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Gottc vallée se nomme Ouad-el-Biar, et elle a reçil sort hoin de plusieurs puits très-Considérables, que l'on rencontre chemin faisant, et qui sont vraisemblablement fort anciens, car ce ne sont sûrement pas les Arabes de nos jours qui ont pris la peine de les creuser, line fois au fond de i'Ouadel-Biar, on gravit le rideau de collines ejui Ici ferme, et en cheminant à travers des rochers nus, par des sentiers très-étroits, très-difficiles pour les chevaux, et le long desquels on rencontre des restes de constructions d'une très-haute1 antiquité * on arrive enfin à une crête de laquelle on aperçoit à ses pieds, et à droite, au fond d'une vrillée verdoyante, des enclos ruinés tmi portent le nom de* tieïr-el-Benat. Lâ fut évidemment un couvent de filles à l'époque des croisades; Un peu plus loin, à l'ouest, on aperçoit le Village d'Ertas », et devant soi , unë forteresse du moyen âge ert assez bon état : c'est le Qalaatr-el-Bourak. En deçà dè celle-ci sont trois immenses citernes, connues des voyageurs souS le nom d'étangs ou de vasques de Salomon. Enfin ; au nord-Ouest dU QalaaUel-Bourak , paraît une construction importante dominée el-khoudr; c'èst un ancien couvëht de Saint- George. La vue dont on jouit de ce" point éiéVé est "admirable , et on ne se lasse pas de la contempler.
Nous eussions été ravis de faire nôtre halte du déjeuner, avec un pareil panorama soUs les yeux ; mais il est Utile* et agréable d'avoir de l'eau à boire en tnAtifeéfthi, et cette considération élémentaire nous décida a descendre jusqu'au pied
1. Le village d'Ertas ne serait-il pas par hasard l'Arethusa dont parle Jo#phe Ant. Jud. xiv, iv, 4) et qu'il cite comme ayant été enlevée aux Juifs par Pompée, et restitué à ses habitants avec Marissa, Azot et tamnia. Jôsèphe, dans ce même passage , dit que ces vdles étaient dans l'intérieur des terres , et comme Marisst devait se trouver dans le voisinage, il est très-possible que l'Ertas moderne ne soit en réalité que i"Afn»w« de Josèphe. Cet historien répète les mêmes renseignements sur Aietfrosà dans la Guerre judaïque (i, Vu, 7).
des murailles du Qalaat-el-Bourak , où une fontaine abondante, qui alimente, pour sa petite part, les trois vasques de Salomon , nous promettait tout le comfori que nous pouvions désirer dans le désert. En quelques minutes nous fûmes arrivés; notre tapis fut étendu au-dessus de la fontaine même; nous nous étendîmes cette fois sur le gazon, et nous fîmes honneur à nos poules desséchées et à nos œufs durs, avec une joie très-vive, en peiisant que nous allions rentrer à Jérusalem, et y trouver enfin le repos dont nous commencions à avoir le plus grand besoin.
