‹ Voyage au ZambéseChapitre 5 sur 55 · DER · texte numérisé non relu

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Croquis originaux du Voyage de MP Cuyot. en Zambésie.

Profil de la Crête de la Chaine de la Makanga, prise de dessus le Chiré, jusqu'a ce que la Morumbala

empêche de voir le reste de la Chame. Direcuon N à SF.

Echelle de À à 0.000.

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VOYAGE AU ZAMBÈSE. MA à

Les naturels de Paouro vendent leur farine dans des corbillons circulaires de 0",25 de diamètre sur 0,08 de hauteur ; dans le bas Zambèse, la mesure légale ou panche est une boîte en bois rectangulaire d'environ 25 litres. Ici, chacun de ces corbillons remplis coûte une brasse de coton étroit.

Depuis les bords du Chiré, à la hauteur de Paouro, on aperçoit vers le Nord une grande et importante chaîne de montagnes qui a pour nom Sierra Makanga(), et qüi doit son nom au pic de la Makanga qui se détache en forme de pain de sucre et semble avoir dans sa partie nord un deuxième cône accolé à son sommet.

La rive droite du Chiré est une vaste plaine herbeuse au milieu de laquelle poussent par-ci par-là de nombreux palmiers de 30 à 40 mètres d’élévation.

Devant Paouro, la rivière s’élargit tout à coup et mesure de 1,500 à 1,800 mètres. C’est là que commence un lac important sur lequel nous réviendrons plus loin. Après avoir dépassé la rivière Zoa, affluent de la rive droite, on est obligé de marcher vers le N.-O., à cause de la grande quantité de roseaux et de plantes aquatiques stationnairés qui se trouvent sur la rive gauche. C’est en vain que plusieurs fois nous avons cherché à atterrir ; longtemps nous avons rencontré des marécages qui nous ont forcés à rebrousser chemin. Enfin, après être allés sur la rive droite pour tenter de descendre, nous avons dû chercher à nouveau un chemin vers l'E. et profiter d’une éclaircie dans les marais pour aborder sur la terre ferme. Dès que nos canots ne purent plus avancer et que les almandias refusèrent tout service, nous entrâmes dans la vase, profonde alors de 70 centimètres, et allâmes ainsi pendant 900 mètres avant de rencontrer un sol moins désagréable. Après avoir traversé quelques friches et un petit bois, nous arri-

() Voir croquis F..

vâmes au village de Pinda, composé de vingt cases envi-

ron, disséminées çà et là dans une éclaircie où nous remarquons de la vigne et plusieurs touffes de canna, à feuilles longues et étroites et à fleur rouge dans ses divisions supérieures et jaune ponctué de rouge dans ses trois inférieu-

res ; c’est le balisier gracieux (C. speciosa) de nos jardins. :

La vigne pousse à l’état sauvage aux environs de Pinda; elle s'attache aux arbustes, aux arbres et aux herbes dures qui forment la friche des bois. Le raisin en est presque mûr ; il est mangeable en partie; son goût est inférieur à celui de France. Les grappes ont de 30 à 40 graines, parfois moins, pariois plus, peu serrées et de la grosseur de celles de notre Gamet. Presque partout c'est du raisin noir que nous voyons.

C’est aussi près de ce village que nous rencontrons pour la première fois des baobabs, que les mulâtres nomment millembre et les naturels mourombé. Le fruit de cet arbre, appelé dambé, est une gousse veloutée qui atteint 0",25 de longueur sur 0",15 de circonférence ; elle renferme une substance farineuse d’un blanc rosé, sèche, friable, d’une saveur sucrée et acidule très agréable. La matière farineuse est par tranches longitudinales dans la gousse et entoure un certain nombre de graines qui ont la forme de fèves, à enveloppe brune et amande blanche, d’où on tire une huile fine. Les Noirs, en temps de disette, recherchent ces gousses pour en faire leur nourriture. Pour cela, ils ouvrent les enveloppes, tirent la Chair farineuse qu'ils placent dans une pannelle et qu’ils délayent avec de l’eau; on enlève les amandes, on fait cuire l'espèce de pâte claire qui reste et on obtient un aliment assez agréable à manger. |

Les naturels de Pinda sont d’un noir assez foncé, leur taille est supérieure à la moyenne ; ils sont vêtus comme ceux de Paouro. Aucune femme ne porte l’affreux pélélé.

