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La stèle de droite est tout à fait mutilée. Enfin, en un autre point, le rocher présente deux bustes vêtus de chlamydes, et dont les têtes ont été entièrement brisées.
Comme il est assez malaisé de se promener au milieu de ces rochers, notre exploration nous avait déjà pris trois heures, quelque diligence que nous y eussions mise; il était donc grandement temps de songer à la retraite. Nous nous réunîmes pour revenir au point où nos chevaux et notre déjeuner nous attendaient. Arrivé à Paqueduc et sur la corniche qu'il me fallait franchir, je sentis que le vertige allait me prendre, et, comme j'étais assez peu tenté de me rompre le cou , je me décidai à m'arrêter, et à faire un détour, quelque long qu'il fût, pour me débarrasser de cette fâcheuse nécessité. Je vis tous mes compagnons disparaître par ce chemin d'écureuil, et, quand je me trouvai tout seu! , il fallut bien m'ingénier pour me tirer de là. A une cinquantaine de mètres en arrière de l'extrémité de l'aqueduc, et à quelques mètres plus haut , je voyais une grande coupure dans le flanc de la montagne. J'y courus au plus vite et je reconnus alors que j'étais à l'entrée d'une tranchée taillée à pic dans le roc, et qui servit probablement au passage d'une route antique. Les traces du travail des hommes se montraient à chaque pas. Cette tranchée a quelques cents mètres de longueur; au delà je me trouvai sur des collines couvertes d'herbes, et assez accidentées pour qu'il me fût impossible de voir à un quart de lieue autour de moi. Je m'orientai donc le mieux que je pus, et je me dirigeai vers le Baradah. Comme j'avais marché pendant une demi-heure au moins , je dépassai de beaucoup la hauteur du Djesr-es-Souq. Enfin je gravis une dernière crête qui me permit d'apercevoir le pont. Je pris la course et j'arrivai bientôt auprès de mes amis, éreinté par suite de ma promenade solitaire, et trempé à la fois par la
sueur et par la pluie qui avait commencé à tomber depuis près d'une heure.
Comme personne ne savait ce que j'étais devenu , on était un peu inquiet de mon absence ; peut-être aussi la regrettaiton d'autant plus vivement qu'elle retardait le déjeuner. Aussitôt que je parus, les vivres furent réclamés d'un cri unanime que je ne fus pas le dernier à proférer; je mourais de faim.
Aussitôt notre repas fait , nous montâmes à cheval , et , marchant grand train, nous longeâmes la rive gauche du Baradah, et nous atteignîmes bientôt une assez jolie plaine, que nous traversâmes de l'est à l'ouest, et qui se nomme Sahel- Zebdany. A notre droite se trouvait une chaîne de montagnes élevées, parallèlement à laquelle était tracée notre route. Au bout de la plaine est placé un très-gros village, nommé Zebdany, et qui pourrait même à la rigueur passer pour une petite ville. Une demi-lieue avant Zebdany, une effroyable averse nous a pris, et comme maintenant nous sommes mouillés comme des canards, et que d'ailleurs la famille de Ségur a poussé plus loin , nous passons outre. Des débris antiques se montrent par-ci par-là à Zebdany , dans les murailles des maisons et au bord des chemins. A la sortie du village, nous passons devant un moulin établi sur un affluent du Baradah , et auquel conduit un pont antique d'un très-bel appareil.
A une distance de Zebdany , à peu près égale à celle du Djesr-es-Souq à Zebdany , nous passons à côté d'un village nommé Ayn-Hour, que nous laissons à notre droite. Un peu avant d'arriver à hauteur de ce village, j'avais aperçu de loin, dans le flanc de la montagne, des excavations sépulcrales, en assez grand nombre pour constater la nécropole d'une ville antique. Au delà de Ayn-Hour, notre route qui avait été. jusque-là à l'ouest-nord-ouest, tourne brusquement au nordest. Devant nous, mais à près de deux lieues, paraissait un
m VOYAGE EN SYJUE
fourré d'arbres, au milieu duquel était un village; c'était Sarrhayah. Nous en étions encore à près d'une lieue, lorsque nous fûmes enveloppés par une affreuse bourrasque de neige, qui ne nous quitta plus jusqu'au village, et qui nous mit dans un tel état, qu'en arrivant au gîte, il fallut nous dépouiller des pieds à la téte, pour tordre nos chemises et faire sécher nos habits tant bien que mal.
Trois quarts d'heure avant d'arriver à Sarrhayah, nous avons encore passé à gauche d'un petit village nommé Marraboun. Un spectacle des plus curieux nous attendait en mettant pied à terre. Comme i! neigeait beaucoup, tous les habitants du village étaient perchés sur leurs toits en terrasse , et manœu-. vraient leurs rouleaux avec fureur, afin de rejeter en bas la neige qui, en fondant, eût percé tous les plafonds. Les pauvres gens n'en manquèrent certainement pas un flocon. Nos hôtes sont chrétiens, et la maîtresse de la maison , tout en prenant des précautions inouïes pour ne pas incendier sa bicoque, nous a fait un feu si réjouissant, que nous lui avons immédiatement accordé une gratification de cinq piastres! vingt-cinq sous! et elle a été enchantée.
En résumé, si notre journée a été fructueuse archéologiquement parlant, elle a été un peu plus humide que de raison. Quand je pense à la chaleur dont nous jouissions trop il y a quelques jours, et au froid intense d'aujourd'hui, je me demande comment nous avons le talent de nous soustraire à l'influence mortelle de pareilles variations de température. Ou la Providence nous protège manifestement, ou nous sommes vigoureusement constitués. J'aime mieux croire à la protection d'en haut.
La neige n'a pas cessé de tomber pendant toute la soirée ; puis les nuages se sont dissipés petit à petit, et la lune a paru ; espérons qu'il fera beau demain. Nous avons été faire une visite
aux Ségur, qui n'ont pas voulu braver la bourrasque, pour venir dîner avec nous. Leur logement d'ailleurs est assez éloigné du nôtre, et les dames ne pouvaient pas, sans inconvénients graves, se lancer dans des terres labourées, couvertes de neige fondante, pour le seul plaisir de ne pas rester en famille. Nous avons donc dtné tout seuls, et, après avoir bien bu le café et bien fumé, nous nous sommes couchés.
Revenons maintenant en arrière, et occupons-nous d'Abiln, dont nous avons, hier et ce matin, visité les ruines et la nécropole. Cette ville qui avait été le siège de la Tétrarchie de Lysanias, et qui porte quelquefois, en effet, le nom d'Abila de Lysanias, fut donnée par l'empereur Claude au roi Agrippa, avec tout le Liban '. Dans l'Itinéraire d'Antonin (iter xux, a Seriane Scythopoli occora) , nous trouvons les indications suivantes :
HeliopoLi
ALila (al. Abyla) xxxvni. M. p. (plus minus).
Damasco xvm.
Nous y trouvons encore le tronçon de route suivant : lter u, a Damasco Emesa (sic) :
Abila (sive Abyla) xxxvm.
Heliopoli van.
Ijes chiffres de ces deux fragments sont entièrement différents, l'une des deux séries au moins est donc mauvaise. Peutêtre bien le sont-elles toutes les deux.
La Table de Peutinger nous fournit les mesures suivantes : (Ed. de Fortia, clxxviii.)
Eliopoli (al. Heliopoli) Agamamam?
Abila (al. Abyla) xxxn. M. p. (plus minus).
Damaspo ( al. Damasco ) xvm.
Si nous comparons ces chiffres à ceux que nous venons d'ex-