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CROQUIS DE VOYAGE DE M. P. GUVNOM PA

Albert Barbier, des.-aut. Nancy. £ Litn. £. Munier, Nan}

LAPIERRE, INGÉNIEUR DES MINES ET L INSTALLATION DE SA TENTE au campement de Palira.

80 mètres de hauteur. Nous traversons l’Eringa et nous nous installons sous un baobab qui mesure 18 pas de circonférence et dont les fruits jonchent la terre. Sur ce plateau croît aussi le Chisio, espèce d’acacia dont les semences, noires et plates, sont très recherchées des naturels pour la teinture des étoffes.

Le Tondjé-Cadja, ou coton indigène, est cultivé aux abords du village ; il a près de 1°,70 de hauteur et les coques s'ouvrent déjà pour laisser sortir le duvet.

La chaleur étant un peu passée, nous nous remettons en route dans une direction Ouest de 10 à 20 degrés Nord; puis terminons brusquement par une marche au S.-S.-0. Nous traversons plusieurs fois le Muaraze, revoyons Mamné et Camuthenfa, entrons dans le ruisseau Bambué que nous suivons sur 300 mètres et, enfin, après avoir en-

core passé le Muaraze, nous arrivons à San-Thomé.

Le 19 août, nous levons le camp de grand matin; nous traversons le Muaraze, plus loin le Cadmansica et arrivons à CGhipasse presque en face de Galinco.

En sortant du village, nous rencontrons successivement les ruisseaux suivants :

1° Le Pindancooné, qui coule O.-E.

2° Le Mokoro, direction N. 45° O. àS. 45° E.

3° Le Nhacamba, direction S. 45° E. à N. 45° O.

4° Le Dambo, direction O. 80° $S. à E. 30° N.

5° Le Mitête, qui vient sensiblement du nord. Un village porte le même nom, à droite de notre route et à proximité d’un joli bois de manguiers, nous nous y arrêtons un instant. Comme il est sous la dépendance de Christovao, les femmes viennent et essaient de nous charmer par leurs danses et leurs chants; elles sont toutes plus vieilles et plus hideuses les unes que les autres et l’une d’elles a un éléphantiasis des plus prononcés. Elle a relevé son pägne pour danser‘ét nous montre sa jambe malade.

+ CQhristovao à qui, deux jours auparavant, nous n’avons VOYAGE AU ZAMBÈSE. 13

pas épargné les reproches et les observations relativement à son peu de courage, essaie de rentrer dans nos bonnes grâces. Absent pendant une heure, il revient chargé de noix de coco, et ce fruit précieux nous donne un lait savoureux qui Coupe l’eau un peu saumâtre qu’il nous faut boire. Les cocotiers sont nombreux en Zambésie, certains propriétaires de prazos ne vivent que de cette culture. L'amande séchée est vendue sous le nom de copra aux trafiquants de la côte orientale à raison de 500 reis (180 reis valent 1 franc) l’arobe ou panche du poids de 15 kilogrammes. En attendant leur envoi aux fabricants d'huile européens, les copras sont remisés dans des hangars élevés et mis à l’abri des mouchins qui empoisonnent le pays. On est souvent ennuyé, aux environs de ces dépôts, par un petit coléoptère aux couleurs vives et chatoyantes, qui ne vit que d'amande de coco ei nommé pour cette raison copra.

Les naturels récoltent encore un autre fruit qu’ils appellent golango; c’est un élaïs dont les Européens tirent une huile assez renommée.

Un fruit, peu connu en Europe et commun en Zambésie, a des graines qui cèdent à l’eau chaude une matière grasse ou suif de Mafurra. Les procédés d’extraction, simples et économiques, font utiliser cette espèce de suif végétal à la préparation d’un savon commun. Les amandes de Mafurra, ou probablement Mafuira, sont recouvertes d’une enveloppe légère, rouge, tachée de noir au milieu etique la moindre pression suffit pour détacher. Chaque amande pèse en moyenne 05,66, et décortiquée, 065,187. Les graines sont de la grosseur d’une petite fève de cacao, planes du côté interne et convexes du côté externe; elles se divisent facilement en deux parties dans le sens longitudinal ; leur saveur est très amère et les divers produits qu'on en retire conservent cette amertume avec opiniâtreté. L’amande de Mafurra est dure; elle exhale par le broyage

l’odeur caractéristique du cacao; la pression ne lui enlève qu’une très minime proportion de matière grasse et il faut recourir à l’eau bouillante ou aux dissolvants usités pour l’en dépouiller entièrement.

L'emploi de l’éther et de la benzine montre que l’on peut retirer environ 65 p. 100 de matière grasse des graines blutées ; le tourteau, propre aux engrais, contient 4.8 p. 100 d'azote (*).

