Vit. Jos. Ȕ H suiv
Presque tous étaient des Juifs étrangers à la ville, et lorsqu'ils y furent rentrés, les habitants auxquels cette guerre, qui compromettait leurs biens et leur vie, plaisait médiocrement, et qui d'ailleurs venaient de voir périr un grand nombre das leurs, cherchèrent à se révolter contre ceux que les Romains avaient mis en fuite; mais ceux-ci étaient en majorité; une dissension tumultueuse s'éleva entre les deux partis, et de grands cris se firent entendre au-dessus des murailles. Titus alors, avec cette rapidité de vue et cette énergie qui font les héros, comprit que le moment était opportun pour se rendre maître de la place, et donnant l'exemple de l'audace, il lança son cheval dans le lac, tourna ainsi le rempart, et, suivi de sa cavalerie qui ne voulut pas rester en arrière d'un pareil chef, il fit irruption dans Taricheae, par la portion du rivage qui n'était pas défendue par un mur de quai.
On comprend quelle terreur dut s'emparer des Juifs à la vue de cet audacieux coup de main. Les uns s'enfuirent à travers champs, et beaucoup d'autres périrent en s'eflbrçant de se réréfugier sur leurs barques, ou de suivre à la nage celles qui, chargées de monde, avaient réussi à s'éloigner de la côte. Titus finit par avoir pitié des habitants qui n'osaient se défendre, et lorsque tous ceux qui avaient pris part à l'action eurent été mis à mort, il donna l'ordre de cesser le carnage. Ceux qui s'étaient réfugiés sur le lac, voyant la ville au pouvoir de l'ennemi, s'enfuirent au large, et le plus loin possible des Romains.
Vespasien, informé aussitôt du succès de cet incroyable fait d'armes, ordonna sur-le-champ d'entourer la ville, et de mettre à mort quiconque essaierait d'en sortir. Le lendemain , il vint à Taricheœ et fit commencer aussitôt la construction de radeaux, à l'aide desquels il pût poursuivre et atteindre ceux qui avaient fui sur le lac. Dès que ces radeaux furent prêts, ils furent lancés contre les Juifs, qui essayèrent vaine-
ment de résister. Les Romains en firent un effroyable massacre, sur le lac d'abord, et ensuite sur la côte où ils avaient été rejetés, si bien que Pair fut longtemps empesté sur les rives du lac , par les cadavres en putréfaction. Avec ceux qui avaient péri à la prise de la ville , le nombre des morts s'éleva à six mille cinq cents.
Aussitôt le combat naval terminé, Vespasien réunit un conseil de guerre à Taricheae même, et on y discuta le sort à réserver aux vaincus. Les habitants de la ville une fois mis à part et pardonnes, Vespasien fit semblant d'accorder la vie sauve aux Juifs étrangers, mais il ne leur laissa que la liberté de s'en aller du côté de Tibériade. Les soldats romains en gardaient le chemin, pour que personne ne pût s'en écarter. Tous durent donc entrer à Tibériade, et ils y furent aussitôt enfermés. Vespasien les y suivit aussitôt , les fit tous amener au stade, et donna l'ordre de mettre immédiatement à mort les vieillards et les infirmes, au nombre de douze cents. Les plus jeunes et les plus vigoureux, choisis au nombre de six mille, furent envoyés à Néron à l'Isthme , et de la multitude de surplus, trente mille quatre cents furent vendus. Un certain nombre fut en outre réservé à Agrippa pour qu'il en fît à son bon plaisir, et ce monarque les fit vendre. Il est difficile de ne pas croire qu'il y a beaucoup d'exagération dans les chiffres que je viens de rapporter
Du curieux récit dont j'ai donné l'analyse le plus succinctement qu'il m'a été possible, il résulte 1° que les murailles de Taricheae et la ville elle-même étaient dominées par une montagne; 2° que la grève non garnie de murailles était de nature à permettre à Titus et à ses cavaliers d'entrer dans la ville, en faisant passer leurs chevaux par le lac. Ces deux