Bell. Jud., m, x, i-io
faits sont parfaitement exacts, en ce qui regarde les ruines qui se nomment Kedes et qui sont bien celles de Taricheœ; ils deviennent forcément inadmissibles, si l'on veut voir Taricheae dans les ruines du village très-probablement moderne d'el-Karak. Celui-ci n'a donc , comme je l'ai dit , pris que le nom de la ville antique en l'estropiant , sans en prendre la place.
Pendant notre course de Thabarieh au Jourdain, nous avons fréquemment croisé des passants qui se rendaient à Thabarieh, venant du Rhôr, soit de la rive droite, soit de la rive gauche, par le bac. L'un d'eux, véritable Bédouin, type des Rhaouarna, nous a fait horreur; le malheureux avait reçu sur la figure un coup de sabre qui lui avait enlevé tout le nez et une partie des lèvres. Sa plaie n'était nullement pansée, et il s'en allait assez tranquillement , au pas de son cheval , et la lance sur l'épaule , chercher du secours à Thabarieh, où il espérait probablement trouver quelque hakim capable de le guérir. Je doute fort qu'il y ait réussi, et que par la rude chaleur qu'il faisait déjà , la gangrène ne lui ait pas joué un mauvais tour.
Du haut de la digue dont j'ai parlé plusieurs fois, et qui domine le lac de quinze ou vingt mètres au moins, on apercevait dans les eaux de celui-ci, de magnifiques poissons. Édouard en a tiré un à balle, et la pauvre bête, tournant le ventre en l'air, nous a paru se débattre contre l'agonie. Une légère teinte rouge nous a même semblé colorer l'eau dans laquelle il nageait. C'était donc un superbe coup de fusil , et il s'agissait de se rendre maître du gibier touché. Édouard , s'accrochant aux buissons qui couvrent le flanc presque perpendiculaire de la digue, parvint au niveau du lac, évidemment très-profond en ce point. Son poisson s'était éloigné de quelques pieds, et il fallut s'aider d'une baguette pour l'atteindre; mais, hélas! le contact de la bienheureuse baguette
sembla ressusciter le moribond; à peine atteint, il se retourna, plongea et disparut, nous laissant tout étonnés et surtout fort désappointés, car nous avions fermement compté le faire entrer pour quelque chose dans notre dîner du jour.
Une fois installés au bord du Jourdain , nous nous sommes dispersés, pour faire la chasse aux insectes, aux coquilles fluviatiles et aux plantes, et nous avons ramassé force merveilles. Belly et Loysel ont tué des mouettes qui se montrent en grande quantité à la sortie du Jourdain ; mais, sans en être bien sûrs, nous avons considéré ces oiseaux comme identiques avec nos mouettes des bords de l'Océan, et nous les avons laissés là. La tournure d'un autre oiseau d'eau m'a beaucoup frappé dans notre promenade : c'est une sorte de gros martin-pêcheur, tacheté de noir et de blanc, et qui porte une belle huppe sur la tète.
Après quelques heures employées à explorer les environs du point curieux où nous nous étions installés pour déjeuner, il a fallu songer à regagner Thabarieh, où Rothschild, suivi de Selim, était retourné bien avant nous. Au retour, nous avons renouvelé toutes nos observations sur les ruines curieuses de Taricheae r.
En repassant auprès des bains d'el- Hammam, j'ai prié Édouard d'aller reconnaître, sur le flanc de la montagne, en avant de l'établissement thermal, c'est-à-dire au sud, un petit édifice ruiné au milieu duquel paraissait debout un tronçon de colonne. Pour les Juifs de Thabarieh , cet édifice est le tombeau d'un prophète. Mais c'est là une tradition extravagante; l'édifice en question est d'une construction plus que médiocre, et qui trahit une très-faible antiquité. D'ailleurs , la prétendue colonne est composée de deux tambours de colonne, superposés, il est vrai , mais de diamètres tout différents. Ce tom-
1. Etienne, dans ses Ethniques, dit, au mot Tapi***, que ie nom de cette ville sVmploif indifféremment an sin-uUer et :m pluriel.
beau, si c'en est un, ne vaut donc pas trop la peine que Ton se dérange de son chemin, pour le visiter.
