Voyez pl. u
S. Quelque temps après, en effet, l'inscription était apportée à Damas, et elle y est restée dans la maison du consulat de France. Il serait bien à désirer qu'elle fût transportée à Paris et déposée an Louvre. Elle a le mérite de nous faire connaître le nom d'nn évèque d'Abila de Lysanias.
dominent très-précieux de retrouver quelque inscription qui nous donnât le nom de la ville qui a existé en cet endroit. Je me promets de faire, à mon retour en France , des recherches sur cette localité, et f espère bien parvenir à la déterminer.
Je ne savais pas que, dès le lendemain matin, le problème serait parfaitement résolu pour moi.
Toute la caravane s'est réunie dans notre logis pour le dîner qui a été charmant; après le repas, le tchibouk et les causeries ont été leur train , comme si nous eussions été rassemblés dans un véritable salon. Puis, l'heure de la retraite est venue; chacun est rentré chez soi, et nous avons passé une nuit excellente.
Ce matin, en nous levant, nous avons trouvé le temps brouillé, il a beaucoup plu pendant la nuit ; l'aspect du ciel n'est pas rassurant, et il nous promet de la pluie pour toute la journée. Dès que je suis debout, un jeune homme du village, qui m'a vu, la veille au soir, courir avec enthousiasme à une demi-lieue pour trouver une pierre écrite, vient m'a vertir qu'il en connaît une autre beaucoup plus près. Nous nous mettons donc aussitôt en route , l'abbé et moi. Nous suivons la rive droite du Baradah (la carte de Ziwmermann place à fort ïe'Souk-el- Ouadi-Baradah sur la rive gauche) , à travers des arbres et des buissons, desquels tombe sur nous une averse perpétuelle, et nous sommes conduits par notre guide, en face d'une échelle jetée en travers de la rivière qui est très-large en ce point, et qui roule à travers des rochers, comme un gave des Pyrénées. J'avoue que je ne suis pas tenté de risquer le passage, avec la chance de me jeter dans le torrent et d'y prendre à tout le moins un bain fort désagréable, si j'ai le bonheur de m'en tirer.
Je rebrousse donc chemin ; mais ma timidité n'est pas contagieuse. L'abbé se lance à quatre pattes sur l'échelle, et arrive sain et sauf de l'autre côté. L'Arabe qui le suit en fait autant, et ils s'éloignent au milieu des monceaux de décombres et des tronçons de colonne encore debout, qui marquent d'une manière indubitable le principal quartier de la ville antique.
Je suis rentré assez piteusement, et comme je ne veux pas partir avant que l'abbé ne soit revenu, la famille de Ségur se met en route ; nous devons la rejoindre le plus promptement possible. Au bout d'une heure et demie, l'abbé rentre enthousiasmé de ce qu'il a vu. D'après son rapport, nous sommes sur l'emplacement d'une très-grande ville. Les ruines en sont trèsétendues, et tout le flanc de la montagne qui la domine sur la rive gauche du Nahr-Baradah, n'est qu'une vaste nécropole. Enfin, il a trouvé de belles inscriptions dans les rochers. Il n'en faut pas tant pour allumer ma curiosité, etje suis tout disposé à tenter le fameux passage de l'échelle. Mais il est inutile de s'exposer à ce casse-cou. Un pont traverse le Baradah, à un kilomètre environ en amont, et c'est par-là que l'abbé est revenu au Souq-el-Ouadi-Baradah. Nous nous hâtons de monter à cheval, et de gagner au plus vite le pont qui se nomme Djesres-Souq. Chemin faisant, nous apercevons, dans les rochers de la nécropole signalée par l'abbé, un petit fronton recouvrant deux personnages en haut relief et de grandeur naturelle.
En quelques minutes, nous sommes arrivés au pont, et nous mettons pied à terre. Nous laissons, au pied des rochers, nos chevaux à la garde de Mohammed, de Mattéo et de Saïd, avec ordre de préparer notre déjeuner, pour le moment où nous reviendrons. Aussitôt nous grimpons à travers les rocailles, et à une vingtaine de mètres au-dessus de la route, nous entrons dans une tranchée de cinq mètres de large et assez longue, entaillée avec grand soin dans la masse. Sur la paroi de gau-
che sont taillées deux belles niches superposées, dont l'inférieure contient un cippe en forme d'autel, portant l'inscription suivante :
PRO SALVTE IMP AVG ANTONI NI ET VERI M VO LVSIVS MAXIMVS 7.LEG XVI F F- QVI OPERI IN STITIT V.S.
A droite de la niche inférieure est ciselé un cartouche contenant cette autre inscription :
IMP CAES M AVREL ANTONINVS
AVG ARMENIACVS ET IMP CAES L AVREL VERVS AVG AR
MENIACVS VIAM FLVMINIS VI ABRVPTAM INTER....
MONTE RESTITVERVNT PER IVL VERVM LEG PR PR PROVINC
SYR ET AMICVM SVVM.
IMPENDIIS ABILENORVM.
Cette dernière ligne est rejetée en dehors du cartouche, sur un listel placé au-dessous. Quelques trous réguliers percés audessous de la niche supérieure et du grand cartouche, prouvent que des ornements avaient été fixés au rocher. De quelle nature étaient-ils? Il n'est plus possible aujourd'hui de le deviner.
