Jnd., lih. rv
gueur du lac Asphaltite est de cinq cent quatre-vingts stades, qu'il s'étend jusqu'à Zoara d'Arabie et que sa largeur est de cent cinquante stades seulement; que dans son voisinage est la Sodomitide, etc., nous en devrons encore conclure que, puisque Zoar était à l'extrémité sud du lac Asphaltite, Sodome s'y trouvait aussi ; et comme, pour mesurer la longueur du lac, il n'est pas permis de supposer que l'on ait passé d'une rive à l'autre, il faut, de toute nécessité, que Zoar et Sodome aient été à l'extrémité sud-ouest du lac Asphaltite.
Galien \ en parlant du sel gemme recueilli au bord du lac Asphaltite, s'exprime ainsi : « TTpocayvpeuouci £' àuToùç (aXeiç) So£o- {xevoù; cctto twv 7f«piepvTa»v rr.v Xijavy.v opwv, a naîtrai ïd^ojiqc, etc. On appelle ce sel sel de Sodome, du nom des montagnes a voisinant le lac, et qui s'appellent Sodome». La Montagne de Sel, Djebel-Esdoum des Arabes, était donc pour Galien légitimement nommée Sodome.
Au reste, il serait inutile de discuter plus longuement un fait que personne ne conteste; tout le monde est d'accord sur ce point, ot Sodome était sur la rive occidentale du lac Asphaltite. Personne n'a imaginé de chercher l'emplacement de cette ville sur la rive orientale, devenue plus tard partie intégranto de la Moabitide proprement dite. Nous pouvons donc établir hardiment ce premier point, à savoir que Sodome était à la pointe sud de la mer Morte, et sur la rive occidentale.
Rappelons-nous maintenant que la Genèse nous dit expressément (chap. xix, versets 45 et 23) que Loth, parti de Sodomo, lorsque déjà l'aube du jour avait paru, entra à Zoar au moment où le soleil se montrait sur la terre. Il résulte invinciblement de là que, de Sodome à Zoar, il ne pouvait guère y avoir qu'une lieue au plus. Toute localité placée sur la rive
1. Lib. iv, De simplicium medicameutornm faeuUatibus. cap. 19.
orientale du lac Àsphaltite est donc exclue de toute nécessité de la prétention de représenter le site de la Zoar biblique.
Et maintenant si au point même où doivent se trouver Sodome , Zoar et la Montagne de Sel , citée par Galien sous le nom de Sodome (et non de montagne de Sodome, ce qui est assez étrange), si, dis-je, en ce point, nous trouvons une vaste montagne de sel gemme et la seule du pays, nommée Djcbel- Esdoum, portant sur tous les coteaux qui garnissent sa pointe nord, les décombres immenses d'une ville, décombres dans lesquels on retrouve, en se donnant la peine d'y regarder avec soin , de nombreux arrasements de murailles, décombres enfin que les habitants du pays nomment Kharbct-Esdoum , en leur appliquant la tradition qui concerne Sodome; si de plus, à un peu plus d'une demi-lieue de là, vers la montagne, se trouvent d'autres décombres d'une ville nommée Zouera-et-Tahtah , la Zoar inférieure, reste-t-il seulement possible de contester l'identification de Kharbet-Esdoum avec Sodome, et de Zoueraet-Tahtah avec Zoar ou Segor? Je ne le pense pas.
