TOMBEAC DES ROIS DE JUDA
Lorsque, sorti de Jérusalem par la porte de Damas, on chemine sur la route de Naplouse, on rencontre, à environ cinq cents mètres des murailles, un monument funèbre de la plus grande magnificence et auquel une tradition constante attribue le nom de Tombeau fcsrois (Qbour-es-Selathin, ou Qbour-el- Molouk). Cette dénomination reste la même, que Ton s'adresse aux Juifs, aux Musulmans et aux Chrétiens du pays. Mais estelle juste? C'est ce qu'il importe de rechercher. Avant tout, disons qu'il n'est pas possible, quand on foule la terre judaïque, de méconnaître la valeur de la tradition orale. Pour peu que Ton veuille bien la consulter, les saintes Écritures à la main, on ne tarde pas à la respecter, comme on respecterait un livre authentique ; car, dans toute l'étendue de cette terre , on reconnaît, à chaque pas, que les souvenirs bibliques y sont impérissables. Là, rien de ce qui s'y rattache ne change, rien ne s'oublie, pas même un nom ; et ce sont les événements humains dont la mémoire y a souvent été perdue. Ainsi, les catastrophes terribles dont Jérusalem a été successivement le théâtre, ont à peu près disparu du souvenir des hommes ; mais s'agit-il d'un fait, même secondaire, relatif à l'histoire primitive du peuple hébreu, ce fait semble récent, tant est précise et vivace la tradition qui Ta recueilli et transmis d'âge en âge. J'espère faire voir, en discutant tout ce qui concerne le monument connu sous le nom de Tombeau des rois, que cette fois encore la tradition est vraie , et que c'est bien là qu'ont reposé les Rois de Juda.
Bien des fois déjà , les caveaux des Qbour-el-Molouk ont été
décrits, mais malheureusement avec trop de précipitation, et pour ainsi dire en courant. Telle est, je crois, la seule raison qui a, jusqu'à ce jour, empêché de déterminer, d'une manière satisfaisante, l'origine de ce grand monument.
Pendant bien des jours je l'ai étudié avec le soin le plus minutieux , je l'ai levé avec toute l'exactitude que l'on peut apporter dans une opération de ce genre, et je me crois en droit d'affirmer qu'aucun détail de sa construction ne m'a échappé. Le plan scrupuleusement exact que je publie aujourd'hui , me dispensera d'entrer dans le détail fastidieux des mesures que j'ai recueillies, avec le soin qu'un officier des armes spéciales met d'habitude à lever un bâtiment quelconque. Je me hâte d'ajouter que je ne prétends, en aucune façon, me faire un mérite d'avoir exécuté un travail qui se rattachait, en quelque sorte, à mon premier métier. Sans plus ample préambule j'entre en matière1.
Un plan incliné vers Test, et placé entre deux murailles de rochers, aboutit à une paroi verticale dans laquelle est percé un soupirail, grossièrement creusé, donnant jour sur une sorte de citerne, où il n'est pas possible de pénétrer par cet orifice, et dont toute autre entrée est perdue. Que peut être cette cave? J'ai le regret de l'ignorer; mais je me console en pensant que tout le monde l'ignore comme moi, et que des fouilles, malheureusement impraticables en ce pays, pourraient seules nous apprendre quelque chose sur sa destination première.
Dans la muraille de gauche, vers le fond de cette espèce de cour, est percée une porte en plein cintre , ornée d'un simple filet creux à l'extérieur. Cette porte est aujourd'hui enterrée jusqu'à la naissance du cintre, de sorte qu'on ne peut la franchir qu'avec difficulté. Elle débouche sur une large cour carrée,
i. Voyeipl. imtl et nu.
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. t*4 à parois verticales taillées dans le roc. Un accident, sur lequel nous reviendrons plus tard , a fait tomber une épaisseur assez grande de la muraille et de la porte, de sorte qu'il n'est plus possible aujourd'hui de savoir sî elle était plus ornée à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le sol de cette cour est évidemment rendu inégal par des accumulations de décombres, surtout vers la muraille ouest, où ces décombres forment une élévation de quelques pieds. Dans cette muraille du fond est pratiqué , avec un art très-remarquable, un large vestibule qui était autrefois soutenu par deux colonnes prises dans le roc même, et par deux piliers faisant corps avec la muraille de rocher. Les deux colonnes ont été brisées, et il n'en reste d'autre trace que la partie supérieure du chapiteau de droite, encore appendue au plafond. Au-dessus du vestibule et sur la face même du rocher, court une longue frise sculptée avec une délicatesse et un goût exquis. Le centre de la frise est occupé par une grappe de raisin , emblème de la terre promise et type habituel des monnaies asmonéennes. A droite et à gauche de cette grappe, sont placés symétriquement une triple palme d'un dessin élégant , une couronne et des triglyphes, alternant avec des patères ou boucliers ronds répétés trois fois.
