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maigre, très doux et prévenant; il possède quatre femmes. Dès notre arrivée, il met sa propre demeure à notre disposition, fait distribuer du bois et de l’eau à nos hommes et nous envoie un mouton, des poules, des œufs, plusieurs plats de poisson cuit et de la mâsse dont nos nègres tirent profit; enfin, il nous fait offrir un quartier du crocodile que ses subordonnés ont tué la veille.
Nous avons quitté Touka pour marcher versle Nord, mais bientôt il nous a fallu obliquer vers le N.-0., afin de passer entre deux étangs marécageux couverts de roseaux. Nous reprenons ensuite notre marche normale et arrivons aux éclaircies du bois dans lequel nous sommes entrés la veille. Les grandes herbes sont brülées, aussi cheminons-nous sur un sol noirCi et passons-nous au milieu de jeunes buissons de palmiers roussis et desséchés par les flammes. Sur de grands espaces, la végétation a été détruite et les friches montrent leur sol sablonneux. Nous longeons divers marécages, et dépassant un élang nous traversons nn petit bois d’un kilomètre de largeur et arrivons au village de Mingaré, divisé en deux sections éloignées de 150 à 200 mètres l’une de l’autre. Presque toutes les cases en sont carrées et dès notre arrivée nous sommes entourés par les naturels près desquels courent des animaux domestiques. Plusieurs naturels prisent, d’autres toussent d’une manière tellement caractéristique que nous sommes persuadés qu’ils sont accroupis dans quelque coin de leurs cases en train de fumer le chanvre provenant des arbres que nous apercevons près de leurs habitations. Au delà de Mingaré, nous entrons dans des champs cultivés auxquels font suite des friches et quelques bois touffus où nous remarquons des cactus grimpants et à petites fleurs Jaunes qui relient éntre eux de grands et gros arbres. Le dernier de ces boïs peut avoir 2 kilomètres de largeur; son axe de direction est sensiblement E.-0. Au delà se trouve une friche remplie de mimosas épineux qui rendent la marche très dif-
ficile et qui ne sont dépassés que par des baobabs; plus loin encore se rencontre un terrain marécageux desséché, rempli de roseaux fins et d'herbes piquantes de 1",25 de hauteur. Nous inclinons au N.-0. et à l'Ouest et quand nous avons dépassé un étang presque entièrement couvert de nénuphars, et sur lequel se promènent de nombreuses garsottes, nous arrivons sur les bords du Chiré, qu'il va
nous falloir traverser.
En cet endroit, la rivière a environ 200 mètres de lar-.
geur ; elle coule N.-E. à S.-0. Son eau est très claire et son courant rapide. Elle est presque entièrement dépourvue de plantes aquatiques. Le transhbordement d’une rive à l’autre, de nos hommes et de nos approvisionnements, par une seule almandià, demande environ deux heures; il est terminé au milieu de l'après-midi.
Tandis que la rive gauche du Chiré est sablonneuse, remplie de roseaux et d’herbes, la rive droite, au contraire, ne montre les plantes marécageuses que sur une
épaisseur de moins de 1 mètre, et une fois qu’elles sont.
passées on trouve une végétation de toute beauté. De grands et nombreux bananiers, des ricins de plusieurs mètres d’élévation, des cucurbitacées, variées, des solanées, du sésame, etc., sont mêlés à une foule d’autres plantes à larges feuilles et à fleurs aux couleurs éclatantes. Pour celui qui vient de passer quelque temps au milieu de la végétation sèche et triste de la rive gauche, le changement subit qu’il constate du côté opposé est frappant ; il semble renaître à la vie, il se remet bien vite des fatigues qu’il a éprouvées et de l'abattement qui a pu peser sur lui.
Nous débarquons près du village de Chirongé, qui nous semble divisé en trois sections éloignées l’une de l’autre de 150 à 200 mètres. Pendant que nous traversons le Chiré, nous apercevons, à 1,000 mètres en aval et. sur la rive droite au bord de la rivière, un village qu'on nous à dit être Moingé.
