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CROQUIS DE VOYAGE DE M. P. GUYOT. PIX

Lith, E. Munier, Nancy. Albert Barbier, des.-aut. Nancy.

LE KANGOMBA

Lun des pions sacrés de la Lupata Zambésie, de Senna à Tête.

nage vivait eu bonne intelligence avec celui de son beaufrère, quand, un beau matin, à propos de femmes, une querelle s’éleva entre le Guingue et Massangano. On fut sur le point de se battre. Deux esclaves de Bonga s’enfuirent de sa demeure et, après mille aventures, tombèrent entre les mains des hommes de Machado qui les retint prisonnières. De tout temps, un accord tacite avait réglé cette question et on ne peut citer aucun exemple que les fugitifs n'aient pas été rendus à leur propriétaire qui leur faisait alors payer de la vie leur escapade. Machado refusa de rendre à Bonga ou à ses émissaires les deux malheureuses qui avaient assez souffert pour chercher leur délivrance dans une fuite où elles avaient quatre-vingt-dix-neuf chances de périr pour une d’être sauvées.

Bonga ne pouvant entrer de suite en campagne, riposta en faisant saisir, peu de temps après, une almandia de Machado et l’ivoire dont elle était chargée. Il y eut des réclamations de part et d'autre et le gouverneur portugais de la ville de Tête fut indirectement informé des griefs qui existaient entre les deux parents. Le ministère avait jadis déclaré que tous les citoyens de la Zambésie étaient libres et que l'esclavage était aboli ; le gouverneur prit parti pour dona Luize, fit équiper un canot et se rendit à Massangano. Il fut recu par Bonga qui, pour lui faire honneur, ouvrit la case de son prédécesseur et autorisa l'officier à se reposer sur la royale natte qui avait servi de lit mortuaire au vieux bandit qui pilla le Zambèse.

Le lendemain eut lieu une conférence particulière dans laquelle le gouverneur démontra à Bonga que, pour obtenir l’amitié du Portugal, il fallait considérer les noirs comme des gens libres de s’en aller quand cela leur plaisait ; qu'on ne pouvait leur faire un crime de changer de maîtres ; enfin, que ces femmes s’étant réfugiées au Guingue, elles étaient devenues citoyennes de ce prazo, de la même manière que des gens du Guingue deviendraient

tributaires de Massangano, s’ils trouvaient bon de se réfu-

gier sur les terres de ce canton. NA

Bonga fut longtemps avant de se rendre compte de co

théorie, il l’accepta enfin et donna l’ordre de renvoyer à

sa sœur l’almandia et l’ivoire saisis. Ainsi finit la querelle entre les deux territoires. Répugnait-il à Bonga d’attaquer sa sœur ou craignait-il de ne pas être le plus fort ? Mystère. Il fut plus fin que ne le pensa le gouverneur et il chargea un autre du soin de sa vengeance. Il dévoila la conduite de Belchior et de sa compagne pendant la dernière guerre et fournit les premiers renseignements sur les massacres commis à Zangar. Le gouverneur rentra à Tête, ouvrit une enquête, acquit bientôt la preuve que les faits

avancés étaient exacts et que dona Luize ne valait pas.

mieux que les autres.

Pendant l’enquête, Machado fut nommé capitaô- -mor du Guingue et le gouverneur décoré et rappelé en Europe. Le commandant Boijaô le remplaca : homme droit, juste

et savant estimé qui avait longtemps séjourné dans les co-.

lonies de la côte occidentale de l’Afrique, il arriva dans le pays et dès les premiers jours s’apercut que la Zambhésie n’était pas ce que les Portugais en pensent: le paradis des colonies. C’est lui qui écrivit au ministère de Lisbonne cette fameuse lettre dont un extrait a été publié dans le Bulletin de la Société de géographie de l'Est (‘), lettre par laquelle il déclarait que son pavillon avait été insulté pendant qu'il naviguait sur le grand fleuve.

M. Boïjaô trouva, dans les notes officielles de son prédécesseur, les documents relatifs à l’enquête et la poursuivit. Dès qu’il eut les preuves en mains, il écrivit à Machado et lui reprocha d’associer son existence à celle d’une femme qui avait fait assassiner des Portugais comme lui;

votre devoir, ajoutait-il, serait d'envoyer cette femme à

(1) 4e trimestre de 1881, p. 637.

Quilimane pour qu'elle y fût jugée. Cette lettre et quelques autres plus vives qui la suivirent dégoûtèrent Ma-

chado, lui firent prévoir qu’un jour ou l’autre il serait

appelé à combattre les Portugais, aussi résolut-il de quitter le pays, de rentrer dans sa patrie, en un mot de couper court à toutes les discussions en abandonnant le loan. Mais dona Luize, en vraie fille du vieux Bonga, n’admit pas une pareille solution; elle entoura son préféré d’une surveillance active et tous les jours ses noirs lui rendirent compte des faits et gestes de son prisonnier. Machado voulut fuir ; au dernier moment les embarcations lui manquèrent, et ses jours furent comptés.