Au-dessous règne une riche guirlande de feuillages et de fruits, retombant à angle droit de chaque côté de l'ouverture du vestibule. La portion de gauche de cette guirlande a été beaucoup plus maltraitée par le temps, que la portion de droite. Au-dessus de la ligne des triglyphes, commence une belle corniche, formée de moulures élégantes, malheureusement trèsendommagées, et s' élevant jusqu'au sommet de la roche, c'està-dire jusque vers le niveau du sol de la campagne environnante. A première vue, on reconnaît, à la présence d'une large fissure qui scinde obliquement l'architrave et le linteau du vestibule, qu'un tremblement de terre a mutilé le monument
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et renversé les deux colonnes qui l'ornaient primitivement.
Une fois descendu sur le sol du vestibule, on aperçoit au fond de la paroi de gauche, une petite porte fort basse, et par laquelle on ne peut passer qu'en rampant. C'est l'entrée des caveaux.
Cette entrée, qui est aujourd'hui libre, était jadis déguisée avec soin. On en jugera par la description suivante de l'appareil, assez compliqué, destiné à masquer la porte. Un disque de pierre d'une grande; épaisseur, roulant dans une rigole circulaire, venait s'appliquer exactement contre la baie, et cette lourde pierre ne pouvait se mouvoir, sur le plan incliné que lui offrait la rainure dans laquelle il se trouvait engagé, qu'à l'aide de la pression d'un levier, agissant de droite à gauche pour dégager la porte, et de gauche à droite pour la clore. Afin d'opérer ce double mouvement, il fallait arriver jusqu'au disque par un couloir direct, que recouvrait ordinairement une pierre énorme dont les encastrements latéraux sont bien conservés. Ce couloir aboutissait, d'une part, directement à la porte d'entrée, et. de l'autre, à un large puits, aujourd'hui comblé en trèsgrande partie ; on voit qu'une fois la pierre de recouv rement dégagée de son encastrement, le couloir devenait praticable, et qu'il était alors facile de solliciter, à l'aide d'un lev ier dont le point d'appui se prenait sur l'arête même de l'encastrement, le disque de pierre, forcé dès lors à se mouvoir en montant à gauche de la porte, sur le plan incliné de la rainure circulaire. Mais pour que le disque pût monter, il fallait, de toute nécessité, enlever une seconde dalle, moins épaisse que la première, et dont les encastrements sont parallèles à la paroi dans laquelle la porte est pratiquée; une fois le disque de clôture ainsi chassé à gauche, et calé fortement, le passage devenait libre. Pour remettre le disque en place, il fallait pénétrer dans un second couloir, creusé sous le roc, et recoupant le premier à angle
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droit, presque contre l'orifice du puits. Ce couloir auxiliaire se dirigeait brusquement , par un retour d'équerre, vers la paroi du vestibule, et conduisait parallèlement au premier couloir direct, à un point où le levier pouvant s'appliquer au côté gauche du disque, le forçait à redescendre et a regagner la place qu'il devait occuper pour fermer l'édifice.
Toutes ces dispositions, auxquelles personne jusqu'ici ne me semble avoir fait la moindre attention, sont parfaitement intactes; les deux dalles encastrées ont seules disparu, et le disque n'a pas conservé une position rigoureusement verticale, par suite du peu de soin que l'on a mis à l'écarter et à le caler. À cela près, tout le système de clôture se trouve dans l'état où l'a laissé l'habile architecte qui l'a conçu.
Mais ce n'est pas tout encore, il nous reste maintenant à parler du système de fermeture intérieure.
Dans une large feuillure venait s'encastrer hermétiquement une porte massive de pierre, à double gond pris dans la masse, et qui, probablement, roulait de façon qu'il fut possible de la mettre aisément en mouvement, par unepression venant de l'extérieur, tandis que la disposition des crapaudines devait, si la porte était abandonnée à elle-même , la faire aussitôt retomber, par son propre poids, dans la feuillure où elle s'encastrait hermétiquement , je le répète, et de telle façon que, pour l'homme enfermé derrière elle, il n'y avait plus aucun moyen de la faire mouvoir.
Cette première porte franchie, on se trouve dans une salle carrée, dont les côtés sont parallèles à ceux du vestibule, comme du reste les côtés de toutes les autres salles.
