L- FECENN
et la deuxième, dont les lettres n'ont plus que neuf centimètres, contient les mots :
PIFF...NIVS...
dont le deuxième signe est douteux. Après le quatrième, il manque trois lettres.
Une inscription grecque' à peu près illisible se trouvait noyée dans la maçonnerie à la crête du mur. La pierre de dessous ayant disparu, on voit maintenant les lettres suivantes :
AAA..LEI (?) ZEIAQNI..
XPHZTH..
KAIAAYTT.
Enfin, à l'angle nord-ouest d'une tour carrée, en saillie sur l'enceinte, se lisent les deux mots :
KENTYPIA
npiMA
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 6H Cette inscription latine, écrite en caractères grecs, est plus précieuse qu'elle ne le laisse supposer au premier abord. En effet, elle me paraît démontrer que l'enceinte militaire, à laquelle elle est postérieure, est une enceinte élevée par les chrétiens, pour résister à l'invasion musulmane.
Après avoir recueilli ces curieux débris, sur la seule branche de muraille qui, du fond de la vallée, monte au sommet de la colline où est la nécropole, et qui fait face à l'ouest, nous sommes rentrés dans l'intérieur de l'enceinte, et nous avons commencé à explorer la nécropole elle-même. Le temps nous pressait fort, et j'avoue que j'ai vivement regretté de ne pouvoir examiner avec soin ces vénérables murailles, sur toute l'étendue de leur circuit, au dedans et au dehors. Là, sans aucun doute, il y a une bien riche moisson à faire, puisque sur une longueur de trois ou quatre cents mètres au plus, j'ai pu retrouver tous les fragments que je viens d'énumérer. La ligne de muraille faisant face à l'est, est bien autrement considérable , et là aussi il y a , sans aucun doute, bien des faits nouveaux à constater. Je recommande donc instamment cette recherche aux voyageurs qui viendront à Bâalbek après moi, et qui auront quelques jours à consacrer aux ruines d'Héliopolis. Je leur promets, en toute sécurité de conscience, qu'ils ne perdront ni leur temps ni leur peine. Comme nous tenions, l'abbé et moi, à visiter l'extérieur de l'enceinte des deux grands temples, et à l'étudier avec soin, il fallait ne pas trop nous arrêter et presser rondement notre besogne.
La première chose que nous avons rencontrée sur la pelouse, est un immense chapiteau dorique, de quatre-vingt-douze centimètres de hauteur, offrant une série de moulures assez compliquées. A la partie inférieure est un cavet, puis un demi-tore, chargé d'oves. Au-dessus est une doucine, puis une platebande; puis une nouvelle doucine, un listel, et une plate-bande
inclinée vers l'axe de la colonne. La saillie du listel supérieur sur le fut de la colonne est de cent soixante-six millimètres seulement. La plate-forme du chapiteau est un carré d'un mètre quatre-vingt-dix centimètres de côté. Cette plate-forme présente des singularités que je ne me charge pas d'expliquer et que je vais décrire le plus brièvement possible. Aux quatre angles sont des trous qui ont dû recevoir des agrafes destinées a fixer un ornement quelconque. Au milieu est un enfoncement ayant vingt-huit centimètres de profondeur, soixante-huit de longueur et soixante-deux de largeur. A l'un des angles de l'enfoncement est creusée une petite cuve tronçonique, de trente centimètres de diamètre supérieur, de dixsept centimètres de diamètre inférieur, et de dix centimètres de profondeur. Sur la même diagonale, vers l'angle opposé, et à vingt-deux centimètres du premier trou que je viens de décrire, on en voit un pareil qui vient rejoindre l'orifice d'une perforation complète du chapiteau, encadrée dans un petit enfoncement quadrangulaire, appliqué contre renfoncement central, et n'ayant que vingt-deux centimètres de longueur sur vingt de largeur. A quoi a pu servir ce dispositif étrange? Je n'en sais en vérité rien.
