‹ Voyage au ZambéseChapitre 16 sur 55 · LE · texte numérisé non relu

LE

Le Muaraze ; le Revugo et ses affluents.

Nous quittons Tête le 6 août 1881, vers neuf heures du matin, après avoir rassemblé les noirs qui devaient nous accompagner. Nous traversons le grand fleuve sur une almandià faite d’un tronc de marousa, pour rejoindre dans un de ses loans Christovao (Sébastien-Xavier), fils de l’Inde, neveu de Bonga et l’un des plus riches propriétaires du pays. Il devait nous servir de guide dans notre excursion sur ou plutôt dans Le lit du Muaraze, alors à sec.

Après avoir suivi quelque temps le mato, rempli de broussailles et d’euphorbes, nous descendons la vallée du Revugo. Christovad nous quitte à Chingose, sa demeure habituelle, et promet de nous rejoindre le surlendemain à Palira, d’où nous partirons définitivement pour la rivière, but de notre exploration, qui n’est encore tracée sur aucune carte.

Nous continuons donc seuls notre route et traversons, à dos de nègres, le Revugo, large et belle rivière dont Les eaux limpides coulent sur un fond de sable ; puis nous gagnons Nhamacasa, Sagoma et Nhamichère, bâti sur une petite éminence et qui présente à la surface du sol un filon de carbonate de fer rouge, dans la direction N.-0.—S.-E.

A la sortie du village, des jujubiers ou masao régalent nos noirs de leurs fruits mürs; puis c’est Tongo, composé d’une dizaine de misérables cases rondes; des bois ; les ruisseaux Nhacanfugo et Nhamsire qu’il faut traverser et la grande et belle vallée du Moatisé où mon compagnon a découvert un bassin houiller. Aujourd’hui, cette rivière, affluent du Revugo, est desséchée ; son lit est sablonneux et couvert de morceaux de grès gris houiller et de schiste.

A la nuit tombante, nous arrivons à Palira, au centre de la couche charbonneuse ; il fait une forte tempête, la pluie commence à tomber et l’hyène fait entendre son cri. Notre campement est situé sur un plateau élevé de 4 à 5 mè-

tres, présentant un découvert de 200 à 300 mètres et distant du village cafre d’une cinquantaine de mètres. Canfune, un des chefs du pays, a fait construire plusieurs paillottes servant d'habitations aux mineurs, de magasin aux provisions et aux outils, de salle à manger et de cuisine; le tout nous a coûté une brasse (1",92) de coton étroit.

C’est à Palira que nous avons vu la sorcière Pandoro, dont nous avons parlé précédemment.

Au confluent du Moatizé et du Nhapsicondo, un joli petit bois de manguiers borde cette dernière rivière; c’est là que sont les mines du Manguéral qui ont plusieurs mètres de puissance. Ce bois est peuplé de singes; au moment de la floraison des manguiers, une coutume superstitieuse veut qu'on entoure le tronc d’une liane ou d’un fil de macongé (espèce de filasse tirée d’un aloès à grandes feuilles assez dures), afin d'empêcher les fleurs de tomber et d’augmenter ainsi le nombre des fruits.

La terre qui avoisine les schistes houillers du Moaétiz et certains schistes du Nhapsicondo renferment du chlorure de sodium en assez grande quantité ; les femmes vont en chercher et pour cela elles creusent, dans les berges des rivières, de petites galeries où elles manquent mille fois de se faire écraser par les éboulements. La matière salée, rapportée au Manguéral, est mise dans des pannelles posées sur un trépied et dont le fond est percé d’un trou. Cette ouverture étant bouchée, on verse de l’eau bouillante et on laisse reposer de 12 à 24 heures. On ouvre alors et on recueille l’eau qu’on fait évaporer au soleil ; Le sel obtenu sert aux naturels. Les schistes salés du Nhapsicondo sont gris violacé, happent un peu à la langue et ont une sa-. veur franchement chlorurée ; la terre est jaune brun et également salée (*).

En quittant le Manguéral, nous rencontrons à chaque

(1) Voir Répertoire de pharmacie, t. XXXIX, p. 356 et suiv.

pas les grès et les schistes caractéristiques du terrain houïller et, remontant le Nhapsicondo, nous arrivons à une belle cascade dioritique qui barre tout à fait la rivière. Une couche importante de houille se trouve tout près; mon compagnon de route, M. l'ingénieur Lapierre, y a fait creuser un puits et établir plusieurs galeries de sondage. Le lit de la rivière est rempli de fragments de fer magnétique ; nous avons même constaté, en plusieurs endroits, la présence de filons de carbonate de fer rouge.