Trois portes se présentent , l'une percée à peu près au milieu de la face ouest, et les deux autres dans la face sud ; cette salle sert en quelque sorte de deuxième vestibule, puisque aucune tombe ne s'y trouve placée. Trois petites niches triangu-
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la ires, taillées avec soin dans les faces ouest, sud et est, ont été destinées à recevoir des lampes sépulcrales , dont la trace est tout à fait visible; au plafond, se lisent quelques noms de voyageurs, parmi lesquels j'ai retrouvé avec un grand plaisir celui de mon savant confrère et ami M. Léon Delaborde, suivi de la date 1827.
La porte de la paroi ouest donne accès dans une chambre plus petite, mais carrée aussi et dont tout le centre est plus profond que le seuil , de façon à former une assez large banquette sur tout le pourtour de la salle.
Chacune des trois faces, autres que la face d'entrée, est percée de trois ouvertures. Toutes trois sont en plein cintre; mais les deux portes latérales, qui n'ont que moitié de la hauteur de la porte centrale, sont en outre munies d'une feuillure rectangulaire, de sorte qu'à première vue elles semblent carrées. Les six ouvertures latérales donnent accès dans des tombes, et les trois centrales dans des petites chambres construites de la manière suivante : à droite et à gauche elles sont garnies de plans horizontaux ou couchettes, surmontées d'une arcade en plein cintre; au fond est pratiquée une couchette semblable, mais taillée en voûte cintrée dans sa largeur. 11 faut naturellement y porter le haut du corps, pour juger de son étendue qui est masquée par le massif de la roche.
Deux de ces chambres (celles du nord et du sud) sont munies, au-dessus de chaque couchette, d'entailles destinées À contenir des lampes sépulcrales, et semblables en tout à celles de la salle d'entrée. Elles ont aussi des traces évidentes des lampes qui y ont brûlé jadis. Ces petites niches à lampes manquent dans la chambre du côté ouest. Quant aux six tombes, elles sont de différentes formes et construites en général sur le principe suivant :
ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 225 On pénètre d'abord dans une petite chambre dont le sol porte, à partir du seuil, une large rainure, destinée très-probablement à recevoir une saillie ménagée au-dessous de la caisse du sarcophage , afin de fixer celui-ci solidement. La tête du sarcophage , mis en place , devait nécessairement masquer une ouverture donnant accès dans un réduit carré, de dimension beaucoup trop petite pour avoir jamais pu recevoir un corps. Nous verrons plus loin qu'il est possible de deviner la destination de cette petite pièce qui devait rester cachée, tant que la tombe qui la précédait n'aurait pas été violée. L'une des tombes (celle qui est placée à l'extrémité gauche de la face nord) n'a pas de rainure sur le sol. La tombe de gauche de la face ouest, au lieu de présenter l'ouverture du petit réduit derrière la tête du sarcophage, supposé mis en place, la présente sur le côté gauche , sans toutefois que ses dimensions aient été changées. Enfin, la tombe de gauche de la face sud n'a pas de réduit comme les autres.
Au-dessous de la couchette du fond de la chambre à trois couchettes, placée sur la face nord, est percée une petite ouverture assez difficile à franchir et qui conduit par un plan incliné à une chambre inférieure , portant à sa face ouest une couchette surmontée par un cintre, et sur sa face nord, deux étagères juxtaposées comme les marches d'un escalier. Le conduit incliné qui amène dans cette chambre, débouche par un fort ressaut, au-dessus d'une seule marche élevée qui se termine au sol. Il est évident, à priori, que les deux étagères n'ont pu recevoir de sarcophages, et qu'il n'a pu s'en trouver un que sur la banquette du fond, c'est-à-dire parallèlement à la face du monument. Comme de plus cette petite salle est taillée précisément dans l'axe du vestibule, il n'est pas possible de douter qu'elle n'ait eu une importance particulière, et que tout le monument ne lui soit en quelque sorte subordonné.
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C'est dans cotte chambre sépulcrale que gisaient dédaignés les deux morceaux du beau couvercle de sarcophage qui se trouve aujourd'hui déposé au Louvre.
Revenons à la description des autres salles.
La porte de droite, pratiquée dans la face sud de l'antichambre, débouche un peu obliquement dans une salle carrée de même dimension que la précédente, munie comme elle d'une large banquette et percée de trois tombes, sur chacune de ses faces ouest et sud, tandis qu'une seule ouverture, percée à droite de la porte d'entrée, conduit, par un escalier de six marches, suivi d'un palier incliné, à une autre chambre basse, munie sur trois faces d'une banquette surmontée par un arceau
en plein cintre.
