‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 173 sur 211 · Tome III, p. Î · texte numérisé non relu

Tome III, p. Î

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 489 rOuad-el-IIammam , ce qui place nettement Magdala entre Tibériade et Qalàat-el-Hammam, comme l'indique le Talmud.

Le livre de Josué (xix, 38) mentionne une Medjdel-EI parmi les places les plus fortes de la tribu de Nephtali, et Ton a pensé que c'était la même que notre Mcdjdel. Je ne puis Je croire, parce que cette ville est citée fort loin de Kenret, dont el-Medjdel est forcément voisine.

Dès que l'on a dépassé el-Medjdel, on aperçoit Pembouchure de l'Ouad-el-Hammam, et, sur l'un des sommets qui le dominent, la ruine qu'Ismayl m'a nommée Qalâat-el- Hammam, aujourd'hui Mohammed me la désigne sous le nom de Qalàat-el-Mâan. Ceci se rapproche fort du nom Qalâat-ebn-Màan. La ruine porte-t-elle en réalité les deux noms que j'ai recueillis? Je suis bien tenté de le croire. M. J. de Bertou1 cite aussi le Qalâat-ebn-Màan, qui pourrait bien être, à son avis, la Taricheae de Josèphe. Je me dispense de discuter cette identification.

Au delà d'el-Medjdel commence immédiatement une petite plaine bien arrosée, bien fertile, et dont l'aspect est charmant. Cette plaine, qui se nomme aujourd'hui el-Rhoueyr, le petit Rhôr, le petit marais, c'est la plaine que Josèphe décrit en l'appelant Djennesar % et dont il fait un délicieux tableau. Ce tableau a pu être d'une scrupuleuse vérité, à en • juger par l'état actuel du terrain que la culture n'a pas abandonné, il est vrai, mais dont les habitants sont trop clairsemés, pour qu'ils puissent en tirer tout le parti qu'on en tirait autrefois. Dans sa description, Josèphe a inséré une phrase qui est bien précieuse. Voici cette phrase : « Joignez à la douceur de l'air, le bienfait d'une source très-abondante que les habitants du pays appellent Capharnaoum. Quelques personnes ont cru

1. Bull. dêlaSoc. de géogr.,i. XII, n»69 et 70, p. 146. S. Bell. Jud., us, x, 8. ,

que cette source était reliée au Nil , parce qu'elle engendre des poissons semblables au korakinos, qui vit dans les marais, près d'Alexandrie. Cette plaine a , sur la côte du lac qui porte le même nom qu'elle, une longueur de trente stades et une largeur de vingt seulement f. »

Concluons de ce passage, que la plaine que Josèphe appelle i ewTiaàp, et qui n'est que notre el-Rhoueyr, parce qu'il n'y a pas, au bord du lac, d'autre plaine qui puisse lui disputer cet honneur, a donné son nom au lac lui-même. Concluons-en de plus, que la Capharnaûm des Évangiles se trouvait forcément dans cette plaine, puisque du temps de Josèphe, c'est-à-dire à un demi-siècle de distance seulement , les habitants du pays appelaient Capharnaoum la source qui fertilisait la plaine de Gennesar.

Maintenant , était-ce la source même qui portait le nom de Capharnaoum? Évidemment non. Il serait absurde de supposer que l'on eût donné à une source un nom propre commençant par le mot « kafr, » village. Il serait tout aussi absurde de supposer que Josèphe, qui apparemment savait sa langue maternelle, aurait commis une semblable bévue, sans s'en douter. Sa phrase a donc été forcément, indubitablement tronquée, et ce qu'il a voulu dire, c'est que cette belle source s'appelait la source de Capharnaoum. Capharnaoum était donc près de la source qui lui avait emprunté son nom : donc la source une fois trouvée, Capharnaiim doit être retrouvée aussi. Nous allons voir que cette conclusion toute logique se vérifie sur place, dès que l'on veut bien apporter un peu d'attention à l'examen du terrain.