A cent pas plus loin , s'ouvre une nouvelle tranchée de la même largeur, mais beaucoup plus courte, taillée avec le même soin, et sur le flanc de laquelle nous retrouvons les mêmes inscriptions, mais coupées un peu différemment, et complétant
certains mots des deux premiers exemplaires. Je crois donc utile d'en reproduire les variantes. L'inscription votive est encore sur un cippe, mais celui-ci est en saillie, et sans encadrement en forme de niche. En voici la forme :
PRO SALVTE IMP AVG ANTO NINI ET VERI M VOLVSIVS MAXIMVS V LEG XVI FF QVI OPER INSTITIT V S
Un grand cartouche contient encore la seconde inscription, mais cette fois, la dernière ligne est comprise dans le cartouche. Jusqu'à la cinquième ligne, le texte est identique; cette cinquième ligne contient les mots :
VI ABRVPTAM INTERCISO
et à partir de la sixième ligne, les deux exemplaires restent identiques.
Voici donc le problème que nous avait offert la recherche du nom de la ville antique, parfaitement résolu. Cette ville, c'était Àbila, sur laquelle je reviendrai tout à l'heure. Le Baradah, sous le règne de Marcus Aurelius et de LuciustVerus, avait enlevé, dans une crue, la route publique d' Abila. Les deux empereurs en ordonnèrent la reconstruction, et pour éviter un autre accident du même genre, Julius Verus, légat et propréteur de la province de Syrie, fit tailler la nouvelle route dans le rocher, bien au-dessus du lit du torrent. Ce fut la xvi* légion, commandée par Marcus Volusius Maximus, qui, sous la direction de son chef, acheva les travaux, dont les Abilènes firent tous les frais. On voit que le hasard m'avait bien servi, et qu'il m'a-
vait fourni un excellent renseignement sur le nom et l'histoire de la ville dont nous foulions le territoire
Une fois mes inscriptions copiées, nous descendons dans un canal-aqueduc tranché dans le flanc des rochers , et nous le suivons sur une assez grande étendue ; mais bientôt les dalles énormes qui le recouvraient, paraissent en place sur une étendue d'une quinzaine de mètres; l'espace ouvert qu'elles laissent est trop bas pour que l'on puisse cheminer dessous, autrement qu'à plat ventre, et comme il faudrait faire un détour immense, en revenant sur nos pas, pour contourner des masses de rochers très-considérables, afin de gagner la nécropole, il faut bien nous décider à passer sur la corniche de quinze à dix-huit centimètres de largeur, que ces dalles inclinées laissent libre sur le rebord du canal. Cette corniche à pic est tracée au-dessus d'un précipice d'une vingtaine de mètres de profondeur; ce n'est donc pas un chemin très-agréable à suivre. Nous nous décidons cependant à nous y engager, les uns après les autres, sans trop savoir comment nous reviendrons, et nous voilà tous passés de l'autre côté de l'abîme, sans le moindre accident.
Nous touchons alors aux tombeaux, et je me dépêche de prendre le plan d'un certain nombre d'entre eux, en choisissant les plus considérables. Des chambres taillées dans la masse contiennent, généralement en saillie, d'énormes cuves de différentes hauteurs, et à rebords destinés à fixer les couvercles. Ceux-ci ont tous disparu , et il n'est pas resté, dans toute la nécropole, une seule tombe qui n'ait été violée. Tous ces plans de cuves sépulcrales sont figurés sur la planche lu. Quelquefois de grands escaliers ont été taillés dans le roc, pour desservir les caveaux funéraires auxquels ils aboutissent. Un de ces caveaux qui contient seize cuves de sarcophage, présente à
1. Je ne sais si cette inscription est inédite; mais j'avoue que je ne le pense pas. elle est trop en vue de tous les voyageurs qui se rendent de Damas à Baalbek.
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. m
droite et à gauche de l'entrée, deux petites boies destinées a apporter un peu de jour dans l'intérieur du caveau. Quelques cuves sont taillées à ciel ouvert, et en gradins superposés, sur les faces horizontales du rocher.
Le fronton que nous avions aperçu de la route, en venant au Djesr-os-Souq , est excessivement mutilé; les deux grandes figures ont été violemment brisées et sont extrêmement frustes; de loin elles nous avaient paru d'une conservation satisfaisante. A coté de ce fronton est un petit caveau sépulcral auquel il se relie évidemment Celui-ci ne contient que cinq tombes : une à gauche, au-dessus du sol de la chambre et dans une grande niche en cul de four; deux au fond, parallèlement au coté, même , et juxtaposées au-dessus du sol , puis deux à droite en contre-bas; la première empiétant sur le sol de la chambre., et la seconde suivant immédiatement sous un arceau,
Un peu plus loin, j'ai rencontré sur une face de roche aplanie les traces d'inscription :
. . . APIOC ....
(Ici le rocher est brisé).
En un autre point , deux surfaces en forme de stèles ont été planées, pour recevoir des inscriptions; celle de gauche porte , autant que j'en ai pu juger, malgré son état de mutilation :
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