‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 43 sur 211 · Josué, xviii · texte numérisé non relu

Josué, xviii

m VOYAGE EN SYRIE

sué ( xv ) — 5 et la limite du côté du nord , depuis la

langue de mer de l'extrémité du Jourdain. — 6. La limite s'élève vers Beit-Hadjlab, passe au nord de Beit-Hârbah, s'élève à la pierre de Bahan, fils de Raouben.

La limite méridionale de la tribu de Benjamin est ainsi décrite dans Josué (xv, 19). — La limite passait du côté de Beit-Hadjlah , au nord ; la limite aboutissait à la langue de la mer salée au nord , à l'extrémité méridionale du Jourdain : voilà la limite du sud. —Enfin, saint Jérôme, au mot Area-Atad, cite une Bethagla, qui était éloignée de Jéricho de deux milles, et de trois milles du Jourdain. C'est très-certainement la cité biblique qui était bâtie autour de l'Ayn-Hadjlah.

Après avoir passé à gauche de l'Ayn, nous nous dirigeons à peu près en droite ligne sur le Jourdain ; c'est-à-dire qu'après avoir marché d'abord à l' est-nord-est, nous revenons à l'est, à dix heures onze minutes, pour ne plus quitter cette direction jusqu'au bord même du fleuve. En ce moment, nous apercevons à notre gauche, et à trois ou quatre kilomètres, une ruine placée sur une élévation qui domine la rive droite du Jourdain. Cette ruine est connue des Arabes sous le nom de Qasr-el-Yahoud. Je ne puis absolument rien dire de cet édifice que je n'ai pas visité. Robinson, qui ne l'a pas visité non plus, suppose qu'il représente le monastère de Saint Jean-Baptiste qui était placé au bord du Jourdain , et qui est mentionné par Procope , comme ayant existé déjà avant l'époque de l'empereur Justinien.

A partir du point où nous avons marché directement à l'est pour gagner le bord de la rivière, la plaine descend vers celleci par deux ressauts successifs de quelques mètres chacun. A dix heures dix-sept minutes, nous passons par-dessus un antique canal-aqueduc, à fleur de terre, et nous arrivons enfin à la rive du Jourdain, à dix heures quarante-six minutes. Rien de

ET AUTOUR DE LÀ MER MORTE. m

plus riant que cette rive qui est plantée d'arbres magnifiques, parmi lesquels se trouve un peuplier dont les fleurs en chaton sont d'une belle couleur purpurine. Les grands arbres bordent immédiatement le rivage, qui est formé par une jolie prairie couverte de fleurs et plantée de saules. La berge est à pic , et s'élève de deux ou trois mètres au-dessus de l'eau. La rivière est très-grosse et Peau qu'elle roule est extrêmement sale et j une.

Comme nous nous sommes munis, à Jérusalem, de bouteilles de fer-blanc destinées à emporter de l'eau du fleuve sacré, nous nous ingénions à remplir nos bouteilles, et la chose n'est certainement pas aisée. Heureusement , un tronc d'arbre, dont le pied est planté dans le flanc même de la berge, est fortement penché sur l'eau, et, en se mettant à califourchon sur ce tronc d'arbre, nous pouvons, en allongeant un bras, tandis que nous nous cramponnons de l'autre, recueillir l'eau que nous désirons emporter et en emplir nos bienheureuses bouteilles. Il ne s'agit pas de perdre les arçons, car la rivière est en ce moment trèsprofonde et très-rapide, et le bain qu'on y prendrait involontairement, pourrait mener loin, même un bon nageur qui n'aurait pas la chance de se raccrocher très-vite aux branches de la rive. De charmants îlots couverts d'arbres et de verdure, encombrent le lit de la rivière. En un mot, il est difficile de rencontrer un site plus pittoresque et une végétation plus luxuriante.

Pendant que notre déjeuner s'apprête, et que le tapis qui nous sert de table et de siège, est mollement étendu sur l'herbe, chacun se met en quête des objets qu'il affectionne. L'abbé cherche et trouve de charmantes plantes. Édouard, Philippe, Papigny et moi nons cherchons des insectes sous les feuilles mortes et sous les pierres. Notre chasse est merveilleuse, et nous rencontrons de magnifiques espèces de coléoptères, tout à fait inconnues aux entomologistes, et dont l'une (c'est un Helluo) n'a

d'analogues que dans les régions tropicales de l'ancien et du

nouveau monde. Il faut bien en conclure que le climat de la

vallée du Jourdain a une grande ressemblance avec celui de

Plnde.