Un seul dessus de sarcophage existe encore dans cette chambre basse, et il est orné, sur sa longueur, de trois rosaces, ciselées de chaque côté. Parmi les six tombes taillées dans les deux autres faces de la chambre supérieure, la première, c'està-dire celle de droite de la l'ace ouest, n'a pas de réduit. Les deux suivantes' sont en tout semblables à la tombe complète que j'ai décrite plus haut; celle de droite de la face sud n'a jamais été qu'ébauchée et n'a pu recevoir de sarcophage; les deux dernières n'ont pas non plus de réduit, et sont en tout semblables à la tombe de droite de la face ouest. Quant à la face est, l'architecte qui a réglé l'ordonnance du monument, savait qu'elle était trop rapprochée de la face ouest de la chambre suivante, pour que l'épaisseur intermédiaire pût recevoir des tombes. Aussi ces parois sont-elles restées intactes.
C'est la porte de gauche de la face sud de l'antichambre, qui conduit dans cette dernière salie. Elle a , comme les deux autres, sa banquette sur tout le pourtour, et six tombes seulement, dont trois sur la face sud et trois sur la face est De ces six tombes, deux seulement ont pu recevoir des corps, celle
du centre de la face sud et celle de droite, en faisant face à la paroi est. Toutes les autres sont restées à l'état d'ébauche, et avec les mêmes dimensions que l'ouverture analogue, déjà signalée dans la description de la chambre précédente. Quant aux deux tombes qui ont été occupées, la première n'a pas de réduit , et la dernière est munie d'un réduit placé sur son flanc droit.
Enfin, les trois chambres sépulcrales supérieures, garnies de banquettes, étaient closes par de belles portes en pierre, tout à fait analogues à celle que j'ai décrite en parlant de l'antichambre. Ces portes, violemment brisées, gisent aujourd'hui en débris, parmi les nombreux fragments accumulés sur le sol, fragments noyés dans la boue, et qui représentent certainement les pierres qui fermaient jadis toutes les tombes, et les restes des tombes elles-mêmes.
Dans ces caves il règne constamment une chaleur étouffante, et le séjour qu'on y doit faire est d'autant plus désagréable, que de toutes les parois et des plafonds, suinte sans cesse une véritable pluie qui rend le travail de l'explorateur très-difficile. Pendant toute la durée de la tâche pénible que je m'étais imposée, j'ai été secondé avec une patience à toute épreuve par mon compagnon de voyage, Édouard Delessert, qu'aucune difficulté ne rebutait; pénétrant partout, en se traînant dans l'eau, il me transmettait avec exactitude les mesures que ma taille trop haute et trop peu souple, grâce à l'âge, ne me permettait pas de prendre moi-même. Somme toute, à force de persévérance, et à la condition d'aller très-souvent hors du caveau, chercher un peu d'air rcspirable, nous avons réussi à le visiter jusque dans ses recoins les plus cachés. De cette étude, est née en nous l'admiration la plus complète pour cette magnifique excavation , qui n'a pu être exécutée qu'avec des dépenses énormes , et , selon toute vraisemblance , que
pour une dynastie royale, ainsi que le veut la tradition.
Procédons maintenant par exclusion , et nous verrons qu'en admettant tour à tour, par hypothèse, la présence aux Obourel-Molouk, de chacun des monuments funéraires qui ont dû exister dans les environs de Jérusalem, nous serons obligés de rejeter formellement toutes ces hypothèses, et qu'il ne nous restera plus, en définitive, que la nécessité de retrouver dans cette cave sépulcrale , celle des rois de Juda.
Établissons d'abord la série des monuments royaux que Ton pourrait être tenté de rechercher aux Qbour-el-Molouk, en faisant abstraction des rois de Juda. Nous n'avons à choisir qu'entre le tombeau des Princes asmonéens, celui d' Alexandre Jannœus, celui des Hérodes, et enfin celui d'Hélène, reine d'Adiabène, et d'izates, son fils; or, si nous démontrons que notre tombeau ne peut être un quelconque de ces édifices, il nous faudra revenir au tombeau des rois de Juda , h la condition , bien entendu , de démontrer aussi que rien , absolument rien , ne s'oppose à cette attribution , tandis que tout, au contraire, concourt à démontrer merveilleusement qu'elle est juste.
Procédons par ordre.