A une cinquantaine de pas plus loin, gisent sur le sol, appuyés les uns contre les autres, comme les dames d'un jeu de trictrac, les tambours de la colonne à laquelle appartenait le chapiteau que je viens de décrire. Ces tambours, au nombre de treize, semblent avoir un rayon à très-peu près constant de soixante-quatorze à soixante-quinze mètres. Ce fût reposait sur un dez d'un mètre quatre-vingt-trois centimètres de côté, sur quatre-vingts centimètres de hauteur. J'ai dit que le chapiteau avait quatre-vingt-douze centimètres de hauteur; la somme des hauteurs partielles des tambours jetés à terre, est de neuf mètres vingt-huit centimètres. Le dez sur lequel porte le fut a
quatre-vingts centimètres. Le reste de la base se compose de deux dez superposés, de quarante-trois centimètres de hauteur chacun, en saillie de vingt-huit centimètres l'un sur l'autre. L'inférieur repose sur une plate-forme irrégulière établie sur le roc, d'un mètre de hauteur et de trois mètres quatre-vingtquatre centimètres de côté. La hauteur totale de la colonne était donc de douze mètres quatre-vingt-six centimètres.
J'ai mentionné, à propos du chapiteau , le trou qui le traverse. Ce trou vient correspondre à un canal, en forme de rainure, qui règne tout le long du fût de la colonne , et qui se retrouve jusque sur la base. Cette rainure a treize centimètres de profondeur et treize centimètres de largeur , plus un filet de quarante-cinq millimètres qui l'encadre de chaque côté. Ce canal, sur la base, se montre à quarante-trois centimètres de l'angle sud-ouest du dez supérieur, et il continue à se montrer sur les suivants, et probablement jusqu'à la surface du roc. Je n'ai pas eu la pensée de m'en assurer.
Cette colonne surmontait un caveau sépulcral, ouvert, il y a quelques années, par M. Montefiore, d'après ce que m'ont dit les habitants de Bàalbek. Voici la disposition générale de ce monument funéraire : la base de la colonne est établie à l'extrémité ouest d'une plate-forme de rocher, à l'autre extrémité de laquelle conduit un escalier de cinq marches irrégulières, grossièrement taillées dans le roc et montant du nord au sud. A cinq mètres en arrière de la base de la colonne, vers le nord, et à deux mètres seulement à droite du centre de cette base, passe l'axe d'une tranchée de fouillo, qui aboutit à une porte taillée dans le roc vif, d'un mètre cinquante centimètres de largeur, et qui était fermée à l'aide d'une pierre s'encastrant par côtés dans une coulisse de dix centimètres de profondeur et de vingt centimètres de largeur. De la pierre de clôture il ne reste plus trace. Dans la cave où l'on pénè-
tre, sont placés côte à côte plusieurs sarcophages récemment violés, et dont les couvercles n'ont été que dérangés. L'un d'eux présente deux génies soutenant de grosses guirlandes, au-dessus desquelles sont placés des mascarons. M. Montefiore ayant résolu de faire extraire ce sarcophage pour l'amener en Angleterre, les aimables habitants de Bâalbek se sont empressés d'accourir en foule dans le caveau , pendant la nuit qui suivit la trouvaille, et ils ont brisé le sarcophage qui n'en pouvait mais. Les fragments sont restés dans la cave, et c'est là que je les ai dessinés.
Il est clair pour moi que le monument entier se composait de la cave et de la colonne funéraire qui le surmontait. Peut-être cette colonne portait-elle au-dessus de son chapiteau une urne, ou toute autre espèce d'ornement métallique que les pluies auraient pu remplir et détériorer. Dés lors le canal creusé le long du fût de la colonne, et qui devait être recouvert d'une plaque également métallique, qui s'encastrait dans le fut, était destiné à conduire les eaux pluviales au bas de la colonne, et à les perdre dans le terrain. Je livre cette hypothèse pour ce quelle vaut, en avouant que je n'en saurais trouver une autre quelque peu raisonnable.
Un peu plus loin se voit sur le sol, une vaste pierre carrée, de deux mètres quarante centimètres de largeur, dont les côtés sont arqués, et qui présente à sa partie inférieure et dans une sorte de voûte , un caisson magnifiquement orné. Aux quatre coins sont des chapiteaux de pilastres ; le tout était couronné par un quadruple fronton. C'était sans doute le dessus d'une tombe; et ce toit élégant devait probablement recouvrir une statue.