Notre déjeuner s'est passé fort gaiement. Seulement, la pluie qui est survenue, a mis de l'eau , non pas dans notre vin, mais dans notre eau. Nous nous en sommes garantis comme nous avons pu, c'est-à-dire fort mal. Mais elle n'a pas duré ; c'était un grain passager qui a cessé au bout de peu de temps. Pendant le repas nos Arabes ont eu l'attention de nous couper quelques baguettes très-droites, desquelles nous comptons faire des cannes, au retour. L'un d'eux, surtout, ne manque pas une occasion de nous procurer ce qu'il regarde comme curieux, dans l'espérance de toucher un bakhchich, bien entendu. C'est ainsi qu'il me ramasse, dans l'un des ravins que nous suivons, avant d'arriver au bord du Jourdain, un morceau de soufre qu'il m'apporte en triomphe, et, un peu plus tard, sur les branches dégarnies de feuilles de quelques-uns des arbrisseaux au milieu desquels nous cheminons, des boules noires, qu'il prend pour des fruits maudits, et qui ne sont, en réalité, que le produit de la piqûre d'un insecte hyménoptère du genre des Cynips.

A midi vingt-deux minutes, nous quittons, beaucoup trop promptement à notre gré, cet endroit enchanteur, qui est celui où viennent se baigner les pèlerins qui visitent le Jourdain, et qui leur est donné comme le lieu même où Jésus-Christ reçut le baptême. Cette tradition mérite-t-elle réellement confiance? je l'ignore, mais j'en doute un peu.

Après être remontés de la prairie où nous avons déjeuné, sur le plateau qui la précède, et cela en suivant en sens inverse le même chemin qui nous y a conduits, nous tournons brusquement à gauche, et nous marchons d'abord directement à l'ouest, et parallèlement au Jourdain, que nous avons à une quinzaine

de mètres à notre gauche. A midi trente minutes, la direction que nous suivons est au sud, quelques degrés ouest, et nous sommes alors à sept ou huit mètres seulement du Jourdain, qui forme en cet endroit une anse de cent cinquante mètres de largeur. Ici les arbres ne nous cachent plus l'autre rive, que nous voyons couverte de mamelons de sable gris. Au delà de la petite anse, nous traversons un véritable bourbier, dans lequel le scheikh Mahmoud s'enfonce avec son cheval. Il nous faut perdre cinq minutes pour que ses amis aient le temps de les tirer de là, lui et sa bête.

A midi quarante-cinq minutes, nous avons en vue, à quatre kilomètres environ sur notre droite, le Qasr-Hadjlah, que nous avons quitté il y a quelques heures; nous entrons alors dans une vaste plaine, sans végétation, qui nous rappelle tout à fait la Sabkhah de la pointe sud de la mer Morte. Cette plaine est traversée par la route que l'on fait suivre aux pèlerins que Ton mène du Jourdain au bord de la mer Morte, et qui s'appelle Sekket-el-Bahr. A un certain moment mon pauvre cheval s'embourbe jusqu'aux naseaux dans la fange sur laquelle nous cheminons, et j'avoue que, cette fois encore, j'ai une peur affreuse. Je sors comme je puis du trou dans lequel nous sommes encastrés, et je laisse à Mahmoud et à Mohammed le soin de désincruster ma pauvre monture. Quant à moi, je m'éloigne le plus vite possible de ce point dangereux , en marchant de préférence sur les touffes de soude qui se montrent par-ci par-là , et qui donnent quelque consistance au terrain. 11 est une heure vingt-cinq minutes quand cet ennuyeux accident m'arrive, et nous marchons alors à Pouest-sud-ouest. A une heure précise notre route avait tourné déjà au sud-ouest.

Enfin, à une heure quarante-cinq minutes, nous sommes arrivés sur la plage tant désirée, et à cinquante mètres seulement du bord de l'eau. Nous avons alors en vue , à six cents mètres

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de distance horizontale, un îlot, couvert de décombres, et qui n'a guère qu'une cinquantaine de mètres de largeur. C'est le Redjom-Louth (le monceau de Loth). Quelles sont les antiques constructions qui ont existé sur cet îlot?. Nul ne peut le savoir ; mais, à coup sûr, elles appartiennent à une époque trèsreculée, ot probablement contemporaine de la catastrophe qui a détruit la Pentapole. Je ne doute pas que ces ruines ne soient celles qui ont donné lieu à la tradition, répétée tant de fois par les voyageurs, et d'après laquelle il a été si longtemps admis, comme un fait avéré, que les ruines deSodome existaient sous l'eau, qu'on les y apercevait, et que, lorsque les chaleurs étaient très-fortes, et par suite le niveau des eaux assez bas, ces ruines restaient à découvert. Il est inutile de faire remarquer ce que cette tradition a d'impossible, quant à Sodome bien entendu! Sodome était certainement à la pointe sud de la mer Morte, et le Redjom-Louth est à la pointe précisément opposée, c'est-àdire à vingt-cinq lieues du site de la Sodome biblique.