Pendant notre festin, le gouverneur turk dii château, au pied duquel nous nous étions établis, sortit à cheval en compagnie de trois ou quatre autres Turks de la vieille roche, c'est-à-dire costumés à l'ancienne mode. Ces messieurs allaient faire une petite promenade de santé; ils ne nous honorèrent pas de la moindre attention, et nous leur rendîmes amplement leur politesse. Nos scheikhs, surtout, prirent en les voyant passer, une expression de souverain mépris que ceux qui en étaient l'objet n'eurent pu, avec la meilleure volonté du monde, considérer comme une marque de déférence. Le fait est qu'en ce pays, les Turks ne se donnent que l'air de mépriser les Arabes dont ils ont une peur affreuse ; tandis que les Arabes ne se font pas faute de mépriser souverainement les Turks, et de le leur faire bien voir, dès qu'ils sont hors de l'enceinte de Jérusalem. Ceci revient à dire que la domination ottomane s'étend, tant bien que mal, jusqu'aux murs de la ville, et que, cette barrière une fois passée, il ne reste plus, de cette domination, que ce que les Bédouins en veulent bien supporter. 11 ne faut
pas être un devin de première qualité, pour pronostiquer dans un avenir assez peu éloigné, l'expulsion radicale de la race turke, de toutes les contrées où la race arabe est le vrai produit du sol. Je pensais ceci pendant notre déjeuner sur le
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bord des vasques de Salomon , et je ne me doutais pas que, moins de deux années après, le scheikh Àbd-Allah, dont j'avais reçu la visite à Hebron, s'emparerait pour tout de bon de cette ville; qu'il en chasserait honteusement tout ce qu'elle renfermait de Turks, et que le pacha de Jérusalem, accourant avec les troupes qu'il avait sous la main , pour réprimer la rébellion , recevrait à mi-route une si bonne correction qui pût lui apprendre à rester tranquille dans le chef-lieu de son pachalik , qu'il se hâterait de regagner Jérusalem et de s'y claquemurer un peu plus vite qu'il n'en était sorti.
4près une heure de pause auprès du Qalaat-el-Bourak , nous remontons à cheval et nous nous remettons en route. Nous traversons bientôt l'Ouad-ed-Thaamera, et, à ce point, tous nos braves amis se hâtent de prendre congé de nous, pour regagner leurs tentes. Il ne reste plus avec nous que Hamdan et Abou-Daouk. Laissant alors Beit-Lehm sur notre droite, nous passons en vue des villages de Beit-Djala1, de Nahhalin, d'er-Bezeth % de Beit-Safafa, et de Maleha, village qui donne son nom à l'Ouad-el-Maleha. Toutes ces localités sont situées sur les collines placées à notre gauche, et desquelles nous nous écartons, pour venir rejoindre la route de Beit-Lehm, au point même où se trouve le tombeau de Bachel. Nous avons aperçu , sur les hauteurs placées à quelques kilomètres à l'ouest de la ligne de villages mentionnés tout à l'heure , une localité nommée el-Kabou, et auprès de laquelle se trouve
1. Beit-Djala n'est très-probablement «lue Djalah (n*?3) mentionnée parmi les villes de la montagne, dans ta tribu de Juda ( Josué, xv, 51 ). A côté de Djalah le même verset mentionne le village de Halin que je suis bicu tenté d'identifier
avec le village de Nahhalin, si immédiatement voisin de Beit-Djala.
î. Er-Bezeth n'est peut-être que le lieu où Bacchides, parti <te Jérusalem, vint camper (Maccabées, i, 75, 19). Son nom est écrit u,,Ui ou iir,-;, « : mais Josèphe écrit le nom de cette localité b»,»5».*6 (Ant. Jud., in, xi, 1) et nous apprend que Bacchides vint attaquer Judas Marcabée qui y était campé.
un autre petit village nommé el-Houaladjeh. Matteo m'apprend, chemin faisant, qu'à une demi-heure de distance d'el- Qabou se trouve un village nommé Battir où Ton voit une assez belle fontaine. A la droite de Battir, et sur la hauteur qui domine ce village, sont des ruines. Enfin, entre el-Qabou et Jérusalem, est le couvent de Saint-Jean, non loin duquel sont les ruines de Modeïm, patrie des Maccabées. Là avait été construit leur mausolée, orné de pyramides, et dont l'historien Josèphe nous a laissé une pompeuse description.