Christovao, qui est sans doute dans un jour de largesse, nous donne un chou palmiste coupé dans les environs et, en homme pratique, il a laissé un noir recueillir dans une calebasse la sève qui coule de l'arbre décapité et qui ne tardera pas à mourir. Le chou palmiste est un mets fin et délicat qui se prête à toutes les recettes des cuisines civilisées. Les indigènes le consomment toujours cru; nous le mangeons en salade, et après la fatigue d’une marche dans un pays de broussaïlles, sous un soleil de 35° à 38° centig., nous sommes satisfaits de ce premier essai culinaire. La sève nous ayant été apportée, nous la laissons fermenter au soleil et obtenons le vin de Soura, blanc et pétillant, qui nous rappelle les vins de la Marne.

Les ricins sont nombreux et très grands aux environs de Mitête ; mais on n’en recueille pas la graine. Les naturels, qui connaissent cependant les propriétés de cette plante, ne semblent pas se douter qu’elle a une grande valeur sur le marché européen; il est vrai qu’ils ne sont pas encouragés par les commerçants de la côte.

Nous nous remettons en route et, après avoir fait 18 kilomètres, nous arrivons au campement de Palira.

Nous avons passé Les cours d’eau suivants :

1° Mokoro, direction ©. 20° N. à E. 20°S.

2° Nhamcongo, direction N. 80° O. à S. 30° E. 3 Chipanga, direction $S. 25° O. à N. 25° E.

(1) Comptes rendus de l Académie des sciences, t. XLI, p. 706.

4° Mokoro, direction O. 30° S. à E. 30° N.

5° Impagasa.

6° Mokoro, direction N.-S.

1° Petit-Nhamtoto, direction S. 20° E. à N. 20° O. 8° Nhamtoto, direction O. 35° $S. à E. 35° N.

9° Nhahoma, direction S. 36° E. à N. 85° O.

10° Nhangou, direction O. 20° N. à E. 20°S8.

11° Mitarare.

Non loin de ce dernier ruisseau, nous retrouvons le sentier de Tondo à Palira (chemin de Chingose), gagnons sans difficulté le Moatizé et de là, notre campement ordinaire. Nous avons rencontré dans cette marche les terrains ignés et beaucoup de feldspath. Fatigués, nous nous retirons dans nos campements particuliers pour trouver un peu de repos; mais un batouck d'anniversaire de mort nous tient éveillés jusqu’à près de minuit.

Le 20 août, je vais seul sur le bas Moatizé visiter la mine ouverte dans la rivière, au lieu dit la Cascade. Une masse dioritique de 7 à 8 mètres de hauteur forme une chute qui doit être belle et dangereuse pendant les hautes eaux. L’eau a creusé un chenal naturel dans la diorite et tombe dans un bassin qui ne mesure pas moins de à mètres en contrebas du nouveau niveau de la rivière. Ce petit bassin est toujours rempli d’eau suintant des côtes voisines; elle est fraîche, limpide et les naturels y pêchent un poisson de moyenne grosseur.

Les deux galeries ouvertes dans la couche de la cascade sont dans la berge gauche, à 200 mètres en aval de l’amas dioritique. Ge charbon, même aux 10 ou 12 mètres de profondeur de galeries auxquels on est arrivé par places, est rouillé et nous avons tiré de la sanguine des fentes que laissent entre elles les petites couches de charbon barré de schiste ; des efflorescences de sulfate de fer existent à la surface. Ce charbon nous paraît exploitable.

Nous revenons, en chassant, par le chemin de terre, qui est assez accidenté, et tuons quelques tourterelles, dont on trouve trois espèces dans le pays, et des merles métalliques. Nos mineurs, qui passent plus souvent que nous sur les bords du Moatizé, ont tué, à plusieurs reprises, des pintades, des biches et des gazelles. Les lions, les léopards, les hyènes et les pombos, espèce de chiens sauvages, sont les ennemis acharnés de ces pauvres bêtes. Réunis à cinq ou six, ils poursuivent les gazelles et les antilopes jusqu’à ce qu'épuisées par la course, elles succombent sous les morsures réitérées de leurs adversaires. L’hyène ou Kisoumbe vient presque toutes les nuits rôder autour du campement de Palira, et visite même les villages environnants.

Nous passons par les villages de Tondo, Nhamichère, Nhamacase et Sagoma. Les eaux du Revugo sont très basses ; à Chingose, où nous nous arrêtons, les femmes sont occupées à décortiquer les arachides récoltées quelques jours auparavant.

