‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 157 sur 211 · Josuù, XIX, ÎO · texte numérisé non relu

Josuù, XIX, ÎO

dans la plaine d'Esdraelon ou de Jezraël. Il est vrai que le texte de Josué ne semble pas le moins du monde placer Kachioun près du Carmel ; bien au contraire !

Quelques minutes après avoir rencontré la seconde citerne taillée dans le rocher, nous nous sommes, en tirant vers la droite, éloignés du Merdj-es-Sabal , et nous avons été faire sous un olivier, la halte du déjeuner. Le sommet du Thabor est à notre droite, c'est-à-dire juste au sud du point où nous sommes arrêtés, mais à deux bonnes lieues de nous. Malheureusement le temps nous presse, et nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, avant d'arriver à Thabarieh ; il nous est donc impossible de faire un aussi long détour, que celui que nécessiterait une visite à la sainte montagne. Nous ne perdons pas de temps après notre modeste festin, et nous remontons immédiatement à cheval. En très-peu de minutes nous atteignons le village d'ech-Chedjara , jusqu'où , le 16 avril 1799, les Turks, au nombre de 25,000 hommes, furent repoussés par une poignée de soldats français. Le glorieux combat de cette journée s'appelle, pour nous Français, la bataille du Mont-Thabor, et cette bataille aurait suffi à elle seule, pour illustrer les généraux Bonaparte et Kléber.

Ech-Chedjara est un misérable village, dont les alentours sont hérissés d'énormes haies de cactus. La route passe à droite du village, et à l'extrémité de celui-ci, elle longe une citerne très -profondément creusée sous terre. Un peu au delà est un tertre arrondi, élevé de deux ou trois mètres seulement, et sur lequel se voient les ruines d'un édifice religieux, qui de temple romain, sera plus tard devenu une église. Le plan de l'édifice est un parallélogramme de dix mètres de longueur, sur six mètres de largeur. Les murs, en belles pierres de taille, en sont encore élevés de quelques pieds. Six colonnes en ornaient l'intérieur, et des tronçons de cinq d'entre elles sont encore

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 457 debout et en place. Les deux colonnes du fond sont éloignées de deux mètres des longs côtés, et séparées entre elles de un mètre cinquante centimètres. Les deux autres couples de colonnes étaient plantés, de trois mètres en trois mètres, en avant des deux du fond, qui sont appuyées contre des massifs de pierre de taille qui les relient au mur. Sur le long côté de droite, est ouverte à cinq mètres, en avant du fond, une porte carrée de un mètre trente centimètres de largeur, dont toute la partie supérieure a disparu, et qui faisait saillie, en forme de porche, sur la muraille du temple. A trois mètres à droite de cette porte, une petite fenêtre est percée dans le mur. L'orientation de l'édifice est telle que la porte s'ouvrait au nord. En avant de l'enceinte, deux tronçons de colonne gisent sur le tertre.

Parmi les quelques grosses pierres qui sont dans l'enceinte sacrée, se trouve un chapiteau grossier, sorte de charge du chapiteau corinthien , et que je ne puis croire très-ancien. Des pierres plates recouvrent autour de l'édifice et à l'intérieur même, des tombes, probablement chrétiennes. Sur Tune d'elles se voient les lettres suivantes, qui ont douze centimètres de hauteur ao&I. Une seconde pierre porte les lettres superposées

Les delta de ces deux fragments d'inscription ont le trait

incliné de droite, en saillie recourbée à gauche, sur l'angle supérieur de la lettre, ce qui leur assigne une antiquité peu reculée. En résumé, je crois voir dans ces débris des indices certains d'une origine byzantine '.

Tout près de là , au milieu de grosses masses de pierres gisant au bord du chemin, j'ai trouvé un énorme bloc de trachyte (espèce de lave noire poreuse) qui semble avoir été un couvercle de sarcophage; il présente une longue cavité de

!. Voyez pl. xlvi.

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vingt centimètres do profondeur, dont les parois ne sont taillées verticalement que sur les grands côtés, les extrémités étant arrondies en cul de four. Cette cavité" est munie vers son arête inférieure d'une rainure plus large vers le fond. Le bloc, si bizarrenent taillé, a cinquante-cinq centimètres d'épaisseur.

Après nous être arrêtés à ech-Chedjara le temps nécessaire pour étudier la curieuse ruine que je viens de décrire, je me suis hâté de prendre, du haut du tertre qui la porte, les directions et les indications des principales localités que nous avions en vue. Droit devant nous, c'est-à-dire précisément à l'est d'ech-Chedjara, à trois kilomètres au plus (un peu plus d'une demi-heure de marche, me dit lsmayl) se trouve le village de Kafr-Sebt. Au sud-est et à deux heures de marche (douze ou quinze kilomètres) est placée Kafr-Kemeh, ou Kemah, et enfin au sud-sud-est, et à six heures de marche, Kaoukab.

J'ignore ce que peut être Kafr-Sebt. Josèphe mentionne deux localités galiléennes dont le nom a quelque analogie avec celui-là, Saab (Sastë), et Seph (2&p). Le premier de ces endroits est désigné comme la patrie d'Éléazar, fils de Samaeos, qui se distingua à la défense de Jotapata *. Seph est une des places de la Galilée supérieure, que Josèphe fit mettre en état de défense, pour résister aux Romains'. Il est très-possible que notre Kafr-Sebt soit une de ces deux villes galiléennes, si toutefois les deux noms ne doivent pas s'appliquer à une seule et même ville , comme je suis assez disposé à le croire.

Kafr-Kemah , ou Kemeh , ne peut être , que je sache , identifiée avec aucune localité antique. Quant à Kaoukab, le Rév. Robinson a établi d'une manière satisfaisante, que c'est le château de Belvoir, ou de Beauvoir, forteresse dont il est souvent question dans l'histoire des croisades.

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