Nous nous souvenons encore de ce bel homme, à la tête énergique, qui s’en allait rêveur et soucieux autour de ses habitations. Il pressentait sa fin prochaine ; il sentait qu’il sombrait et tâchait de se rattraper à toutes les branches de salut qu’il entrevoyait. Un instant il espéra se joindre à notre mission et disparaître ainsi du Guingue ; mais la surveillance dont il était l’objet empêcha cette nouvelle combinaison de réussir. Peu de jours avant de nous recevoir, en quittant un membre de notre mission qui nous précédait, il lui donna à entendre qu’il y aurait bientôt du nouveau au loan. En effet, quelques heures après notre départ, une scène nouvelle eut lieu entre les deux conjoints. Que se passa-t-il? Seule aujourd’hui dona Luize le sait. Machado se mit à table et peu d'’instants après, il était pris de vomissements qui amenèrent rapidement sa mort. [l fut inhumé dans sa propre chambre; sa maison fut close et transformée en chapelle funéraire. Une croix a été plantée au sommet de la toiture et un drapeau noir, mis en berne, indique que la mort est passée par là, qu'elle a fauché le chef du Prazo et que sa succession est ouverte. Qui ira la recueillir ? Qui ira lier son existence à celle de la riche mais criminelle dona Luize de Santa- Cruz ? Quel sort l’avenir réserve-t-il au Prazo du Guingue

et aux malheureux qui l’habitent; est-ce la-guerre, est-ce une soumission, est-ce un oubli passager du différend? Bien lourde sera la tâche du nouveau Capitaô-mor du Guingue. |

En quittant le loan de Machado, nous avons suivi la rive gauche du fleuve, qui est couverte par la forêt du Guingue. À 6 kilomètres, cette forêt fait un ressaut de 1,800 mètres environ et laisse entrevoir une plaine cultivée. Le fleuve est large à perte de vue et son courant est rapide; de nom- breuses îles de sable l’encombrent.

À 20 kilomètres du loan, nous arrivons, après avoir dépassé une case, ancien poste des troupes portugaises, au village du Guingue, qui a donné son nom au prazo. Il futautrefois beaucoup plus important qu’il ne l’est aujourd’hui. On y voitencore une soixantaine de cases rondes, dont quelques-unes en assez mauvais état, et d’autres bâtiments plus grands, en roseaux recouverts de pisé, qui servaient Jadis de logement aux troupes que le gouvernement avait envoyées stationner en cet endroit pour surveiller Bonga. Non loin du Guingue, on voit encore le cimetière où furent inhumés les Portugais morts de leurs blessures pendant la dernière campagne, si fatale aux blancs.

Dans un des anciens bâtiments de la troupe, nous avons trouvé un dépôt de plusieurs tonnes de houille provenant, nous a-t-on assuré, des mines de Tête. Nous ne savons dans quelle intention le gouvernement a ordonné ce dépôt il y a quelques années ; nous ne pouvons que lui supposer le but de ravitailler les deux petits bateaux à vapeur qui devaient faire le service du Zambèse ; bateaux qui, fabriqués aux Forges et chantiers de la Méditerranée, en 1878, furent montés à Mozambique et resterent dans ce port. Ce n’est qu'en avril 1881, que l’Auxiliar, bateau de la station de Quilimane, s'étant rendu à Mozambique pour y. porter les têtes des trois officiers supérieurs tués à Massangano et suspendues en trophée pendant de longues

années, prit au retour ces deux bateaux à la remorque, en fit échouer un devant la pointe de Tangalane et amena l’autre à Quilimane, où il restera longtemps, à moins que le service des travaux publics (non accélérés) ne fasse nettoyer le Quaqua, ce qui, pour bien des raisons, lui sera extrèmement difficile à exécuter.

Le prazo du Guingue a devant lui une île dont la berge est élevée par places de plus de 2 mètres et formée de sable.

Nous naviguons à l’O.-N.-O. en longeant la rive gauche qui est cultivée en partie et formée de très grands roseaux ; nous commençons à apercevoir la Serra Bandar.

À G kilomètres en avant du prazo du Guingue, nous

avons tué sur un arbre un iguane que les naturels nom-

ment Pénembé et dont les dimensions étaient : 1°,30 du sommet de la tête à l'extrémité de la queue ; queue, 0",75; tête, jusqu’à la naissance du cou, 0”,11, et corps, 0,44. Cet animal avait quatre pattes munies chacune de cinq doigts. La longueur des pattes antérieures était de 0",15, et celle des pattes postérieures de 0",20. La circonférence du milieu du corps mesurait 0",30. La langue était fourchue, sa longueur, jusqu’à la naissance de la fourche, mesurait ‘0",15, et la fourche 0",05. La peau était jaune, tachetée de gris.