Autour de Ghirongé la culture est très variée; on peut s’y procurer la plupart des plantes dont nous avons signalé l'existence dans la vallée. Les plantes odoriférantes, telles que le calament (M. Calaminiha), le basilic (Harowaté), la menthe officinale, le jasmin d’Espagne et autres, y sont nombreuses ; près des cases nous trouvons la ciguë et quelques pieds de maïs.
Après Chirongé, nous marchons vers l'Ouest et traversons deux groupes d'habitations de sept ou huit paillottes chacun; nous entrons dans d'immenses rizières que gardent des enfants placés dans des abris élevés auxquels viennent aboutir un certain nombre de cordeaux traversant la culture en tous sens. Lorsque les oiseaux, en si grand nombre dans ces parages, s’abattent sur la plantation, le petit gardien agite les cordes dont ila Les extrémités entre les mains, il effraie les maraudeurs et les fait envoler.
À 2 kilomètres au N.-0. de Chirongé se trouve le Mandille, rivière marécageuse remplie de roseaux, dont la lar-' geur est d'environ 30 mètres. Au gué, la profondeur de l'eau est de 1",95 à 1*%,50. Le sol du terrain sur lequel nous passons est noir et gras; c’est une terre très riche en humus. L’herbe a 1°,75 de hauteur; il est impossible de pénétrer sur les côtés du sentier, tant l’herbe est épaisse. En voyant cette végétation si riche, si vigoureuse qui pousse au hasard et se perd, on ne peut s'empêcher de regretter que ces terrains ne se trouvent pas au milieu d’un pays civilisé, à proximité des moyens de culture que nous possédons, entre les mains d'hommes qui sauraient en tirer parti. Ce sol, encore vierge de tout travail, donnerait des rendements superbes et couvrirait au centuple les frais d’une exploitation.
À 1,500 mètres environ du Mandille, nous traversons un marécage de 2 mètres de largeur et d’une profondeur de boue gluante et noire de 40 centimètres ; et après 500 mètres, dans les roseaux, un village d’une vingtaine
de cases carrées. Nous en rencontrons successivement
deux autres qui nous semblent assez propres et arrivons sur un terrain découpé par trois ruisseaux, actuellement desséchés, dont la largeur n’excède pas deux mètres et la profondeur 1°,50. Cent mètres environ après le dernier de ces cours d’eau, nous nous retrouvons au bord du Chiré, jusqu'au village de Missengé. Tout le terrain que. nous parcourons est certainement inondé pendant la saison des grandes pluies ; l’eau fait pourrir les herbes et produit cet humus qui rend la terre si grasse et si riche. Mais quand les eaux se sont retirées et que vient Le soleil, la terre se dessèche, se fendille et se couvre ici d’une efflorescence blanche dont la saveur est alcaline. Notre sentier en est couvert; nous la revoyons au milieu des rizières que nous
côtoyons, et cela sur une longueur de plus de 1,500 mètres.