Nous arrivons à Tête dans l’après-midi du 22 août ; la petite vérole sévit parmi la population noire et a fait quelques victimes parmi les enfants des colons. La mortalité est très grande, car les malades ne reçoivent aucuns soins; peu d'enfants noirs sont vaccinés, on ne s’en occupe pas et d’ailleurs le vaccin apporté jusque dans ces parages réussit rarement.

De Nhamichère au loan de Christian.

En nous rendant de Tête à Palira, on nous a plusieurs fois affirmé, soit à Chingose, soit à Nhamichère, qu'il existe, à partir de cette dernière localité, un chemin aboutissant au Zambèse par la rive gauche du Revugo, sans suivre toutefois la vallée de cette belle rivière.

À un moment donné, tel, par exemple, que celui de l'exploitation des houillères du Revugo, cette route ne

pourrait-elle pas être employée pour transporter jus au fleuve le produit extrait ?

Nous partons, le docteur Gaffard et moi, le 26. sont, dans le but de faire des recherches et dès notre arrivée à l’Eringa de Chingose nous relevons le cours du Revugo, depuis la demeure de Christovao jusqu’à l’embouchure. La rivière a une direction N. 44° E. à S. 44° O. ; elle est assez large, mais encombrée de roseaux et d’ilots sablonneux. Sur la rive droite, on rencontre les povoacao Francisque, Capasoura, Mosonsa, Matundo, et sur la rive opposée : Nhoumba, Nhamgon, Camprigo, Thiova, Sobrero, Cadéra et le loan de Carlos.

Toutes les terres dépendent des prazos de Chingose, Bamba, Matundo, Capanga et Benga.

Les indigènes ont de nombreuses cultures sur les deux rives du Revugo et plusieurs chemins permettent de revenir du loan de Carlos à Chingose ; le plus facile passe au pied du monticule de Cadéra, longe un instant la rivière et arrive au bas de la colline sur laquelle se trouve Sobrero. Après avoir traversé le ruisseau Nhacomo, qui coule $S. 30° O. à N. 30° E. (affluent du Revugo), il aboutit à la rivière que l’on est obligé de franchir à la nage ou à dos de nègre, selon que les eaux sont plus ou moins hautes ; on retrouve alors le sentier cafre qui côtoie la rivière à une soixantaine de mètres et passe au pied des montagnes où est bâti Chaparina. Ce sentier traverse Mosoura, Capasoura, rencontre le Nhacube, qui coule O. 10° S. à E. 10° N., et côtoie une chaîne de montagnes qui, d’abord éloignée de 500 mètres du Revugo, s’en rapproche jusqu’à 80 mètres. On constate à chaque pas la présence de grès gris et de quelques schistes; toute la montagne est en friches. Après avoir dépassé Francisque, on longe la rivière de très près et l’on arrive en peu de temps à Chingose dont l’Eringa est à 225 mètres E. 20° S. de l’eau.

Pour aller examiner le chemin cafre qui conduit de Nhamichère au Zambèse, il nous faut parcourir les friches de Chingose au village habité par Nascimente, traverser le Revugo, puis un terrain sableux couvert de roseaux, une culture de maïs et nous arrivons à un monticule dont le village de Chaïma occupe une partie. Une deuxième côte dirigée N. 23° O. à S. 23° E. forme le commencement de la grande chaîne, visible de Chingose, dont l’axe est sensiblement N. 35° E. à S. 35° O. Au delà, le sentier est très rapide, entre deux côtes formant une gorge étroite et où les blocs de grès sont nombreux. On traverse le mokoro Sofira, qui coule $S. 15° O. à N. 15° E., Le Nhaouedezi, qui coule O. à E., un instant parallèle, à 4 mètres à droite du sentier. Le terrain devient fort accidenté ; il est coupé à gauche par de nombreux ravins, dont l’un recoit le mokoro Nhamacase qui semble venir de l'Est 14° N.

Une marche vers le Sud conduit à Sagoma que domine un piton très élevé ; jusqu’au Revugo le terrain est plat et cultivé de jujubiers et de sorgho; la chaîne de montagnes s'éloigne jusqu’à 800 ou 900 mètres du sentier. Un kilomètre et demi conduit au loan de Nascimente, situé sur un monticule de 2 mètres d’élévation, d’une trentaine de largeur et de 80 à 90 de longueur. Sa direction est N.à S. et il laisse voir sur son plateau un filon de carbonate de fer, même direction, pente vers l'Ouest.

Nhamichère comprend trois sections différentes : le village proprement dit, le loan de Nascimente et Chabuézègue, à une faible distance.