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ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 491 Lorsqu'on a dépassé el-Medjdel depuis une dizaine de minutes, on traverse le Nahr, qui sort de l'Ouad-el-Hammam, et l'on trouve un peu plus loin, à droite du chemin et au milieu d'un épais fourré d'arbrisseaux, de plantes grimpantes et de hautes herbes, un magnifique bassin rond, d'une construction extrêmement soignée. Le bord de ce bassin forme un massif de maçonnerie revêtu de belles pierres de taille, et dont l'épaisseur varie de cinq à six mètres. Le bassin a de vingt à vingt-cinq mètres de diamètre, et deux mètres de hauteur au-dessus du fond. L'eau qu'il contient, et dont la profondeur n'est guère que de deux pieds au plus, est très-belle et trèslimpide. On y voit nager une foule de petits poissons très-vifs, assez semblables pour la forme et la taille, autant que j'en ai pu juger « grosso modo, » à de beaux goujons ou à des éperlans1. A l'ouest de ce superbe bassin, la plaine est bornée par des coteaux jonchés de blocs de lave en innombrable quantité. Évidemment ces blocs ne sont pas venus là tout seuls, et ils sont, comme ceux de Taricheœ, les restes des constructions d'une ville antique. Seulèment, ils sont certainement plus gros que ceux de Taricheœ, et je n'hésite pas à croire que cet excès de dimensions dénote un excès d'antiquité.

11 ne me paraît pas possible de douter de l'identité de la source que renferme le bassin de pierre décrit tout à l'heure, et qui s'appelle aujourd'hui el-Ayn-el-Medaouarah (la fontaine ronde) , avec la source dont parle Josèphe et qu'il appelle source de Capharnaoum. Celle-ci arrosait et fertilisait la plaine de Gennesar; l'autre arrose et fertilise toujours la plaine de Gennesar, qui se nomme aujourd'hui el-Rhoueyr; car l'eau s'échappe du bassin par un large ruisseau, duquel on pour-

i. Ce bassin est tout à fait analogue aux bassins de Ras-el-Ayn près Sour, et comme eux il était destint4 à envelopper la source qui devait fertiliser la contrée, et A eramapisiner pour ainsi dire ses eaux.

rail très-aisément tirer des canaux d'irrigation La fontaine de Josèphe nourrissait une foule de petits poissons; la fontaine ronde contient encore les descendants des poissons dont la présence a été signalée par Josèphe. Nous sommes donc incontestablement sur le territoire de Capharnaoum. lorsque, nous sommes a l'Ayn-el-Medaouarah. Les ruines aujourd'hui reconnaissantes, dont les blocs basaltiques jonchent les coteaux voisins, sont doue, incontestablement aussi, les ruines de la Capharnaûm des Évangiles.

A partir de ce bassin remarquable, les ruines ne cessent pas de se montrer jusqu'au village ruiné d'Abou-Chouched. Ce village se trouve sur une colline qui se rattache à la chaîne qui borde à l'ouest la plaine de (iennesar ou d'el-Rhoueyr, et elle s'avance vers l'est, pour rétrécir notablement cette petite plaine. Line quantité très-considérable de blocs de lave jonche tout le site d'Abou-Chouched, et un glacis, formé de blocs énormes de même nature et aussi bien conservé que le glacis de pierres construit au bas du château de Karak, garnit la base de la colline sur laquelle était le village. De celui-ci il ne reste que des pans de mur d'apparence tout à fait moderne, mais au milieu desquels est encore debout une tour carrée et voûtée, construite en beaux blocs d'appareil hérodien ou romain du haut empire. Cette tour est appliquée contre une muraille de construction plus récente.

