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je persiste dans cette manière de voir, précisément parce que la montagne qui est en contact immédiat au sud avec le Djebelez-Zouera, se nomme encore de nos jours Djebel-es-Soufah. Je crois très-fermement que , cette fois encore , s'est conservé intact un nom biblique méconnu jusqu'à présent, et qu'un lieu, nommé dès l'antiquité la plus reculée Ouahab, a existé vers le pied du Djebel-es-Soufah, qui était alors à l'extrême frontière de la Moabitide.
J'ai discuté déjà la convenance de chercher dans le Kharbet et le Bordj-en-Nemaîreh, les ruines de Nimrin, devenu Bcnemarim, et Bennamerium. Il serait donc superflu d'y revenir ici. 11 en est de même d'Adjerrah, que je regarde formellement comme l'Adjelim de l'Écriture et l'Agalla de Josèphe.
J'ai mentionné dans mon itinéraire les ruines qui commencent au Talàa-Sebâan, et qui s'étendent sur plusieurs plateaux successifs, situés au pied des montagnes de Moab et depuis la sortie de l'Ouad-ed-Draâ jusque vers la plage de la mer Morte. Je propose formellement de voir dans ces ruines énormes, les restes de la Seboïm qui fut enveloppée dans la catastrophe de la Pentapole. Une ville aussi considérable que celle dont l'existence est constatée par les ruines en question, ne saurait avoir existé inaperçue, dans les siècles dont l'histoire nous a été conservée avec détails. Plusieurs cratères effroyables, trois au moins, entourent le site que j'attribue à Seboïm , et ils ont dû consommer en un clin d'œil l'anéantissement de cette ville coupable, que les explosions, partant d'au moins trois côtés à la fois, ont dû pulvériser. Rien, absolument rien ne prouve que toutes les cités maudites se trouvaient sur la même rive occidentale de la mer Morte. Il y a même de fortes présomptions en faveur de l'opinion que je crois devoir émettre, que l'une au moins des villes de la Pentapole devait être sur la rive orientale. En effet, une fois la catastrophe accomplie,
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. M pourquoi Loth eût-il monté dans la montagne au-dessus de Zoar, au lieu de se réfugier sur la rive orientale qui devait lui paraître un refuge plus assuré, si le terrible châtiment ne s'était pas étendu sur cette rive? Dira-t-on que celle-là n'était pas habitée? Cela paraît bien peu vraisemblable, car il n'y avait aucune raison absolument pour que la rive, devenue plus tard moabitique, ne participât point à la fertilité de toute la plaine. Il y a plus, nous savons que les Emim habitaient cette contrée, et Seboïm pouvait très-bien être une ville des Emim.
Ni Loth, ni ses filles, qui avaient habité longtemps Sodome, ne pouvaient ignorer l'existence d'une population nombreuse sur l'autre rive, et les filles du patriarche n'eussent pas cru à la destruction totale de l'espèce humaine, si le fléau qui les avait chassées de Sodome, n'eût pas également frappé , sous leurs yeux, la rive opposée à celle sur laquelle elles avaient cherché un refuge. D'ailleurs l'injonction des anges qui décidèrent le patriarche à fuir de Sodome, était formelle : « Ne t'arrête pas dans toute la plaine , fuis vers la montagne, » lui disaientils; par conséquent, toute la plaine était menacée et allait être bouleversée. Il ne peut donc venir à l'idée de personne que la portion orientale de la plaine ait échappé au désastre général.
Tout bien considéré , des villes pouvaient et devaient exister au pied des montagnes de Moab; et rien, absolument rien, n'empêche de croire que l'une des villes de la Pentapole ait existé en ce point. En conséquence, puisque je trouve, dans cette région-même, une ville énorme écrasée par les cratères d'explosion qui l'entourent, et dont une partie s'appelle encore aujourd'hui Sebâan, je n'hésite pas à y voir la Seboïm de l'Écriture, et je le fais avec d'autant plusde conviction, que ces ruines, tout à fait semblables d'ailleurs à celles de Sodome, ne sauraient s'identifier avec aucune autre ville de l'antiquité. Au reste , si l'on se refusait à admettre l'existence de l'une des villes de In
Pentapole sur la rive orientale de la mer Morte, on mettrait du coup à néant les présomptions sur lesquelles ïrby et Mangles d'abord, puis Robinson et d'autres voyageurs encore, ont cherché à établir que les ruines placées à proximité de la presqu'île d'el-MezrAah sont celles de Zoar. Répétons-le encore une fois : Sodome ne pouvait guère être à plus d'une demilieue de Zoar, et en ce cas, Sodome, pour ces doctes voyageurs, aurait été forcément sur la rive orientale de la mer Morte , que celle-ci existât ou n'existât pas encore , ce qui ne change absolument rien à l'affaire, puisque les distances horizontales, en tout état de cause, doivent être restées les mômes.
En résumé, on me permettra, j'espere, d'user du même droit que ces messieurs, et de mettre au Kharbet-Sebâan, Seboïm, avec un peu plus d'assurance qu'ils n'en ont eue en mettant arbitrairement Zoar en ce point , et sans que la présence d'aucun texte ou d'aucun souvenir traditionnel pût légitimer cette hypothèse.