Nous lisons dans Josèphe : « Mais Simon ayant envoyé des « affidés à Basca, fit apporter les os de son frère (Jonathas « tué et enterré par les ordres de Tryphon, dans le pays de a Galaad). 11 leur fit rendre, à Modeim, les honneurs qui leur « étaient dus, et le peuple entier pleura la perte de Jonathas. « Simon fit construire pour son père et pour ses frères, un mo- « miment très-grand en pierre blanche et polie ; l'ayant élevé « jusqu'à une hauteur telle qu'on le voyait de très-loin, il l'en- « toura de portiques avec des colonnes monolithes d'un travail « admirable. Contre ces portiques, il éleva sept pyramides, « une pour ses pères et pour chacun de ses frères, aussi rcmar-
« quables par leur dimension que par leur beauté, et qui sub- « sistent encore de nos jours '. »
Ce passage est suffisamment précis. Simon a fait construire (et Ton ne peut identifier un tombeau construit avec un tombeau excavé, aiÔqj Xeux'-ù àve^ecptivou) sept pyramides à Modeim, une pour chacun de ses frères Jean, Judas, Éléazar et Jonathas, et trois pour son père Mathatias, son grand-père Jean et son bisaïeul Simon, fils d'Asmonœus.
Quant à Simon lui-même, à Jean Hyrcan, à Aristobule et à Antigone, son frère, nous ne savons pas où ils ont été enterrés,
Alexandre Jannaaus, successeur d' Antigone, ayant eu un tombeau spécial pour lui, il devient probable que chacun de ces princes a été renfermé dans un sépulcre particulier, et que, par suite, notre tombeau des rois ne peut leur être attribué , vu le nombre des tombes qu'il renferme; s'il n'en était pas ainsi, un sépulcre de famille les aurait réunis, et par suite le monument d'Alexandre serait probablement commun à tous. Nous verrons un peu plus loin que ce tombeau d'Alexandre ne peut, en aucune façon, être confondu avec les tombeaux des rois, et qu'un texte fort précis le met très-nettement hors de cause; il n'y a donc pas en définitive à chercher, dans le monument qui nous occupe, le sépulcre de quelque prince asmonéen , puisque, dans le cas où ces princes ont eu un caveau de famille, il n'a pu être placé là, et que très-évidemment nous avons à classer un tombeau de famille.
Quant à Aristobule, fils d'Alexandre Jannaeus, il mourut empoisonné à Rome ; mais son corps , conservé dans du miel, fut envoyé en Judée par Antoine, «afin, dit Josèphe, d'être enseveli dans les sépulcres royaux a. »
1 Ant. Jud., xui, vi, 7.
2. Toi; PxmXixû; (MNIfUfatC ivTnçr.ao'f/.i^î {Bell. Jud., i, ix, l); OU iv txî; 3*<"^- *xi; '>r*xiî ii^irm nWivxt (Ant. Jud., xiv, vu, 4).
Remarquons que dans ce passage il n'est pas question de tombeau de famille, mais bien simplement de tombes royales. Ceci s'accorderait bien avec le nom traditionnel de nos tombeaux des rois, mais la difficulté insurmontable du site du monument d'Alexandre qui, plus certainement peut-être qu'aucun des autres rois asmonéens, a dû être déposé dans les tombes royales, éloigne forcément l'idée qu'il y a identité entre les uns et les autres. Écartons donc les princes asmonéens pour lesquels il n'est pas possible de revendiquer les tombeaux des rois, les cavernes royales de Josèphe.
On a cru pourtant y reconnaître le monument du roi Alexandre, monument dont Josèphe fait une mention spéciale; mais cette erreur ne peut être commise par quiconque a parcouru l'enceinte de Jérusalem, avec la volonté ferme de mettre de côté les opinions préconçues, et de demander les éléments de sa conviction, à la seule inspection des lieux et à la lecture des anciens.
Nous lisons dans Josèphe 1 avec quelle énergie les deux partis juifs, enfermés dans la ville, repoussèrent les premières attaques de Titus, déjà maître de l'enceinte bâtie par Hérode Agrippa , et campé sous les murs marnes de l'enceinte primitive, au point nommé le camp des Assyriens. Titus occupait ainsi tout le terrain situé en deçà de cette muraille, déjà forcée et conquise , entre le Qasr-Djaloud , fort de Goliath , élevé à une époque peu ancienne sur l'emplacement du camp des Assyriens, et la vallée du Kedron. En d'autres termes, c'était toute la partie du terrain accessible, placé devant la ville, que Titus avait enlevée déjà; sur toutes les autres faces, il n'y avait pas plus à songer à asseoir un camp, qu'à diriger des attaques. Or, qu'arrive-t-il lorsque ces attaques com-