‹ Voyage autour de la Mer morte (volume 2)Chapitre 82 sur 211 · I. Chrou., Il, xxxiii, i · texte numérisé non relu

I. Chrou., Il, xxxiii, i

î. Voir Ant. Jud., xvm, n, 3.

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été aussi peu scrupuleux que lui? et les habitants l'eussent souffert, sans mot dire? Cela est de toute impossibilité.

Ne savons-nous pas, d'ailleurs, que Salomon fit habiter hors de la forteresse de Sion la fille de Pharaon *, qu'il avait épousée, parce que ce lieu, étant sacré, ne pouvait être profané par la présence d'aucune chose impure; et le roi, si scrupuleux en cette circonstance, eût mis ses scrupules de côté, lorsqu'il s'agissait d'un cadavre et d'une tombe? Je me dispense de répondre à cette question.

Le palais que Salomon fit bâtir pour la reine était à Meloua ; la reine sortit donc de la cité de David pour aller habiter Meloua; et voilà que, dans les Chroniques, Meloua devient partie intégrante de la cité de David. Cette dénomination n'est donc pas exclusivement attachée à la forteresse du mont Sion.

Je ne conteste nullement que cette forteresse n'ait été, par excellence, nommée la Cité de David; mais, esUce une raison pour que ce nom n'ait pu, par extension, s'appliquer à la capitale tout entière du royaume de David? Je ne le pense pas.

Jérusalem est devenue la ville de David, comme Ninive la ville de Ninus, comme Rome la ville de Romains, comme Aixla-Chapelle la ville de Charlemagne.

La présence de nombreux tombeaux ne pouvait, dit-on, causer aucune souillure dans la forteresse de Sion. Ceci ne me paraît pas démontré, et le roi Salomon, qui forçait la reine, sa femme, fille du puissant roi d'Égypte, à loger hors de l'enceinte de la forteresse, parce que cette enceinte était sacrée et que la présence d'une femme pouvait la souiller, Salomon aurait eu mauvaise grâce à traiter ainsi la reine, s'il avait pris le parti d'établir à poste fixe des tombes, fût-ce celle de son père, dans l'enceinte où avait reposé l'arche d'alliance. Nous lisons' : ■ Sa-

1. Rois, I, ix, «4 et Chron., II, fin, 1t. *. Cbron., II, vut, 11.

« lomon fit monter, de la ville de David, la fille de Pharaon à la ■ maison qu'il lui avait bâtie ; car il avait dit : Il ne doit pas me t demeurer une femme dans la maison de David, roi d'Israël; «car ils sont sacrés les lieux où est venue l'arche de Jehovah. » Le mot employé par l'écrivain sacré est hS„ n, et signifie littéralement faire montei'; en conclurons-nous , qu'en quittant le sommet du mont Sion , la reine a dû monter pour gagner sa nouvelle demeure? Nullement; je pense, moi, qu'elle a dû descendre forcément Je demande la permission de faire observer que le radical de ce mot est le même que celui du mot n^vo , sur le sens duquel je conserve donc mon opinion en toute sécurité, et que je continuerai à considérer comme signifiant, lieu profond, dans le verset qui concerne la tombe du roi Ézékhias.

Le tombeau de David, dira-t-on, est bien réellement à la mosquée de Naby-Daoud, si vénérée des Musulmans, qu'ils n'y laissent pénétrer ni les Chrétiens ni les Juifs. Examinons ceci. La mosquée de Naby-Daoud passe bien, en effet, parmi les Musulmans, pour contenir le tombeau du saint roi. Mais, qu'est-ce que c'est que cette mosquée? C'est l'église chrétienne bâtie sur l'emplacement de la maison où eut lieu la sainte Cène. C'est dans le caveau même où les Musulmans ont placé leur tombeau postiche de David, que fut apprêté l'agneau pascal , et le docte Quaresmius constate, dans son livre inappréciable, que les moines chrétiens, expulsés de cette église, lorsqu'elle fut transformée en mosquée, n'avaient jamais eu l'idée d'y voir quoi que ce fût qui ressemblât aux caves sépulcrales des rois de Juda. Comment donc les Musulmans ont-ils, un beau jour, prétendu que la mosquée de Naby-Daoud contenait le sépulcre du saint roi? Très-probablement, ils l'ont fait avec les éléments de certitude qui leur ont servi lorsqu'ils ont déterminé la place du tombeau de Moïse à Naby-Mousa, c'est-à-dire à quelques heures seulement de Jérusalem, tandis qu'il est parfaitement cer-

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tain que Moïse mourut de l'autre côté du Jourdain, et qu'il fut enterré dans une vallée de la terre de Moab.