Dans le but de visiter les mines du haut Moatizé, nous prenons à travers le mato un sentier récemment tracé par notre chef mineur Avaurieu ; nous gravissons plusieurs côtes dans les broussailles et les friches où les manguiers sont en fleurs et les jujubiers déjà mürs. Dans un village, situé sur une éminence, Les pigeons, les poules et les chèvres se promènent sur la place publique ; les hommes, étendus sur une natte près de leur case, fument du tabac ou du chanvre en nettoyant du coton, tandis que les femmes broient du sorgho et du millet. Il paraît que, quelques jours auparavant, un lion a enlevé une jeune femme ; aussi le chef du village fait-il construire une palissade qui enfermera toutes les habitations et les préservera des attaques des lions et des léopards, nombreux dans les bois voisins.

Un chemin des plus accidentés conduit près des galeries ouvertes ; la couche de houille a de 8 à 10 mètres de puissance; elle est coupée de filets de schistes qui augmentent la teneur en cendres du produit carbonifère. :

Rentrés au campement par le lit de la rivière; la marche dans le sable, par une chaleur de + 38° GC. est très fatigante. Les joncs ont 3",50 à 4 mètres de hauteur; près de Palira, on voit des cultures de coton, de tabac, de maïs, de sorgho et de pavot épineux dont on prépare le mafouta. Les tomates et des borraginées poussent à l’état sauvage. Sur les arbres, voltigent un grand nombre de beaux merles métalliques aux couleurs éclatantes.

j VOYAGE AU ZAMBÈSE. 181

Livingstone, dans la relation de son second voyage, parle d’une mine de houille qu’il a découverte aux environs de Tête. La galerie qu'il a fait ouvrir n’est pas dans le Moatizé, mais dans le Morongose, affluent du Revugo, à 1,500 ou 2,000 mètres en amont de Chingose.

Voici sa coupe géologique :

MERE OPEN dE RER CC" 0,00 ÉrÉcecHitieux D, dei Gior den IE FO 1, 00 Grès fin. 5 ,00 Schiste noir . 1 ;,20 Grès . A DE LE un y A QT Ô Schistes et grès en bandes, . : , . . .., O0 ,90 Grès compact. . 0 ,80 Schiste noir . VO SENR GTO CU L'OSO LUTTE :2 00 Charbon barré dont 0",20 de schiste franc. 0 ,55

Schiste avec 5,9 veinules de charbon . . . 1 ,60 Schiste franc formant mur (puissance inconnue).

Le mur présente au moins une épaisseur de 6 mètres de ‘ schistes coupés par de minces bancs de grès. La direction de la couche est 125° M, inclinaison 15°, pente S.-E. En face et en avant de la galerie Livingstone, un peu à gauche dans le mur, à 2 mètres au-dessous du plafond, on voit une trace d'arbre pétrifié qui est peut-être de la calamine.

À environ 150 mètres en amont de la galerie surgit une couche inférieure d’une puissance de charbon d’environ 1°,50 et dont le sillon supérieur, épais de 0",50 à 0,55, est meilleur que le petit sillon de la galerie.

Christovao nous ayant rejoint, nous nous mettons en . marche pour le Muaraze le 9 août à 6 h. 50 m. du matin. Nous traversons le village de Tondo et la povocao de Siampanso, située sur un mamelon; nous rencontrons beaucoup de roches dioritiques et un filon de feldspath très épais dans la direction N.-S. Le minerai de fer, hématites et carbonate, est commun sur la surface du sol.

Pendant notre marche, nous avons traversé ou vu les ruisseaux suivants :

1° Le Toumba, affluent du Moatizé, coulant du N.20° E. à S. 20 O.

2° Le Nhamtoto, affluent du Moatizé, coulant de O.20°S. à E. 20° N. Dans son lit, nombreuses roches dioritiques et gros feldspath avec grès; à proximité, un filon vertical de fer.

8° L’Impagasa, affluent du Revugo, coulant du S. 30° O. à N. 30° E. Son lit est peu encaissé et formé de cailloux roulés de feldspath, roches dioritiques et minerai de fer carbonaté. Absence de grès.