Comme pour Niinrin et Adjelim, j'ai fait voir déjà la permanence de l'appellation biblique de la presqu'île de la mer Morte; Du temps de Moïse, elle s'appelait prSn, la Langue ; de nos jours, elle s'appelle toujours ^Udll la Langue.
Une localité des plus importantes à déterminer, c'est cello de Loueïth. Elle était sur la route d'Areopolis à Zoar, du temps d'Eusèbe. L'Écriture la place sur une montée; donc Loueïth, placée sur la voie fréquentée d'Areopolis à Zoar, voie qui passait, à n'en pas douter, par l'Ouad-ebni-Hammid, devait se rencontrer de toute nécessité dans l'Ouad qui, de la rive moabitique, montait à la plaine d'Areopolis. Or, la dernière montée qui donne accès à ce haut plateau, gravit à travers des ruines énormes, un Djebel-Nouehin ou Nouchid; ces ruines portent le même nom de Nouchin ou Nouehid ; les lettres L et N, dans la bouche des Arabes de cette contrée,
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 43 permutent avec une extrême facilité : je n'hésite donc pas un seul instant à voir dans les ruines et la montagno de Nouehid, les ruines et la montée de Loueïth.
Eusèbc nous a révélé l'existence d'une ville de la Moabitido, nommée Medabah , placée à huit milles d'Areopolis , sur le plateau qui s'étend au sud de l'Arnon, comme une autre Medabah placée presque en face , l'était sur le plateau qui s'étend au nord de l'Arnon. Si l'on se rappelle que le vallon qui coupe les ruines immenses du Kharbet-Fouqoîia , et dont les deux revers sont couverts des décombres d'une ville trèsconsidérable, se nomme Ouad-Ëindebêa, on ne sera nullement étonné, je pense, que je propose formellement de retrouver la Medabah d'Eusèbe, dans la ville ruinée qui couvre les deux rives de l'Ouad-Emdebca. Il existe bien , au pied même du piton sur lequel est bâti Karak, un Ouad-el-Medabeh ; mais cet ouad , qui change immédiatement do nom , ne peut rien avoir de commun avec la Medabah d'Eusèbe.
Schihan, on l'a vu, est uno localité des plus curieuses; et je n'ai pas hésité à reconnaître dans la ruino qui couronne le monticule de Schihan, un de ces temples qui étaient placés sur les hauts lieux. Si nous nous rappelons que Jérémie dit (xlviii , 65) : — Une flamme est sortie du milieu de Sihoun ; elle a dévoré les sommités de Moab, etc., — on ne trouvera probablement pas étrange que je retrouve le Sihoun biblique, dans le Schihan de nos jours, et que je propose cette identification avec une confiance entière.
Nous avons vu qu'un verset d'Isaïe (\v, 7) mentionne un torrent des Saules : — C'est pourquoi, dit le prophète, ils portent sur le Torrent des Saules le reste de leurs biens et leurs trésors. — I n peu plus haut , verset 5, il est dit que les fuyards errent jusqu'à Zoar. Évidemment ces fuyards reculaient devant l'ennemi, et le Torrent des Saules devait être sur la route du
plateau de Moab à Zoar. De plus, la dénomination spéciale de Torrent des Saules, prouve clairement qu'il n'y avait pas plusieurs cours d'eau qui méritassent ce nom. Je me permettrai donc de reconnaître le Torrent des Saules de la Bible, dans le cours d'eau dont le lit est rempli de salix babylonien, et qui descend, sous le nom de Seïl-ouad-ebni-Hammid , de la vallée même que remonte la voie antique.
Quant aux deux villes d'er-Rabba et de Karak, tout le monde est d'accord pour les identifier, la première avec Rabbat-Moab, et la deuxième avec Kir -Moab. Il serait donc inutile de discuter longuement la légitimité de cette double identification, et je me bornerai à rappeler le plus brièvement possible les principaux faits historiques qui concernent ces deux villes.
Le premier nom d'Aréopolis fut Ar; ce nom (-y comme Ty) signifie littéralement ville. Suivant le témoignage de Theodoret \ Ariel aurait été aussi le nom de cette ville. Ce renseignement nous est fourni une seconde fois par le même écrivain, dans son commentaire du chap. 29 d'Isaïe. Ceci est très-possible, mais il n'est nullement démontré que ce ne soit pas une autre localité qui ait porté ce nom. Sozomène mentionne comme ville d'Arabie, Aréopolis qui était de la troisième Palestine. Il dit de plus (1. vu, 15) qu'en Arabie, les Pétréens et les Aréopolitains combattirent avec fureur, pour défendre les temples de leurs dieux, ^tienne, dans ses Ethniques, nous apprend qu' Aréopolis est la même ville que Rabath-Moba, qui n'est évidemment que Rabbat-Moab. C'est saint Jérôme 1 qui nous a fait connaître la véritable origine du nom d'Aréopolis, et qui nous a prémunis contre la tentation de traduire ce nom par ville de Mars.