En dernière analyse , l'opinion qui place à Naby-Daoud le tombeau de Davfd n'est nullement soutcnable, et elle croule d'elle-même. Au reste, pour accréditer leur fable pieuse, les Musulmans, sous prétexte de je ne sais quels événements terribles qui menacent quiconque pénétrerait dans le caveau où ils affirment que repose le roi David, n'y laissent entrer personne, pas plus les Musulmans que les autres.

Je ne m'arrêterai pas plus longtemps sur cette première objection , et je la laisse pour ce qu'elle vaut. Passons à la seconde.

Effectivement, la frise ciselée sur le rocher dans lequel est taillé le vestibule des <)bour-el-Molouk offre des triglyphes et des patères, de plus, les moulures dont la corniche est surchargée ont bien l'élégance des moulures grecques1. Mais pourrait-on affirmer que les ordres dorique et ionique sont d'invention grecque? Je ne crains pas de dire, parce que les objections abondent , qu'en le faisant on courrait grand risque de se tromper. Il est aujourd'hui démontré pour moi, et j'espère avoir bientôt beaucoup d'architectes de mon avis, que le chapiteau ionique est venu des Phéniciens aux Hébreux, et beaucoup plus tard aux Grecs. Ce chapiteau, je l'ai retrouvé en Phénicie et dans une localité moabite , certainement beaucoup plus vieille que les villes grecques, et, certes, les Moabites n'avaient point eu de grands rapports avec les Grecs, lorsqu'ils bâtissaient leurs étranges cités, en blocs de lave non équarris et formant de véritables murs cyclopéens. Je n'ajouterai plus qu'un mot sur ce point. Le monument de Khorsabad est antérieur à la belle architecture ionique des Grecs: eh bien! que l'on ouvre le livre

t. Voyez pl. ni

ET AUTOUR DE LA MER MORTE. 2<i7

de M. Botta et Ton y trouvera, planche 114, un petit édifice orné de deux colonnes à chapiteaux ioniques et d'un couronnement d'antnfixcs, représenté sur un bas-relief assyrien, tiré du palais do Khorsabad.

Sur un autre bas-relief ( planche ik\ ) ♦ on verra le pillage d'un temple, avec les prétendues patères de notre frise des Qbour-el-Molouk , et là ces patères seront aisément reconnues pour des boucliers appendus aux murailles. Quant aux triglyphes, voici qui peut singulièrement modifier l'opinion qu'ils sont d'origine grecque; je transcris intégralement une note très-importante que je dois à l'amitié de M. Prisse d'Avennes :

• Les Grecs ne peuvent pas plus revendiquer l'invention des « triglyphes que celle de la colonne dorique. Les monuments « égyptiens présentent tous les éléments de cet ordre d'archi- « tecture, usité bien avant que les Grecs n'aient songé à élever «des édifices. Ainsi, dans les hypogées de Beni-Haçan, qui « remontent aux Pharaons de la 12e dynastie, c'est-à-dire à

■ environ 3,000 ans avant J.-C., on voit des colonnes à cannedures, appelées par Champollion Protodoriques, et des enta- . blements ornés de Gouttes et de Mutules. Dans les hypogées « de koum-el-Ahmar, qui datent de la 6* dynastie, ainsi que le « prouvent les cartouches de Papi et de Teti qui y sont gravés,

■ on remarque des piliers à fleurs de lotus, qui soutiennent « une architrave portant des espèces de triglyphes. Cet orne- « ment caractéristique existe aussi sur plusieurs édicules peints « ou sculptés à des époques antérieures aux premiers monuments « grecs. J'en ai réuni de nombreux exemples dans mon Histoire « de l'art chez les anciens Égyptiens, ouvrage entièrement ter- « miné depuis longtemps, mais que je ne puis livrer à la publi- « cité, sans l'appui du gouvernement.

