‹ Voyage au ZambéseChapitre 15 sur 55 · RAT · texte numérisé non relu

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se sont rendus maîtres de prazos et les gouvernent sous un régime de terreur. Que de têtes abaîttues par Bonga I‘, que de crimes commis par ses complices ! Qui donc, à un moment donné, fit trembler la Zambésie, si ce ne sont deux de ces hommes d’origine portugaise : Bonga, vers la Lupata, et Marianno au Chiré et près de la Ghupanga ! Auprès de ces êtres déloyaux, ivrognes, sanguinaires, les esclaves ont beaucoup à souffrir ; la chicote et la palmatoria servent journellement : combien succombent sous les coups de ces Portugais dégénérés !

Les noirs ne sont esclaves chez les Portugais que lorsqu’il y a eu mariage avec quelque dona du pays, c’est-àdire avec la fille d’un de ces hommes de l’Inde, marié luimême à une négresse. Les esclaves sont l'apport ou la propriété de la femme qui les gouverne, les commande et les fait châtier au besoin. Ceux-là aussi sont malheureux, car ils ont deux maîtres au lieu d’un.

On parle de l'ignorance absolue dans laquelle vivent les noirs et on la reproche à leurs maîtres; si l’on est de bonne foi, il faut au moins exclure de l’acte d'accusation les fils du pays qui, ignorants eux-mêmes, ne peuvent instruire les autres.

Quant aux fils de l’Inde et aux Portugais, ils savent que relever le niveau moral des noirs, c’est en faire des hommes qui ne se laisseront plus ni exploiter ni fouetter, et ils les tiennent dans l’abrutissement. Le jour où ils seraient capables de raisonner, ne faudrait-il pas leur expliquer comment on à traité leurs pères depuis quatre cents ans?

Est-ce à dire cependant qu’il n’existe aucun moyen d'instruction en Zambésie ? Non: de Quilimane à Tête on trouve trois écoles de garçons, fréquentées par quelques enfants nés de l’union plus ou moins légitime d’un Portugais ou d’un fils de l’Inde avec quelque dona; mais on n’y voit aucun noir. À Quilimane, on compte une trentaine d'élèves et une dizaine, tout au plus, à Tête.

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