Quelques caves sépulcrales creusées dans le rocher, m'ont offertdes dispositions entièrement analogues à celles que j'avais étudiées dans la nécropole d'Abila, et à celles qu'Édouard
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 621 étudiait de son côté à Bereytan , pendant que j'étais occupé à examiner les monuments de Bàalbek. Ainsi l'une d'elles présente une chambre carrée, avec une cuve de sarcophage sur les trois côtés du fond. Une autre, dont la face antérieure est très-inclinée sur l'axe de la chambre, offre une cuve sur le côté gauche, deux cuves placées bout à bout sur le côté du fond, et une quatrième cuve sur le côté droit. Celui-ci étant, par suite de la forme en trapèze de la chambre entière, beaucoup plus court que le côté gauche, la cuve qui le longe a dû empiéter sur la rangée du fond , et son extrémité vient se placer à la suite des deux cuves qui la composent.
Le temps s'écoulait trop rapidement à mon gré, il fallut donc nous décider à regagner les temples au plus vite, afin d'en étudier les parties extérieures, qui sont presque toujours négligées, et qui sont pourtant bien plus dignes d'admiration que les ruines des temples elles-mêmes.
Sur tout le côté méridional, l'enceinte extérieure ne présente absolument que des constructions musulmanes, se rattachant à la forteresse, qui a pris jadis la place de l'enceinte sacrée des temples du Soleil et de Jupiter. A la face ouest, l'aspect est tout autre, et l'on s'arrête ébahi devant un mur jointoyé avec une perfection qui passe toute croyance, et formé de blocs dont la masse est telle, que l'intelligence ne peut absolument se rendre compte des moyens mécaniques employés pour les amener de la carrière, et pour les hisser à une hauteur d'une trentaine de pieds. Le soubassement du mur d'enceinte est formé de trois assises de blocs déjà trèsr-considérables et assemblés avec une régularité parfaite. Au-dessus règne un cordon de masses juxtaposées, et dont la partie supérieure qui est en retraite, rachète par un plan incliné la partie inférieure. Ces masses ont au moins quatre mètres de hauteur (je ne les ai pas mesurées rigoureusement), et une largeur qui varie de six à douze
mètres. Ce n'est pas tout; au-dessus de ce soubassement, repose une assise de trois blocs, dont chacun a aussi environ quatre mètres de hauteur et une vingtaine de mètres de longueur au moins. Toute cette partie de la muraille a été couronnée par un appareil romain, ou plutôt arabe, quoique assez régulier; car quelques tambours de colonne et quelques fragments d'entablement provenant du grand temple, y sont encastrés, A droite de la colonnade, presque tout le couronnement de la muraille est de cette époque récente. Quant a l'appareil gigantesque que j'ai décrit tout à l'heure, il se prolonge sans interruption jusqu'à l'angle nord-ouest de l'enceinte, et cet angle est intact.
Sur la face nord commence un mur de huit à dix mètres de hauteur, de quatre à cinq mètres d'épaisseur et de plus de soixante mètres de développement ; quelques pierres seulement en ont fait les frais (je crois me rappeler qu'elles sont au nombre de six) , et ces pierres présentent, sur leur surface, des entailles régulièrement espacées, et qui ont indubitablement servi à y loger des crampons, à l'aide desquels ces masses ont été mises en mouvement. L'enceinte romaine est en deçà de ce mur, de dix à douze mètres au moins; je dis que c'est l'enceinte romaine, parce que l'appareil en est parfaitement beau, et que le faîte de ce mur déjà très-étonnant, sert d'assiette aux bases des colonnes du grand temple, bases qui sont restées en place, parce que les Arabes n'auraient pas pris le soin, les ayant une fois déplacées, de les replacer justement à la même distance où elles se trouvaient dans l'ordonnance primitive du monument. L'intervalle compris entre le mur romain et le mur formé des six masses gigantesques, constitue une sorte de douve ou de fossé fort frais et fort humide, où l'on pénètre par une petite porte ouvrant sur la campagne environnante (ou plus exactement sur une espèce de fossé qui, de ce côté,
entoure l'enceinte), et |>ercée dans la muraille, en avant et à l'ouest des grosses masses.
Vers Test , le fond de la douve intermédiaire s'est évidemment encombré de débris de toute nature. Ce qui est certain , c'est qu'il s'est assez notablement relevé pour que, de là, on puisse très-facilement atteindre le haut du gros muret s'y promener à l'aise. Cette douve est close à l'est par un mur dans lequel est percée une porte plus d'à demi enterrée, et qui donne jour sur une immense galerie souterraine dont je parlerai tout à l'heure.