4° Le Catondo-Mouni, affluent du Moatizé, coulant du N. 20° E. à S. 20° O. Fond sablonneux.

5° Le Camitête, affluent du Moatizé, direction O. 30° N. à E. 80° S. Lit encaissé, cailloux roulés.

6° Le Maendaendé, direction E. 40° N. à O. 40°S. Li encaissé. |

1 Le Nhamcheto, affluent du Muaraze, direction N.10°E. à S. 10° ©. ; à 100 mètres à droite de ce ruisseau, est une petite povocao.

Nous n'avons rencontré qu’une montagne un peu importante, nommée Nhamchouara. Son axe est E. 20° N. à O. 20° $.; elle est formée de diorites dont l’amphibole est orientée de façon à imiter le gneiss. Elle paraît haute de 40 à 50 mètres.

Nous n’arrivons à Pondé qu’à une heure de l’après-midi, après avoir fait beaucoup trop de chemin, notre guide s’étant trompé de route, quoique le prazo lui appartienne.

Traversé deux fois le Muaraze avant d'arriver à l’'Eringa, entourée d’une ligne d’arbres plantés très près les uns des autres, et reliés par des pieux d’un bois dur, laissant des intervalles pour servir de meurtrières.

Nous faisons remarquer à Christovao que sa forteresse ne tiendrait pas devant 50 fusils. Il la croit imprenable parce que le Muaraze forme une barrière difficile à franchir quand il ya de l’eau, c’est-à-dire pendant peu de

mois; mais il est dans un trou que la berge gauche domine de 20 mètres au moins. Notre hôte fait la grimace et ne nous parle plus de la journée.

Nos porteurs de bagages et notre cuisinier s'étant aussi perdus, nous déjeunons fort tard. Une fois restaurés, nous dirigeons notre promenade vers le bas Muaraze et rentrons par un beau clair de lune, dans l'intention de nous reposer de bonne heure pour être prêts le lendemain de grand matin. Mais nous avions compté sans notre hôte et les trente ou quarante femmes qui habitent l’Eringa. Nous commencions à peine à manger, sous la vérandah de l’habitation principale, quand ces femmes vinrent nous saluer. Les bras croisés sur la poitrine, les mains posées sur les épaules, à la file indienne, elles font trois fois la révérence, puis commencent un cateck entremêlé de chants et de danses. Plusieurs d’entre elles sont jeunes et vêtues de pagnes aux couleurs éclatantes ; d’autres, vieilles, parées d’anneaux, sont hideuses avec le pélélé qui déforme leur lèvre supérieure. La danse s’anime, le cercle se resserre, il nous toucherait sans les deux marches de l'escalier de la vérandah. Sur un signe de l’un de nous, l’épouse en titre du chef cafre s'empare d’une boîte de sardines et se sauve en criant avec toute la bande. Je me trompe, ce ne sont pas des cris, mais des miaulements, des hurlements et les bêtes sauvages des bois environnants ont dû s’enfuir effrayées. Elles reviennent et n’ont plus de retenue; les danses deviennent scandaleuses et, lorsqu'elles cessent, le pillage de notre table commence, à la grande joie de Christovao, que nous soupconnons fort d’être l’instigateur de cette folie. Malgré notre ahurissement et le tapage infernal de ces sorcières, nous ne pouvons nous empêcher de rire des grimaces et des contorsions de nos voleuses. L'une, plongeant les mains dans une boîte de confitures, se lèche les doigts et les fait lécher à une de ses voisines ; celle-ci, voulant lui rendre la politesse, la force à avaler une poi-

gnée de moutarde en poudre qui fait pousser à la malheureuse des cris de l’autre monde. Enfin, conserves anglaises, sauces des plus piquantes, biscuits, vins, etc..., tout y passe; ces infatigables commencent un batouck jusque fort avant dans la nuit. Nous n’y assistons pas et cherchons dans le sommeil un repos dont nous avons fort besoin.

