II
sous los mêmes pierres, beaucoup de superbes serpents que nous n'avions pas le moindre désir de déranger, nous ne gardons pas longtemps notre ardeur cntomologique. Je doute qu'il y ait au monde un lieu aussi généreusement doté de reptiles que l'Ardh-el-Houleh. Heureusement ces vilaines betes sont encore un peu engourdies par l'hiver, et nous pouvons prendre le plaisir de les tuer, sans courir de danger réel. Mais que doit être ce pays dans la saison chaude? Certainement on n'y peut pas faire dix pas, sans se trouver nez à nez avec un reptile.
Pendant que nous ramassions des coléoptères, l'abbé ramassait des plantes, et il a, entre autres, récolté un magnifique iris à fleurs grises et blanches, tigrées de noir. Je ne sais si cette superbe plante a été. acclimatée dans nos parterres, mais, à coup sûr, elle y ferait un fort bon elTet.
Vers le point où la nature du terrain fangeux de l'Ardh-el- Houleh, commence, d'après l'avis de nos guides, à pouvoir nous porter, nous et nos chevaux, et va, par conséquent, nous permettre de passer des collines occidentales aux collines orientales de cette large vallée , nous traversons un long village arabe formé de tentes et de huttes. Est-ce un village à poste fixe? Je ne le crois pas; ce qui est certain, c'est que l'on n'a pu m'en donner le nom, et que, par conséquent, il y a lieu de penser que c'est un simple établissement passager, bien qu'il m'ait paru considérable, k la sortie de ce village, nous avons immédiatement tourné vers l'est , en suivant une crête de petites collines, à gauche de laquelle se trouve un village nommé cl-Khadcsa, dont nous longeons le territoire. En ce moment, nous tournons précisément le dos à une espèce de forteresse, située au sommet d'une montagne, à environ une lieue de nous, et qui se nomme Kalàat-Hounin. Nous traversons une petite plaine basse, bien cultivée, de quelques centaines de mètres de largeur au plus, et qui, se trouvant coupée par une foule de
petits fossés d'irrigation, n'est pas très-facile a franchir. Noâ chevaux y entrent jusqu'aux genoux ; mais nous arrivons enfin au pied d'un rideau de coteaux élevés, qui se dirige de l'ouest à l'est, et ferme, en quelque sorte, au nord le vaste bassin du Bahr-el-IIouleh. Nous montons de quelques mètres sur le flanc de ces collines verdoyantes, et de là, en regardant notre droite, c'est-à-dire au sud , nous jouissons de la vue entière de l' Ardhel-Uouleh.
Quelques mots maintenant sur ce lac dont je vais rappeler les dilîérents noms. Nous lisons dans Josué (xi) : Qu'à l'appel de Yabin, roi de Hazor, plusieurs rois se réunirent pour conv battre les Hébreux, à leur arrivée dans le pays de Kenâan. — 5. Tous ces rois fixèrent un lieu de réunion, vinrent et campèrent ensemble près des eaux de Mcroum (□"no""©), pour combattre contre Israël. — Ce nom de May-Mcroum signifiait les eaux d'en haut, les eaux supérieures. — 7. Josué vint, et toute l'armée avec lui, sur eux, près du camp de Meroum, subitement, et ils se précipitèrent sur eux. — Les rois coalisés furent battus et poursuivis, l'épée dans les reins, jusqu'auprès de Sidon, c'est-à-dire jusqu'à la mer de Phénicie.
Dans les Juges nous lisons (iv, 2) : L'Éternel les livra (les enfants d'Israël) dans la main de Yabin, roi de Kenâan, qui régnait à II azor. Le chef de son armée fut Sisera. — Vient alors le récit de la bataille gagnée sur les Kénûanéens par la prophétessc Déborah et par Barak. Au verset 10 nous voyons que Barak convoqua les tribus de Zebulon et de Nephtali à Kades (aujourd'hui Kcdes), ville située à la hauteur de la pointe nord du Bahr-el-IIouleh, et dans les montagnes, à quelques lieues à l'occident du lac. Il est assez difficile dès lors de comprendre comment la bataille eut lieu à Tùanek sur les eaux de Megiddo