Nous comptions nous remettre de nos fatigues de la

journée par une bonne nuit de repos, mais ce plaisir nous a été refusé. À la nuit, les naturels ont commencé un batouck de deuil entremêlé de chants funèbres, de danses et surtout de libations de liqueurs fermentées. La veille de notre arrivée, une femme était morte et l’on célébrait ses funérailles. Le côté pratique de cette cérémonie, sur les rives du Chiré, consiste à enfermer le mort dans un panier en roseaux et à l’enterrer quelques heures après le décès.

Les nègres du Chiré — ou du moins ceux de Pinda — n'ont pas de cimetière, on inhume à la première place venue, on remplit la fosse et on égalise la terre. L’herbe repousse sur l’emplacement de la tombe et au bout de quelques semaines il est impossible de retrouver la place choisie par les parents ou les amis. Dans quelques villages des rives du Zambèse, on se contente de jeter les mor:s dans le fleuve, où les poissons et les crocodiles ont bientôt dévoré les cadavres. C’est le soir des funérailles que commence le deuil; pendant une lune, tous les soirs, dans le village du défunt, on bat le tambour, tous les habitants se rassemblent et, en présence du chef, on chante les vertus ou les actions de bravoure mis au compte du défunt. Si celui dont on déplore la perte était un guerrier, on tire chaque soir quelques coups de fusil en son honneur : on brüle la poudre de deuil,

Les parents, hommes et femmes, se rasent les cheveux et s’entourent la tête d’une bande étroite de coton blanc ou d’une tresse assez fine faite à l’aide de feuilles de palmier séchées et découpées. |

Au tambour des naturels est venu s'ajouter, pour nous, le désagrément du voisinage des moustiques et des rats qui pullulent à Pinda. Les moustiques sont assez variés dans le pays et ce ne sont pas toujours les plus gros qui sont les plus gênants ; ceux que nous avons pu examiner à loisir ont été divisés en cinq espèces différentes : 1° le

moustique gris Ou ordinaire à pattes longues et à corps mince, ayant les sucoirs bifurqués, dont la piqüre est peu douloureuse; 2° le moustique zébré ayant le corps allongé, les pattes fines et longues, le corps gris, marqué transversalement par des raies d’un beau noir; les pattes sont aussi zébrées, sa piqûre assez douloureuse ; 3° le moustique noir, de la taille du précédent, produisant presque toujours une cloche à l’endroit où il enfonce son suçoir, lequel se plie vers son milieu à angle plus ou moins aigu, comme peut le représenter un > couché et dont les branches se rapprochent, jusqu’à veñir se toucher selon que les soies pénètrent plus ou moins en avant: 4° le moustique brun, que les naturels nomment mansos, dont les quatre derniers articles des tarses ont un anneau blanc; sa piqûre est très douloureuse ; et 5° enfin le moustique gris, de très petite taille, dont la piqûre vive et douloureuse persiste pendant plusieurs heures. La fumée de bois vert et les lotions à l’eau phéniquée n’ont pu nous débarrasser de ces incommodes visiteurs qui trouvaient malheureusement un moyen quelconque pour traverser les moustiquaires dont nous étions enveloppés. Plus tard, sur le Zambèse, nous n’avons rencontré que le moustique zébré et le dernier que nous avons mentionné.

Quand nous aurons dit que toute la nuit nous avons entendu le coassement des grenouilles qui habitent les marécages de Pinda et le chant de la cigale forgeronne, ainsi nommée parce que le bruit qu’elle fait ressemble au son que rend l’enclume du forgeron lorsqu'on la frappe en cadence, on pourra se figurer le plaisir que nous a procuré notre première nuit à Pinda, après un bain de boue et de vase dont les émanations étaient fiévreuses.