Au point où les grosses masses cessent de paraître, commencent les contours de l'enceinte romaine, rhabillée par les Arabes lorsqu'ils en ont fait une forteresse. Ainsi que je l'ai dit tout à l'heure, une espèce de fossé en culture, longe toute la face septentrionale de l'enceinte, et au delà sont des jardins, des champs ou des vergers, dont le dernier est terminé par un mur en fort mauvais état, dans lequel est encastrée, sens dessus dessous, une inscription grecque inscrite dans un cartouche, mais fort mutilée; j'ai pu, néanmoins, en déchiffrer tant bien que mal ce qui suit :
€PrONTOY6NA6 ... .T...NATOXIOI CTPATONOMAPXOY KAI YrlATOY
Je crois bien démêler qu'il s'agit de la portion orientale d'un ouvrage de fortification (?) élevé par un personnage qui fut Nomarque (?) et de famille consulaire, mais je ne me charge pas de reconstruire l'inscription entière; je laisse ce soin aux épigraphistes expérimentés.
J'ai déjà dit que la face orientale offrait primitivement, en avant-corps, un portique auquel devait aboutir un v aste escalier,
624 VOVAGB EN SYRIE.
aujourd'hui complètement rasé; douze colonnes, dont les bases sont en place , soutenaient ce portique. Elles ont été jetées à terre et remplacées par un mur arabe dans lequel les piédestaux sont restés engagés, parce qu'ils étaient faciles à ajuster avec la maçonnerie du mur substitué à la colonnade. Deux pavillons carrés, ornés de quatre pilastres corinthiens engagés, étaient placés à droite et à gauche du portique; ils ont été haussés et transformés en tours défensives. Au bas, sur le terrain, paraît à gauche un débris d'aqueduc incliné, formé de deux arcades; il est aujourd'hui complètement isolé.
Sur deux des piédestaux sont gravées des inscriptions, en caractère grêle et allongé de l'époque de Septime-Sévère, et qui étant placées à une dizaine de mètres de hauteur, au-dessus du terrain, ne peuvent être déchiffrées. Comme nous les avions aperçues la veille, à notre première visite des ruines, nous nous sommes munis d'une longue-vue, et en nous couchant sur le dos, pour assurer un peu la position de la lunette, nous avons pu, l'abbé et moi, déchiffrer chacun à notre tour l'une des deux inscriptions. Le texte paraît identique, et de la comparaison des deux mauvaises copies obtenues ainsi, j'ai pu déduire un texte assez complet; le voici :
... M DUS HELIVPOL PRO SALVTE DIVI ANTONINI PII FEL AVG ET IVLIAE AVG MATRIS D N CASTR SENAT PATRIAE CAPITA COLVMNARVM DVO AEREA AVRO INLVMINATA SVA PECVNIA EX VOTO
Ce texte me paraît devoir se reconstituer ainsi : ... Magnis Diis Heliupoleos, pro salute divi Antonini Pii felicis Augusti et Juliae Auguste, matrisdomini nostri, castrorum, senatûs, patriae, capita columnarum duo? aerea auro inluininata, suà pecunia, ex voto. Cette inscription, que la forme des lettres m'avait
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 625 fait juger du temps de Septime Sévère, avant même que j'en eusse pu lire un seul mot, constate un vœu fait pour la santé d' Antonin Caracalla, fils de Septime Sévère, et de sa mère Julia Domna ; on voit donc que j'avais assez bien deviné Pâge approximatif de cette inscription. Quoique vivant, Caracalla reçoit déjà le titre de Divin, par une insigne flatterie de celui qui a payé les deux chapiteaux de bronze doré dont il est question dans le texte ; il est fâcheux que nous ne sachions pas le nom de ce personnage. Comme il n'est pas fait mention de Géta, assassiné par l'ordre de son frère Caracalla , en 212 de l'ère chrétienne , ou notre inscription a été gravée de 198 à 209 (année dans laquelle Geta reçut le titre d'Auguste), ou de 212 à 217, année de la mort de Caracalla *.
En arrière du portique en avant-corps, sont, à droite et à
1. Wood avait déjà remarqué et relevé ces deux curieuses inscriptions , dont il
donne les copies suivantes :
MDtlSHELIVPOLPROSAL.
ANTONINIPIIFEIAVCIIIVIIAEAVCMATRISDNCASTRSENAT