Nos hommes, fatigués de la fête, ne peuvent se mettre en route Le lendemain ; nous employons la journée à visiter la rivière aux abords de Pondé. Le carbonate de fer est abondant et les schistes présentent des efflorescences salinées ; grès houiller. À 2 kilomètres et demi en descendant vers le Zambèze, une couche de houille est en minces bancs entre les schistes: le charbon a une puissance totale de 2",85 en huit couches différentes. |

Le 11 août, nous nous mettons en route dans le lit desséché de la rivière et jusqu’à son embouchure nous constatons la présence de grès, de schistes et Ge houille en couches peu puissantes. À 4 kilomètres et demi de Pondé, un filon de diorite forme cascade, son inclinaison est d’environ 70°. À mesure que nous approchons de l’embouchure, les rives sont couvertes de roseaux; on remarque de grandes murailles de grès d’une direction N.-$S., pente , à l’ouest ; le Lit n’est plus à sec et de la berge gauche nous voyons de nombreux crocodiles s’ébattre à la surface de l’eau.

Notre travail terminé, nous nous dirigeons vers la povoacao de Mussona, appartenant à Christovao ; elle est située au milieu de friches à 1 kilomètre de l’embouchure du Muaraze, au bord du Zambèse. L’après-midi, nouvelle marche dans les champs de sorgho et d’arachides et dans les broussailles ; arrêt au village de dona Paula, où les naturels élèvent des chèvres et ont une dizaine de paillottes rondes. Dona Paula, absente à notre arrivée, nous rend visite au bout d’une heure. C’est une assez jolie jeune

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femme, de taille moyenne; contrairement à la mode du pays, elle porte les cheveux longs. Vêtue d’un pagne bleu foncé, elle s’avance vers nous timidement, les yeux baissés et nous tend une petite main pas trop noire. Elle a à peine 18 ans et ne sait pas un mot de portugais; elle accepte avec plaisir un verre de madère et se laisse parer d’une cravate de soie et de bijoux de fantaisie. C’est une des plus jeunes filles de Bonga, deuxième du nom, souverain de Massangano, et, en vraie enfant de cette race, elle a déjà un crime sur la conscience. Mariée à 15 ans, elle s'installa où nous la trouvons ; elle eut un enfant, puis à la suite d’une discussion avec son mari, elle fit prendre ce dernier par ses noirs et coudre dans une fumba. On l’envoya dans l’autre monde par la voie du Zambèse et la dent des crocodiles. Aujourd’hui dona Paula est veuve et libre, ce qui paraît lui convenir admirablement. Par curiosité nous l’invitons à dîner: elle ne se fait pas trop prier et mange tranquillement avec ses doigts ; à la fin du repas, elle va s’asseoir sous la vérandah de sa case et se remet à manger de la masse et à boire du pombé.

La nuit venue, nous nous enfermons dans notre tente ; mais un batouck, offert à nos porteurs, nous empêche de dormir pendant plusieurs heures.

Nous partons le 12 par les friches, dans une direction N.-N.-E. Près d’une côte de grès gris est bâti le village de Gonto, qui appartient encore au prazo Scassanhea; le ruisseau Nhazimba coule $. 40° E. à N. 40° O., au fond de la vallée ; puis le terrain est plat, boisé ou en friches et beaucoup d'arbres sont attaqués par les mouchins, nombreux en Zambésie.

L’après-midi, après avoir préparé ce qu’il nous faut emporter pour un départ définitif, M. Lapierre et moi, nous commençons le lever du Muaraze en allant vers la source.

Devant Pondé même, la berge de la rive gauche est for-

mée d’une grande muraille de grès gris, dont la direction est S. 30° E. à N. 30° O., pente O. ; inclinaison 15°. C’est à peu près la direction de la rivière qui est en cet endroit S. 25° E. Nous sommes en plein terrain houiller; le grès et le schiste noir alternent presque tout le temps; un filon de carbonate de fer assez important a une direction N. 30° O. à S. 30° E.; sa pente est à l’ouest et son inclinaison de 28 degrés. À 1,240 mètres de Pondé, un petit filet de diorite affleure dans la berge droite. |

