‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 114 sur 211 · Marcïih · texte numérisé non relu

Marcïih

D'où lui est venu son nom de Bir-Eyoub? On n'en sait rien. Il serait difficile de trouver quelque relation entre Job et cette piscine. Williams, s'appuyant sur l'autorité" d'un itinéraire juif du xv* siècle , propose de rectifier ce nom, en celui de Puits de Joab. Le Joab en question serait alors le fils de Serouïah , personnage important qui joua un grand rôle dans l'histoire d'Adoniah, dont il était le plus chaud partisan. On se rappelle que le festin d'Adoniah eut lieu auprès de l'Ayn-Radjel ; de la présence de Joab à ce festin, est peut-être venu le nom du puits.

Le Bir-Eyoub consiste en un puits profond taillé dans le roc, et recouvert d'une construction en fort mauvais état. A droite se trouve un bassin carré où l'eau , restant stagnante , est constamment couverte d'une couche épaisse de lemna (lentille d'eau). Les seuls renseignements que nous ayons sur la structure de ce puits, nous sont fournis par l'écrivain musulman Medgr-ed-Dyn (mort en 1521), d'après les écrits d'un certain Ibn-Omar-lbn-Mohammed-el-Qasim. J'en transcrirai seulement quelques passages. « Ce puits est entièrement formé de grosses pierres, dont chacune a cinq coudées ( drdn ) de longueur et deux de hauteur, plus ou moins. Je fus étonné de la taille de ces pierres et de la difficulté qu'il y avait eu à les mettre en place. L'eau est fraîche, et se trouve ordinairement à une profondeur de quatre-vingts coudées ; mais en hiver elle monte , sort du puits , inonde la vallée et fait tourner un moulin. J'y suis descendu, avec les ouvriers chargés de le réparer. Je vis l'entrée de l'eau qui sort d'une grosse pierre de deux coudées de largeur ; là est une cave dont la porte a trois coudées de hauteur, et une et demie de largeur; un vent très-froid sort de cette cave. J'y entrai avec une petite bougie, et je trouvai une grotte toute en pierres. J'avançai, mais le vent qui en sortait, éteignit ma bougie. » Ce récit pro-

bablement exact, est extrêmement curieux. Il est à présumer que le Bir-Eyoub, la piscine de Siloë, la fontaine de la Vierge et la source de Gihon détournée par Ezekhias, sont reliées entre elles par d'immenses canaux souterrains. Mais c'est là une question condamnée vraisemblablement à rester toujours sans solution. Williams, notons ceci en passant, a constaté l'identité de l'eau de ces trois fontaines.

Je me permettrai de faire remarquer que si le récit d'Ibn- Omar est véridique , ce que je suis tout disposé à croire , le Bir- Eyoub ne saurait être l'Ayn-Radjel. Bir et Ayn sont deux choses parfaitement différentes , et le nom d'Ayn ne peut être régulièrement appliqué qu'à la jolie source voisine de la tête de l'Ouad-en-Nàr.

Le récit de Medjr-ed-Dyn est exact en ce qui concerne l'affluence extraordinaire de l'eau au Bir-Eyoub, pendant l'hiver. J'ai moi-même été témoin du fait, et la vallée était en ce moment arrosée par un joli ruisseau qui sortait du Bir-Eyoub, ou du moins de bien près. C'est ce phénomène naturel que chaque jour la foule allait admirer, comme je l'ai fait moimême. Schultz affirme qne ce n'est pas du puits, mais bien du terrain même, que l'eau s'écoule pendant ces jours d'abondance passagère. Je n'ai pas pu vérifier le fait.

B1RK ET -ES-SOU LTHAN, AQUEDUC D'EL-BOURAK A JÉRUSALEM.

Au pied des escarpements ouest du mont Sion , est taillée , dans le roc, la plus immense et la plus importante de toutes les piscines de Jérusalem , aujourd'hui malheureusement abandonnée, et complètement à sec, même dans la saison des pluies. C'est le Birket-es-Soulthan , vers l'extrémité nord duquel passe un petit aqueduc de neuf arches ; c'était l'aqueduc qui amenait ;iu Harnm les eaux des vasques de Salomon, situées

ET AUTOUR DE LA MEK MOKTE. 357 près du Qalaat-el-Bourak. J'ai déjà parlé de cet aqueduc qui longe le chemin de Bcit-Lehm , près du tombeau de Rachel , et que les Arabes chrétiens nomment Qanàt-el-Koufar, aqueduc des infidèles. J'ai assez étudié la nature de cet, aqueduc souterrain, pour être assuré qu'il ne saurait être de construction romaine; et je ne doute pas un seul instant que toute la partie qui se voit sur la route de Beit-Lehin , ne soit en réalité l'œuvre des rois de Juda. Je dois dire néanmoins que le savant Williams a donné d'assez bonnes raisons pour justifier l'attribution qu'il fait de cet aqueduc au procurateur Pontius Pilatus, contre l'administration duquel un des griefs des Juifs fut qu'il avait ruiné le trésor, afin de construire des aqueducs qui amenaient l'eau à Jérusalem, d'une distance de quatre cents stades. Je croirai difficilement que le Qanât-el-Koufar puisse jamais être considéré comme de construction romaine , et je suppose que Pilatus n'a fait que remettre l'aqueduc en bon état. Une inscription arabe recueillie par Schultz, sur la portion de l'aqueduc qui traverse le Birket-es-Soulthan, nous apprend qu'il fut encore réparé par le soulthan mamlouk Bahritc , El-Maleken-Naser- Mohammed, fils d'EI-Malek-el-Mansour-Kelaôun (693 à 741 de l'hégyre, 1294-1340 de J.-C). Comme Arculfe cité par le R. Robinson , nous dit que vers 697 il y avait, au même point, un pont de pierre avec arches, qui traversait la vallée, je pense que c'était une portion de l'aqueduc de Pontius Pilatus, qui fut remis en état par En-Naser-Mohammed, et définitivement ruiné, pour ne plus être réparé sans doute, grâce à l'incurie ottomane.

Le Birket-es-Soulthan, qu'on l'identifie avec la piscine du Roi citée dans l'Écriture, ou avec telle autre piscine biblique que l'on voudra , n'en est pas moins très-certainement un ouvrage

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