‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 172 sur 211 · Palast., p. lo · texte numérisé non relu

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sens, et nous nous sommes décides à payer sans mot dire, mais en nous réservant de constater de bonne encre, dans le registre en question, notre avis sur l'honnêteté du lieu. Ce sera un précieux complément de la collection d'autographes déjà recueillis j>ar notre hôte. J'ai appris que, depuis notre passage, le curieux album avait été retiré de la circulation, et soustrait à l'appréciation des nouveaux venus.

Pendant que nos bagages se chargeaient, j'ai aperçu, dans le mur de la cour de l'auberge Weisemann, deux fragments de sculpture assez intéressants, et dont je me suis hâté de prendre des croquis. L'un , que le propriétaire affirme avoir été tiré des ruines d'Omm-Keys (l'antique Gadara), situées sur l'autre rive du lac, représente le chandelier à sept branches, entouré d'une couronne et accompagné de deux couteaux de sacrifice. Vautre est un fragment de porte antique , offrant l'encadrement à crossettes, des tombeaux de la vallée de Ilinnom. Probablement ce dernier morceau provient des ruines de Tibériade l.

Enfin tout est prêt; nous montons à cheval, et nous nous éloignons légers de cœurs et d'argent, de la case de notre fripon d'hôte. Fiez-vous donc aux gros hommes tout ronds, après cela ! Nous devons sortir de Thabarieh , par la porte qui nous y a introduits ; longeant donc à gauche des maisons renversées, et à droite l'enclos d'une mosquée toute disloquée, nous franchissons pour la dernière fois l'enceinte de la ville, et tournant immédiatement à droite, c'est-à-dire au nord, nous nous acheminons vers Safed. Le sentier que nous suivons est délicieusement fleuri ; après avoir traversé une petite plaine, dans laquelle est un faible ruisseau qui se rattache à une source nommée Ayn-el-Barideh, il s'élève assez rapidement sur le flanc d'une colline, en continuant de se prolonger à peu près

i. Voyrt pl. nu,

parallèlement à la côte. Il semble que le lac se soit paré coquettement de tous ses atours, pour recevoir nos adieux ; il est de fait qu'il nous paraît plus riant encore que de Pautre côté de Thabarieh. Quelques roches à fleur d'eau se montrent vers le large, et elles sont couvertes de milliers d'oiseaux aquatiques, parmi lesquels les gros pélicans gris sont en majorité. D'innombrables canards prennent leurs ébats sur tous les points ; le lac est d'une tranquillité parfaite, et ses eaux scintillantes resplendissent de tout l'éclat du ciel et du soleil.

Pendant que j'admire, de toutes les forces de mon cœur, ce magnifique spectacle , l'abbé, sans cesser d'en faire autant, s'arrête à chaque pas, pour remplir de charmantes fleurs, sa boîte d'herborisation. Le temps se passe rapidement, trop rapidement à notre gré, et lorsque nous avons marché une heure et demie, notre route s'abaisse; devant elle s'ouvre une petite plaine verdoyante et fleurie , et nous arrivons en face d'un misérable hameau, au milieu duquel se montrent quelques ruines antiques, ayant l'apparence de restes de fortifications. Ce hameau, c'est el-Medjdel, la forteresse! Quelle est cette Medjdel ? c'est la Magdala de l'Évangile, le lieu de naissance de Marie-Magdeleine. Nous lisons dans l'évangile de saint Marc (7), que Jésus-Christ se rendit des frontières de Tyr et de Sidon, sur les frontières de la Décapole, et comme il n'est nullement question qu'il ait passé ni le Jourdain, ni le lac de Gennezareth, il paraît bien clair qu'il se rendit dans la partie cisjordane de la Décapole , partie dans laquelle se trouvait Scythopolis, l'antique Beit-San. C'est là que s'accomplit le miracle de la multiplication des sept pains, comme disent saint Marc et saint Mathieu (et non des cinq pains, el-Khamsè- Khobzat, comme le disent les Musulmans, qui connaissent et montrent aux voyageurs les plates-formes de roche basaltique situées au-dessus de la montagne qui domine Thabarieh, et

sur lesquelles les pains furent distribués). Aussitôt après, le Christ et ses disciples vinrent s'embarquer, et allèrent toucher à Magdala, dit saint Mathieu, à Dalmanoutha, dit saint Marc, où ils ne s'arrêtèrent qu'un instant, puis ils se dirigèrent vers l'autre rive (ci; tô r.épav, Marc et Mathieu •) pour aller gagner ensuite Césarée de Philippe, aujourd'hui fianias.

Puisque Jésus-Christ, en s'enibarquant sur la mer de Galilée, après le miracle de la multiplication des pains, partait pour Césarée de Philippe, il est bien cluir qu'il ne quittait pas la dé- ,capole transjordane, car sans cela il eût traversé le lac inutilement, une première fois pour venir à Magdala, et une deuxième fois pour revenir sur ses pas, vers la route de Césarée. Je ne puis donc m'expliquer comment le Rév. Robinson * a pu dire: « After the miraculous feeding of the four thousand, which appears to have taken place in the country east of the lake ; » car c'est tout le contraire que l'on est forcé de conclure du texte môme des Évangiles.

Que pouvait être Dalmanoutha, que l'un des deux évarigélistes précités substitue, dans son récit, à Magdala que mentionne l'autre? On l'ignore. Peut-être les deux noms s'appliquaient-ils indifféremment à la même localité. Ceci serait d'autant plus possible qu'el-Medjdel , véritable forme du nom grécisé Magdala, signifie simplement « la forteresse. »

Le ïalmud de Jérusalem, compilé à Tibériade, mentionne Magdala comme une localité voisine à la fois de Tibériade et de Hammath. Robinson voit dans Hammath les thermes d'Emmaus, mais je crois que c'est à tort. Il s'agit là précisément de la Hammath biblique, remplacée par Qalâat-el-Hammam ; effectivement el-Medjdel se trouve située à l'embouchure de

1. C'est ce mot Peran qui est l'origine du nom de la Perte, nipaî», nom qui Signifie au propre le pays d'au delà.

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