Les naturels se couchent sur ou plutôt dans des nattes qu’ils nomment fumba; ce sont des sacs en palmier tressé, et ouverts sur l’un des plus grands côtés, dans lesquels ils s’introduisent et qu'ils maintiennent ensuite fermés sous

eux. Chaque couple habite un de ces lits primitifs; chacun place sous sa tête un morceau de bois taillé et même sculpté avec élégance, pour lui servir d'oreiller. Ils ont presque tous des chapeaux tressés en feuilles de palmier, se terminant par une partie rétrécie et allongée de 39 centimètres au moins, qu’ils entourent d’un morceau de calicot teint en noir. Quelques-uns d’entre eux prisent du tabac assez fin qu'ils préparent eux-mêmes ; ce tabac est d’une nuance jaune verdâtre ; il s'obtient à l’aide de feuilles séchées avant la fermentation.

Les feuilles sont d’abord cassées, puis découpées au couteau; les fragments sont ensuite réduits en poudre impalpable, soit entre deux pierres, soit dans une espèce de mortier en bois, d’une essence très dure et à l’aide d’un bâton faisant l’office de pilon. La poudre fine est ensuite renfermée dans des espèces de tabatières; nous en avons vu de deux formes. Celle en usage dans le commun du peuple, se compose d’une petite calebasse en forme de gourde, fermée par un bouchon en bois ou en tige de mais ; l’autre, qui est le privilège des chefs et des principaux de la tribu, est faite d’un tube en bois, de 25 centimètres de longueur, décoré au dehors de dessins et d’arabesques à l’aide d’un fer rougi au feu. Il y a de ces tabatières qui sont très jolies; elles se portent attachées à la ceinture à l’aide d’une cordelette, en bouazé ou en sensevière, agrémentée de plusieurs rangs de perles. Le tabac à priser des nègres n'étant pas fermenté, n’est pas fort; aussi, hommes et femmes en absorbent-ils des quantités qui paraissent considérables. Ils versent la poudre, du récipient dans la main, et l’aspirent en se frottant le nez à plusieurs reprises. Comme ils ne connaissent pas l’usage des mouchoirs, il s'ensuit que ce qui n’a pu être enlevé par les fosses nasales reste sur le nez, les lèvres et les joues avec une teinte verdâtre qui fait très bon effet sur la peau noirâtre des naturels.

Le 19 mai, après avoir traversé une seconde fois les marécages qui nous séparent du lac, nous reprenons notre navigation vers le Nord; nous suivons la rive gauche, près de la terre, d’une manière parallèle à la chaîne de la Makanga. Au bout de trois heures pendant lesquelles nous avons constamment rencontré des laitues d’eau, des châtaignes d’eau (Trapa natans L.) et des Tchingèse dont les fruits sont très bons à manger, nous nous trouvons devant une telle quantité de roseaux qu'il nous est impossible d’aller plus loin. C’est en vain que nous cherchons une passe de tout côté, il nous faut revenir presque en face de Pinda et changer de direction. Tirant alors à l’Ouest, nous marchons pendant 2 heures assez facilement, puis nous nous trouvons derechef cernés par les plantes aquatiques sur lesquelles courent en grande quantité des garsottes, des sarcelles, des râles et des poules d’eau, tandis qu’à peu de distance de nous s’aventurent quelques pélicans, des oies (machikoué) et des canards. Nous essayons de passer entre les nombreux nénuphars et tchingèses qui couvrent une partie du lac, mais bientôt nos canots sont emprisonnés, deviennent stationnaires et il nous faut arracher les plantes pour rebrousser chemin. C’est en vain que l’un de nous s’aventure dans une almandiâ conduite par un noir et qu'il essaie de découvrir la passe qui doit cependant exister; en cet endroit, le lac, qui s'étend de tous côtés à perte de vue, n’est qu'un vaste champ de salade, avec cette différence que le sol en est mouvant et peuplé de crocodiles et d’hippopotames. Enfin, après onze heures de recherches infructueuses nous devons, vu l'approche de la nuit, regagner Pinda où nous rentrons en pleine obscurité, après avoir pataugé de nouveau dans les marécages qui bordent la rive gauche du lac et affronté un orage assez violent accompagné d’un très grand vent du S.-S.-E.