À 2 kilomètres et demi de l’endroit où nous avons commencé à longer le Chiré, nous passons dans un. village d’une dizaine de cases carrées et plus loin, à 100 mètres,
après un passage marécageux, dans un autre village tout
aussi important. À quelques centaines de mètres au delà, nous en rencontrons un troisième. Ces villages sont très propres et entourés de doubles rangées de bananiers formant des avenues couvertes et bien disposées ; on y cultive beaucoup de piments (Capsicum annuum). À 50 mètres au Nord du dernier de ces villages, nous sommes forcés de traverser une mare de 10 mètres de largeur, en partie couverte de roseaux et ayant 1 mètre de profondeur d’eau et de vase. Enfin, à 700 mètres plus loin, le village de Matingambie qui est entouré d’une avenue de bananiers et de plusieurs grandes plantations de maïs. De 1,000 à 1,200 mètres au Nord de ce village, de grandes avenues de bananiers précèdent celui d’Ignaec. L’efflorescence alcaline déjà constatée se retrouve entre les deux importants villages
que nous venons de citer. :
En quittant Ignaec, des friches épaisses, des herbes de
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2 mètres rendent le chemin difficile; on traverse un petit bois où les mimosas et les pandas sont nombreux ; puis, 1,800 mètres plus loin, on rencontre un marais couvert de roseaux, sauf sur un espace de 200 mètres carrés. Nous le traversons et nous enfoncons au milieu de 1°,50 dans l’eau et dans la vase. Le 21 mai, à la tombée de la nuit, nous nous trouvons sur l’autre bord et pendant près de 2 heures nous avons le chemin le plus difficile qu'il soit possible de rencontrer. En pleines herbes de 2°,50 de hauteur, mélées de joncs, de roseaux, de lianes, de bambous et autres plantes, nous sommes obligés de nous frayer un passage
Je couteau à la main. Le sentier n’existe plus, il nous faut
tailler, couper, arracher, ployer ou écraser la végétation ; les moustiques dérangés se vengent sur nous ; nous patauseons dans un sol marécageux et avançons à peine. Une case perdue au milieu des herbes et entourée de bananiers, up peu plus loin deux autres sont, comme celles des villages précédents, montées sur pilotis. Nous nous croyons à proximité d’un lieu habité et espérons que nos maux sont terminés ; hélas ! il “en est rien, nous n'avons que des bananiers en plus, ce qui nous force, comme ils sont assez rapprochés les uns des autres, à faire des détours et à serpenter avec difficulté. Après avoir traversé le lit desséché d’un ruisseau, nous faisons quelques centaines de mètres et tombons dans un marécage fort boueux que nous traversons avec peine. Revenus sur la terre ferme, nous rencontrons aussitôt un deuxième marais plus large et plus profond que le premier, duquel nous parvenons à nous tirer heureusement, malgré l’obscurité complète dans laquelle nous nous trouvons. Puis le terrain s'améliore ; durant 1 kilomètre nous traversons en zigzags des friches qui nous mènent à un village important et à un bois touffu dans lequel nous voyons un deuxième village que nous laissons aussi pour
. nous rendre, à 1,500 mètres plus au Nord, à Missengé où
nous campons.
Le chef de ce village, Domingo Jaia, qui était absent au moment de notre arrivée, vint le lendemain nous rendre visite. C’est un grand et sec vieillard, couvert de blessures
que nous mosons pas qualifier d’honorables. Ce fut l’un
des chefs importants de l’armée de Marianno l'Ancien, pendant les guerres que ce despote fit il y a un quart de siècle. Avec lui il se livra à tous les brigandages possibles, fut mêlé à toutes ses orgies, à tous ses excès ; il regrette ce bon temps et se plaint amèrement d’être, depuis de longues années, affligé d’une constipation des plus opiniâtres qui ne lui permet plus de tenir tête, pour la boisson, aux grands dont il a composé sa cour. Son premier discours se termine par une demande de remèdes et incidemment par une réclame d’eau-de-vie, destinée, dit-il, à tuer le froid. Après avoir humecté son gosier, Sa Grandeur Domingo voulut bien s'intéresser au but de notre séjour dans ses domaines, et ayant appris que nous voulions aller à M’bona et gagner à pied le Malahoué, il nous déclara respectueusement que
nous ne passerions pas avant d’avoir fait prévenir le chef
indépendant de M’hona, qui daigneraït peut-être venir luimême nous chercher. Domingo ajouta qu’il était indispensable de remettre à l’homme qui serait notre ambassadeur un sagouali de premier ordre, c’est-à-dire une bouteille d’eau-de-vie. Nous nous exécutons. agi AA En attendant le retour de notre représentant qui ne doit s'effectuer que vers le milieu de la journée, nous nous occupons à visiter les bords du Chiré et à chasser la perdrix rouge (P. rubra), nombreuse dans les environs. Pendant ce temps, Domingo était allé revêtir son vêtement des jours de fête, un schall rouge, à bordure violette, qu'il porte en peplum, puis nous amène sa femme et sa fille, âgée d’environ une dizaine d'années. La présentation faite solennellement avec force battements de mains, le maître autorise ces dames à nous faire le cadeau qu’elles avaient préparé pour nous. Voici en quoi il consistait : un
jeune cabri blanc, un corbillon de riz non décortiqué, un autre de riz décortiqué, une poule, uu paquet de dix cannes à sucre de 1",50 de longueur et plusieurs régimes de bananes fines à conserver. Ce cadeau important ne pouvait être payé que d’une manière royale ; nous ouvrimes notre boîte à bijouterie et prièmes ces dames de choisir. Elles furent modestes et, vu le peu de valeur de nos articles de Paris, nous crûmes devoir leur donner en outre quelques autres fantaisies.