« A Karnak, sur des colonnes formées de tiges et de boutons «de lotus, on trouve des ornements taillés dans le genre des

« triglyphes. Ces colonnes appartiennent au règne de Thout- «mès III, de la 18* dynastie. Enfin, toutes les corniches égyptiennes sont décorées de véritables triglyphes, bicolores ou

• tricolores, alternant avec des cartouches divins ou les cartou- « ches du roi fondateur du monument. J'ajouterai encore que,

■ sur les plafonds de tous les hypogées, on trouve des ornements « formés de méandres, qu'on appelle aussi grecques, parce qu'on « croyait cet ornement particulier aux Grecs. Je ne pousserai

• pas plus loin ce parallèle, qu'on pourrait étendre à toutes les « parties les plus caractéristiques de l'architecture des Hellènes.

■ L'architecture égyptienne s'est modelée sur les premiers « édifices qui étaient construits en bois, et non sur les habitations «des Troglodytes, sur des grottes ou des Speos, comme l'ont

■ avancé trop légèrement MM. Huyau et Gau, et tout dernière- «ment M. Raoul-Rochette ; c'est une vérité démontrée par « l'étude approfondie des monuments égyptiens. On reconnaît, «en effet, dans les agencements des colonnes, des architraves,

■ des mutules , des corniches, etc. , etc. , des preuves incontes-

■ tables de cette origine. Les portes des Hypogées sont quel- «quefois décorées de linteaux hémicylindriques, représentant « un tronc d'arbre à demi équarri ; les plafonds sont souvent «ornés de poutres et de solives, peintes de façon à imiter la « couleur et tous les accidents du bois, système d'ornemen-

■ tation qui atteste, d'une manière irrécusable, le type primitif «de l'architecture égyptienne. Mais elle dédaigna bientôt ces « constructions éphémères, pour employer des matériaux tout à

■ la fois plus durables et plus appropriés à ses besoins. On peut « suivre encore, sur les monuments épars dans la vallée du Nil, « l'histoire des développements successifs de l'art. D'abord pa- « raissent les formes rectilignes, nées avec la charpente et trans- « mises à la pierre; puis, l'art, s' élevant à l'imitation de la nature, « introduit, vers l'époque de la 12* dynastie, les formes végétales

dans les piliers, les colonnes et toute l'ornementation ; enfin, au temps de la 18e dynastie, les formes humaines s'allient partout aux formes géométriques et végétales et amènent la perfection de l'architecture.

«L'art ne prend naissance chez un peuple, que sous l'ini fluence de maintes circonstances fécondes, qu'il n'est pas i donné à tous de réunir. Aussi, il y a généralement en archii tecture une transmission héréditaire des idées, des méthodes « et du style, des peuples majeurs à tous les peuples en travail i de civilisation. En Grèce, les traditions primitives témoignent i que tous leurs procédés techniques et artistiques furent déri-

■ vés de la Phénicie et de l'Égypte. Tout démontre chez les

■ Grecs, et principalement chez les Athéniens, le carac- « tère et le style d'un art d'emprunt. On sait que des corporations vagabondes d'artistes, des pontifes lithotomistes, « avaient porté dans l'Hellade tous les arts utiles : pratique et « modèles leur venaient de l'étranger, et probablement des « bords du Nil. Le principal monument construit par Dédale, « était un labyrinthe pareil à celui qui existait en Egypte. En « admettant que les Grecs n'aient pas adopté , dans leurs co- « lonnes doriques et leurs triglyphes, des formes déjà invétérées « en Égypte, ils auraient rencontré les mêmes configurations, « en partant du même point, les constructions en bois, archi- « tecture primitive de tous les peuples. Mais les premiers édit fices en charpente diffèrent tellement partout, que la dissem- « blance de la donnée primordiale, doit conduire à des résultats

■ et à des développements très-variés. C'est précisément cette « donnée des temps fabuleux, a nté historiques, de l'architecture, « qui me paraît éminemment égyptienne. Altérés par des be- « soins locaux, perfectionnés par des idées et un goût particu- «liers, ces éléments d'emprunt ont enfanté à leur tour des « merveilles.