Le point où nous avons abordé la plage de la mer Morte, est fort éloigné de l'embouchure du Jourdain, et celle-ci, de loin, paraît placée tout à fait à l'angle de la face nord du périmètre de la mer, et à la base des montagnes de Moab. Mais, cette position n'est probablement pas rigoureuse, et il doit y avoir une certaine étendue de plage, non appréciable de loin, entre la rive gauche du Jourdain et le pied de la chaîne moabitique.

Nous tournons directement à l'ouest , et , à une heure cinquante-deux minutes, nous sommes sur une sorte de langue de terre qui, dans la saison des basses eaux, doit former isthme et relier le Redjom-Louth au continent. Cet îlot n'est, aujourd'hui, séparé de la terre-ferme que d une centaine de mètres au plus, et que par un bas*fond que nos chevaux traversent avec la plus grande facilité pour aller prendre pied sur lui. Il m'est impossible de ne pas affirmer que la prétendue impossibilité, pour les

chevaux, de cheminer dans les eaux de la mer Morte, impossibilité telle qu'ils seraient immédiatement renversés par suite de la densité de ces eaux, constitue une fable qui n'a aucune espèce de fondement, et qui, comme tant d'autres, a été répétée à plaisir, en acquérant droit de bourgeoisie dans les récits de tous les voyageurs.

Au bout de quelques minutes, nous coupons un ruisseau assez large et assez profond, ou plutôt une sorte de petite rivière, qui vient se jeter dans la mer Morte, en courant, sur tout ce que nous pouvons voir de son parcours, du nord au sud. Nous sommes alors devant une petite crique, située à l'ouest du Redjom- Louth, et qui s'enfonce d'une trentaine de mètres dans les terres. A une heure cinquante-huit minutes, nous sommes en face, et justement au nord, du petit cap qui forme le bord occidental de cette crique. Nous tournons alors directement au sud, et nous cheminons, à travers des arbustes chétifs, sur un terrain meuble, couvert de cailloux roulés et jonché de troncs d'arbres à l'apparence carbonisée. Nous sommes ici dans le Rhôr-el-Djahir, et nous nous maintenons constamment a vingt ou trente mètres du bord de l'eau , en suivant à peu près parallèlement tous les contours qu'il forme.

Bientôt, notre route s'établit au sud, quelques degrés ouest, et va, en s'inclinant de plus en plus vers le sud-ouest, jusqu'à deux heures quarante-deux minutes, qu'elle a gagné I'ouestsud-ouest. La plage, à notre gauche, est garnie de bois flotté noirci, d'arbrisseaux, de broussailles, et, parfois, d'épais et grands roseaux, mais jusqu'à deux heures dix-neuf minutes seulement; k ce moment finit le Rhôr-el-Djahir. A deux heures cinq minutes, nous avons en vue, à six kilomètres environ sur notre droite, un plateau nommé el-Hadjr-Lasbah , et, un peu plus vers le sud, et à huit kilomètres, le Nakb-Goumran , sur lequel nous nous dirigeons, à deux heures trente et une minutes.

En ce moment, nous sommes précisément en face de Pembouchure de l'Ouad-Zerkah , qui s'ouvre sur le bord oriental de la mer Morte. A deux heures quarante-deux minutes, la plage s'étend à notre gauche, sur une largeur de deux cents mètres. A deux heures quarante-neuf minutes, nous nous sommes rapprochés du bord de la mer, qui n'est plus qu'à vingt-cinq mètres à notre gauche. A deux heures cinquante-cinq minutes , nous ne sommes qu'à mille mètres environ de la chaîne des montagnes deCanàan, et, à notre droite, s'ouvre un ouad tourmenté, qui se nomme Ouad-Goumran. Une montagne moins élevée et des monticules de sable gris nous en séparent , et nous marchons au milieu de décombres qui portent le nom de Kharbet-el-Fechkhah. Dans le flanc de la montagne interposée entre la grande chaîne et nous, et en avant même de l'Ouad- Goumran , est percée une grotte parfaitement visible, du point où nous sommes parvenus.

