‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 153 sur 211 · Ant. Jud., xix, TI, I · texte numérisé non relu

Ant. Jud., xix, TI, I

qu'il y a longtemps que les femmes de Nazareth jouissent du privilège d'être jolies, puisque déjà au vr siècle, Antoninus le martyr écrivait qu'il y avait à Nazareth des femmes extrêmement belles, et qui prétendaient qu'elles avaient été gratifiées de ce don précieux, par la vierge Marie. Je ne sais pas si la sainte Vierge* est pour quelque chose dans la beauté des femmes chrétiennes et musulmanes de Nazareth, mais ce que je sais très-bien, c'est que cette beauté est très-réelle, et que les femmes qui la possèdent, ont le droit d'en être fières.

Trois quarte d'heure après avoir quitté Nazareth, nous étions en face du village d'er-Reyneh, village assez considérable, btUi sur un coteau vis-à-vis duquel se voit, à trois ou quatre kilomètres à droite, une montagne nommée Djebel-Sikh, et du flanc do laquelle sort l'eau qui alimente er-Reïneh et Safourieh. Sur le chemin, au bas d'Er-Reyneh, se voient deux citernes, et une fontaine qui porte le nom spécial d'Ayn-er-Reyneh; l'auge de cette fontaine est, comme à Zerayn, un sarcophage antique, très-probablement déterré dans le voisinage, car il est plus que douteux que des Arabes se fussent donné la peine d'aller le chercher au loin. En tout cas, si Er-Reyneh a pris la place d'une localité antique, il est impossible de deviner quelle elle fut.

Le terrain était si fortement détrempé sur la route, que nous avons été obligés d'entrer dans les champs plantés d'oliviers qui la bordent, et de monter ainsi à plusieurs mètres au-dessus de ce bas-fond boueux, dans lequel il nous serait infailliblement arrivé quelque accident analogue à celui de la veille, dans la plaine cPEsdraclon. Après avoir franchi le village d'er-Reyneh, que nous laissons à notre gauche, nous nous dirigeons au nordnord-est, ayant droit devant nous le sommet blanc de neige du Djebel-ech-Cheikh.

Après vingt minutes de marche, nous voyons à cinq cents

mètres environ, sur notre gauche, une colline arrondie au sommet, comme si elle eût été façonnée de main d'homme, et quo recouvrent les ruines d'un village nommé el-Mechhad. En arabe, ce mot signifie lieu d'assemblée, sépulcre, et par extension , édifice sacré placé sur un sépulcre , et enfin lieu de martyre, lsmayl, qui me donne ce nom, ne m'indiquo pas que là existe, pour ses coreligionnaires, un des tombeaux du prophète Jonas, nommé Naby-Younès. Quaresmius rapporte que la tradition veut quo ce village soit bâti sur la place do Geth-Hehefer, où était né Jonas l. Cette localité était dans la tribu de Zabulon, car nous lisons dans Josué (xix) : — 12. Elle (la limite) revenait de Sared à l'orient, vers le lever du soleil, jusqu'à la limite de ksalout^Thabour, aboutissant à Hedaborat et montant à ïafià. — 13. Et de là elle passait à l'orient, du côté oriental, vers Djeth-Hehefer , vers Atah-Kcsin , et elle aboutissait à Rimmoun, He-Matoar, He-Nâah. — Je suis concaincu que la Ksalout-ïhabour qui se trouve sur la frontière de la tribu de Zabulon , n'est pas autre choso que la Ksalout qui est citée au verset 18 qui suit, comme se trouvant sur la frontière de la tribu d'Issakhar, puisque ces deux tribus étaient évidemment limitrophes. Quant à cette Ksalout, j'ai déjà dit ailleurs, que ce n'est que le villago moderne si voisin du mont Thabor et qui se nomme Iksàl. Touràan aurait-il pris la place de Matoar, dont nous venons de rencontrer le nom? C'est bien possible ; mais je ne voudrais pas avancer ce fait comme démontré ; loin de là 1

Saint Jérôme, dans sa préface du prophète Jonas, s'exprime ainsi : « Cleth in secundo Saphorim milliario qua? hodie appellalur Dio Cœsarea, euntibus Tiberiadem, haud grandis est viculus, ubi et sepulcrum ejus ostenditur. » Ce passage me pa-

1 Rois, n, xiv, «5.

raît décisif : à el-Mechhad est un prétendu tombeau du prophète Jonas, le site d'el-Mechhad est bien à peu près à la distance de deux milles romains de Safourieh ; je n'hésite donc pas à identifier Djeth-Hehefer avec el-Mechhad.

Un quart d'heure après avoir passé devant el-Mechhad et devant le Bir-ech-Chemaly, qui se voit au bas de la colline sur laquelle sont les ruines de ce village, la route tourne droit à l'est et se dirige sur Kafr-Kenna ; beaucoup plus loin et précisément dans la même direction que Kafr-Kenna s'aperçoit un gros village nommé Touràan, puis, beaucoup plus loin encore, et à droite, un second village nommé Nimrin.