C’est du loan de Nascimente que nous partons pour gagner le chemin cafre ; après un village de peu d’importance et la povoacao de Casagalira, nous marchons vers le S.-0. La vallée, en friches, est fermée, à 150 mètres de nous, par une chaîne de montagnes; on y trouve des fragments de feldspath et de carbonate de fer. Bientôt nous sommes enfermés dans une sorte de cul-de-sac:

mais avant d’être au pied de la montagne, le Nhamichère Grande, ruisseau de 2 mètres de large, à fond de sable, coule E. 25° S. à O. 25° N. et nous traversons trois fois . le mokoro Camancoucou, qui est très sinueux et rempli de feldspath et d’hématite.

La vallée se resserre toujours ; le lit du Nhaoué, direction S. 25° E. à N. 25° O., a beaucoup de quartz, de granit et de feldspath. Cinq cents mètres plus loin, on commence à gravir la montagne couverte de débris de terrains anciens. Uu superbe torrent, le Nhangagou, large de 4 mètres et d’une direction S. 85° E. à N. 35° O., contient d'énormes blocs dioritiques ; il recoit sur une distance d’un kilomètre 6 petits ruisseaux venant tous de la droite.

À 3,292 mètres du loan de Nascimente et à 75 mètres au-dessus du niveau de la plaine, on découvre le Zambèse ; de temps à autre un ruisseau forme échancrure et permet d’apercevoir le fleuve. On est alors au sommet d’un plateau que l’on peut suivre pendant 1,200 mètres, puis le terrain descend rapidement et l’on traverse un mato épais pour entrer dans un bois.

Le sentier aboutit dans un ruisseau large de 2 à 3 mètres, le Potepote, dont le sable est noirâtre et magnétique et dans le lit duquel nous ramassons des morceaux de fer magnétique roulé, pesant plusieurs kilogrammes.

On est obligé de marcher dans le lit du Potepote sur une longueur de 1,360 mètres pour arriver au Tondoübe, large ruisseau qui coule N. 5° O. à $. 5° E. et qui reçoit le premier; quoique en plein bois leur lit est assez à découvert.

Nous retrouvons le chemin cafre et traversons un bois assez touffu sur un terrain plat, couvert de feldspath et de carbonate de fer, nous constatons en plusieurs endroits la présence du grès gris. De grands arbres laissent couler, lorsqu'on les entaille, une résine d’un beau rouge qui devient très dure en séchant;. les euphorbes et les bao-

babs sont nombreux ; beaucoup d’Anil indigofera et de calament. |

À 7 kilomètres environ du Tondoûbe, nous traversons la Nhialéga, affluent du Zambèse, d’une largeur de 7 à 8 mètres et coulant du $.-E. au N.-0.; on voit dans les berges des bancs de schiste avec toit de grès, direction D 1590745. 15° E.; pente à l'Est. ;

A 750 mètres au delà, le village de Chareca est bâti sur un monticule de 1",90, O. 35° N. à E. 35° S., d’une longueur de 200 mètres sur 30 à 40 de large. Après deux villages de chétive apparence, on rencontre de nouveau la Nhialéga dont le lit a été complètement ensemencé de blé. En ce moment l’épi est presque mûr et des femmes, placées sur les berges, secouent des cordes tendues au- . dessus de la plantation pour chasser les oiseaux qui, de temps en temps, s’abattent par bandes sur la récolte. De l’autre côté, un village dépend de Pitaloche, grande povoa- Cao que l’on traverse avant d'arriver à l'embouchure de la Nhialéga.

Sur la rive droite, le loan de Christian, but de notre excursion, se compose d’une simple maison en pisé et d’une cour close qui renferme quelques cases. Le propriétaire, Portugais de Goa, fait cultiver quelques champs aux environs. Ce loan est à une quarantaine de mètres du Zambèse, ou plutôt d’un canal de 200 mètres environ qu'il forme en cet endroit. Devant l'habitation et au milieu du fleuve, une île assez grande, sablonneuse, est couverte d’une belle végétation et le refuge des crocodiles et des hippopotames qui n’y sont jamais inquiétés.

Pendant que nous séjournons chez Christian, les 29 et 30 août, le niveau de l’eau est à 6 mètres au-dessus de la vallée de la Nhialéga et à ce moment on n’est pas encore à l’étiage. Le chenal navigable serait donc plutôt sur la rive opposée.

Voici quelques-unes des cotes les plus saillantes du

chemin parcouru, relevées pendant notre excursion de Chingose à Nhamichère et de Nhamichère au loan de Christian, et extraites du profil en long, que nous avons tracé. |

ALTITUDE DISTANCES auparcourues. dessus © du ‘ niveau Partielles | Totales.

Rampe. | Pente. ||

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