Nous écrivions dans la cassine de notre canot, lorsque nos mariniers nous crièrent, en nous montrant un gros mimosa penché sur l’eau: « Signor, pénembé, pénembé ! » Prendre un de nos fusils et chercher à voir à quel animal nous allions avoir affaire ne demanda qu’un instant, mais, nous l’avouons, nous restâmes quelques instants sans rien apercevoir. Cela ne nous étonna pas, car plusieurs fois déjà nous nous étions aperçus que la vue des noirs était excellente et qu'ils distinguaient à de grandes distances des oiseaux qui étaient invisibles pour nous. Nous finîtmes cependant par apercevoir, au sommet de l'arbre, quelque

chose qui ressemblait assez à une branche morte et. ca ché par les feuilles environnantes. Un coup de fusil fit tomber l’animal dans le fleuve ; n'étant que blessé, il nagea entre deux eaux, passa sous notre canot et gagna Ja. terre. Nous nous rapprochâmes de la berge et commencâmes alors, dans les herbes, sous les racines d’arbres et les mille plantes qui garnissent la rive, une chasse des plus appuyées. Bientôt acculé contre un tronc d’arbre, le pénembé fut saisi par le cou et eut les pattes amarrées. C’est alors qu’eut lieu instantanément, et sans que nous eussions le temps de nous y opposer, une pratique superstitieuse cafre. À peine l’animal fut-il lié, qu’un noir lui coupa à l'extrémité de la queue un morceau de 0°,25 de longueur et le lui enfonça dans le ventre ; les autres se mirent à battre des mains et à danser. A done demande d’explication, il nous fut répondu qu’il était indispensable d’agir ainsi pour que l’animal fût bon à manger. Et, en effet, le soir même nos mariniers fricassèrent le pauvre pénembé et s’en régalèrent en l’accommodant avec de la farine de sorgho. Nous avons vu plus tard cette pratique se renou- | veler sur plusieurs crocodiles que nous avons eu l’occasion de tuer.

En amont du Guingue, se trouve le village de Tchocho formé d’une trentaine de cases rondes assez propres. Les hommes, d’une belle taille et d’une corpulence assez forte, portent les cheveux longs et soignés. Les unsen font de petites mèches qu'ils renferment dans des bandes d’écorce d’arbre et qu’ils disposent en crinière ; les autres pratiquent dans leur chevelure des coupes régulières qui ressemblent aux sillons que l’on trace dans les champs, en laissant grandir les poils de la partie épargnée. Il entest qui ont la tête ébouriffée ou même hérissée; quelques autres enfin tressent leurs cheveux sur toute la surface de ÿ la tête. En général, les femmes portent leurs cheveux très courts. Les hommes comme les femmes ont des. bracelets

en cuivre, des colliers et des boucles pour les oreilles; ils sont armés d’arcs, de flèches et de haches qu'ils fabriquent eux-mêmes. Ils portent à la ceinture un couteau passablement long renfermé dans une gaîne en bois sculpté.

Après avoir navigué pendant longtemps autour des nombreuses îles qui encombrent le Zambèse et laissé de côté plusieurs villages, nous arrivons en face de Kamoé, village de la rive gauche. La Serra Bandar apparaît comme une masse noire, nous entourant d’abord et semblant nous fermer le passage. Sur la rive gauche entre la montagne et le ou au milieu de la plaine, il y a un bois assez touffu; il s’en trouve un semblable sur la rive opposée, au pied de la montagne.

Près de Tchocho, le sol est M de Golangos, fruits du palmier Élaïs; nous ne croyons pas que les naturels les récoltent pour en tirer de l’huile.

Au delà de Kamoë, nous abordons les terres du territoire de Bonga. Nous campons près d’un mauvais village, composé de dix cases, où un jeune naturel garde un troupeau de chèvres en jouant de la flûte de Pan. Autour de ce village, on rencontre beaucoup de patates (Maby) et du maïs (Mosoro).

Avant de toucher le Bandar et d'entrer dans la gorge de

la Lupata, le Zambèse est rempli d’ilots dont quelques-uns

sont assez élevés. Le plus important à recu des Portugais . le nom d’Ile da Alavança. Entre cet îlot et la rive droite, le fleuve n’a pas plus de 60 centimètres d’eau.

Nous sommes près de la montagne complètement boisée, mais la plupart des arbres sont dépourvus de feuilles. Le fleuve se resserre, et bientôt il n’a plus que 500 mètres de largeur; la rive gauche montre des rochers à pics de 30 mètres de hauteur sur une soixantaine de longueur, sur lesquels perchent des orfraies ou Kukuni. Plus loin, la montagne est coupée par le fleuve, et des éboulis de roches basaltiques s'étendent à fleur d’eau sur

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