‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 144 sur 211 · KM. Res. inPalest., t. III, p · texte numérisé non relu

KM. Res. inPalest., t. III, p

d'avance, le plan do cet édifice, demeurera parfaitement convaincu que là n'a jamais été une construction militaire, mais bien une construction religieuse. Le temple de Sanaballète était bâti à l'instar de celui de Jérusalem, et effectivement on reconnaît une singulière analogie dans les dispositions générales des deux plans. Ainsi, la grande piscine du temple du Garizim est placée exactement comme l'était, par rapport au temple de Jérusalem, la piscine Probatique, qu'il ne faut pas, ainsi que je l'ai fait voir, confondre avec la piscine actuellement nommée Birket-lsraïl , et qui n'est que la Bethesda de l'Évangile.

On me permettra, j'espère, de me féliciter d'avoir pu lever avec soin le plan du temple samaritain, et de croire, que la conquête de ce plan curieux valait à elle seule le voyage pénible que j'ai entrepris.

Nos amis sont revenus de Sebastieh tout aussi trempés que nous. Le capitaine Wolf est furieux du retour de la pluie, et bien qu'il ne soit que depuis vingt-quatre heures à Naplouse, il commence déjà à y trouver le temps bien long. Demain, s'il fait un temps pareil , nous serons évidemment dans l'impossibilité de nous remettre en route. Mais je n'en suis pas trop fAché pour ma part ; ce retard forcé me permettra de mettre en ordre mes notes sur le Garizim, et l'abbé, de son côté, aura le temps de changer de papier les plantes de ses dernières herborisations.

Nous avons bien fait hier de ne pas donner d'ordres pour le départ. 11 a plu toute la nuit, et ce matin il pleut encore, de telle façon, qu'il semble que le ciel soit en train de se fondre.

J'ai pris bravement mon parti et je mets au net le beau plan du temple retrouvé par nous au sommet du Garizim.

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 427 Ce n'est pas une petite affaire. Ce travail m'a déjà pris quelques heures, lorsque je m'aperçois que l'un des côtés de l'enceinte a été mal orienté sans aucun doute, et que le coup de boussole qui en fixe la direction, doit être faux. Me voilà désespéré, et maudissant le mauvais temps qui me cloue au logis, et qui m'empêche de rectifier une erreur palpable. Il est dur de quitter Naplouse, en pensant que faute d'un seul coup de boussole, tout mon travail de deux longues journées sera à peu près perdu.

J'ai déjà dit qu'Édouard est prôt à tout, quand il s'agit de braver pluie, fatigue et danger, pour me fournir un renseignement essentiel. Il fait donc seller son cheval et celui de son fidèle Philippe; il prend ma boussole, et se fait bien indiquer par moi ce qu'il a à faire là haut; chacun des deux cavaliers se munit d'une paire de pistolets et les voilà partis tous deux, sous une pluie battante. Deux heures après, ils étaient de retour, mouillés à tordre, et crottés jusqu'au collet de leur habit ; mais l'erreur était reconnue et rectifiée, et j'avais enfin mon plan du temple. On peut bien penser combien je fus et je suis encore reconnaissant de cette précieuse marque d'amitié.

Pendant que je finissais mon dessin, MM. Hubeau, Delille et Wolf sont venus nous voir, et pour tuer le temps, une partie de whist a été organisée. Après mon travail achevé, j'ai moimôme pris ma part de cette ressource contre l'ennui; puis j'ai été me mettre à la disposition de l'abbé, pour l'aider à passer la revue de son herbier. Après le dîner, nous avons continué, et nous ne nous sommes couchés, que lorsque toute cette longue et fastidieuse besogne a été terminée. Hélas ! hélas 1 beaucoup de plantes sont perdues; faute d'avoir été changées en temps opportun, elles se sont pourries, en pourrissant même le papier qui les contenait.

Pourrons-nous partir demain? A la grâce de Dieu !

Une fois de plus, la Providence s'est chargée d'aplanir les difficultés qui se dressaient devant nous, pour entraver la continuation de notre voyage. Pendant que nous dormions, les nuages se sont dissipés, le ciel est redevenu pur, et ce matin, au petit jour, Matteo nous a prévenus de cet heureux changement de temps. Immédiatement Tordre du départ a été donné à tout le monde ; les bagages ont été emballés, les chevaux de charge amenés à notre porte, avec nos chevaux de selle , et pour éviter l'ennui d'attendre que nos moukres eussent fini leur besogne, nous nous sommes hâtés de partir les premiers, laissant à Matteo le soin de diriger et de surveiller le départ du reste de la caravane.

De très-bonne heure nous étions en route, par le plus beau temps du monde. Nous avons traversé une fois de plus le bourbier qui coupe la route, au fond de la vallée de Naplouse, sur la rive gauche du beau ruisseau qui l'arrose, et nous avons immédiatement gravi le flanc septentrional de cette vallée. C'est la route de Djenin que nous suivons, et cette route, on se rappelle que nous ne l'avons parcourue qu'à nuit close, dans la soirée de malheur où nous avons tué un homme , près de Djebâa.

Arrivés sur le plateau, nous trouvons un sol jonché de débris antiques de toute nature , et entre autres de gros cubes de mosaïque primitive. Près de là , les rocs qui affleurent sont taillés en caveaux et en citernes. Il est donc bien évident que nous sommes sur l'emplacement d'une ville antique. Quelle fut-elle? c'est ce que j'ignore complètement. Ce que je sais seulement, c'est que le chemin qui traverse cet emplacement se nomme Kallabat^Esnabar. J'avoue très-humblement que ce

nom que je me suis fait répéter dix fois, et que j'ai écrit immédiatement, pour être bien sûr de sa correction, ne m'a rien appris du tout, et que de plus, je n'ai pas pu en démêler le sens.

Il a bien existé une Sennabris, mais elle était entre Beysan (Scythopolis) et Tabarieh (Tibériade) et à trente stades seulement de cette dernière ville ; il n'y a donc rien de commun entre Esnabar et la Sennabris de Josèphe '. Peut-être y a-t-il eu, comme cela arrive pour tant d'autres localités de la terre sainte, deux villes du nom que les Grecs ont transcrit Sennabris. Alors celle que nous venons de rencontrer, serait l'une d'elles.

Nous avons traversé de nouveau l'espèce de défilé où, il y a quelques semaines , Mohammed a tué un Arabe , et nous avons tous parfaitement reconnu la place maudite, bien que nous ne l'ayons vue qu'à nuit close. Mais on peut avouer sans honte et sans scrupule, que l'on ouvre, en pareil cas, des yeux assez grands pour que l'on puisse, à deux mois de là, se rappeler le terrain que l'on a regardé avec une inquiétude fort légitime. A propos de notre homme , nous en avons eu des nouvelles à Naplouse, et notre hôte nous a raconté que nous l'avions échappé belle, à notre premier passage; qu'une dizaine de coquins, alléchés par la vue de nos bagages, nous avaient tendu une petite embuscade , mais qu'ils s'étaient adressés à un détachement de cavalerie turke (précisément celui qui nous avait dépassés à Sanour, et avait fait halte à Djebâa), le prenant pour notre bande; qu'un des voleurs avait reçu dans les reins une balle qui était ressortie par l'aine droite, et l'avait tué raide; que dès lors ses compagnons avaient jugé malsain de rester en promenade, et s'étaient enfuis sans regarder

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