Nous rentrons à l’Eringa après avoir relevé un kilomètre et demi de la rivière, craignant un orage toujours dangereux sous les tropiques ; en effet, il éclata , dans la nuit du 12 au 13, une tempête épouvantable. Néanmoins nous nous remettons en route le lendemain pour rejoindre le point où nous nous étions arrêtés la veille, au pied d’un banc de schiste recouvert de carbonate de fer. Peu de charbon, le grès et les schistes abondent; nous passons sur des conglomérats récents et sur un énorme filon de diorite,orienté E. 40° N. à O. 40° S., qui a près d’un kilomètre de puissance. Les grès recommencent ensuite avec des schistes charbonneux et du carbonate de fer. Dans cette course, nous avons quitté le prazo de Pondé et après avoir fait ce jour-là un relevé de 4,500 mètres, nous nous dirigeons vers Calinço, sur la rive gauche, dans le prazo de Matamanhama, appartenant à Christovao. Dès qu’ils nous aperçoivent, les hommes de la povoacaô viennent audevant de nous, s’emparant de nos machilläs et nous portent en courant sous un superbe baobab au milieu du village où les femmes et les enfants dansent autour de nous. Le tapage est infernal ; rien d’énervant comme ces chants où l’on imite les cris de tous les animaux imaginables, surtout lorsqu'ils durent plusieurs heures. La jeunesse masculine veut aussi nous faire fête et apporte ses instruments de musique ; le chœur se place à notre gauche, les musiciens se groupent à notre droite et, assis gravement

sur leurs talons, les vieillards ferment le cercle qui nous entoure.

Le dimanche, 14 août, nous continuons notre travail dans le lit et les berges du Muaraze. A 400 mètres environ de Calinco, sur la rive gauche, un banc de schiste est dirigé O. 10° N. à E. 10° S., pente au sud et une inclinaison de 15 degrés; dans la berge droite un escarpement de schiste de 8 mètres est surmonté de 2 mètres de grès schisteux ; à côté, un charbon paraissant sulfureux, très barré, inexploitable, a une puissance de 1,75 en neuf filéts séparés par des schistes. Le terrain houiller continue sur 2,100 mètres; le lit de la rivière est rempli de rognons de carbonate de fer, de fragments roulés de diorite et d'éboulis de grès. Une faille, qui rejette les terrains en contrebas de 4 mètres, est remplie d’une matière spongieuse, blanc grisâtre, assez friable entre les doigts (*). Nous entrons dans le prazo de Carambo et campons au village de San - Thomé; il se compose d’une trentaine de cases, rondes pour la plupart, en roseaux et recouvertes extérieurement d’une couche d’argile rougeûtre tirée des alentours.

Les naturels deviennent, à partir de ce prazo, coquets et soigneux de leurs personnes; les femmes ont la tête rasée, tandis que les hommes portent dans leur chevelure crépue divers ornements, tels que plumes aux couleurs brillantes, peignes de formes variées et carapaces de coléoptères. Ils font usage du tabac ; aussin’entend-on pas chez eux cette toux irritante à laquelle sont sujets les trop nombreux fumeurs de chanvre.

Nous quittons San-Thomé le lundi de bonne heure pour

(*) Une récente analyse de cette matière nous a montré qu’elle était formée de 64.717 p. 100 d’hydrocalcite ou carbonate double de chaux et de magnésie avec un équivalent d’eau : Ca.Mg.02,2(C0°?),H?0. La différence est composée : 12.853 de carbonate de chaux en excès; 15.960 de silice et 5.470 d’alumine et oxyde ferrique- Cette substance provient sans doute de la décomposition des roches éruptives qui existent en masses considérables dans le lit du Muaraze.

aller, si possible, à la povoacao de Mamné, dans le prazo Mitache. La rivière n’a que 15 mètres de largeur; jusqu’à présent nous avons rencontré un certain nombre de ses affluents, ruisseaux qui, pour la plupart, n’ont pas de noms et que les noirs désignent simplement par le mot Mokaro. Aujourd’hui nous en trouvons de plus ARROCARE dont les noms ontété notés avec soin :

1° Le Bambué (rive droite),direction E. 15°N.à0.15S

2° Le Thambaze (rive gauche), direction E: 20° N. à O. 20° 5

3° Le Me (rive droite), direction N. 20° E. à S. 20° ©. Il limite les prazos Carambo et Mitache.

Sur notre chemin, nous avons rencontré les villages sui-

vanis :

Camuthenfa, dans le prazo cout (rive droite), sur un monticule de diorite élevé de 30 mètres au-dessus de la rivière.

Valette, sur la rive gauche.

Mantanga et Catgoute, sur la même rive.

Cangala (rive droite). Les environs sont riches en pintades (en cafre : canga).

Mamné, qui, ainsi que le précédent, appartient au prazo Mitache.