Au delà, vers le nord-est, les ruines, c' est-a-dire les accumulations sur le terrain, de blocs de lave provenant certainement d'édifices antiques, continuent a se montrer jusqu'au bord d'une petite rivière d'eau pure et vive, qu'on m'a nommée Nâhr-el-Aamoud, et qui descend de l'Ouad-el-Aamoud (vallée de la colonne). Au bord de ce large ruisseau, qui roule de belles eaux limpides, est un moulin abandonné. Le Rév. Robinson et M. de Bertou ont, pour ce ruisseau, obtenu de leurs

guides Pindication qu'il descendait de l'Ouad-er-Rabadyeh. Lequel des deux noms est le bon? Je l'ignore. Mais probablement tous les deux sont admissibles, car le village de Rabadyeh se trouve dans l'Ouad-el-Aamoud. Dans la plaine, au-dessous des mêmes collines qui avoisinent Abou-Chouched, Robinson a rencontré, en se dirigeant au nord-est, vers le Khan-Minieh , un fût de colonne calcaire d'une vingtaine de pieds de longueur et de deux pieds de diamètre. Il suppose, avec raison, que rOuad-el-Aamoud a reçu son nom de la présence de cette colonne qui n'est certainement pas venue là toute seule, et que les Arabes n'ont probablement jamais eu l'idée d'amener en ce point. Cette colonne appartient donc aux immenses ruines en blocs de lave, qui commencent vis-à-vis V Ayn-el-Medaouarah , et qui ne cessent qu'au bout de l'Ouad-el-Aamoud.

A quelle localité appartiennent ces ruines immenses. Celles qui sont dans le voisinage immédiat de l' Ayn-el-Medaouarah, à Capharnaûm, très-certainement. Mais Capharnaùm s'étenditelle jusqu'à Abou-Chouched? C'est ce que je ne puis croire, vu la grandeur d'une pareille ville. Il y a donc eu probablement au-dessus de la plaine de Gennesar deux villes qui se sont succédé; la plus ancienne, placée au nord vers l'entrée de cette plaine fertile, aura occupé la colline d' Abou-Chouched (le père Scorpion) qui en était la clef, et c'était une place forte dont un glacis de blocs de lave garantissait les abords. Cette ville antique, je vais essayer, tout à l'heure, de prouver que c'était Kenret. La seconde, contemporaine de Taricheae, construite comme elle, et avec les mêmes matériaux qu'elle, était vers l'extrémité sud d'el-Rhoueyr, et dans le voisinage immédiat de l'Ayn-el-Medaouarah, que Josèphe appelle Capharnaoum.

Remarquons en passant que, si je ne me trompe pas, sur la rive occidentale du lac de (icnnezareth deux villes importantes étaient assises aux deux extrémités : Tarichea3 au sud,

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kenret au nord. Cette disposition de villes importantes avait également lieu au bord occidental du lac Asphaltite, puisque Sodome était à la pointe sud et (iomorrhe à la pointe nord de la côte. Nous verrons que le même système d'établissements se reconnaît encore lorsqu'il s'agit du Bahr-el-Houleh.

Revenons à Capharnaûm. Ce nom signifie village de Nahoum (Din: Cette ville était sur la limite des deux tribus de Zabulon et de Nephtali, et au bord de la mer de Galilée1. 5. Notre Seigneur, quittant Nazareth, vint y demeurer*, si bien que Capharnaûm est appelée dans l'Évangile i&a roXiç, la ville particulière de Jésus-Christ. C'était une ville florissante3, et l'on y descendait en venant de Kana < comme en venant de Nazareth 5.

Nous lisons dans l'évangile de saint Mathieu (n-23) cette terrible parole de Jésus-Christ, prononcée contre Capharnaûm : Et toi, Capharnaûm, qui t'es élevée jusqu'au ciel, tu seras abaissée jusqu'aux enfers. Kal <rù KaTrepvao'jjx ^ t<oç toC ôupavoù û'}w8eî<ya , !a>ç a&ou x*Ta€i6a<7Ô/)<ï7i. La prophétie s'est bien ponctuellement accomplie, puisque ceux-là même qui ont été à la recherche de ses ruines les ont méconnues, ainsi que l'a fait le Rév. Robinson qui, s'il avait étudié les vestiges de Taricheae , ne s'y serait certainement pas trompé.

Voici ce que cet ardent explorateur des antiquités bibliques dit de ce qui, pour moi, représente indubitablement Capharnaûm6 : « 1 ascended it therefore, (sur les coteaux couverts de blocs de lave, et qui dominent à l'ouest l'ayn el-Medaouarah) excited with the eager hope of finding some trace of a former

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