Nous nous rapprochons rapidement du flanc des montagnes, ou plutôt ce sont elles qui se rapprochent de notre route, qui, à trois heures quatorze minutes, est à deux cents mètres seulement de l'entrée de l'Ouad-Gouinran et à cinq cents mètres du bord de la mer. Nous marchons alors au sud-ouest. A trois heures seize minutes, nous sommes dans les ruines nommées Kharbet-el-Fechkhah, et nous rencontrons un mur antique, dont la direction est perpendiculaire à la route que nous suivons, et qui est placé à droite de notre route. Quelques gros monticules de sable gris masquent l'entrée de l'ouad. Le pied de la montagne est alors à cent cinquante mètres à droite , et le bord de la mer à cinq cent cinquante mètres à gauche. La grotte que nous avions aperçue de loin , est à une distance horizontale de cent soixante mètres, à droite, et à cent mètres, environ, au-dessus de notre route. Cette grotte est carrée, et elle porte le nom de Morharrat-es-Saïd.

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 457 L'intervalle qui sépare le pied des montagnes et le bord de la mer va toujours se rétrécissant; ainsi, à trois heures trente minutes, nous marchons directement au sud, au pied même de la montagne, et à deux cents mètres seulement du bord de la mer, qui commence à être couvert d'une lisière de roseaux immenses, tout à fait semblables à ceux que nous avions admirés, un mois avant, à notre arrivée à l'Ayn-el-Rhoueir. A trois heures seize minutes, le flanc de la montagne se creuse, à notre droite, et forme une sorte de cirque, dans lequel je crois reconnaître un cratère. Deux vastes mamelons de sable gris couvrent l'entrée de ce cirque. Au delà se montrent encore des ruines que nous traversons , pour arriver, à trois heures quarante minutes, au point où nous trouvons notre camp établi. Adeux cents mètres en avant, c'est-à-dire au sud de nos tentes, est la source chaude et saumâtre qui se nomme Ayn-el-Fechkhah. La plage a, en ce point , deux cents mètres de largeur environ, et le voisinage de la source a fait pulluler les grands roseaux, qui forment un épais fourré régnant jusqu'au bord même de la mér Morte. Enfin, un peu au nord de notre camp, et entre celui-ci et la mer, sont des ruines, à fleur de terre, très-apparentes, et qui appartiennent incontestablement à la plus haute antiquité. Elles sont connues des Arabes sous le nom de Kharbet-el-Yahoud.

Nous voilà donc établis une fois encore, et malheureusement pour la dernière fois, sur le bord de cette mer que nous aimons tant, maintenant que nous savons ce que valent les contes fantastiques dont on s'était servi pour en faire un lieu de malédiction et de mort. Je dois avouer, cependant, que cette fois son voisinage nous paraît assez médiocrement agréable, grâce à des nuées de "moustiques qui nous dévorent, et qui ne se contentent pas de se jeter sur toutes les parties de notre corps qui restent livrées à nu à leur aiguillon, mais qui trouvent encore le secret

de transpercer nos vêtements, et de nous atteindre à travers drap, toile et flanelle. C'est à devenir fou de colère contre ces endiablés animaux.

Autre agrément du voisinage de l'Ayn-el-Fechkhah ! J'ai dit, tout à l'heure , que l'eau de cette source était saumàtiv , bien que potable à la rigueur. Elle sert à nous faire le potage et le café le plus exécrables que j'aie jamais goûtés; mais, comme nous n'avons pas d'autre eau, il faut bien nous contenter de celle-là, et nous soulager, en faisant tout autant de grimaces que nous le voudrons, de la dure nécessité où nous sommes , d'avaler cette infecte drogue.