• Quant aux Hébreux, élevés au milieu des monuments de « PÉgypte , ils n'ont pas eu à passer par tous les développe- « ments de l'art; ils ont du , sinon se mettre à la hauteur où « leurs maîtres se trouvaient alors, du moins adopter leurs for- « mes archi tectoniques, tout en cherchant un art national. Mal- « gré ce que dit la Bible des ouvriers envoyés par Hiram, les « Phéniciens, qui n'ont laissé aucun monument d'une origina- ■ lité incontestable, ne me paraissent pas avoir été les uniques « maîtres des Hébreux. Salomon , marié à la fille d'un roi « d'Égypte, avait sûrement aussi des artistes do ce pays. D'ail- « leurs, la civilisation égyptienne s'était tellement répondue t dans l'ancien monde , qu'on rencontre partout leur système « d'architecture , l'empreinte de leur génie , dans la Judée «comme dans la Phénicie, à Ninive comme à Persépolis. « L'Égypte, cette terre féconde qui portait en elle assez d'idées « pour défrayer toute la civilisation antique, pendant des siè- «cles, a successivement procréé l'art architectural, chez les • Phéniciens, les Hébreux, les Assyriens et les Grecs. »

En définitive, quels sont les autres ornements de cette frise? des couronnes, des palmes, des feuillages et des fruits. Ou' on veuille bien relire, dans la Bible, la description des édifices somptueux élevés par Salomon , à l'aide des artistes attirés par lui de Phénicie, et l'on sera tout surpris de reconnaître que tous les ornements des Qbour-el-Molouk, sont précisément ceux que les écrivains sacrés mentionnent, comme ayant été employés dans les embellissements du temple et du palais.

On m'a objecté que le saint roi David, vu ses habitudes de simplicité, n'avait pas dù se faire construire, pendant sa vie, de tombeau pour lui-même; le roi qui ne donnait qu'une simple tente à l'arche d'alliance, a-t-on dit, ne pouvait songer à sa dépouille mortelle. J'en demeure d'accord, c'est donc Salomon qui a fait creuser le tombeau de son père « Son fils Salo-

• mou l'ensevelit magnifiquement à Jérusalem. ÉOa^e ^'airov o «icccîç l /'oaù>v iy iepoaoXûjxot; fMtltpilrâc dit Josèphe. » Qu'y a-t-il dès lors d'étonnant à ce que ce monument funéraire ait été empreint de la splendeur que les artistes phéniciens, mandés tout exprés par Salomon, répandaient sur les admirables constructions qui devinrent une des merveilles du monde. Avant sa mort, David disait à son fils Salomon a : « Tu as avec « toi, en quantité , des ouvriers, des tailleurs de pierres et des

• ouvriers en pierres , et des charpentiers , et toute espèco «d'hommes intelligents en chaque ouvrage. » On voit donc que les artistes intelligents ne manquaient pas a Jérusalem, même du temps de David.

Nous lisons encore 3 :• David remit à Salomon, son fils, le « modèle de sa galerie et de sa maison , de ses trésors et de ses ■ greniers, de ses chambres intérieures et de la maison du cou- « vercle; — i*î. et le modèle de tout ce qu'il avait en projet, « pour les parvis de la maison de Jéhovah, et de toutes les cel- « Iules à l'entour, pour les trésors de la maison de Dieu et les « trésors des choses consacrées, — 13. des divisions des prêtres « et des lévites, et de toute la confection du service de la maison « de Jéhovah, et de tous les ustensiles du service de la maison « de Jéhovah. . . etc. . . , etc. »

Il y avait donc à Jérusalem, du vivant de David, des artistes capables de rédiger des plans et de construire des modèles d'édifices à bâtir. Qu'en conclure? Que sous le règne du saint roi on pouvait concevoir déjà et exécuter de grandes choses.

Quand, plus tard, Salomon écrivit à Houram, roi de Sour, pour lui demander de l'aider dans la construction du temple, il lui dit dans sa lettre :

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