Lorsque la cérémonie des échanges fut terminée, Domingo réclama sa part et, prenant une gourde, il nous pria de la lui faire remplir d’eau-de-vie, afin qu’il pûttenir conseil avec ses grands.
Le conseil dura environ une heure, au out de laquelle notre hôte revint nous offrir un eo lion vide pour enfermer le riz qu’on nous avait donné. Voulant nous montrer le système de fermeture de son panier, il tomba à terre et ne put se relever. Le grand guerrier était vaincu par l'alcool et Pedro, l’un de nos hommes, dut le ramasser et le rentrer dans sa case où il cuva tout à son aise les délibérations de son conseil.
Le riz des bords du Chiré est d’une blancheur éclatante, très fin, et donne une très belle farine. Il se cuit sans difficulté ; on le trouve agréable au goût. Ce riz, croyons-nous, serait bien coté sur les marchés européens.
Vers midi, notre ambassadeur revint accompagné de deux chefs que Combé, souverain de M’hona, nous envoyait pour nous accompagner jusqu'au pied du Malahoué. Nos préparatifs terminés, nous partimes en machilla vers l'O.-S.-0., par un bois très touffu, dans lequel nous avons remarqué beaucoup de ceps de vigne. Le sol du sentier était de sable quartzeux. A 500 mètres de Missengé, nous rencontrons un village formé de treize cases carrées et d’un grand hangar dont la toiture est soutenue par plusieurs rangées de colonnes. En sortant de ce vil-
56 VOYAGE AU ZAMBÈSE. h
lage, nous marchons à l’O. et nous rentrons dans le bois où nous cueillons de la pervenche et du jasmin d'Espagne. À 800 mètres au delà, le terrain, qui est en pente rapide, est couvert de grands champs de sorgho sur plus d’un kilomètre. Nous entrons ensuite dans des friches dont les herbes ont de 2 à 3 mètres de hauteur. Le sol, de sable quartzeux, renferme aussi des graviers de la grosseur d’une noisette. Les friches ont près de 4 kilomètres de longueur. re
Pendant notre marche, les machillaires s’arrêtèrent un :
moment et nous prièrent de mettre pied à terre. Nous crûmes d’abord que cela tenait à une difficulté du chemin, mais nous reconnûmes bientôt notre erreur. Nous étions
à la limite des terres de M’hbona et le chef était venu jus- .
que-là pour nous voir passer. Nous apprimes alors qu’aucun étranger ne pouvait pénétrer dans l’intérieur de ce village, qui se trouve fermé de toutes parts par des roseaux et des bois. Les gens de M’hona saluèrent notre défilé; nous remontâmes en machilla et reprimes notre
marche au pas de course. Le territoire de M’hbona est une
terre indépendante, c’est-à-dire que son chef ne relève d'aucun capitaô-môr ; Combé, qui gouverne actuellement, est aveugle ; Sarima, sa femme (*), administre le territoire depuis l’infirmité de son mari. Contrairement aux habitudes du pays, les gens de M’bona n’ont qu’une femme. Les friches qui sont au delà du village sont formées de buissons complètement couverts et impénétrables, de plantes grimpantes, de convolvulus aux couleurs variées, de vigne avec raisin noir, de vigne vierge, de fèvesfleurs, de doliques (Dolichos pruriens), de pois, etc. Quelques arbres, principalement des pandas, se font remarquer de chaque côté du sentier ; les ricins y sont nombreux, leur hauteur atteint environ 3 mètres. Après avoir fait
(1) ile porte le titre de Mucaranga, qui signifie « principale femme ».
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