JANVIER
Ce matin à notre lever, le ciel n'est que menaçant. Les nuages sont divisés, et un soleil pâle et froid, comme le soleil de la fin d'octobre en France, vient de temps en temps égayer la nature, le moins mal qu'il peut Espérons donc que la journée sera passable et que nous pourrons arriver de bonne heure à Hebron, sans avoir eu à trop souffrir de la pluie. Je le désire d'autant plus vivement, que déjà je me suis amèrement reproché ma paresse à demi excusable de la veille. Je suis décidé à reprendre mon étude topographique du pays à parcourir, et s'il plaît à Dieu, cette fois, je pourrai continuer mon travail que je relierai, comme je pourrai, au reste de la carte, en rattachant à Jérusalem tout le terrain qui nous sépare encore de cette ville.
Nous sommes arrivés au beau milieu du pays des Djahalin , nous n'avons donc plus besoin de l'escorte de ceux-ci , qui , après les fatigues qu'ils ont endurées pendant tant de journées, n'ont plus qu'une seule pensée, celle de regagner leurs tentes au plus vite. Ils nous demandent donc à prendre congé de nous, ce matin même. Quant à leur scheikh, bien qu'il n'ait, je ne sais trop pourquoi, qu'un désir assez médiocre de nous conduire jusqu'à Jérusalem, il se décide à nous y accompagner, autant, j'ai la fatuité de le croire, par amitié pour moi, que parce qu'il sait que notre bourse est parfaitement à sec et que nous ne pouvons lui donner le bakhchich auquel il a droit, que lorsque nous aurons fait une visite à notre banquier.
les Adonllam , le nom de Dhullam. Sans aucun doute ce sont les mêmes Arabes dont nous ayons eu le plaisir de voir, en passant, beaucoup trop d'échantillons. Mais quelle est la véritable orthographe de leur nom? Jusqu'à plus ample informé, je me permettrai de tenir à celle que j'ai déduite de mes conversations sur place, avec les Djahalin, dont le territoire touche à celui des Adoullam.
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Il s'agit donc de servir la solde si légitimement gagnée par nos Djahalin, et nous nous en occupons avant de lever le camp. Chacun reçoit ce qui lui revient de piastres, plus un kafieh neuf, quelques balles et de la poudre. Notre munificence exalte la reconnaissance de ces braves gens qui , après nous avoir bien baisé la main à tous, nous quittent en hâte, portant sur leurs visages expressifs, la trace d'un regret de nous quitter, presque aussi vif que le plaisir de regagner leurs foyers.
Avant de les congédier, j'ai parcouru le plateau de Djenbeh et j'ai pris, le plus rapidement possible, un plan cavalier de cette intéressante localité1. Enfin tout est prêt; les tentes sont repliées, tous nos bagages chargés sur le dos de nos chevaux et de nos mulets. NoUs avons pris notre frugal repas du matin, et à huit heures treize minutes, nous nous sommes mis en marche , espérant bien arriver en très-peu d'heures a Hebron.
Ainsi que je me le suis promis , j'ai repris au départ ma besogne topographiqne de tous les jours. Le temps est froid et maussade T mais au moins il n'est point pluvieux, et je puis continuer mon travail, au départ de notre campement de Djenbeh. Nous montons directement au nord, en longeant le pied de la colline sur laquelle était la ville de Djenbeh a. En gagnant la pointe nord de cette colline, nous apercevons sur les flancs droit et gauche du petit ravin que nous suivons, et au fond duquel coule un ruisseau d'eau vive, des mines et des grottes évidemment taillées de main d'homme. Devant nous se présente alors une gorge assez largo, dirigée au nord, montant
1, Voyez pL xiv.
2. Le livre de Josué mentionne (*v, 53) une localité de Juda situ** sur la montagne, et uonamé Janouin ( Ce* le seul nom qui ait quelque analogie, mai*, je l'avoue, bieu éloignée, avec le nom moderne Djenbett, que porte nue ruine trèscertainement contemporaine dea temps biblique*
rapidement et dans laquelle nous nous engageons. C'est de cette gorge que descend le ruisseau qui contourne la base du Djenbeh, et nous la trouvons barrée par six ou sept murs antiques , de construction très-grossière. Sur le flanc gauche de cette gorge , assez difficile à gravir, paraissent quelques ruines clair-semées. Vers la crête, une longue muraille antique longe ■ notre route, sur le flanc de la colline de droite.
Arrivés au sommet de la montée, à huit heures trente-trois minutes , nous nous engageons sur une espèce de col dominé à gauche par uno colline peu élevée , et qui n'a, sur notre droite, qu'une largeur de soixante- quinze mètres d'abord, puis qui se rétrécit très-promptement, jusqu'à n'avoir plus que vingt-cinq mètres. A partir de là commence un escarpement presque à pic , qui plonge sur une vallée fort profonde , nommée Ouad-el-Merked , et au fond de laquelle nous voyons des champs bien cultivés. Dans cette vallée sont des ruines nommées Kharbet-el-Merked , situées au pied même de l'escarpement , et que nous ne pouvons par conséquent apercevoir. Ces ruines sont situées presque exactement à l'est de Djenbeh.
Je ne trouve dans l'Écriture sainte qu'une seule localité dont le nom présente quelque ressemblance avec celui d'el- Merked ; c'est Makkeda , ville de la tribu de Juda , mentionnée 1 parmi les villes de la plaine. Cette ville fut prise par Josué (x, 28), qui fit passer tous ses habitants au fil de l'épée. Ëusèbe, au mot Maxr^à, et saint Jérôme nous apprennent que cette ville était à huit milles à l'est d'Eleuthéropolis, qui doit être bien voisine de la moderne BehVDjibrin, si ce n'est Bcit-Djibrin elle-même. Josèphe, en racontant l'exploit de Josué, nomme cette même ville Maxx7!$à ». Je suis assez disposé à