VIE
Comme leurs cousins, les Dandes n’ont pas de monument pour transmettre à la postérité leurs bonnes et leurs mauvaises actions. Dans le village de ce Nhantègue ils ne possèdent qu’une pierre grossièrement sculptée (‘), sur laquelle se voient quelques figures en relief très mal faites, représentant des hommes, des chiens, des tabliers de verroteries et une main avec des griffes de lion, tout cela pour montrer l’origine et les coutumes des premiers conquérants du pays. Ils regardent cette pierre comme leurs armoiries généalogiques; c’est sur elle, au centre du Den-
(1) Il boit comme les meilleurs buveurs anglais.
(2) Musimo au singulier ; mesimos au pluriel.
(3) Remèdes ; au singulier : muchanga. Chez les Maraves : mancuara. (*) Qu'on croit être l’œuvre des Jésuites.
démaro (*), que l’Unvura, transformé en lion, étend de la main droite le Muangato (baguette prophétique) et parlant par la bouche du prophète (après avoir avalé un mélange d’eau et de tabac en poudre qui le met dans un véritable délire et lui enlève l’existence matérielle), déclare qu'il a assisté à la création du monde à côté de Dieu ; reçoit les prières et les offrandes des naturels; dit au soleil ou à la pluie quand ils doivent apparaître ; prédit l’avenir ; annonce les calamités qui doivent arriver à un moment donné; tranche toutes les questions soumises à son jugement ; condamne ou absout selon la gravité de la faute, etc. C’est au même endroit que cet Unvura prouve de la façon . la plus minutieuse qu’il est réellement le confident du Pondoro : son savoir consiste dans la nomenclature de tous les Muanamotapuas, depuis Mutota jusqu’aujourd’hui et dans la connaissance des événements les plus remarquables de chaque règne, ainsi que dans la possibilité de nommer les princes auxquels ont appartenu les insignes (*) que l’on conserve dans ce but. C’est ainsi qu’il passe en revue toutes les calamités publiques survenues dans cette longue période et. qu’il les expose avec un grand savoir (qu’il doit à la tradition) et avec une précision admirable ; il confond par des réponses mystérieuses une multitude nombreuse, mais stupide, pressée autour de lui et qui applaudit à sa supériorité par un vacarme infernal de chants et de tam-tams en exaltant jusqu'aux nues les merveilles qu'elle vient d'entendre. Après quoi il se met à hurler en imitant le rugissement du lion et se retire, accompagné du même auditoire, qui continue le même tintamarre, jusqu'au Massuara-unga (°), lieu où cesse l’enchantement, car il y redevient lion (sarcophage vivant et
(!) Nom de la baraque dans laquelle le prophète se montre au public. (2) Cannas d’armas, littéralement: cannes d’armoiries:; insignes ou bâtons de commandement.
(8) Bois sacré. C’est le seul Pondoro qui ait un refuge connu.
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imaginaire de l'esprit prophétique). Tout n’est pas fini : l’enchantement ayant cessé, il revient au village avec son visage ordinaire et se met à examiner les questions qui lui sont soumises ; mais avant de leur donner une sanction finale, il s'assure qu’il y trouvera son profit, ce que l’on apprend quand le Murumbe (tam-tam Dati du je
doro) fait retentir ses sons bruyants.
Les Dandes constituant un rameau de la famille de Chedima, ont les mêmes coutumes et le même langage; à peine y a-t-il quelques petites différences dans quelques : localités. Ils font deux repas par jour : le premier au point : du jour et le second à l’entrée de la nuit. Ils pratiquent les mêmes cérémonies superstitieuses ; pour les naissances et les mariages ils tirent des coups de fusil, dansent, chantent, jouent du tam-tam, boivent, etc. À la mort de quelque … mambo et pendant huit jours (coutume en usage chez les … deux peuples), toute la population du district, vêtue de la facon la plus indécente qu’on puisse imaginer, aCCourt en F foule pleurer le malheur qui vient d'arriver et se livre à toutes sortes d’extravagances, tuant, insultant, dépouillant = … toute personne qui passe sur le territoire du défunt, jus- = qu’à ce qu’on ait acclamé un nouveau prince. Pour éviter les tristes conséquences que pourrait amener cette cou- ü tume, le voyageur ou commercant qui se trouve dans ces La parages doit immédiatement faire raser la tête de ses !. esclaves, il doit tirer des coups de fusil dans le cimetière | où repose le corps du mambo, faire des présents au nom du défunt et donner pour le deuil des parents une bande d’étoffe blanche que ceux-ci enroulent autour de leur tête; à ces conditions il peut se tirer d'affaire miraculeusement et se trouve désormais reconnu comme Chauira (!) de l’hé-
(1) Ami intime, presque parent.
