I. Année 1845, p
du Bosphore , près de Constantinople , et la description vaut
la vue, pour l'exactitude.
Demain , nous nous mettrons à la besogne, l'abbé et moi , pendant qu'Édouard poussera une pointe jusqu'au village de Bereytan, où se trouve, nous dit-on, une nécropole présentant des inscriptions.
Ce matin, notre première pensée a été de courir aux ruines; c'était tout naturel. Nous avons donc recommencé notre pèlerinage d'hier, et nous en avons rapporté une admiration plus vive encore que celle qui nous avait saisis à la première vue. Ces ruines sont d'une magnificence écrasante. Il faudrait des mois entiers pour étudier à loisir le site d' Héliopolis, et pour ne rien laisser échapper de ce qu'il contient de curieux.
Édouard, Philippe et Matteo sont allés, ainsi qu'ils l'avaient projeté, visiter la nécropole de Bereytan. L'abbé et moi, nous devons, après le déjeuner, grimper à la nécropole de Bâalbek, et chercher des débris antiques, pendant que Belly et Loysel feront de la peinture où il leur conviendra d'en faire. Aujourd'hui, le temps est tout à fait beau, et il favorise tous nos petits projets particuliers.
Aussitôt après le déjeuner, la famille de Ségur s'est dirigée du côté de Ras-el-Ayn ; M. Garnier est allé chercher dans les ruines musulmanes des tarikh à copier ; enfin l'abbé et moi, longeant le côté sud des ruines, nous avons gagné la colline au sommet de laquelle toutes les roches sont percées de caves sépulcrales. Sur le flanc de cette colline s'élève une muraille d'enceinte, construite en gros blocs empruntés aux édifices ruinés d'Héliopolis, et au milieu desquels, par conséquent, se trouvent, à chaque pas, des inscriptions et des débris
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 613 de sculpture. Vers le point le plus bas de cette enceinte, entre elle et les temples, se voit une muraille formée d'immenses blocs et que je crois très-antique. Parmi les pierres qui jonchent le terrain que soutient cette muraille, et presqu'au sommet de celle-ci, se voit un cippe funéraire qui a été déjà publié par Burkhardt, je crois; quoi qu'il en soit, voici l'inscription qu'il porte :
C CASSIVS ARRIANVS- MONVMENTVM SIBI IN LOCO SVO VIVVS FECIT.
Une fois cette inscription copiée, nous avons gagné le pied de la face intérieure du mur d'enceinte, et là nous avons aussitôt commencé une riche moisson de notes sur des débris fort curieux.
L'un des premiers qui m'ait frappé, est un fragment d'inscription grecque en caractères carrés, de un mètre soixante centimètres de largeur, et qui a dû former la frise d'un bel édifice funéraire. Voici comment cette frise était ornée : une plate-bande de trente-trois centimètres de hauteur, présente une série de petites cannelures, en forme de niches allongées, de quinze centimètres de longueur, de quatre centimètres de largeur, séparées de deux centimètres entre elles, et dont le sommet est éloigné de six centimètres de l'arête supérieure. Une surface de douze centimètres de hauteur a été mutilée , et audessous de celle-ci, se voient deux listels, de douze centimètres de hauteur, contenant chacun une ligne d'écriture. Au-dessous est un listel vide, de huit centimètres de hauteur seulement. Ayant retrouvé un peu plus loin un autre fragment de la même frise, sans écriture cette fois, mais dont le dessous des petites cannelures en niches n'avait pas été mutilé , j'ai pu reconnaître que sous les cannelures régnait un cordon d'oves de huit cen-
timètres de hauteur, et plus bas encore, un cordon de quatre centimètres , orné d'olives et de petits cônes aboutés deux à deux. J'ai retrouvé trois fragments de cette même inscription dans le voisinage, et voici les portions de texte qu'elles m'ont fournies; les lettres, ainsi que je l'ai dit, en sont toutes carrées1 :
ETPAPXOYKAIAYZ. . . .
-ANE6HKEN.
Ce mot de la seconde ligne termine certainement l'inscription , vu que tout le reste de la plate-bande est demeuré vide. Un second morceau, beaucoup plus long, porte les mots :
eYrATHPZHNOAÛPQAYS. . . .
OYIOIZMN . . . HZXAPIN ....
Enfin un troisième fragment ne porte que les lettres : ....OIZ YIOIZ....
Boëkh , sous le n° A523 de son précîeux recueil , a publié ces fragments d'après Pococke qui note, dit-il, que les lettres de cette inscription sont carrées. Voici comment Boëkh a cherché à reconstruire la mauvaise copie de Pococke :
(b ftv.va. tou àeîvoç yuvrç, toù #eïvoç) ôuyaTTîp, Zy.vo^wpw Au<j (tu.) ayou xat Au ulotç (x(vu'u,yi); yap(iv) âv&nxev.
Le savant éditeur ajoute : Zenodorus hic fortasse ex posteris est Zenodori Tetra rchae, qui conductû pretio Lysaniae Tetrarchia, Traconitidem, Bataneam, Auranitidem, Paneadem tenebat, sed jussu Augusti solam Paneadem retinuit»; mater defunctorum bis nupta videtur.
Les fragments de cette inscription donnent des renseignements plus positifs, que ceux que l'illustre Boëkh a pu déduire