Matteo m'a appris encore qu'à quelques lieues , précisément à l'ouest d'el-Bourak , se trouve un village avec ruines qui se nomme Choueïkah. C'est très-certainement la Socho des traducteurs de la Bible , mentionnée au verset 35 du chapitre xv de Josué, parmi les villes de la plaine, puisque cette Socho (roicr, Ghouïkah) est citée avec Yarmouth, et qu'il existe, précisément à côté de Choueïkah , un village qui se nomme toujours Yarmouth. Remarquons, en passant , que nous trouvons mentionnée, parmi les villes de la région montueuse de Juda, une autre Socho (verset 48 ) : — Et sur la montagne Semir, el-Iatiret Chouïkah. — Il n'y a pas de confusion possible entre ces deux localités du même nom. Le seconde devrait-elle, par hasard, être placée au village actuel d'ech-Chioukh , qui est situé à l'est de Halhoul ? Je laisse à de plus habiles le soin de le décider.
Nous voilà donc presque à la porte de Jérusalem ; Dieu soit loué ! Comme la journée est assez avancée déjà , il n'y a pas pour nous de temps à perdre, si nous voulons trouver les portes de la ville ouvertes encore. Nous pressons donc le pas et nous allons bon train ; pas assez bon train pourtant, pour qu'un Arabe à pied ne puisse nous dépasser. Il court comme un Basque , et il jette à nos scheikhs, en passant, quelques mots que je n'entends pas. Ceux-ci m'ont l'air aussitôt un peu préoc-
cupés; je m'empresse de leur demander ce dont il s'agit, et voici ce que j'apprends. Si le piéton qui vient de nous rejoindre, et qui a fait la route de Hebron à Jérusalem en quatre heures et demie, n'arrive pas à temps pour remettre aux autorités de Jérusalem une lettre écrite par le directeur du lazaret d'Hebron , qui déclare que nous ne sommes pas une provenance d'Éyypte avec patente brute, nous allons être mis , clair et net , en quarantaine pendant cinq jours, extrà-muros. — Mais f c'est absurde l nous écrions-nous ; est-ce que nous venons d'Égypte? — Qu'est-ce que cela fait? me répondent Hamdan et Abou-Daouk. Puisqu'on ne sait pas d*où nous venons , on ne manquera pas de croire de préférence que nous venons d'el-Arich, puisque nous sommes en vie, par suite de ce raisonnement tout simple, que si nous étions allés à Karak, nous devrions être morts.
Heureusement, le directeur du lazaret d'Hebron était up brave homme qui, prévoyant le désagrément que nous allions rencontrer à la porte de Jérusalem, avait dépêché un bon marcheur qui, pour quelques piastres, apportait notre patente nette aux autorités sanitaires de la ville sainte.
Comme nous continuons à marcher le plus vite possible, nous rencontrons, h Mar-Elias, des Beit-Lehpûtes qui viennent de la ville et qui nous confirment la bonne nouvelle que nous allons coucher cinq nuits de plus sous la tente. Le drogman, Françpjs, qui était parti le matin bien avant nous d'Hebron, afin d'aller préparer les logements, a été mis provisoirement en quarantaine au Bab-el-Khalil, où il est gardé à vue, comme un vrai pestiféré qu'il n'est pas. On peut se figurer à quH point nous sommes inquiets et furieux tout & la fois. Enfin nous avons franchi tout ce qui nous reste de chemin à faire et nous touchons à la porte de la ville. François vient d'être mis en liberté, et nous sommes admis en libre pratique, grâce à notre
brave coureur d'JIebron. Je fais donner vingt piastres à celuirci, et le pauvre diable se trouve admirablement payé de sa peine. (Ce n'est en vérité pas pjier.
La première personne que j'aperçois c'est notre bon abbé Michon, qui, de retour lui-même, depuis quelques heures seulement, de son voyage à JJeyrouth, est venu attendre notre arrivée à la porte de la vijje, dès qu'il a appris que notre drogman François y avait paru. En rentrant à Jérusalem, il avait été régalé de |a nouvelle de notre mort, qu'on donnait pour certaine depuis, huit jpurs, déjà. Notre ami, M. Ifatta, lui-même, n'était pas sans quelques inquiétudes sur notre sort; il n'avait pu, d'aucune manière, obtenir la moindre nouvelle de nous, et ce silence absolu lui laissait beaucoup à penser sur l'issue probable <Je, RQlr§ expép1 jjiop aventureuse ; et voila que tout h ooup pous reparaissions tous bjpn. pp^ants, q[ ravis, fju succès inespéré de notre, beau voyage.