ritier. Grâce à ce titre, il peut traverser en toute liberté le pays sans avoir à craindre de subir le contre-coup des désordres ou crimes qui pourront se produire dans le même district. On ne fait pas de sacrifices humains à la mémoire du mambo, mais quelques-unes des femmes du défunt doivent rester au cimetière pour voir s’il ne ressusciterait pas, ce qu’elles ne laissent pas que d’espérer avec une grande confiance (1). Get événement est aussitôt annoncé par elles à grands cris et avec les témoignages de la plus vive allégresse ; c’est encore, en cette circonstance, l’Unvura qui joue le rôle du mambo vivant et qui cause une si srande admiration et un pareil enthousiasme à ses crédules adorateurs:
FX:
, Quand on connaît les mœurs et coutumes d’un peuple cafre, on peut se faire une idée générale et exacte de celles de tous les Cafres. On rencontre cependant une exception à cette règle chez un peuple qui habite les bords du Changoé, à environ 80 lieues de cet établissement (?), et qui offre un degré de civilisation peu commun chez les Cafres. Qu'il me soit permis d'interrompre un instant la suite de ce récit pour le décrire en passant. Aussitôt que quelque voyageur ou commercant arrive chez ces populations, les naturels entament avec lui un dialogue d’une grande valeur aux yeux d’un penseur : on commence par lui souhaiter le bonjour, bonsoir ou bonne nuit, suivant l'heure de la rencontre, on lui demande ensuite s’il se porte bien, s'il n’a pas rencontré de voleurs ou quelque autre désagrément en chemin, si tous ses articles de commerce sont arrivés en bon port, s’il a été bien recu par les peuples chez lesquels il a passé, s’il a bien fait ses affaires,
(1) Lorsque la terre qui recouvre le corps se fend sous l’action des gaz résultant de la décomposition du cadavre, elles voient dans ce fait un symptôme évident de . résurrection.
(? Souche des conquérants de Chedima et de Dande,
si ses Compagnons ne sont pas malades et s’il n’a pas perdu, par suite de mort ou de désertion, quelques-uns de ses porteurs, etc, Après avoir entendu la réponse à toutes ces questions, l’hôte se retire et fait préparer un repas qu’il offre ensuite, disant qu'un refus serait un affront et qu’un homme ne peut s’occuper de quelque chose qu'après avoir bu et mangé. En attendant, on demande au voyageur dans quel mois il à quitté son pays et dans lequel il se propose d’y retourner; de plus, pour l’aider à s’orienter, on lui indique les mois de la manière suivante :
Moese Ondira . . . . Janvier.
— Ocucase. . . . . Février.
— Ocurume.. . . Mars.
=" Obarué ie Di A rne — OcCumbuse.. + et Mai:
— Omachau . . . Juin.
— Oicunguro. . . Juillet.
— Oinhamatuto. . Août.
— Oguniana . . . Septembre.
— Ogumezuro. . . Octobre.
— Ombuse. . . . Novembre.
ee oOivisilas 01:11 Décemenes
Ils respectent aussi le septième jour de la semaine, pendant lequel ils ne travaillent pas et ne font aucune affaire, et lui donnent le nom de Musse-Mui, ce qui veut dire jour pour rester à la maison; c’est le pendant de notre dimanche. Quel est le missionnaire qui a enseigné à ce peuple sauvage et si enfoncé dans le désert une nomenclature des mois pareille à la nôtre, ce qui fait l’étonnement et l’admiration de tous ceux qui sont en relation avec lui, surtout quand on le compare aux autres peuples ? Personne ne le sait. Ce fut sans doute un Portugais, un de ceux qui, avant de se livrer à de vaines disputes, S’arrachèrent à toutes les commodités de la vie, oubliant la patrie et la famille
Munier, Nancy