À 450 mètres en aval de Camuthenfa, dans la berge droite, un filet de charbon mesure 0",10 de puissance avec toit et mur en schiste noir, et 300 mètres plus près de ce village un schiste très charbonneux d’une puissance visible de Z0 mètres, avec veinules de charbon et toit de grès, continue avèéc une direction sensible de N.35°E.à S.35°0.; pente à l'Est et inclinaison de 14 degrés environ.

Nous couchons à Mamné, pauvre village, sale et presque en ruines.

Le mardi 16, nous suivons, sur 2,600 mètres, des diorites qui commencent à 400 mètres en amont de Mamné. Les berges ont par place de 15 à 20 mètres d’élévation et

la rivière en à une vingtaine de largeur. Jusqu’au village de Soussou, on aperçoit le grès et les schistes coupés ici et là par des filons de diorite de 8 à 10 mètres de puissance. En maints endroits la houille affleure dans la rivière, la traverse même ; sa puissance varie de 0",15 à 0",60; elle est très dure quelquefois et paraît avoir subi une sorte de métamorphisme. Ce phénomène est surtout sensible à 250 mètres de Soussou.

Nous marchons ensuite sur une couche de houille presque horizontale ; un banc de carbonate de fer coupe la rivière, puis le charbon paraît de bonne qualité; il a une puissance de 1 mètre à 1,20, une direction S. 25° E. à -N. 25° O., pente à l’ouest, une inclinaison de 20 degrés et un toit de grès (*).

À 1,400 mètres en amont de Soussou, commencent des diorites que nous suivons aujourd’hui sur plus de 3:kilomètres et qui se continuent encore plus loin.

Voici les ruisseaux rencontrés le 16 août :

1° Le Nharouya (rive gauche), direction $S. 30° E. à 030" 0: sud

2° Le Nhaendaenda (rive droite), à côté duquel un important filon de carbonate de fer supérieur paraît soudé à la diorite.

3° Le Nhasengéré (rive gauche), direction S. 10° E. à N07D!

4° Le Chirambane (rive gauche), direction E.-O. ; il est à la limite des prazos Chirambane et Cagose. Sur la rive droite on est toujours dans le prazo Mitache. |

Le 17 août, nous marchons constamment sur des diorites dont quelques-unes sont fort belles etrappellent l’eurite et le diallage ; nous faisons ainsi environ 7 kilomètres. Le pays est plat et herbeux. L'eau nous force à quitter le

() Voir aux Comptes rendus de l’Académie des sciences de Paris, t. XOV, p.355, et Journat de pharmacie et de chimie, 5e série, t. VI, p. 474, les résultats de l’analyse des diverses couches de houïlle rencontrées dans le lit du Muaraze,

lit de la rivière pour en suivre les bords; nous les abandonnons même un instant pour entrer dans la vallée du Gondoa, entre deux côtes, éloignées de nous, l’une de 60 mètres et l’autre de 200 mètres. La rivière, très peu large, prend certainemént sa source dans la plaine qui nous environne. Un mamelon dioritique de 21 mètres de hauteur est dominé à l’ouest par une grande chaîne de montagnes dont on aperçoit les trois plus hauts sommets et à 2 kilomètres s'élève un autre point culminant.

Nous avons noté les ruisseaux suivants :

1° Le Gondoa (rive droite), direction N. 15° O. à S. 15° E.

2° Le Lecoudoué (rive droite), direction $S. 35° E. à N. 30° O.

Nous terminons ici notre relevé du Muaraze et campons dans le lit de la rivière, abrités par une masse dioritique de 5 à 6 mètres. Le feu, mis au mato, nous garantit des visites indiscrètes des gens ou des animaux des alentours. Tout à coup, au moment où nous allons nous retirer dans notre tente, Christovao nous dit que depuis la veille nous sommes suivis par quelques hommes d’une tribu d’un fils de Bonga; qu'ils se sont enquis de notre nationalité, du but qui nous amène en cet endroit et de ce que nous possédons. Nous ne croyons notre guide qu’à moitié lorsqu'il nous prévient d’une visite pour la nuit et, mettant quelques cartouches dans nos armes et d’autres à notre portée, nous nous endormons tranquilles. La nuit s'écoule fort calme et nous confirme dans notre idée, c’est que les maraudeurs existent surtout dans l’imagination de Christovao qui, féroce envers ses esclaves, semble assez lâche devant un danger sérieux et ne vit plus, tant il a peur, en dehors des prazos qui lui appartiennent. |

Puisque je parle de la couardise de notre guide, je vais citer quelques renseignements recueillis sur lui pour montrer en quelles mains la colonie portugaise est tombée.