Après les premiers encrassements, le cher abbé me donna des nouvelles de mon fils, qu'il avait embarqué à Beyrouth, en état assez satisfaisant de santé. Je rentrai donc dans la ville sainte, le cœur consent. Corpine nous avions cassé aux gages, et pour cause , l'hôtel Meshulam, nous, al$mes descendre tout droit au couvent des Franciscains, c'est-à-dire à. la Çasa-Nuova, où nou$ fûmes accueillis avec cette douce cordialité qui touche si vivement et qui donne tant de prix à la modeste hospitalité des bons Pères. L'abbé avait déjà sa cellule; de petites chambres à deux lits nous furent assignées aussitôt, et nous emménageâmes je plus gaiement du monde. Nos chambres étaient oontigûes, et ouvraient toutes sur la même galerie en plein air; nous restipns dqnc réunis, ej aussi bien casés qu'on peut l'être à Jérusalem. Le seul reproche que nous puissions faire à ces chambres, c'est de ne nous avoir servi que pendant la saison des pluies, ce qui les rendait cruellement humides. Comme il
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serait un peu injuste de s'en prendre aux bons Pères de la rigueur de la saison , je ne puis que leur redire ici du fond du cœur toute ma reconnaissance, comme je la leur ai déjà dite en les quittant, pour ne plus les revoir peut-être.
L'ordinaire du couvent est assez chétif , mais il est bien impossible qu'il en soit autrement, puisque la sainte maison donne gratis, pendant un mois, l'hospitalité la plus complète à qui veut la prendre. Nous étions un peu trop sensuels pour nous contenter des maigres repas réglementaires, et, comme nous devions garder, pour tout le reste du voyage, notre brave Matteo, celui-ci fut, sur notre demande, mis en possession d'une espèce de salle basse qu'il transforma en cuisine, et nous continuâmes, comme par le passé, à vivre de poules et de moutons. Il est vrai que bien souvent nous allions nous dédommager à l'excellente table de notre bon consul , chez lequel nous passions presque toutes nos soirées, à moins que la pluie ne fût telle, qu'il n'y avait pas moyen de mettre le pied hors du logis.
Nous avons essayé, après le dîner, de nous réchauffer un peu à l'aide d'une vaste mangale, ou brasero, qui nous a tous entêtés si bel et si bien que, tenant un peu à notre existence, maintenant que nous l'avons tirée des griffes du diable, nous nous décidons à ne jamais faire usage de ce meuble , parfait pour les gens qui tiennent à s'asphyxier proprement. Qu'il fasse donc aussi froid que le climat le voudra maintenant, nous n'essaierons plus de nous chauffer les mains, que chez notre digne ami le consul.
Enfin, nous pouvons nous déshabiller pour tout de bon, après tant de journées où la chose nous a été complètement interdite ! Enfin , nous pouvons entrer et reposer dans de vrais lits! Pourquoi faut-il que ceux-ci soient humides comme si l'on avait trempé les draps dans une citerne! Nous avons deux chances à courir : ou bien nous allons faire de l'hydrothérapie pour guérir
les rhumatismes à venir, ou bien nous allons prendre provisoirement les rhumatismes, sauf à les traiter plus tard par l'hydrothérapie. A la grâce de Dieu ! Nous n'en avons pas moins affaire à des lits qui ne sont plus fantastiques, et, cette considération remportant sur toutes les autres, nous nous empressons d'affronter les quelques minutes de sensation désagréable que nous ne pouvons éviter, et nous nous endormons, comme on s'endort après vingt et quelques jours de campagne et de bivouac.