J'ai vérifié, en revenant, que les excavations sépulcrales que j'avaisaperçues de loin, hier matin, sont au nombre dedeux. Elles paraissent difficiles à atteindre, et il faudrait une course spéciale et assez longue pour aller les étudier. Je suppose qu'elles sont analogues aux caves sépulcrales des nécropoles que nous avons rencontrées déjà tant de fois.
Toutes les ruines de la Tibériade antique sont au sud de la Thabarieh du moyen âge; au nord il n'y en a pas trace. Ainsi que je l'ai déjà dit , les fûts de colonnes s'y montrent en trèsgrande quantité, surtout au point que les Juifs appellent l'École talmudique. Sans aucun doute, des fouilles entreprises sur toute l'étendue du terrain compris entre la ville actuelle et el-Hammam seraient on ne peut plus productives; mais, qui les entreprendra jamais?
Nous étions arrivés à la porte de Thabarieh à cinq heures précises. A quatre heures dix minutes nous touchions, en revenant du Jourdain, aux ruines de la première ville placée au sud de Taricheae. De là aux ruines d'el-Karak, c'est-à-dire à la tête septentrionale de la digue, il y a une demi-heure de chemin. Il y a donc, à très-peu près, de Thabarieh à la sortie du Jourdain, pour une heure vingt minutes de chemin, en marchant bon train , c'est-à-dire en faisant un peu plus d'un kilomètre toutes les dix minutes. C'est donc environ neuf à dix kilomètres de distance. On peut encore déduire de là les distances suivantes. Il y a sept ou huit kilomètres de la porte de Thabarieh à la pointe sud de la ville en ruines, placée au delà de Tharicheaî, six kilomètres de Thabarieh à la pointe sud de Tharicheae, dont les traces ont à peu près deux kilomètres d'étendue; enfin, trois kilomètres , au plus, séparent el-Hammam de la ville.
Une fois rentrés, nous nous sommes assez promptement fait
servir à dîner, et, presque aussitôt après le dîner, je me suis couché. J'étais harassé de fatigue, et mon mal de tête n'avait fait que croître pendant la journée.
Au retour, nous avons retrouvé, avec grand plaisir, notre brave Mohammed , qui a quitté sa famille pour venir nous rejoindre et que nous emmenons décidément à Paris avec nous. Son neveu , Ismayl, voudrait bien être de la partie et ne plus nous quitter, mais nous ne pouvons nous accommoder de ce surcroît de dépense inutile ; en conséquence , je lui paye sa solde des deux jours qu'il est resté à notre service, et je le congédie, à son grand désappointement.
Maintenant, que nous avons vu tout ce que nous avions à voir à Thabarieh et au sud de cette ville, nous faisons nos préparatifs pour en partir demain matin. Voyons maintenant ce que l'on sait de l'histoire de Tibériade.
Josèphe nous apprend qu'une ville fut fondée, par Hérode Antipas, le tétrarque, dans la plus belle partie de la Galilée, au bord du lac de Gennezareth , et qu'elle reçut le nom de Tibériade, en l'honneur de Tibère avec lequel le tétrarque était lié d'amitié. Celui-ci eut beaucoup de peine à créer une population pour sa nouvelle ville, et ce ne fut qu'en accordant des immunités à ceux qui l'habiteraient, en leur construisant des maisons et en leur concédant des terrains, qu'il parvint à y établir un ramassis d'étrangers, de gens dont la condition libre n'était pas suffisamment établie, et de Galiléens qui y furent transplantés par force. La cause réelle de cette répugnance était que des sépulcres avaient été détruits, pour jeter les fondements de la nouvelle ville, et que, par conséquent, d'après les lois judaïques, les habitants d'une ville pareille étaient frappés d'une impureté de sept jours Nous avons déjà dit, plus