Malgré les moustiques, l'abbé et moi nous sommes mis en course pour chercher ruines, plantes et coquilles, pendant le peu d'heures qui nous restent, avant que l'obscurité ne vienne et que notre dîner ne soit prêt. L'abbé est allé herboriser sur la plage même, à travers la lisière de roseaux; il a ramassé, au bord de la mer, des coquilles mortes et blanches qu'il m'apporte triomphalement, comme un produit du lac Asphaltite luimême ; mais je le désenchante bien vite, en lui faisant reconnaître que ce sont des mélanopsides qui ont vécu dans I eau douceâtre de l'Ayn-el-Fechkhah , et qui, entraînées dans le lac, après leur mort , ont été rejetées sur la plage , où le temps et l'influence de l'eau affreusement salée qui les a incessamment baignées, ont fortement altéré leur test et changé sa couleur noire primitive en une couleur d'un blanc roussàtre. Comme l'abbé, quelques-uns des voyageurs qui nous ont précédés sur ies rives de la mer Morte , ont ramassé des coquilles mortes rejetées sur la plage; ils en ont conclu que des mollusques vivaient dans la mer Morte, et ils ont tiré cette conclusion trop vite. 11 est indubitable, pour moi, que ces coquilles n'étaient que des coquilles fluviatiles, semblables aux mélanopsides recueillies par l'abbé Michon, et qu'elles provenaient , soit des coure

d'eau qui se jettent dans le lac Asphaltite, soit des sources qui existent sur ses bords.

Pendant que l'abbé se promenait sur la plage, j'étudiais, de mon côté, le Kharbet-el-Yahoud. C'est au milieu de cette ruine vénérable que mon ami vient me rejoindre. A mon tour, je lui fais voir ma trouvaille qui a plus d'importance que la sienne, et, malgré les moustiques qui nous font nous déchirer à l'envi le visage et les mains, nous nous décidons à lever immédiatement le plan de l'édifice antique, dont les arasements subsistant encore, nous permettent d'étudier les contours sur presque toute son étendue. Ces arasements consistent en énormes blocs de pierre non taillés, formant des murailles que Ton peut appeler cyclopéennes, et qui ont un mètre d'épaisseur.

Voici la description de toutes les parties reconnaissablos de cet étrange édifice , que je n'hésite pas à considérer comme contemporain de Sodome et de Gomorrhe, et, très-probablement , comme un des débris de la dernière de ces villes. Sur un mur de face, orienté au nord-nord-est, et de trente-six mètres de développement, sont appuyés trois pavillons carrés, de six mètres de côté, disposés aux deux extrémités et au milieu de la face. Celle-ci se prolonge un peu au delà du pavillon de droite, dont le flanc droit commence une ligne de muraille do vingt-deux mètres de développement, perpendiculaire, par conséquent, à la face principale. Sur ces vingWieux mètres, six forment le côté du pavillon, et les cinq derniers mètres semblent avoir servi de face gauche à un pavillon semblable, dont le mur de fond s'étend sur une longueur de quelques mètres, en dehors du mur perpendiculaire à la face principale. A l'extrémité de gauche de celle-ci, vient aboutir une longue muraille, de soixante-huit mètres de développement, plus inclinée à l'est que la première, et, à très-peu près, au nord-est. Le mur de gauche du pavillon carré de gauche, se prolonge de vingt et un

mètres, perpendiculairement à la grande face. Là , la muraille s'interrompt sur une étendue de cinq mètres, puis reprend un développement de quatorze mètres. Sur ce mur de quatorze mètres sont appuyés, à droite, deux pavillons carrés ayant également six mètres de côté ; un intervalle de deux mètres sépare ces deux pavillons. Les deux murs de face se prolongent parallèlement, et à gauche, d'une longueur de seize mètres, dont les six derniers sont recoupés de la longueur totale, par deux mure également parallèles, et séparés l'un de l'autre par un intervalle de six mètres. Ces deux murs ont un développement total de vingt mètres, dont les six derniers forment encore un pavillon de six mètres de côté *. 11 semble probable que les sept différents pavillons dont je viens de donner la description , étaient des chambres ou habitations qui étaient appuyées sur de vastes enclos, dont il est bien difficile, aujourd'hui, de deviner la destination première. Étaient-ce des enceintes consacrées, ou tout simplement des sortes de lieux fermés, dans lesquels des troupeaux pouvaient être rassemblés pendant la nuit? c'est là un point qu'il est à peu près impossible de préciser, et que je n'essaierai même pas de discuter. Je me bornerai à faire observer que dans un édifice, très-probablement religieux, et que j'ai découvert plus tard au milieu des ruines de Hazor, aussi bien que dans le temple du mont Garizim, j'ai retrouvé des pavillons analogues, disposés d'une manière toute semblable, aux angles et sur le milieu de chacune des faces de l'enceinte carrée qui constituait l'enclos sacré.

Contents de notre découverte archéologique, nous sommes rentrés dans la tente, avec la satisfaction de gens qui n'ont pas perdu leur temps. A l'œuvre, nous avions un peu oublié les moustiques; aussitôt en repos, nous avons senti les piqûres

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