversale offre l’image d’une roue d’engrenage à quatre dents et dont les fibres forment un très joli dessin. Le centre est occupé par une moelle blanche assez épaisse, autour de laquelle des veines jaunes rayonnent en quatre faisceaux principaux dans un bois rose. Enfin, outre

ces parties intérieures et la peau fine de la surface, il y a une seconde enveloppe rose, moins poreuse que la précédente, et qui a une épaisseur égale sur tout le pourtour de cette section, de forme compliquée, mais régulière.

Dans les taillis des environs de Tête, nous avons rencontré plusieurs arbres à bois très dur, dont les feuilles à deux lobes exhalent une odeur caractéristique d’essence de térébenthine lorsqu'on les écrase enire les doigts. Un autre, auquel Les naturels donnent le nom de singé, à feuilles comme celles du laurier, porte un fruit un peu plus petit que nos prunes ordinaires et renferme 4 noyaux comme ceux de la datte ; la chair a la saveur de ce dernier fruit. Avant la maturité, il est fortement astringent. Les noirs en sont friands.

Vers Tête, sur la rive gauche du fleuve et dans le bassin du Revugo, on trouve un arbre de belle taille, à feuilles paripennées. C’est une légumineuse qui donne une gousse de 15 centimètres de long sur 4 à5 de large, très dure et renfermant une dizaine de semences d’un beau noir, encastrées dans une sorte de cupule rouge-corail; ce qui leur donne un aspect curieux. Nous croyons que cet arbre est l’Afzelia africana. Plusieurs de ces graines ont été semées et sont étudiées dans les serres du Jardin botanique de Nancy. |

Des diverses sterculiacées qu’on rencontre en Zambhésie, c’est la noix ombème, noix kola où noix gourou, produit de la Sierculia acuminata, qui est la plus importante. Elle est connue par les récits des voyageurs dans l’Afrique orientale, qui constatent que, lorsqu'elle est sucée ou mâchée, elle a la propriété de rendre à l’eau, même à moitié putride, un goût agréable. Dans une analyse qu'ils ont récemment faite de ce produit, MM. E. Heckel et F. Schlagdenhauffen ont trouvé qu’il contient actuellement plus de caféine que les meilleurs échantillons de café connus, et

que cette base est aussi libre et non combinée, par consé-

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