Le passage par la rivière nous étant matériellement

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interdit, nous avons dû changer notre manière de voyager et, ignorant jusqu'à quel endroit il nous faudrait porter nos canots et nos bagages à dos d'hommes, nous nous décidons à gagner le Malahoué par voie de terre, sauf à faire usage, si cela se pouvait plus tard, d’embarcations cafres, troncs d'arbres creusés et grossièrement façonnés. Après avoir composé une petite caravane de trente hommes environ n’emportant que le strict nécessaire, nous quittons Pinda et marchons d’abord à l’E.-N.-E., puis au Nord, ettraversons un bois assez touffu où nous remarquons de beaux et grands arbres dont l'essence est dure et rougeâtre. En quittant ce bois, nous voyons sur la lisière quelques pieds de datura siramonium, des convolvulus variés, des cactus et de la vigne dont les raisins sont déjà noirs.

Le premier village que nous trouvons sur notre route est Casamo, qui se compose d’une dizaine de cases, assez vieilles et enfumées. Plus loin, nous traversons Salim, formé de trente paillottes et où les naturels nous arrétent pour nous forcer à accepter en cadeau un corbillon de pois chiches et un canard sauvage. Rentrés de nouveau dans les bois, nous laissons deux villages sur les côtés de notre sentier, nous pénétrons dans les friches et nous finissons par trouver un marécage qu’il nous faut longtemps côtoyer pour entrer dans un fourré d'herbes très épaisses de 2°,0 à 3 mètres de hauteur.

Nous rencontrons ensuite un lac desséché, à fond de sable quartzeux, large d’environ 60 mètres, et après l’avoir dépassé de 1 kilomètre, nous entrons dans le village de Paoulou, comprenant une quinzaine de cases carrées, devant lesquelles des hommes nonchalamment étendus sur des nattes en palmier, aspirent lentement la fumée du chanvre que contient leur pipe; c’est dire que cette plante pousse en quantité aux abords du village en compagnie du kiabo et du maïs. Là encore il faut nous arrêter et entendre

les compliments des naturels ou recevoir leurs salutations et leur sagouati, composé cette fois d’œufs frais, d’une pelotte de tabac et de 4 à 5 litres de riz fin non décortiqué, provenant des rizières environnantes.

Disons-le une fois pour toutes, ces sagouatis ou cadeaux nous Ccoûtaient au-dessus de leur valeur; à notre tour, nous étions obligés d’offrir au chef (mambo) et souvent aux grands qui l’accompagnaient, quelques-uns des objets de notre pacotille. Aux uns de l’eau-de-vie, aux autres des mouchoirs ; aux femmes de la bijouterie ou des miroirs, aux enfants des images d'Épinal. Si nous mentionnons les cadeaux qui nous étaient offerts, c’est plus pour faire connaître les ressources que nous avons trouvées dans telle ou telle localité, que la générosité presque toujours intéressée des naturels.

Nous quittons Paoulou pour marcher vers Touka, village distant du précédent d'environ 6 kilomètres dans la direction Nord. Entre ces deux localités nous passons dans une plaine dont les herbes, hautes de 1 mètre environ, sont dures et piquantes. Le sol est formé de sable quartzeux avec des morceaux de feldspath concassés. Au milieu de ces herbes et appuyées contre de petits arbustes, s'élèvent de nombreuses fourmilières dont la hauteur atteint parfois 2 et même 3 mètres. Nous apercevons encore, sur notre gauche, le lac que nous n'avons pu franchir et il est compiètement couvert par les alfacynias et les roseaux. Avant d’arriver à Touka, il nous faut traverser une lagune de gros sable quartzeux et à 300 mètres au delà, le lit desséché d’une importante rivière large en cet endroit de 125 mètres. Les berges avaient 1*,50 d’élévation et le fond était de très gros sable où le quartz prédominait. Aucune végétation n'existait sur ce sable. Touka est à environ 1 kilomètre sur la rive droite de cette rivière dont il nous a été impossible de savoir le nom. C’est la résidence de l’un des premiers dignitaires de Marianno; ce chefest d’une taille ordinaire,

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