Mais, a-t-on dit bien souvent, les villes maudites ont été détruites par le feu du ciel d'abord , puis submergées par le lac Asphaltite, qui s'est formé tout d'un coup, pour engloutir la vallée de Siddim et la Pentapole que cette vallée contenait. Voilà en substance ce que Ton oppose à la prétention émise et soutenue par moi, que j'avais retrouvé surplace les ruines bien visibles des villes de la Pentapole. Sur quoi l'explication qu'on allègue contre mon opinion est-elle appuyée? où a-t-on trouvé la catastrophe do la Pentapole racontée de façon à permettre de supposer un seul instant, que les villes frappées par la colère céleste, ont été englouties au fond du lac? Est-ce dans la Sainte Bible? est-ce dans les œuvres des écrivains de l'antiquité? Pas plus d'un côté que de l'autre. Je ne sais quel commentateur aura imaginé un beau jour la fablo dont j'ai
donné en quelques mots l'analyse ; et cètte fable, par cela même qu'elle offrait plus de surnaturel et d'Inexplicable, a été précisément admise sans examen. Depuis lors, une foule de voyageurs en Palestine, ont répété les mêmes contes en l'air, en se gardant bien, et pour cause, d'aller vérifier par eux-mêmes l'exactitude des faits dont ils copiaient la narration sur les écrits de leurs devanciers ; et de la sorte des faits parfaitement controuvés ont été un beau jour si bien établis, par une série de témoignages qui ne valaient pas mieux l'un que l'autre, qu'il a dû forcément arriver que mes compagnons de voyage et moi fussions pris, au retour, pour des imposteurs, ou tout au moins pour des observateurs incapables d'interroger convenablement un terrain.
J'ai dit tout à l'heure qu'il n'était pas possible de trouver, dans les écrits sacrés et profanes de l'antiquité, un seul passage qui pût donner à penser que la mer Morte s'est formée subitement, à l'époque de la catastrophe de la Pentapole. Je dirai quelque chose de plus précis encore, c'est que ces écrits, sacrés et profanes, sont parfaitement unanimes pour démontrer surabondamment que jamais les villes maudites n'ont été englouties dans les eaux du lac. Mais il ne suffit pas de le dire , il faut le prouver, et c'est ce que je vais faire.
Nous lisons dans la Genèse (m) : 24. — Jehovah fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe, du soufre et du feu qui venait de Jehovah, du ciel.
25. — 11 bouleversa ces villes et toute la plaine, tous les habitants de ces villes, ainsi que la végétation de la terre. —
Il est bien clair que, dans cet exposé si bref de la catastrophe qui détruisit les villes maudites, il n'est pas le moins du monde question de l'intervention des eaux de la mer Morte.
Nous lisons encore plus loin, verset 28: — Et (Abraham) regardant vers Sodome et Gomorrhe, sur toute la surface des
environs de la plaine, il vit une fumée s'élever de terre, semblable à (celle d') une fournaise. —
La fumée qui s'élevait de terre était celle des villes incendiées, donc il n'est pas question ici de l'engloutissement de ces villes sous les eaux du lac, car il n'y eut plus eu alors de fumée possible.
Dans le Deutéronome (xxix, 22) nous lisons encore: — Soufre et sel, tout le pays incendié, ne pouvant être ensemencé , ne produisant rien et aucune herbe ne poussant sur lui , comme la subversion de Sodomc et de Gomorrhe, d'Adamah et de Seboïm, que l'Éternel a renversées en sa colère et en son ardeur. —
Un terrain submergé sous les flots salés et amers du lac Asphaltite, n'eût assurément pas été décrit ainsi. Donc du temps de Moïse l'idée de la submersion de la Pentapole n'était admise par personne.
Amos a prophétisé au temps d'Ozias, roi de Juda, et de Jéroboam, fils de Joas, roi d'Israël Nous lisons dans son livre (iv, 2) : — Je vous ai renversés comme l'immense renversement de Sodomc et de Gomorrhe; vous fûtes comme un tison échappé de l'incendie, et vous n'êtes pas revenus jusqu'à moi, dit Jehovah. —
Donc, pour Amos, les emplacements de Sodome et de Gomorrhe étaient comme un tison tiré d'un incendie. Certes il n'est pas question de submersion dans ce verset.