Au moment de descendre dans la fertile vallée, sur le revers opposé de laquelle est Kafr-Kenna, nous avons fait la rencontre de deux cavaliers bédouins qui étaient nonchalamment étendus sur l'herbe, au bord de la route, pendant que leurs chevaux, dont la bride était passée dans la hampe de leurs longues lances plantées en terre, broutaient ce qu'ils pouvaient attraper. Ces deux aimables personnages entamèrent la conversation avec Ismayl, et croyant n'être compris de personne de nous, lui reprochèrent, très-amicalement d'ailleurs, la protection que nous donnait sa présence. Je les remerciai bien vite, en arabe, de la bonne intention , en leur affirmant que nous avions de la poudre et des balles pour tout le monde, et la conversation se termina là.

Rien de riant et de vert comme la jolie vallée que nous allons traverser, avant d'entrer dans le village de Kafr-Kenna. Tous les végétaux y sont en pleine floraison et aussi avancés qu'aux environs de Paris, dans les premiers jours de juin, quand ceux-ci se montrent beaux et chauds, ce qui n'est pas toujours le cas. Nous sommes alors assez rapprochés du Djebel-Sikh , montagne boisée dont j'ai déjà parlé. Au pied de cette montagne se trouve, me dit Ismayl, une belle source nommée Ayn-

Mahil, à la présence de laquelle un village doit la même dénomination.

A Tentrée du Kafr-Kenna est une fontaine , dont l'auge est une assez belle cuve de sarcophage antique, garnie de guirlandes et de disques, sur ses quatre faces. La présence de ce sarcophage suffit pour démontrer que Kafr-Kenna a pris la place d'une localité antique. Arrivés au village, nous nous sommes empressés de mettre pied à terre et de visiter l'église grecque, qui passe pour avoir été construite en commémoration du miracle que fit Jésus-Christ, lorsqu'il changea l'eau en vin.

Ici se présente une grave question : Kafr-Kenna est-il bien sur l'emplacement de la Kana de l'Évangile? Pour ma part, je le crois et j'en vais donner tout à l'heure les raisons, bien que l'opinion contraire ait été soutenue, avec un très-grand talent, parle Rév. Robinson, pour qui, d'instinct, toute tradition catholique, qu'il appelle tradition monacale, est gravement suspecte. Du haut de la montagne que couronne l'Oualy de Naby- Sayn (que son guide lui a désigné sous le nom de Naby-Ismayl, nom que je dois croire erroné, puisque Mohammed qui habite Nazareth et qui est musulman, n'a pas varié sur la forme de ce nom), on a signalé à Robinson, au nord et presque à l'horizon, une localité ruinée appelée Kana-el-Djalil. Ce nom lui a été traduit par Kana de Galilée , mais j'avoue que je ne saurais souscrire à cette traduction. Les mots Kana de Galilée, bien que la Galilée s'appelle réellement el-Djalil en arabe, ne se traduiraient pas régulièrement par Kana-el-Djalil. Ce dernier mot est un adjectif signifiant grand, illustre. Je déclare donc en toute conscience, que pour moi les mots JJLx-M Ljli, ne signifieront jamais que Kana l'Illustre ou la Grande; et j'ai quelque idée que les Arabes seraient du même avis que moi. Cette Kana ruinée est à l'est de Kafr-Menda, sur le revers nord de la grande plaine d'cl-Battouf, et à trois lieues environ

au nord de Safourieh , ce qui la place à quatre ou cinq lieues, au moins, au nord-ouest de Nazareth. Cette distance un peu forte s'accorde-t-elle avec le récit de l'évangéliste saint Jean? Je me permets d'en douter. J'ai exactement noté le temps que nous avons mis à aller de Nazareth à Kafr- Kenna; il nous a fallu une heure et trente-cinq minutes, en évitant les mauvais bas-fonds d'Er-Reyneh, c'est-à-dire en faisant quelques détours à travers champs, et en nous arrêtant un instant près de ce premier village, puis devant el-Mechhad. Ce temps correspond assez bien à trois milles romains. Je ne saurais m'expliquer comment Burkhardt a pu mettre trois heures et demie à parcourir ce chemin. Il a dû forcément s'amuser deux bonnes heures en route.

Revenons au texte de l'Évangile. Le lendemain du jour où le Christ se fut attaché, comme disciples, André, Simon, et Pierre, il voulut aller en Galilée (tt( èxaupiov r^elncev ô bisou; è^XOetv et; rr.v raXtWav), et il rencontra Philippe, qui était de Bethsaïda ; comme André et Pierre, celui-ci suivit Jésus-Christ. Chemin faisant, Philippe rencontra Nathanaël qu'il décida à écouter le Christ, et à se joindre à lui. Le troisième jour une noce se célébrait à Kana de Galilée; la mère de Jésus était là, et Jésus et ses disciples s'y arrêtèrent; c'est à cette noce que s'opéra le miracle du changement de l'eau en vin, pour suppléer au vin qui manquait. 11 y avait là six hydrics (cruches à eau) couchées à terre. Jésus commanda de les remplir d'eau, et la chose faite, de les porter à Varchitriclinium. Il se trouva que l'eau était devenue du bon vin. De Kana Jésus se rendit à Capharnaum, indubitablement placée au bord du lac de Gennczareth. Or, je le demande, comment Jésus, quittant Nazareth pour se rendre à Capharnaum, eût-il pu remonter à quatre ou

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