‹ Voyage au ZambéseChapitre 51 sur 55 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

La façon de se vêtir des Sengas est la même que celle des Maraves ; les hommes, de préférence à toute espèce d’étoffe, se ceignent les reins d’une quantité de grosses cordes de verroteries qu'ils nomment Inhamucurunga ; ils portent au cou des colliers de pierres blanches ou de faux corail qu’ils appellent Urumbo mutumbo-à-mutua. Les femmes se couvrent de deux petits pagnes, l’un devant, l’autre derrière, comme chez les Maraves. En plus des deux sortes de grains de collier cités plus haut, ils font aussi un grand usage de verroteries blanches et noires ainsi que d’étain pour se mettre aux oreilles et à la lèvre ; ils. donnent à cette seconde difformité le nom de Cambuinda ou Chindanda. Ils se servent également de bisas, qu’ilstissent eux-mêmes ; mais les rois en font un plus grand usage que le peuple. Les étoffes rouges sont réservées aux rois ; on les” appelle Nhure a bsueto ; les blanches portent le nomde Nhure

a Catululo ; enfin les noires, celui de Nhure a mandamba. Chez les deux peuples on voit des Nhandas. Tous les Cafres emploient la couleur noire pour teindre leurs étoffes ; mais les Sangas les teignent aussi en jaune de la facon suivante : ils coupent en morceaux l'écorce d’un bois appelé dans le pays Gonono, la mettent dans une marmite pleine d’eau et celle-ci sur le feu. Quand cette décoction a bouilli pendant deux ou trois heures, ils la versent dans une fosse en terre où setrouve l’étoffe à teindre. Après un bain de deux heures, on retire l’étoffe, on la fait sécher ; elle se trouve ainsi parfaitement teinte et s'appelle désormais Nhure a Cassombera.

Les Sengas sont d’une taille avantageuse et beaux relativement à d’autres peuples. Les femmes seraient jolies si elles ne se perçaient pas la lèvre supérieure au pointde devenir horribles ; quelques-unes ont même les deuxlèvres percées et fourrent dans ces trous deux rondelles d’étain semblables à des soucoupes ; leur aspect est alors monstrueux. Quand un mari part pour la guerre, sa femme lui fait boire une goutte d’eau versée dans celte soucoupe (Cambiunda) ; 11 se bat ensuite avec courage et meurt content, car il s’est rafraîchi avec les douces lèvres de son Ève. Les Sengas mettent de l’huile sur leurs cheveux et les teignent avec la poudre du bois Mucuma, après les avoir tressés de différentes facons ; les hommes seuls se servent de Mabanduas . Les deux sexes ignorent la propreté : pour eux celle-ci ne consiste qu'à se frotter le corps avec l'huile de ricin, qui possède par elle-même une odeur nauséabonde. Quand un HMusungo (*) arrive au pays des Sengas et qu’il rencontre des habitants soit au travail, soit sur le chemin, ceux-ci posent à terre ce qu’ils portaient sur la tête ou dans les mains, s’agenouillent immédiatement en signe de respect, élèvent les deux mains jointes etles por-

(1) On appelle Musungo tout homme faisant le commerce, qu’il soit blane, noir ou mulâtre.

tent du côté de l'oreille gauche. Les Sengas ne font aucun travail pénible ; ils se contentent de décortiquer et moudre les grains, car c’est peu fatigant ; toute la besogne difficile revient aux femmes mariées.

Les Pimbes et les Mugoas, ayant la même origine que les Sengas, ont aussi les mêmes usages et les mêmes coutumes. [ls habitent la rive gauche du Zambèze ; les Pimbes confinent par l’Ouest au territoire de Zumbo et par l'Est à celui des Mugoas ; ceux-ci sont séparés des Maraves par le rio Rouée. Pour ne pas me répéter, je me bornerai à dire que ces deux peuples imitent les Sengas en tout, sauf pour le costume, qu’ils copient sur celui de nos esclaves. Ils sont voleurs et désordonnés, ce que l’on peut attribuer à leur contact plus immédiat avec nous, car il est malheureusement vrai que tous les peuples de notre voisinage sont enclins au vol, fait que je ne puis m'expliquer. Les Pimbes possèdent déjà des armes à feu ; ils obéissent à Chaguaniquira, leur roi. Leurs cases, de même que celles des Sengas, sont faites de roseaux ou bien de piquets, à la manière des Maraves, ou encore de bambous fendus et disposés en clayonnage comme pour faire des paniers. Ils se font les uns et les autres de petites élévations, en forme de verrues, sur la peau du visage, de la poitrine, des bras et du dos, qu’ils nomment Simbo, ce qui ne contribue pas à les embellir.

Les Mugoas habitent, comme les Mudemos, le sommet de la Serra Machecampanga. Ts sont beaux de visage et ne se défigurent pas. Ils vivent sous l’autorité du roi Chemuxéca pour le temporel; mais, pour le spirituel, tous ces peuples obéissent à Chissumpe, prophète des Maraves.

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