MO VOVAGK RN SYRIE
église chrétienne, construite nvec les débris des monuments païens. Cette ruine est enclavée dans une magnifique enceinte placée en avant du grand temple, et garnie, sur toute son étendue, de niches qui ont dû recevoir une population de statues. Deux beaux hémicycles, à double étage de niches, se correspondent sur les deux grands côtés de l'enceinte. Le plan général de celle-ci se compose d'un hexagone appuyé au portique extérieur et sur lequel vient s'appliquer ensuite un immense parallélogramme; c'est celui-ci qui servait de vestibule au grand temple. A l'est se trouve un portique aboutissant, à droite et à gauche, à un pavillon élevé qui Contient une petite salle carrée et obscure. Le portique est formé d'une grande salle à laquelle conduisait probablement un immense escalier, qui tenait toute la largeur de cette salle principale, mais dont il ne reste pas trace. De beaux piédestaux, placés à la crête du mur moderne qui retombe à pic , de cette salle du portique sur le terrain environnant, me paraissent démontrer que là était bien la véritable entrée de l'enceinte sacrée. Les faces extérieures de deux de ces piédestaux portent des inscriptions qu'on ne peut lire d'en bas, et qui n'avaient apparemment pas été destinées à n'être pas lues. J'en conclus qu'elles avaient été ciselées, de façon à frapper les yeux de ceux qui montaient le grand escalier conduisant à la plate-forme des temples.
Toute cette vaste enceinte a été malheureusement transformée en citadelle par les premiers musulmans, très-probablement, et les murailles du pourtour ont été rehaussées, avec des blocs taillés de toute espèce, empruntés aux monuments de l'intérieur. Les murailles, ainsi reconstituées, ont été couronnées d'une ligne de créneaux avec meurtrières, parfaitement conservés en beaucoup de points. En arrière du petit temple, se voient les restes d'une belle construction musul-
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 6H mane , qui fut probablement une espèce de palais, réservé au chef de la garnison chargée de la défense de cette forteresse.
En quittant l'enceinte des temples de Jupiter et du Soleil , nous sommes allés visiter l'édifice que l'on appelle le temple circulaire. C'est effectivement un édifice circulaire sur lequel s'appuient des courbes soutenues par des colonnes. Entre celles-ci, le mur de la rotonde présente de grandes niches qui ont dû contenir des statues. Ce petit édifice antique est malheureusement très-lézardé aujourd'hui , et il menace ruine. Au reste, il est plutôt curieux que beau, et son plan est loin de me paraître d'un goût merveilleux.
Après cette première visite, qui nous a remplis d'admiration, nous sommes rentrés à notre menzil. M. de Ségur est aussi furieux que moi, contre la mutilation récente dont nous venons de constater les détestables effets. J'en suis enchanté. Il compte se plaindre au seraskier Emyn-Pacha , à son retour à Damas. Pour ma part, je ne manquerai pas de m'en plaindre à Vamik- Pacha , mouchyr de Syrie, lorsque je serai rentré a Beyrout.
On a dit souvent : « A beau mentir qui vient de loin ■, je doute que jamais on ait aussi bravement usé de la permission, que lorsqu'on a fourni , aux éditeurs du Magasin pittoresque \ une vue du village de Bâalbek, accompagnée d'une description où je trouve la phrase suivante : « La promenade sur le quai, plantée de grands arbres, n'est point sans caractère et sans beauté. Des barques élégantes et agiles animent la scène, en sillonnant les eaux limpides de la petite rivière de Ouadi-Nahlé, qui, après avoir arrosé les ruines et le village, va se perdre dans le Nahr-Kasmick. » La prétendue vue de Bàalbek est celle de l'un des jolis villages placés sur les rives