Christovaô (Sébastien-Xavier) est un fils de l’Inde et le neveu de Bonga, célèbre bandit, roi de Massangano, qui a déjà détruit trois armées portugaises envoyées contre lui. Parmi les différents prazos qu’il possède, 1l a choisi pour sa résidence habituelle celui de Chingose, autrefois occupé par son père. À la mort de celui-ci, Christovaô était mineur; son tuteur arrangea et liquida la succession. Le défunt devait une somme assez ronde à Romao de Jésus-Maria, riche cultivateur du pays qui a de grands intérêts à Tête. Ne pouvant solder le créancier, le tuteur lui proposa d'accepter ou plutôt d'acheter le prazo de Chingose, sa créance étant à déduire du prix de vente. Romao accepta, le marché fut conclu et l’acte en fut dressé. Les années s’écoulèrent et un jour Christovaô fils fut déclaré majeur d’après la loi. Alors il revendiqua la propriété de Ghingose, n'accepta pas les comptes de son tuteur, leva des troupes dans ses autres prazos et avant que Romaô eût le temps de se reconnaître, il l’attaqua, le chassa, lui et ses gens, et ravagea la contrée. Cet acte de brigandage resta impuni et quelque temps après Christovao écrivait à son adversaire une lettre excessivement curieuse qui peut se résumer ainsi : « Mon cher ami, je serais heureux d’ap- « prendre que vous êtes en bonne santé, que votre femme, « vos enfants et vos neveux de Quilimane 6e portent bien, « que vos récoltes sont excellentes, etc., etc... .. » (trois pages sur ce ton). — Et pour finir : « P.S.— Tenez-vous « pour averti que si jamais vous mettez les pieds dans les « environs de Tête, je vous fais prendre par mes gens et « décapiter. »

Voilà les mœurs du pays et les habitudes des chefs de prazos. Romao de Jésus-Maria habite aujourd’hui le prazo Marral, dans le district de Quilimane ; il a laissé, pour représenter ses intérêts dans la province de Tête, le sieur Roques de Nazareth que nous avons connu.

Mais en voilà assez sur ce Christovao, lieutenant-colo-

nel de l’armée portugaise ; revenons aux observations recueillies pendant notre excursion.

Le 183, nous voulons continuer notre route par terre, dans une direction sensiblement perpendiculaire au cours du Muaraze, de facon à gagner la source du Moatizé si, ainsi que nous sommes en droit de le supposer, cette rivière prend naissance sur le même plateau que le Muaraze et sert de déversoir aux montagnes que nous apercevons au loin. Mais le guide et nos hommes prétendent que nous ne trouverons pas d’eau et nous ne sommes pas outillés pour en emporter avec nous la quantité nécessaire à 50 hommes pendant une semaine environ. Je combats le dire de Christovao qui, arrivé à la limite de ses possessions, n'ose aller plus loin ; mais il affirme que le lit du haut Moatizé est couvert de gros bambous entre lesquels nous ne pourrons passer; il faudrait longer la rivière à une grande distance, ce qui ne serait d'aucune utilité pour nos recherches, savoir : le relevé du cours de la rivière et la recherche de la houille en ces parages. Nous décidons forcément de gagner le village de Palira par Sousson, Chipasse et Mitète.

Le même jour, nous allons coucher à San-Thomé en suivant la voie de terre. Nous partons avec une direction S. 29° O., par des friches broussailleuses et quelques bois épineux, et marchons sur des masses de diorite. Pendant la matinée, nous avons rencontré les ruisseaux suivanis :

1° Le Camouencoco (rive gauche), qui vient du N. 30°E.

2° Le Muenzi, parallèle au précédent. ae

3° Le Cagose, qui coule S. 25° O.

Entre ces deux derniers, une vallée sert de limite aux prazos de Cagose et de Chirambane. j

Les diorites continuent pendant plusieurs kilomètres, puis nous retrouvons les grès à environ 390 mètres de Soussou, où nous nous arrêtons pour déjeuner. |

Ce village est situé sur le sommet d’une berge à pic de

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