Sephaniah (Sophonie) a prophétisé sous Josias,filsd'Ammon, roi de Juda ; nous lisons dans son livre (h, 9) : — G' est pourquoi je suis vivant ! dit Jehovah Sebaouth , le dieu d' Israël ; certes Moabsera comme Sodome, les fils d'Ammon comme Gomorrhe, un lieu délaissé couvert de ronces, une fosse de sel et une soli-
t. Amos., ch. i. v. 1.
tude éternelle; le reste de mon peuple les pillera, le reste de mon peuple en héritera. —
Donc pour Sephaniah les emplacements de Sodome et de Gomorrhe n'étaient pas ensevelis sous les eaux de la mer Morte.
Nous lisons dans Jérémie (xlix) : 17. — Edom sera désolée; quiconque passera près d'elle sera frappé d'étonnement et insultera à toutes ses plaies.
18. —Comme la subversion de Sodome et de Gomorrhe et (des villes) ses voisines, a dit Johovah : il n'y aura plus personne qui y demeure, il n'y aura plus porsonne qui y séjourne.
Un peu plus loin le prophète répète la même pensée dans les termes suivants (l, ftO) : — Comme la subversion de Dieu (exercée) sur Sodome, Gomorrhe et ses voisines, dit Jehovah : Il n'y demeurera plus personne et le fils de l'homme n'y séjournera pas. —
Ce qui est bien plus positif encore, c'est ce que contient le verset 38 du même chapitre, verset qui concerne, par conséquent, la même contrée menacée par la colère divine : — 38. Sécheresse contre ses eaux ; qu'elles se dessèchent, car c'est un pays d'idoles; qu'ils deviennent insensés par leurs terreurs. — Certes il ne s'agit pas là d'une contrée qui doit périr par la submersion, mais bien par le fléau précisément contraire.
Donc pour Jérémie, qui a écrit cela au commencement du règne de Sedecias, il est bien clair que la Pentapole ne fut pas engloutie sous les eaux de la mer Morte.
Que trouvons-nous enfin dans le Nouveau Testament? Dans la 2' lettre de saint Pierre (n), nous lisons (v. fi) :« iloXet; 2o&ouwv xati roaopàaç T£*ppw<7a; xaTadTpw^-îi x*T£Xçmv : Ayant réduit en cendres le villes de Sodome et de Gomorrhe, il les condamna à la destruction. »
Et dans l'évangile dp saint hue (xvn), c'est Notre-Seigneur lui-même qui dit : « 29. — il Si iptça è^r.^ôe aùt «wô ïo^otituv eope^e Trùp xai Ûetbv «tc oupacvoO xai àicwXîGev awavraç : Le jour que Loth sortit de Sodome , le feu plut , et c'était le feu divin venant du ciel , et il les détruisit tous. »
On voit que saint Pierre, et, bien mieux encore, que le Sauveur lui-même, attribuaient la catastrophe des villes maudites au feu lancé contre elles par la main de Dieu. Ni l'un ni l'autre n'a pensé aux flots de la mer Morte.
Je viens d'extraire des Saintes Écritures, nombre de passages qui constatent irréfragableinent quo l'eau n'a joué aucun rôle dans cet effroyable événement ; qu'on en cite un seul , je dis un seul, qui permette de supposer le contraire.
Ces témoignages sacrés seraient bien suffisants sans doute, mais abondance de preuves ne nuit pas. Passons donc aux auteurs profanes, et commençons par Josèphe, l'illustre historien des Juifs. Nous lisons dans son livre 1 : « Dans son voisinaye (il s'agit du lac Asphaltite) est la Sodomitide, contrée autrefois florissante, parce qu'elle était très-fertile et couverte de villes, mais maintenant entièrement brûlée. On dit qu'elle fut brûlée par la foudre, à cause de l'impiété de ses habitants. On peut encore y voir les traces du feu divin et les ombres de
cinq villes et tout ce que je viens de rapporter de la
Sodomitide, est digne de la foi due aux choses que l'on a vues. »
Dans une autre passage Josèphe dit encore, en parlant des habitants de Jérusalem : « Je pense que si les Romains eussent tardé à punir ces impies, la ville eût été ou engloutie dans l'abîme, ou submergée, ou qu'elle eût été frappée par les foudres de la terre de Sodome 3. »